‹ Relation faite par m. de Fontrailles des choses particulières de la courChapitre 64 sur 89 · C. D. M., T. III · texte numérisé non relu

C. D. M., T. III

prenoit aucune résolution que celle de demeurer à Paris. Sur cela on fit arrêter le carrosse de la Reine , laquelle étant avec le Roi fit sortir les femmes qui étoient dans son carrosse, et commanda à trois ou quatre personnes qui étoient là de s'approcher pour dire leur avis. Ceux qui s'y rencontrèrent furent le prince Thomas , M. le maréchal de Villeroi, M. le maréchal Du Plessis et M. de Turenne, lequel fut d'avis de continuer son chemin, et que le Roi et la Reine allassent ensemble Jusqu'à la Croix du Tiroir ; que de là la Reine s'en iroit au Louvre et le Roi droit au Luxembourg, où étoit Monsieur, pour le convier de venir ou l'emmener même avec lui au Louvre, étant certain que Monsieur n'attendroit point cela et qu'il s'en iroit , qui est ce qu'on demandoit. Il eût été fort dangereux de laisser Monsieur au Luxembourg ; car au bout de deux Jours, les réjouissances qui arrivent aux entrées du Roi étant passées, les choses eussent changé de face, et il eût été hors du pouvoir du Roi défaire sortir Monsieur de Paris, et principalement ayant pour lui le prétexte spécieux de n'avoir rien à demander, si ce n'étoit que M. le cardinal ne revint plus à la cour. C'est ce qui obligeoit M. de Turenne à conseiller qu'il falloit se servir de l'entrée du Roi à Paris pour en faire sortir Monsieur.

On partit d'auprès du bois de Roulogne en cette résolution ; le Roi monta à cheval pour faire son entrée à Paris , et manda à Monsieur, par M. Damville, ce qui avoit été résolu ; lequel, apprenant que le Roi dans une demie heure alloit y entrer, l'envoya supplier de trouver bon qu'il y demeurât encore cette nuit-là , et que le lend'emain il pàrtiroit de bon matin. M. Damville vint retrouver le Roi comme il marchoit et étoit prêt d'entrer au faubourg; de sorte que , dans cette assurance du départ de Monsieur le lendemain, il s^en alla au Louvre, où M. le cardinal de Retz et tout ce qu'il y avoit de gens de qualité à Paris l'attendoient, pendant qu'une foule incroyable de peuple marchoit au-devant de lui.

Dans le temps que M. de Turenne demeura à Paris, qui ne fut que cinq ou six Jours, il vit M. le cardinal de Retz , qui lui témoigna souhaitter de se raccommoder avec M. le cardinal , et lui parla du mariage de mademoiselle de Retz avec son neveu, le priant même de le faire sçavoir à M. le cardinal , et l'assurant qu'il le prendroit pour témoin dans toutes les circonstances de cette liaison. M. de Turenne, qui sçnvoit bien que de s'entremettre d'une affaire comme celle-là , lui étoit assez inutile, et qu'il lui en pou voit bien plus aisément arriver de

UÉUOIBKS DU YICOMTR 1)R TURENNB. [1052]

rembarras que quelque fruit considérable , dit à M. le cardinal de Retz qu'il feroit avertir M. le cardinal, qui étoit à Sedan , bien exactement de tout ce qu'il lui ayoit dit , et que s'il y avoit une réponse positive, quMI la lui feroit bientôt sçavoir; mais que s'il n'avoit point promptement de ses nouvelles, qu'il ne fit aucun fondement sur cette négociation, et qu'il prit ses mesures comme n'attendant aucune réponse

par lui.

M. de Turenne étoit persuadé que M. le cardinal de Retz vouloit s'accommoder tout de bon en ce temps-là , et ne doutoit point que si une personne de grande créance en eût voulu faire son affaire , qu'il n'eût pu y réussir; mais M. de Turenne partit peu de jours après de Paris, et M. le cardinal de Retz n'ayant personne de la cour à qui il se fiât , ni qui se fiât à lui , on se donna tant de soupçon de part et d'autre que les mesures , au bout de deux ou trois mois , furent prises de l'arrêter : ce qu'on fit un jour qu'il vint au Louvre , où il n'entroit qu'avec grande méfiance depuis quelque temps. M. de Turenne, ayant envoyé M. de Varennes trouver M. le cardinal , lui fit dire tout ce qui s'étoit passé entre lui et M. le cardinal de Retz , dont il n*eut aucune réponse, de sorte qu'il ne se mêla plus du tout de cette négociation. Il partit de Paris et alla rejoindre Tarmée auprès de Seiilis, après avoir dit au Roi qu'il espéroit empêcher que les ennemis ne prissent leurs quartiers d'hiver en France.

Les ennemis étoient auprès de Laon , d'où ils partirent en grande diligence et allèrent investir Rhetel,dans lequel il y avoit peu de gens: la ville fut prise en peu de jours. Toutes les armées des ennemis jointes ensemble montoient bien à vingt-cinq mille hommes ; celle du Roi ne passoit pas dix mille. Elle marcha le long de la Marne, et approchant de Cbâlons on apprit que les ennemis , après la prise de Rhetel , avoient assiégé Sainte - Menehould , dans lequel aussi il se trouva peu de gens; mais ils firent une bonne résistance. Quand on en sçut la prise , l'armée du Roi étoit auprès de Yltri et n'osoit pas s'approcher de trop près de celle des ennemis, qui de Sainte-Menehould mar-

(1) Le Roy écrivit à Messieurs les maréchaux de Turenne et La Ferlé Senneterre, la lettre suivante, o au sujet des incendies que font les ennemis des villages voisins de Saincte-Mennehoud. »

« Du *23 décembre 165*2

» Mes cousins, ayant sçeu que les trouppes de Tarmée ennemie, commandée par le prince de Condé. ont brusié plusieurs villages des environs de Saincte-Mennehoud, et entre autres de ceux qui appartiennent au sieur comte

chèrent à Rar-le-Duc , où M. de Turenne avait jeté six cens hommes de pied , et selon qo'i/ connoissoit la situation de la ville et du chitêia, il falloit qu'une armée se séparât pour l'attiquer ; de sorte qu'il résolut de marcher an l^ cours, quoiqu'il crût que toute l'armée d'Eipigne y étoit avec M. le prince : elle étoit néomoins partie de Sainte-Menehould (I), aftit passé la Meuse et s'étoit retirée dans le Luxeabourg. M. de Turenne, qui étoit auprès de Vitri quand l'armée du prince alla devant Bir, marcha toute la nuit droit à Saint-Dlsier, d'oè il vouloit partir après avoir un peu fait répéter les troupes , pour aller secourir Bar, qui n'a est qu'à trois lieues ; mais il apprit qœ la baae ville ayant été surprise, le château s'étoit rcedi en vingt-quatre heures. Il est certain que M. le prince entreprit ce siége-là n'y ayant pas bencoup songé , et on n'a point vu d'action oà il ait commis l'armée avec si peu d'égard cooum en celle-là , étant très-constant que si le Mfjt eût duré, comme il le devoit selon toatei la apparences, il ne pou voit pas sauver son cibm, et il est fort vraisemblable que son armée Mie fût pas retirée bien aisément.

M. de Turenne , ayant appris la prise de Bv et que l'armée d'EÎspagne n'étoit plus avec H. le prince , résolut de s'approcher de loi et de le combattre au premier lieu où il en troimrolt l'occasion. Ainsi il marcha à Vaucouleurs, A de se trouver du même côté de la rivièn de Meuse que M. le prince , qui , après avoir pris le château de Yoid, s'approcha de TooL II } avoit quelques jours que M. d'Elbeof avoitJoiBt l'armée du Roi avec deux mille hommei dei troupes de Picardie ou de nouvelles kféei: avec ce renfort l'armée marcha à VaneoBlein, où elle passa la rivière de Meuse, afin d'étredi même cûté qu'étoit M. le prince; et le lald^ main matin on marcha vers Void , d*où ajal délogé dès la nuit , le prince se retira à 0» merci , qui étoit un lieu dont il s'éUHt sibl et où il y a deux bons châteaux. Hais ayant içi que l'armée du Roi continuoit sa marche ifrii lui, il y laissa garnison et se retira le k»g de la Meuse à Saint-Mihel, grande ville dontkf murailles étoient à demi-démolies. Il tâcha de

de Yaubccourt, je vous faicts celte lettre poar TNiAie que vous ayez à faire entendre audit prince dé Goadé. par un trompette, que si lesdites trouppet bnikHi dans mon royaume « qui est une manière de Mit b guerre non pratiquée jusqu*à présent par les Eipunrii. j'ay résolu de faire user des mesmes voyei cosuc kf biens dudit prince de Condé, et dans les lieux qii h! appartiennent et à ceui de son party, situés dau Mi royaume; sur quoy vous me ferez sça^-oir ce quH ve* aura répondu , et la présente, etc. »

MKMOIRBS DU VICOMTS 1>I TURSIf?IB. [165S]

Iroofer quelque lieo propre à se poster; mais eomme il D*avoit pas beaucoup d'infanterie, et fnVm ne lui donna pas le temps de se retranefaer, il fut obligé de se retirer jusqu'à Damviliar, qui est une place qu'il tenoit à la frontière le Luxembourg , ayant laissé de son infanterie ius Bar-le-Duc, dans Ligni , dans Yoid et dans Gommerci, qui tiennent tout un canton de pqw. A la faveur de ces places, il pensoit y faire Idfemer son armée , ou , si l'on en attaquoit me, que se mettant à couvert d'une autre, il laeommoderoit fort les assiégeans, à cause de ndver dans lequel on étoit entré. Mais M. de Torenne , qui voyoit bien par les petites places (pi'ilprenoit, et où il mettoitdes gens, quelle él^soii intention , marcha toujours droit à lui, laiannt les places sans les attaquer , et ainsi , eacinq ou six Jours de temps, il l'obligea de se retirer dans le pays de Luxembourg.

If. le maréchal de La Ferté (1) arriva en ce Inips-là de Nanei à Saint-Mihel : cette marche, iWDpant à M. le prince toutes ses mesures, lui fà perdre l'espérance d'hiverner ni en Gharopa- ^, ni sur les frontières de Lorraine. Ayant léparé sa cavalerie et son infanterie de tous les eorps qu'il avoit laissés dans les places , il ne les pot rejoindre , et une partie de cette infanterie ht prise pendant l'hiver à discrétion.

De Saint-Mihel on marcha devant Ligni et leyant Bar, où arriva M. le cardinal Mazarin , ni avoit toujours demeuré à Sedan depuis son éfMirt de Pontoise. On laissa quelque infanterie oar attaquer Ligni; et ayant emporté la basseille de Bar par assaut, le siège dura dix ou douze mn à la haute ville et au château. M. le prince int avec quelque cavalerie Jusqu'à Yaubecoort; uds comme il sçut qu'on marchoit à lui , il se élira à Damviller. Après sept ou huit Jours de \égi^ et d'une fort bonne défense, Bar et Ligni B rendirent à discrétion, avec sept ou huit réimens qu'il y avoit dans ces deux lieux. De là armée marcha vers Sainte-Menehould ; mais I rigueur de la saison et le nombre d'hommes a'il y avoit dans cette place empêchèrent a*on ne l'assiégeât ; la gelée étoit si forte qu'il

(i) Voyex les Mémoires de M. le dac dTorck , dans » volome » k la suite de ceux de Turenne.

(S) Nous avons donné, dans l'édition des Mémoires de s eardinal , les ordres du Roy , écrits de sa main , pour (emparer de la personne du coadjuteur , mort ou if, en cas de résistance de sa part. ( Page 415 de notre dllloa.tome I** de la 3- série de la Collection de MM. Mlhaiid et Poujonlat. )

(S)Tnrenoe ne parle pas. dans ses Mémoires, du méootenteraent qu'il dut éprouver, si on en croit lacorresondance suivante, pourn'avoir pas été Informé de Taretlation du cardinal de Retz.

y mourut beaucoup de soldats de firoid en marchant. La même saison obligea à ne point assiéger Bhetel, étant impossible de travailler à la terre : d'ailleurs l'armée de M. le prince, qui s'étoit Jointe au corps que les Espagnols avoient ramené quand il alla assiéger Bar, empêcha aussi que l'on ne fit ce siège , parce que les ennemis, qui tenoient Château -Portien , auroieut pu facilement secourir la place. Pour ne pas faire un si grand siège , on alla faire celui de Château -Portien , qui dura six ou sept Jours, que les assiégés demandèrent pour avertir M. le prince s'il les vouloit secourir; le prince, qui étoit logé avec toute son armée et celle d'Espagne à Aubenton et Rumigni, qui n'en est éloigné que de six ou sept lieues, tint conseil làdessus et résolut enfin de ne pas marcher, de sorte que Château- Portien se rendit. On demeura presque toutes les nuits du siège à la campagne avec toute l'armée, par les plus grands froids qu'il est possible d'endurer.

L'armée des ennemis scaehant la prise de Château-Portien, marcha à Ver vins, qu'ils prirent, n'y ayant que trente hommes de garnison. L'armée du Roi marcha droit à Marie , et de là à Vervins , où les ennemis n'ayant laissé qu'un régiment d'infanterie et un de cavalerie, la place se rendit en douze heures ; les ennemis se retirèrent dans leur pays, et on donna des quartiers à l'armée du Bol dans toutes les provinces.

[1653] M« le cardinal Mazarin, qui étoit venu à l'armée au commencen>ent du siège de Bar, ne quitta point l'armée que le siège de Vervios ne fût fini , vers la fin de février; après quoi il s'en retourna à Paris , où l'autorité du Roi étoit affermie depuis son retour. La prise de M. le cardinal de Retz (3) , qui fut arrêté durant l'hiver et en l'absence de M. le cardinal Mazarin (3) , avec sa participation , et conformément à ses ordres, n'a voit causé nulle émotion : il étoit en prison dans le château de Yinoennes. Il ne se fit nul changement considérable à la cour pendant l'hiver; on envoya une partie de l'armée dans les provinces, et il demeura peu de troupes

Au pire Amol/lny à Cambray.

«Paris, 18 Janvier 1053.

» Le marescbal de Turenne est mal satisfait de M. le cardinal, en ce qu'il n'a point eu de part au secret de Temprlsonnement du cardinal de Retz, qu*on avoit confié à M. d'Elbeuf et au mareschal de La Ferté, affin de faire advancer les troupes du costé de Paris en cas de nécessité ; et c'est ce qui a empesché qu'on n*ait esté droit à M. le Prince avant la jonction de vos troupes. I » L'abbé Fouquet est de retour depuis I rol9 jonrs d'au-

2îK

sur les frontières ; et comme on étoit rentré fort tard dans les quartiers d'hiver, tant du côté des Espagnols que de celui du Roi , on ne se mit

MÉMOIRKS Ul] VICOMTE »R TUBENNB. [lG53]

en campognc qu*assez avant dans le mois de juin. M. le prince tenoit (1) Sainte-Menebould et Rhetel sur la rivière d'Aisne , qui sont des pos-

près de son Eminence; oo apprendra par lui la résolution de M. le cardinal pour restablisscroent d*un conseil de finances dont Scrvien et le procureur-général prétendent estre les chefs . et Bourdeaax et Ménardeau nouveaux directeurs. Cette résolution de M. le cardinal pourroit bien changer aussi bien que celle d*estre ici lundi ou tnardi , que Ton ne croit pas pouvoir cstre de quinze jours , posé le cas qu'il y vienne . ayant tenté de faire sortir le Roy de Paris il n'y a pas bien long-temps; à quoi il n'a pas trouvé toute la complaisance et la disposition possible ; et il prévoit bien que les esprits eommencent à se réchauffer . que les rentes luiseroient une pierre d'achoppement. Il n'a encore rien décidé pour le fait de ta surintendance. On recherche ici fort Croissy, pour l'arrester. et mesme une lettre qu'il escrivoit à Bordeaux a esté interceptée, par laquelle on le prétend fort criminel.

» Le parlement veut s'assembler louchant les confrères exilés , mats on leur promet leur retour bientost. »

On voit aussi . par cette lettre , que si le cardinal de Retz fut arrêté en l'absence de Mazarin , ce ne fut pas sans son ordre, puisque trois jours avant l'arrestation de Retz , l'abbé Fouquet revenait d'atrprésdn cardinal ministre.

(1) Turenne« dans ses Mémoires, nous raconte les préparatifs de la cour pour s'opposer au prince de Condé , et les lettres suivantes peuvent servir à donner une idée de la position réelle du prince et de l'état de son parti, soit en Flandre . soit à Bordeanx.

A Monsieur Lenet.

a S. A. ne ressent plus aucune incommodité de ses douleurs passées ; je croy que les eaues de Spa , dont elle se sert tous les jours, font un bon effect. Nos affaires , pour la campagne , s'advancent fort par deçà. S. A. part lundi prochain de Bruxelles pour aller à Anvers. Si entre cy etie prochain ordinaire il y a ici quelque chose de nouveau, je ne manquerai de vous le mander, estant la personne du monde qui aime le plus vostre satisfaction et à contenter vostre curiosité.

» Tenez-moi tousjours. s'il vous plaist, dans l'honneur de vos bonnes grâces.

» Bruxelles . le 20 mai 1653.

»Caillet.

dM. l'Archiduc donne le bal demain, où monseigneur le prince et tout ce qu'il y a de beau monde assistera ; on n'est pourtant pas bien asseuré que les princesses et grandes d'Espagne, qui sont ici, s'y trouvent, à cause des rangs qu'elles se disputent les unes aux autres ; ce qui est cause que S. A. n'en a pas encore invité une seule , la pluspart des princesses s'estant mis dans la teste que les visites de S. A. réglerolent leurs rangs; ce <|uo S. A . n'a pas voulu décider. »

Lettre de Son Altesse à Monsieur Lenet.

« J'ai reçu, par le dernier ordinaire, les duplicata et iriplicatade vos despesches du premier de ce mois . et celles que vous m'avez escrites du 8 et du 15 , sur lesquelles je n'ay rien k respondre , vous ayant mandé par mes précédentes tout ce que je pourrois vous dire par celle-ci. Seulement vous dirai-je ce que je vousay deqà

faict sçavoir par deux ou trois fois , et à madame de Tourville, en responce à sa première lettre, quelles th toientmesintentions sur la réformation des roalsonide ma femme et de mon fils , vous ayant remis à toqi eC i elle le pouvoir d'en retrancher tous ceux dont vous «liriez qu'on se pourroit passer ; de quoi je vous laisse eacore une entière disposition. Je vous mandois aussi qH le pourvoi eût esté inutile , et qu'il fallolt s'en passer comme je fais, de quoi je trouve ma despence gnRd^ ment diminuée. Pour le regard de mon fils , je nii d'advis qu'il soit logé avec ma femme et qoevoosgartia auprès de lui ceux que vous me marquez , mon Intoh tion estant, comme je vous l'ay desjà escrit, qoeLafoataine continue à demeurer auprès de loi avec l'assidillé qu'il a fait jusques à cette heure , et que M. d*Aate«ll, tant quil y sera , fasse simplement sa charge sans elltl^ prendre de se rendre maistre de la maison de num fib. dont je veux que ma femme soit seule la matstresse. B bien que j'aie dans l'esprit de me déffliire de M. d'Aateuil. je ne puis néanimoins gousler l'expédient que vmi m'en donnez , ni ayant point d'apparence que soubspié' texte de la réformaiion d'une maison , Ton coraiDCM par le principal domestique , qui seroit le traitter am un peu trop d'infamie: il faut trouver anmoyean peu plus honnorable. Je croy qu'il seroit bon de fe»voyer en quelque négociation» ou du coslé de Paris ot bien ailleurs, dont le prétexte fust quelques négodatiMi; cas estant une fois esloigné, il sera bien plus fadie ifeapeseher son retour auprès de mon fils, etc^est un mem qu'il vaut bien mieux tenir que de le chasser hootew^ J ment ; alors je serai bien aise que M. de M archia ea prenne soing d&temps en temps, s'il me veut faire ce plaisir , sans que cela le destourne de son application et de ses soings pour la guerre , pour laquelle j'ai loale créance et toute confiance en lui.

» Désabuzez-vous encore une (bis de l'espérance que vous avez en cesle escadre de Dunquerque , ne coosiftantcn tout qu'en quatre frégattes dont Je vousayde^ escrit.

» Je vous envoie le billet de créance pour Yilars; Je vous envoie aussi une seconde lettre de M. le préridnt de Gourgues , h qui je vous prie de faire compliroeot^e ma part . estant bien fasché du mauvais tralctemeoldiquel il se plaint; il faut que M. de Marchin et tmsIi ménagiez , en sorte que la paix venant à se faire, ce M soit pas une personne irréconciliable.

» L'on m'a escrit de Paris qu'un nommé La Clajttls avoit esté envoyé de Guyenne à la cour par M. de Marchin , et qu'il négocioit quelque chose de sa part; vNi pouvez croire si je suis aisé à persuader là dessas,fll vous vous imaginez bien de quelle sorte j'ai reçu niîvis de cette nature. Je vous prie de le dire à M. * Marchin et de Tasseurer que tel bruict ne sera capaMi de me donner le moindre ombrage de lui. Si Béaal» moins La Clayette, ou quelqu'autre, avolt esté despêdé vers Paris, je serois bien aise d'en sçavoir le séâtci. aflQn de pouvoir plus asscurément respondre à Cous ccn qui se meslcroient de faire courir de si faaietde sImbbreux bruicts.

» II ne me reste plus à vous dire que U Royne a|«l traicté. dès Tan passé , avec le lieatenant-coioBel Bidouille, pour la levée de son régiment de dragons, elIt lieutenant-colonel s'estant si mal acquitté deceqQUde voit, qu'on a esté contrainct de le faire arrester,celBa empesché que le régiment ne s'est pas mis tm |ie4:

lonsldérables pour entrer en France, lalement Bbetel, y ayant de là une cation aisée par La Capelle,quc les s tenoient, aux antres places du Paysi. le prince tenolt aussi Stenai sur la (ui lui donnoit la communication du >nrg. M. de Turenne, qui sçavoit bien [ueiice de ce poste-là, par la connois-

de quoi J'ai propoié à Bardoullle de reiour- 'ennc a? ec les nnliert quej'y tnvofe, ei que -cUd lui pourroit donner JutquH à cenl ciif* eu caTsIlera pour Taire un n^glmeol , ce qu'il «la arccplrr ; et m'a^anl demandé son congi) LIrcr chti lui, Je le lui al accordé, et comme Jo M considéré do U. de Marcbln, j'ai es:é bien it dire comme U chote t'est passée , aflu que Taclei entendre.

itenToye encore une leiire de Cliouppes . par aat terrez lea plaintes qu'il Tait de voua ei de tblu ; tiiles-la voir à mon Trère et à ma aceur ne trouvent pas eairange al Je te prends au ion congé, Failes-leur voir aussi la lettre que bouppei . et l'iis Jugent à propos qu'elle tul e , vous U fermerez et la lui rendrez. Pour la i'esertsà maaceur et à mon frère, et que Je le toute ouverte , vous la cachelerez avant rendre, lans qu'ils tcacbeni que tous ayez vcu cantjem.

lellcs, le dernier de maj 1653.

u LODIS DE BouBion. H

«7JuinlB^.

I bien aite d'avoir appris par voslre deipeiche Italie, ['arriTée de l'argent eldcs IrlandolS; I lecoura qui ne voaa doivent pas eatre peu plua advintagcui de tous estant l'armée na- OBie l'espérance du lalui de Bordeaui estant esaua. Il faut que vous la faciez entrer le plua mt que voua pourr». Voua trouverez dana ce ae lettre que J'escris pour ce subjeci à dun nelle voua adreasercz par un courrier ezprèa imte de Fiesque , en cas qu'il y ait quelque l'ail obligé d'aller drotcl en Espagne aans r Bordedoi, cl que vous sc«chlez qu'il loit ion voua l'adreaserezàSalnt-Agoulln. Je voua ni nnccopple de ta dernière deipescbede dum romle de Fueniatdagne, avec celle du mémoire envoyé, qui contient en destailiout le recourt levez altcndte de l'armée navalle d'Espagne ; 'I parla il cela ae rapporte à ce que l'on vous de Madrid ; car le comte de Garcie me dit , il K temps, que le marquis de Salncte-Crolx, rrére , n'iroit pas à Bordeaux . el que i'admi- {alloni ne serolcnl pas du secours. A. la véri- ! qu'il en avoit refue est de vieille dalle, el la peut avoir changé depuis ce temps -là. Je OUI aurez aussi blenloat quelques secours d' A net je aerola bien alae qu'il pust joindre celui : pour entrer en rivière avec d'autant plus de e faat pasquc celtc espérance voua face reia»moindre partie de rcquc voua pouvez attcniil d'Espagne ; rar lelui d'Angleterre n'eU pas

iiK iinK>Ni:. [iGS^t] 4.'.3

sauce qu'il en avolt eue durant la guerre qu'il foisolt après la prison de M. le prince, fit trouver bon à M. le cardinal qu'en assemblaDt l'arniée du Roi , il allât assiéger RLetel , pour Ater par la aux ennemis le moyen de Joindre l'armée qui étoit dans le Luxembourg et celle qui étolt sur la Sanibre, deirlère la Capelle. L'armée du Roi se lt>gea {!) en passant la rivière d'Aisne,

a Vous ne scanriH croire lajoye qnej'ay d'apprendro que vous et U. de Marcbln commencez à vous bien remettre avec mon frère el ma aceur ; c'est ce que J'ai loni- Jours soDhalllé avec grande passion , mon Inteatlon estant, comme Je voui l'ai deajà lesmolgné, que vont viviez avec eui dans le dernier respect et U dernière déférence; mais auisije crois qu'ils vous feront cette Joi- (Ice a l'un el à l'autre, que de aoùbsmetire è vostro pouvoir, aoua leur auclborild . toute la dlaposiliOD de* trouppesetdesOnanccs. EnBn ne négligez rien de lontet les cboaea qui pourront contribuer à leur salisraclion et a l'csiabliasement d'une parfaite union, ny ayant rien qui me mette tant en peine que les diviilont, al petllet qu'elles puisieni être, bien que vouim'eacrlvlei que j'en doibs Cire en repoa. J'eacris aar ce aubject à mon fréro et a ma acear ; j'escria aussi au cbevalier de Tbodlai cl à Vllars , auiquela vous rendrez mes lettres.

D Quant BU règlement des maisons de ma remme et de mon Qls, Je vous en ay desjâ mandé mea volontés fort amplement , et je vous réitérerai seuleipent , par celte lettre, que Je veux que mon Sla loge avee ma femme , et que tous leurs domestiques soient congédiés Juaquea ila pals, à la réserve de ceux qui aoat abaolumenl nécea-

B Notre readeZ'Vous d'armée est pris pous le 15 de co mois, et nous marcherons pour entrer en France blentotl après. Ne vous cslonocz pas ai durant la campagne Je ne voua escris pas si régulièrement qoe je fais à présent, car lea occasions en seront beaucoup moins fréquenles qo'ellea ne sont Ici, et Je voua prie que pendant la campagne voua ne m'eacrivlez en cbifTres que les choses qui seront d'Importance et succinctement, car je n'aurois pas le loisir de lea deschidrer al cilra eitolent irop longues. Je croisquevous entendrez bicnlost parler de noua et de bonne sorte.

B A Bruxelles , le 7 juin 1653,

1 LOOIB D

BODBBON. I

(l)Dèslel« loust 1653, l'avis suivant de la marche de l'armée fust envoyé à U. Le Tellier,

a Hesaienrs de Turenne et de La Ferté vont marcher vers Reibel , bien qu'une bonne partie det trouppes do premier ne l'ayent point encures Joinct, et que t'aulren'i aucunes nouvelles de celles de Bourgogne . mesme que monsieur d'Eapernon , par ses lettres du 11 , ne mande point qu'elles ayent receu ordre de marcher; mais on en laissera aai una et aux aairea pour suivre à mesure qu'elles arriveront,

B Quand on sera à Retbel , on verra ce qu'il y aura à faire tant par les forces que l'on aura que les nouvelles que l'on apprendra des ennemis , desquels jusqu'à présent on n'en a point de certaines ; mais comme II eat Impossible de rien entreprendre sans munitions de guerre, il est de la dernière Importance qu'on en envoyé promptement, puitque Jusqu'à présent on n'a point de nouvelles des cent chevaux ni du sieur Desbayes qui debvoient eitre partis de Paris 11 y a dli-huiljoura, e( que le mareiehal dfLa Ferlé n'a que trois mille ilx cent

MÉMOIUKS Dl) VICOMTE DB TlJBEn^E. [iCSIS]

à trois lieues plus avant que Rhetel , qui étoit Justcmeut Tendroit où Tarmée de Fiaudre et celle de Luxembourg dévoient se joindre.

M. de Turenne, qui avoit été long-temps à Stenai , voyoit fort bien que les ennemis pouvoient penser se joindre en ce lieu-là , et connoissoit que cette jonction étant empêchée par Tarmée du Roi, il faudroit deux ou trois jours au moins aux ennemis pour se résoudre si l*armée qui étoit sur la Sambre iroit en Luxembourg , ou si celle du Luxembourg passeroit la Meuse pour joindre celle de la Sambre; et que , selon l'un ou l'autre parti , il falloit quatre ou cinq jours au moins pour la marche du corps qui iroit Joindre l'autre : ce qui donnoit huit ou neuf Jours de sûreté pour entreprendre le siège de Rhetel , sans avoir l'armée des ennemis sur les bras. On entreprit donc ce siège avec la moitié de l'armée du Roi ; M. le maréchal de La Ferté y étoit aussi avec une partie de son armée.

Il n'y avoit que huit ou neuf cens hommes dans Rhetel ; on prit les dehors en arrivant, et le siège ne dura que trois jours. Il n'y a rien eu dans toutes ces dernières campagnes de guerre de plus considérable que d'avoir assemblé l'armée du Roi dans le pays au-delà de Rhetel, et d'avoir empêché M. le prince de commencer la campagne sur la rivière d'Aisne ; il avoit cette année-là une armée beaucoup plus forte que celle du Roi. La guerre de Rordeaux continuoit encore , et s'il avoit marché sous Rhetel et l'avoit conservé , ayant à sa main gauche la Meuse, où il tenoit Mouson et Stenai, et à la main droite la frontière des Pays-Ras , d'où il pouvoit tirer des vivres, il auroit été impossible de couvrir tous les pays qui lui étoient exposés, comme Verdun, Saint-Dizier et Vitri, d'un côlé, et de Tautr», Guise, Laon et Soissons, et en tête, Rheims et Châlons. L'armée du Roi n'avoit pas, cette campagne-là , plus de six à sept mille hommes de pied , avec lesquels il falloit tenir la campagne et garnir les places. M. de Turenne, plus d'un mois avant que de partir de Paris , consi-

livres do poadrc, an lieu des six mille qa'on lui debvoit roumir , et du plomb et de la mesche à proportion.

» Le régiment du comte de Damplerre est entré dans Ycrduu, qui mettra ceste place en quelque sorte en seureté, et on verra de foire de mesme pour Yltri et Salnt- Dizler.

» On envoyé Testât des troupes de l'armée que cooh mande M. de Turenne, qui ne sont point encore arrivées au rendez-vous , afin qu'il plaise à la cour envoyer pour les faire dillgenter.

» il est nécessaire aussi de faire commandement aui officiers qui sont à Paris de s'en venir promptement à Rheims, où Ifs apprendront des nouvelles de Tarniée.

déroit l'entrée de M. le prince par Rhetel comme le plus grand mal qui pût arriver; c'est poiu^ quoi dès qu'en assemblant l'armée du Roiauprà de Châlons, il sçutque M. le prince faisoitle rendez- vous de la sienne , il envoya à M. le maréchal de La Ferté , qui étoit auprès de Sainte- Menehould, pour le prier de marcher: ceqall fit; et lui, par un autre côté, s'en alla passer i Château-Porticn et se logea vers le château de Chaumont, où il y avoit deux cens hommes dei ennemis qui se rendirent à discrétion , d'où fea alla assiéger Rhetel le lendemain.

M. le prince, à qui les mesures furent ron* pues, n'ayant pas assez vu la conaéqueoce 4i Rhetel, entra en France par la frontière de Fi* cardie avec une armée de trente mille hommei| où il trouva de grands obstacles , et où Gortaii» ment il n'y avoit pas la même facilité à iUre quelque chose de considérable que du cMé i» la Champagne , quand on a Rhetel et les antrei places de la Meuse , comme Mouson el Stem On étoit bien avant dans le mois de Juin qinl on prit Rhetel ; ce qui 6ta l'excuse d'être prf venu à se mettre en campagne; mais souvent Ici personnes les plus habiles font des fautes qs^il est plus aisé de remarquer que de prévenir.

Après la prise de Rhetel , comme l'ara^ da ennemis s'étoit mise ensemble vers la Capelle, l'armée du Roi tourna de ce côté-là et alla loger auprès de Yervins. En ce temps -là , le Roi, avec M. le cardinal , vint à l'armée , qui se logea à Ribemont , comme on sçut que celle des ennemis marchoit à Fonsomme. Pendant le séjour du Roi dans son armée à Ribemont^ celle des ennemis fut toujours à Fonsomme; ethi gardes des deux armées n'étoient qu'à un furt de lieue l'une de l'autre : on demeura diiq os six Jours de cette manière, après quoi le M s'en alla à Paris.

Les ennemis , qui avolent séjourné à F«* somme , ayant donné les ordres nécessaires pov la provision de leurs vivres et pour le eorfi qu'ils laissoient dans le pays , marchèrent et en-

» U n'y a pas un grain de pondre ni aoenn d'artillerie prés M. de Turenne, de sorte qu'il que les cent chevaux marcbauent en diligeiiee àBWai^ lesquels il a creu estre partis il y a longtemps, et flriiti^ vre le reste au plustôt.

» Il faudroit sçavoir de M. le grand-maître ai ■ pourra prendre des munitions de guerre au besotof

» Gomme on ne sçait point où a marché le eorpi * Tarmée qae commande M. de Turenne, qui est aBéfli Picardie, on supplie la coar de fliire en sorte qa*ii ^ serve tellement la marche de Tamiée des ennemis filk puissent joindre celle du Roy devant q«e les entrent en France, m

M1ÉM0IRES DU VICOMTE DX TURENNE. [lG53]

trèreot en France avec un bon nombre de pionliers, et j laissant la rivière de Somme à leur nain droite , et la rivière d'Oise à leur gauche, fMèrent à une lieue de Ribemont , et allèrent kger entre Saint-Quentin et Ham. L'armée du Bol marcha le même jour et alla loger à Acheri, fol est à nne lieue de La Fère , laissant ce jourlà la riYière d'Oise entre elle et les ennemis. Le kademain , leur armée marcha de grand matin, d binant Ham à main droite, s'avançoit vers Okanni. Elle étoit fort considérable, ayant seize irille hommes de pied , onze mille chevaux , et traita à quarante pièces de canon , sans compte un troisième corps qui étoit aux environs is Cambrai. Cette marche menaçoit beaucoup isHenz, car ils pouYoient aller ou à CompièpÊj on prendre les postes qui sont entre Com- |H|^ el PcHitoise , sur la rivière d'Oise, comme (M el Pdnt-Sainte-Maxence, et de là s'avan- «r Jusqu'aux portes de Paris pour y mettre toute dMMes en conftision , les esprits y étant fort éanmians, et le Roi n'étant pas en sûreté si l'ar- •ée de l'ennemi en eût été proche. Ils pou voient Hiri aller à Beanvais , où il n'y avoit point de pmlwMi ; et le peu d'infanterie qu'il y avoit dans avinée du Roi avoit obligé à ne mettre perdans Saint-Quentin , ni à Ham , ni à Pé- I, ni dans les autres places de la Somme, ter l'âne desquelles ils se fussent facilement jetéiBi l'armée du Roi se fût éloignée d'eux.

M. de Turenne fut d'un sentiment contraire ï celui de toute l'armée , et M. le maréchal de La Ferté y entra : c'étoit de ne point continuer ï mlTre la rivière d'Oise pour couvrir Comdigiie , Creil et Pont-Sainte-Maxence , parce piVin exposoit par-là aux ennemis celles des rilles sar la Somme qu'ils auroient voulu asiéger , mais de passer la rivière d'Oise du Ééme cûté qu'étoient les ennemis et de se loger É^deux heures d'eux dans un camp fort sûr. Il iant considérer que n'y ayant que sept mille loniffies de pied dans l'armée du Roi et point nnfanterie dans les places , qu'on ne les pouniit sauver qu'en se tenant toujours près de i'oinenii , et lui donnant à juger que l'on arrirerolt toujours douze ou quinze heures après M de¥ant la place qu'il voudroit assiéger. Si Ml avoit mis de l'infanterie dans les places , rarmée n'auroit osé se tenir en campagne près le l'ennemi , et ainsi elle lui auroit donné le Qooyen d'entreprendre tout ce qu'il auroit jugé à propos. M. le prince commandant l'armée ennemie, on pouvoit s'attendre à toutes les vigoureuses résolutions qu'il y a à prendre , quand un ennemi se sépare et qu'il laisse tant de lieux exposés. Il valoit donc mieux se résoudre à

côtoyer toujours l'ennemi ( quoique cela fût un peu dangereux ) que de prendre un des deux autres partis qu'on proposoit : c'étoit de marcher avec l'armée vers Compiègne sans passer l'Oise , ou de jeter de l'infanterie dans les places, et de s'éloigner de l'ennemi avec la cavalerie. Par le premier il est certain que les ennemis auroient pu assiéger la place la plus considérable sur la Somme , ayant un corps près de Cambrai avec des pionniers du pays toujours prêts, et l'armée du Roi n'auroit pu y arriver que quatre ou cinq jours après eux. Par l'autre , l'ennemi auroit eu moyen de marcher à Paris , ne voyant point d'armée en corps , ou bien auroit assiégé une place où il n'auroit eu qu'une plus forte garnison à craindre, mais point d'armée à appréhender. J'insiste un peu là-dessus, parce qu'assurément la résolution de passer la rivière , de ne mettre personne dans les places , et de s'aller loger proche de l'ennemi, a rendu cette entrée en France de nul effet; et souvent, pour appréhender trop de choses, on prend des partis différens de celui-ci qui réussissent fort mal. Ce n'est pas que celui-là soit bien sûr , car un ennemi peut marcher à vous et combattre ; mais quand on a une bonne armée , quoique plus foible , et que l'on prend bien garde comme on campe et aux mouvemens de l'ennemi , c'est le parti le plus assuré.

L'armée de l'ennemi marcha de Chauni à Roye , et celle du Roi auprès de Noyon ne se retrancha point, mais, regardant bien à ce que les ennemis faisoient , se logea toujours en des lieux assez avantageux. On sçut qu'ils attaquoient Roye, où il n'y avoit point de soldats; le siège dura deux jours , et l'on ne songea pas à secourir la place , n'étant qu'une petite ville qu'on ne pouvoit pas garder. Quand ils eurentpris Roye , ils commencèrent à être fort embarrassés de la résolution qu'ils prendroient : ils n'osoient s'avancer dans le pays où ils n'avoient point de places , pendant qu'une armée ennemie logeoit à trois heures d'eux. Ils ne pou voient aussi attaquer une place sur la Somme , où il faut se séparer à cause des marais , et où l'armée du Roi fût arrivée le même jour. Comme Corbie ne vaut rien , M. de Turenne y envoya cinq cens chevaux sous M. de Schomberg.

En ce temps-là on prR une lettre que l'on envoya à la cour pour déchiffrer ^ par laquelle on sçut certainement que les ennemis , avant que de ne rien entreprendre ( leurs premières mesures ayant manqué), vouloient faire venir un. corps de Cambrai avec une grande quantité de vivres ; et comme on s'enquit diligemment par Bapaumes de ce qui se faisoit à Cambrai , on

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