MÉMOIRES DU VICOMTE D& TUUEZVKE
Ostende, où M. le maréchal d'Anmont, qui avoit été durant Thiver quelque temps dansMardyck y s'engagea , sur la parole de quelques petites gens, qui furent trompés grossièrement par ceux d'Ostende , lesquels, ayant joué une farce dans la ville, firent semblant d'arrêter leur gouverneur, crièrent : Vive le Roil dans les rues, et dirent mille injures des Espagnols ; ces gens crédules allèrent trouver M. d*Aumont, comme il étoit à la rade avec douze ou quinze cens hommes , et l'ayant assuré qu'il étoit mattrc de la ville s'il vouloit y venir, luy, sans prendre aucun otage , entra sur le pont avec une partie de ses gens ; les Espagnols , quiétoient cachés dans les caves, en sortirent, et fermant le havre, prirent cinq ou six cens hommes avec M. le maréchal d'Aumont ; mais le reste, qui n'étoit pas entré, se retira dans les navires.
Cette entreprise d'Ostende manquée, avec l'affaire de Hédin , faisoit concevoir de grandes espérances à M. le prince , et fit commencer la campagne avec de fort méchantes apparences de succès. La cour même, qui se trouvoit en ce temps- là à l*armée, décrioit au moins pour la plupart les affaires autant ou plus que les autres. Quoique la plupart des officiers de l'armée n'étoient pas encore venus, le Roi s'approcha de Hédin avec dix ou douze mille hommes ; ceux de dedans ayant quelques troupes espagnoles campées dans les dehors, sortirent pour escarmoucher , et on tira le canon sur le Roi même , qui s'étoit avancé; de manière que, par cette déclaration si ouverte, on ne songea plus à traitter avec Hédin , mais à s'y conduire comme avec une place ennemie.
Durant l'hiver, M. le cardinal avoit traitté avec l'ambassadeur d'Angleterre , qui pressoit extrêmement que l'on s'engageât devant Dunkerque, et on avoit signé les articles, par lesquels il fut arrêté que Dunkerque seroit mis entre les mains des Anglois; qu'ils fourniroient six mille hommes de pied et tiendroient la mer avec leur armée navale. Le traitté n'étoit que pour un an, dans lequel ils dévoient continuer le même secours par terre, aider aussi par mer au siège de Gravelines, qui devoit demeurer nu Roi , et ne prétendre point à d*autre place qu'à celle de Dunkerque. M. le cardinal souhaittaque l'on marchât en Flandre , et M. de Turenne , sanssçavoir si on pourroit assiéger Dunkerque, PU si on s'arrêteroit à Bergues, désiroit aussi de faire voir naïvement aux Anglois que l'on faisoit tout son possible pour l'exécution du traitté. Le Roi, qui étoit campé à une petite heure de Hédin, s'en alla rejoindre la Reine à Montreuil, pour retourner ensemble à Calais , avec deux ou
trois mille hommes que M. de Castelnau corn* mandoit ; et M. de Turenne, avec sept ou bait mille hommes, prit le chemin de Saint- Veoaiit pour y passer la Lys , et ensuite marcher vm Bergues et Dunkerque.
En arrivant auprès de Béthune , il apprit de M. le marquis de Créqui, qui en étoit gouverneur, qu'il y avoit deux ou trois régimensde l'ennemi dans Cassel, a cinq heures de Saiot- Yenant sur le chemin de Bergues; Il lui doimi sept ou huit cens chevaux et quelques rnoui' quetaires commandés, avec lesquels s'avancant, il prit dans Cassel deux régiroens d'infanterie irlandois, qui faisoient deux ou trois cens bon* mes. M. de Turenney arriva peu de tempsaprèi avec l'avanl-garde , et à cause des roaimÉ chemins il y séjourna un jour pour attendre md bagage; et s'il eût cru tous ceux du pays, il n'en auroit point mené , non plus que le eauoi, à cause de la difficulté qu'il trouveroit par kl chemins , lesquels avoient été rendus phis miivaisqu'à l'ordinaire, à cause du grand hiver qui avoit duré si long- temps. Au mois de mi, M. de Turenne voyant bien que la diligeace étoit fort nécessaire , et apprenant par les prisonniers que l'armée ennemie n'étoit pasense» blc , il fit suivre toute la nuit le bagage, et (irisant raccommoder les chemins , s'avança sur li Colme , et laissant Bergues à main gauche, nar cha par des pays fort inondés , auprès d'une p^ tite redoute que les ennemis gardoient avee trente hommes et un capitaine; on fitcnpMsage sur la rivière , et ayant trouvé quelqucspikliers sur lesquels on mit des planebes, oa y mena quelques chevaux par la bride : ce qte voyant ceux de la redoute et qu*OD s'y avançait avec cinquante ou soixante mousquetaires, ib se rendirent. C'étoit le seul passage dont onpèt se servir , à cause du pays inondé qui est entre Fumes et Bergues. On ne voyoit de là à Dankerque rien que de l'eau , et M. de Turenie s'en retourna avec peine à son quartier qui étoit à une heure de là , ayant laissé M. de Bellefoos, lieutenant-général, avec quelque infanterie, aln de reconnoftre les chemins de là à Dankerqoe.
H n'y avoit aucun liomme dans le paysqtri dit qu'il y eût un chemin ; et M. de ToreoM, ayant envoyé ce soir-là M. de Varenne le tang de la Colme, laissa Bergues à droite, pour foir s'il y auroit moyen de communiquer par-là avte Mardick , où étoit M. de Castelnau. Il loi rapporta qu'à cause des eaux on ne pouvoit poiil passer : toute la nuit se passa sans qu'il crût ^H y eût aucune apparence de pouvoir aller ven Dunkerque. Le matin ^ M. de Bellefons M manda que les ennemis avoient quitté m
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edoQte près de Bergues, et qu*ii y avoU i;iie par laquelle il croyoit que Ton pouler vers les forts , entre Bergues et Dun- . Les ennemis , depuis la prise de Maravoient travaillé sur la digue de Ber-
Dunkerque, à deux grands forts qui
à une telle distance, qu*il est certain it en état de défense , on ne put point r Bergues ni Dunkerque sans les prenétant chacun qu*à une portée de canon ) Tautre , et à la même distance chacun deux villes. On n*avoit point eu d'infor- Juste de leur état ; de manière que cela Mijours paru le plus grand obstacle pour * de Dunkerque ; mais , comme j'ai dit , lution étoit prise de faire toutes choses pondre avec netteté au traité des Anglois. le Turenne se trouva de grand matin )Qte l'armée à cette redoute qui avoit Ise le soir auparavant , et faisant acder le pont sur la Col me , on s'avança es forts. Les prisonniers de la redoute : dit que l'un étoit en état de défense et
hors d*état. Après avoir fait combler up de fossés , les ennemis , voyant que
s'avançoit entre Bergues et Dunkerque, Qcèrent à abandonner les forts et la di- . de Casteinau étant arrivé avec les trois ommes qui étoient partis avec le Bol et ille anglois, étant dès le jour auparavant portée de canon des ennemis , ils firent leux bataillons de Dunkerque , et envi-
ou sept cens chevaux pour défendre le t les forts.
née s'approchant avec beaucoup de difentre Bergues et Dunkerque , ies enneent pris par derrière , et leurs forts n'élint en défense , ils se retirèrent à Ber-
à Dunkerque , mais la plus grande parra dans la dernière place. M. de Tulyant marché avec peu de gens sur cette
envoya promptement un de ses gens à pour avertir M. de Casteinau comme il assé. Il s'en vint le trouver aussitôt ; et
il falloit à rinstant se résoudre au siège ^es ou de Dunkerque, le premier étant é et l'autre fort difficile, M. de Turenne, t que si on perdoit ce moment que l'on rroit jamais y revenir , résolut , malgré es difficultés , d'aller à Dunkerque. On
pas y marcher ce jour-là, à cause des ; des canaux ; mais ayant travaillé aux or la Colme , sur le canal de Honscote à que et sur celui de Furnes à la même m se trouva le lendemain à deux heures lidl auprès des dunes.
Toutes les troupes de l'ennemi qui étoient dans le voisinage s'y jetèrent , de façon qu'il se trouva dans la place environ deux mille deux cens hommes de pied et sept à huit cens chevaux : M. le marquis de Lède y étoit aussi entré le jour auparavant que l'armée y arriva. M. le prince et don Juan étoient encore à Bruxelles , persuadés que l'entreprise étoit impossible, puisque nous n'avions ni Bergues , ni Furnes , ni Gravelines , dont la première n'étoit distante que d'une heure , l'autre de trois, la dernière de quatre ; et la saison empêchant qu'il n'y eût aucune herbe pour faire paître les chevaux. On commença , dès ce soir-là, à prendre leà quartiers ; et durant les cinq ou six premiers jours, si quelque officier général des ennemis avec un peu de troupes se fût mis à Furnes ou à Bergues , difficilement eût-on pu faire les communications avant qu'il y fût entré beaucoup de troupes dans la ville : mais l'ennemi ayant cru au commencement que l'on assiégeroit Bergues, et ayant ensuite appris le siège de Dunkerque , envoya seulement deux ou trois régimens sous de méchans officiers, qui, ayant ordre d'entrer dans la ville , demeurèrent à Bergues , mandant l'impossibilité d'exécuter ce qu*on leur commandoit. Les Espagnols résolurent alors d'assembler promptement l'armée pour venir au secours.
Les premiers jours on essuya de très-grandes difficultés par l'assiette du camp, à cause des communications, par le manque de bols pour les soldats , et par celui du fourage pour la cavalerie. Comme on n'avolt que la mer, il est impossible d'en tirer les assistances nécessaires, à cause de la difficulté des débarquemens , et aussi les Anglois , hors quelques canons et cinq mille hommes d'infanterie qui ont très-bien ser-* vi, apportèrent fort peu dé commodités au siège. Le Bol, qui étoit à Calais, dès qu'il sçutque l'on étoit devant Dunkerque, pressa M. le cardinal , qui y donna les mains , de manière qu'ils vinrent dans le vieux fort de M ardyck , trois jours après que l'on fut arrivé devant Dunkerque où l'armée prit ses quartiers. M. de Turenne se logea dans les dunes auprès de l'étang , et retint une bonne partie des troupes avec lui depuis la mer jusqu'au canal de Furnes , où il posta un régiment d'infanterie dans le grand fort entre Bergues et Dunkerque avec peu de cavalerie , et un corps de troupes du côté de li^ mer , par où les ennemis pouvoient venir.
M. de Casteinau demeura au-delà du canal de Bergues avec les troupes qu*il avoit menées avec lui et les Anglois. Il y eut des difficultés extrêmes à faire des ponts de communication : l'ennemi sortoit quelquefois de la ville avec
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sept OU huit escadrons; mais comme il n'y avoit point de tranchée ouverte , on n*étoit pas assez près de lui pour pouvoir rien entreprendre.
Ces premiers Jours ayant été très-difficiles, il commença à venir au camp quelques harques avec des vivres, et ensuite de Tavoine pour la cavalerie qui étoit du côté des dunes : il y vint aussi des outils et quelques palissades, avec quoi on travailla à la circonvallation qui ne valut Jamais rien , et principalement du côté des dunes. On fit aussi une estacade de gros piliers , liés par des chaînes que les matelots anglois venoient accommoder , lesquels ne pouvoient Jamais résister aux grandes marées quand il y avoit beaucoup de vent. Mais toutes les nuits la cavalerie étoit de garde sur le bord de la mer : on mettoit des caissons quand la mer s'en alloit , et on les ôtoit avec les chevaux quand elle revenoit ; de sorte quil n*y demeuroit jamais d'espace vuide. L'armée, qui étoit fort foible au commencement , grossissoit peu à peu par beaucoup de troupes qui vinrent de France. On avoit trouvé à propos de commencer le siège avec peu de troupes , plutôt qu'en les attendant de donner du temps aux ennemis de se rassembler : ce qui assurément auroit rompu le dessein , leur étant aisé de pourvoir à une place comme Dunkerque , et voyant bien que ce n'étoit que par là que la France maiutenoit l'alliance des Anglois ; mais l'affaire de Hédin et d'Ostende leur avoit donné de la sécurité. Le Roi fut quelques Jours ù. Mardick , où M. le cardinal faisoit pourvoir à toutes les munitions de guerre et avoines pour la cavalerie , et à faire apporter par mer des fascines et des platesformes. Comme on commença à parler , avant que la tranchée fût ouverte , que les ennemis s'asscmbloient , il conseilla très-prudemment au Roi de s'en retourner à Calais , n'y ayant aucun lieu où il pût demeurer sûrement, et ce siége-Ià étant par la situation du pays d'une telle condition que ia retraite étoit comme impossible , s'il arrivoit du malheur à un quartier de l'armée.
Trois ou quatre jours après le départ du Roi, de la Reine et de Monsieur , on ouvrit la tranchée du côté des dunes , dont on se servoit comme de place d'armes. La première nuit , les ennemis firent une sortie avec toute leur cavalerie : on eut beaucoup d'allarmes en plaçant les travailleurs , et les Anglois , qui n'étoient pas fort accoutumés aux sièges , quittoient le travail et couroient aussitôt à leurs armes. Gomme les premières nuits ne sont guères dangereuses , on ne perdit presque personne. On vit le matin toute la cavalerie des ennemis de-
dehors , et la face de la ville étant grande deee côté-là , les ennemis avoient bien vingt pièeei de canon qui voyoient les tranchées ; de sorte que Jusqu'à onze heures ou midi , la cavalerie ennemie s'avançant à la faveur do canon , paroissoit comme des troupes en campagne , ki unes devant les autres ; mais dès qu'elle voaM approcher des tranchées , la cavalerie du Roi la repoussoit avec tant de vigueur, qu'en diverses sorties que les ennemis ont faites , ils n'oit pas eu le moindre avantage ; et quoique notre cavalerie perdtt beaucoup par le canon et même par la mousqueterie , en approchant de la cootrescarpe , on les a toujours poussés jusquesnr le bord.
Les Suisses relevèrent les gardes , et le quh trième jour que Picardie étoit en garde et que le régiment du Plessis avoit la tête de la tranchée , il faisoit un si grand vent que l'on le pouvoit pas voir à cause du sable. Les ein6 mis sortirent , rasèrent un peu le bout de II tranchée , et blessèrent ou tuèrent cent hoih mes des nôtres. Les Anglois avoient une attaqoe à la main gauche, et la cinquième ou sixitee nuit on fut sur les bords des premières polis» des , que les Anglois attaquèrent fort vigoureusement ; mais quoiqu'ils allassent hardiniert sur les palissades, ils ne sçavoient pas s'y loger, et revenoient toujours dans les tranchées, ane beaucoup de perte; on l'a aussi essayé trois oa quatre fois du côté des François sans y réoeilr. Vers le sixième ou septième jour de la trancUe ouverte , M. de Turenne eut avis que les eniMmis s'asscmbloient , et que M. le prince et doei Juan arrivoient à Furnes avec l'armée.
On ne pouvoit rien faire de bon du o6té des dunes pour la circonvallation ; et quoique l'oa en prit quelques-unes avancées , on en vojoit toujours d'autres qui incommodoient; et ^oee^ titude si un ennemi viendra encore par qudqve côté^ fait toujours paroftre les choses moh» dangereuses que quand on le voit en préseaa. Les assiégés avoient fait diverses sorties ane leur cavalerie ; mais ils furent toujours repoi»ses avec tant de vigueur par la cavcJerie de ^a^ mée du Roi , que cela les empéchoit de rica faire de conséquence ; mais on perdit toujours de bons officiers , et principalement par leor canon, dont ils demeurèrent long-temps les mrf* très. Tous les officiers généraux , qui étoieiK M. de Schomberg, M. de Créqui, M. deTirenne, M. d'Humiers, M. de BeUefoiis,M.dt
Gadagne , se signaloient toujours où ils se contrôlent, et le marquis de Créqui fit très^iica à une ou deux sorties de cavalerie , dans l'itM desquelles M. le comte de Gulche , mutn4^
MBMOIBES DU VICOMTE DE TURKNKB. [lGâ8]
amp aux gardes, fat blessé , comme il y étoit aooro voloDtaire : H. le comte de SoissoDS eut mni UD cheval tué, et pensa être pris prisoukiertoatprochedes pallssadesde la contrescarpe. Aa huit ou neuvième Jour de la tranchée ouate ^ on avoit déjà pris quelques palissades Tancées sur le glacis de la contrescarpe , et myé quelques logemens, où on n'a voit pu se laintenir, lorsqu'on vit un corps de cavalerie al s'avaoçoit le long des dunes : on ne sçavoit as si c'étoit toute l'armée. M. de Turenne aarcha avec peu de gens le long de la mer \ tans ce temps-là ils poussèrent la garde de Taure eôté des dunes, qui n'étoit que d'un réginent de cavalerie ; et M. le maréchal d'Hocpiineourt, s'étant avancé avec les coureurs, re- ;at un coup de mousquet par quelques soldats ifaneés à un petit travail, dont il mourut le KÉr. On ne sçut pas seulement qu'il fût hiessé, pe par des trompettes qui vinrent ; et cette BSTslerie se retira auprès de l'Abbaye des du- DM, qui est assez proche de Furnes , où étoit PÉrmée des ennemis, environ à deux heures dioamp.
Les Suisses entrèrent ce jour-là aux trandbées, et on ne put pas se rendre maître de la fSBtrescarpe. Le lendemain ou vit toute Tarvéedes ennemis qui marchoit dans les dunes, d eet avantage qu'elles leur donnoient pour alqqprocher da quartier-général , se faisoit encore bien mieux voir quand l'ennemi étoit proche; de sorte que M. de Turenne s'avança de sept ou huit cens pas seulement, au-devant de MB quartier avec les troupes qui y étoient , laissa toutes les autres dans la circonvallation, et occupa une haute dune, où il craignoit que les ennemis ne vinssent se mettre; fit promptemeat planter des pieux sur l'estang vis-à-vis de ce lieu, l'autre estacade lui devenant inutile, à cause qu'il avoit fait avancer ses troupes. On fit aussi quelque petit retranchement sur le haut des dunes en présence; mais on peut bien juger tpnd tous ces travaux-là ne pouvoient être guère boDS, étant faits en si peu de temps , et que des piliers plantés à la hâte où la marée revenoit , ne pouvoient guères bien tenir.
L'ennemi, s'étant avancé à une demi-heure de ce lieu ou M. de Turenne s*étoit mis avec l'armée, fit halte, et on vit bien qu'il falloit loger. Dom Juan d'Autriche avoit la main droite qui v^rdoit la mer, et M. le prince de Gondé avoit la gauche qui alloit sur le canal qui vient de Fbmes à Dunl^erque. Il y a de cet espace-là aiTiroii quinze cens pas de dunes qui sont aceessiUes, mais inégales, l'estang à la main Iroite , et à la main gauche une prairie de douze
ou quinze cens pas, traversée de petits fossez qui vont Jusqu'au canal de Furnes. M. le prince fit facilement la communication de ces petits fossez , et deux ou trois heures devant la nuit il fit un pont sur le canal avec beaucoup de barques qui lui vinrent de Furnes; et ce pont tenoit à son aile gauche. M. de Turenne, allant le long de ce canal , les vit travailler au pont et le faire en une heure. Il fit retirer toutes les gardes avancées de ce côté-là, et voyant l'avantage que Tennemi auroit de marcher d'un côté et d'un autre du canal vers Dunkerque , il sentit à l'instant qu'il n'y avoit rien à faire que de combattre les ennemis; il envoya ses ordres à tous les quartiers, pour se rendre deux heures devant le Jour au sien. Il commanda aux Angloisqui étoient entre DunlLcrque et Mardick, d'envoyer leur bagage sous le fort, et aux troupes qui étoient en-deçà du canal de Dunkerque à Bergues, de mettre le leur sous un grand fort que les ennemis avoient commencé l'hiver, et que l'on gardoit.
Gomme il y avoit six ou sept canaux entre les quartiers, il étoit bien plus facile à ceux de Dunkerque de faire quelque sortie sur eux quand ils étoient affoiblis, et ainsi il étoit fort dangereux de laisser une grande circonvallation sans troupes, ceux de la ville pouvant mettre le feu au camp et rompre les ponts de communication. Outre cela, la trauchée le mettoit en grande peine ; car une sortie des assiégées et un étonnement de troupes qui se croyoient abandonnées, l'armée marchant au-devant de l'ennemi , l'auroit obligé à lever le siège. D'ailleurs, comme on étoit tout proche du chemin couvert de la contrescarpe, et qu'il y avoit déjà quelques traverses de glacis prises, les sorties étoient fort à craindre, parce qu'on ne peut plus sortir des tranchées quand la tête est poussée , et la confusion s'y met aisément. L'ennemi ayant toutes les contrescarpes et le feu de la place , au lieu que les tranchées étoient fort resserrées, et si avancées que la cavalerie ne pouvoit plus agir, on ne pouvoit pas remédier à cela et continuer son dessein de combattre qu'en faisant entrer, comme l'on fit, une bonne garde de tranchées, qui fut deux bataillons de gardes françoises , qui eurent ordre d'essayer à se loger sur la contrescarpe , comme les jours précédens. Les Anglois entrèrent aussi à la main gauche avec une bonne garde, et il y eut huit escadrons de cavalerie commandés pour y être de renfort.
Les troupes marchèrent toute la nuit, selon l'ordre donné, et les dernières furent un peu devant le jour au quartier de M. de Turenne. La nuit se passa de cette façon, les ennemis