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sçut que le corps étoit prât à partir. L'armée da Roi laissant son bagage pour la suivre, passa la Somme à Ham , et marchant vers Peronne , M. de Turenne s'avança avec cinq mille chevaux jusques auprès de Bapaumes pour attendre ce corps , qui , ayant eu nouvelle de cette marche , se retira à Cambrai. L'armée de l'ennemi , sachant que Vçn étoit entre eux et leur convoi, et ayant perdu le temps d'avancer dans le pays ou d'attaquer une place manquant de vivres , quitta Boye et marcha pour repasser la Somme à Cerisi , qui est entre Péronne et Corhie , ayant jeté beaucoup de fascines sur le marais. En moins de vingt-quatre heures toute Tarmée avec le bagage fut passée du côté de leur pays, et ayant appris que l'armée du Boi étoit logée à une heure de Péronne proche du mont Saint-Quentin sans être retranchée , ils partirent la nuit et marchèrent tout droit avec résolution de combattre. On fut quelque temps en doute s'ils quittoient tout-à-fait les ponts qu'ils avolent faits pour passer là Somme, mais on vit par leur marche qu'ils les al)andonnoient entièrement.
L'armée du Boi avoit le front à un ruisseau ; mais les ennemis marchoient pour le prendre à la source, qui n'étoit qu'à une demie heure du champ, et ainsi, venoient par le flanc de l'armée. C*étoit celle de M. le maréchal de La Ferté qui étoit du côté que les ennemis venoient, et U étoit impossible de se mettre en bonne posture devant eux , la situation du lieu ne le permettolt pas et donnoit un grand avantage aux ennemis qui avoiept le moyen de s'étendre. M. de Turenne avança , ayant M. le chevalier de Gréqui avec lui et deux ou trois de ses gens pour reconnoltre les ennemis. Ayant vu qu'ils prenoient leur marche et qu'il n'y avoit point de temps à perdre , il fit considérer à M. le maréchal de La Ferté la mauvaise posture où il étoit y et étant retourné à son armée , qui étoit à l'aile droite et un peu plus loin de celle des ennemis, il envoya Varennes , qui faisoit la charge de maréchal-des-logis de l'armée , pour voir comment étoit fait le pays par-delà un petit bois : il reconnut que c'étoit une assez grande plaine où une partie de l'armée pourroit être en bataille, et que les ennemis ne l'avoient pas en» core occupée, mais commençoient à y faire avancer quelques escadrons, et que le bois pour y aller étoit fort clair. M. de Turenne envoya aussitôt avertir M. le maréchal de La Ferté qu'il marchoit à cette plaine et lui demander s'il lui plaisoit y venir prendre la gauche : ce qu'il Ju- ;;ea fort à propos , et ainsi M. de Turenne commença à marcher d'auprès du mont Saint-Quen-
tin , et avec un grand front, passant an trav€n du bois, arriva dans un vallon à côté : Il se mil en bataille dans ce vallon , où faisant prompt^ ment travailler l'infanterie à cinq on six retetes à la tète de l'armée , en deux heures on h bien retranché.
L'armée de l'ennemi, voyant celle do Soi a cet état , et ayant été obligée de faire un pn d'halte pour attendre son infanterie, demeut sans avancer , et après quelques escarmonéei commença à se loger sur une hauteur à un qari de lieue de l'armée du Boi. La nuit suivante os avança les travaux. On a dit que ce Jour M. le prince vouloit combattre , mais que les Eipt^ gnols l'en empêchèrent : je crois que la dÛIculte vint par leur longue marche , et que ^a^ mée du Boi ayant changé de poste , cela la obligea à faire un grand tour qui leur fit perdre du temps et en donna à celle du Boi de se bien retrancher : ce qui étant, il n'y avoit plus d'apparence que ni M. le prince ni les Espagndi eussent voulu combattre. Il est vrai qu'avant que d'avoir changé de po&te l'armée du M couroit grand danger , les ennemis ayant tootei les hauteurs sur elle ; et assurément Ton aorait combattu ce jour-là avec mauvais succès. On demeura deux ou trois jours en présence, i*y faisant beaucoup d'escarmouches; et an bort de ce temps les ennemis marchèrent droit à Fonsomme , et envoyèrent trois mille chevau sous M. de Duras pour investir Guise.
L'armée du Boi, ayant vu le matin que Tennemi marchoit, passa la rivière de Somme à Péronne , et on fit sept lieues ce Jour-là. M. de Turenne fit marcher en diligence M. de Beaojeu pour entrer dans Guise avec deux mille chevaux. Les ennemis avoient le chemin pltf court de la moitié que l'armée du Boi pour a^ river à Guise, mais leur armée s'arrêta à trois heures de là, sur la difficulté que firent les I^ rains de faire ce siège; du moins on aditqoe ce fut là le sujet qui suspendit leur marche: il est certain que s'ils l'eussent continuée ilsy seroient arrivés un jour avant l'armée du Boi, et on ne sçait pas si M. de Beaujeu y aurait ps entrer. Ce dessein ayant manqué , ils s'en tinrent loger à Gaulaincourt , qui est entre le Castelet et Ham , et l'armée du Boi aapréi de Ham, la rivière de Somme entre deUi où ayant séjourné plus de quinze jours tf tenu beaucoup de conseils avec M. l'arcikiduc qui les vint joindre. Ils partirent eo diligence , et , laissant Guise à leur main gauche , ils allèrent assiéger Bocroi , où la situation est si avantageuse pour celui qui arrife le premier, à cause des grands bois qui sont au-
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tour de la place , que l'on ne voulut pas y marcher avec l'armée pour la secourir , et on aima mieux assiéger Mouson , où on arriva en trèsgrande diligence ; les tranchées s'étant ouvertes en même temps aux deux places , Mouson fut pris quatre ou cinq Jours avant Rocroi. Les ennemis y avoient seize cens hommes et des meilleurs régimens de l'armée. On ne lit point de circonvallation , et on ouvrit la tranchée le soir que l'on y arriva. Le siège dura dix-sept Jours ; et comme on marchoit vers Rocroi , on eut nouvelle qu'il capituloit. Les ennemis après la prise se retirèrent plus avant dans leur pays , et dans la pensée que l'on eut qu'ils pourroient assiéger laBassée ou Réthune, n'ayant plus que cela à faire, on y mit un si grand nombre d'infanterie qu'ils ne purent assiéger ni l'une ni l'autre.
liCS affaires de Rordeaux étant finies cet été-là, il en vint quelques troupes du Roi , avec
lesquelles et ses gardes françoises et suisses , Sa Majesté fit faire le siège de Sainte-Menehould par MM. d'Uxelles , Casteinau et de Navailles. M. de Turenne marcha pour couvrir la Picardie et les places de Flandres, et M. le maréchal de La Ferté alla vers la Meuse pour s'opposer à M. de Lorraine, qui venoit avec quelques troupes pour secourir Sainte-Menehould , dont le siège continua Jusqu'au commencement de décembre. Les troupes y furent assez rebutées par les sorties et par le mauvais temps, et on croit que le feu qui se mit aux poudres des assiégés ne nuisit pas à la prise de la place. Ainsi rhivervint, et les armées se retirèrent de part et d'autre, l'armée du Roi ayant pris, durant la campagne, Rhetel , Mouson et Sainte- Menehould , et les ennemis , Rocroi seulement , quoiqu'il n'y eût entre elles aucune proportion de forces, celles des ennemis étant beaucoup plus considérables.