MBHOIB£S DU VICOMTE DE TU&E^^E
ayant seulement envoyé donner une al larme ou deux. II s'y trouva, de Tarmée du Roi, sans compter ce qui demeura au camp , aux bagages et à la tranchée , huit à neuf mille hommes de pied et cinq ou six mille chevaux. II y avoit dix bataillons françois et six anglois , et deux bataillons françois mêlés dans Taile droite de la cavalerie, et des mousquetaires françois et anglois dans l'aile gauche avec dix pièces de canon, dont cinq alloient à Taile droite, entre les dunes et la prairie , et les cinq autres le long de l'estang, lequel étoit très-large, parce que la merétoit basse. Il y avoit cinquante-quatre escadrons de cavalerie légère et quatre de gendarmes.
Les premières lignes de l'aile droite et de l'aile gauche étoient composées chacune de quatorze escadrons; les secondes lignes; de dix chacune, quatre escadrons de gendarmes qui soutenoient l'infanterie, et six escadrons de réserve qui marchoient à une assez grande distance derrière toute l'armée. La première ligne d'infanterie étoit de dix bataillons, et la seconde de six , qui n'avoient point de commandés devant eux que cinquante mousquetaires des gardes , pour faire un peu éloigner la cavalerie ennemie qui étoit en petites troupes sur les dunes, un peu loin de leur armée.
M. de Casteinau commandoit l'aile gauche et avoitM. de Varennesqui menoit la première ligne de la cavalerie; et comme les Lorrains en faisoient une partie, M. de Ligneville commandoit quelques escadrons près de l'infanterie. M. le marquis de Créqui commandoit les escadrons de la droite de Taile droite , et M. d'Humières étoit avec ceux qui étoient proches de l'infanterie. H. de Schomberg commandoit la seconde ligne de l'aile gauche, et M. d'Esquencourt la seconde ligne de l'aile droite. M. de Richelieu étoit à la réserve, et M. de Gadagne commandoit la première ligne de l'infanterie, et M. de Bellefons la seconde. L'infanterie angloise de la première et seconde lignes étoit commandée par M. le général Lockart , ambassadeur d'Angleterre en France, et par M. Morgan , général-major.
A une heure de Jour on sortit en cet ordre de ce lieu , où M. de Turenne s'étoit avancé le Jour précédent dans les dunes, et où les troupes l'étoient venu Joindre la nuit; et comme les gardes des deux armées se voyoient , dès que l'armée du Roi commença à monter sur la première dune , les ennemis furent promptement avertis de sa marche; de manière que Vota vit revenir en diligence quelques chevaux qui étoient à la pâ- .ture, et former les escadrons et bataillons qui * étoient dans le cnmp sans bagage. Leur armée
étoit demeurée comme le Jour précédent : ém Juan d'Autriche à la main droite, avec lemv* quis de Garacène et le duc d'Yorck , le doc de Glocestre et dom Estevan deGamare; etàli main gauche, M. le prince de Gondé avec m officiers-généraux , M. de Goligni, M. de Bot* teville , M. de Persan, M. de Guitaut et H. le comte de La Suze ; M. de Marsin , qui étoit b seul officier-général qui y manquoit, étoit m un petit corps vers le Luxembourg. La cavalerie de l'aile gauche, qui étoit fort étaidueversk canal , ne pouvant pas être employée dans celle prairie à cause des fossés, M. le prince la nrit sur cinq ou six lignes depuis les dunes Jusqo'i ces fossés, où ni les uns ni les autres ne poi* voient marcher que deux ou trois escadrons de front. Il mit deux bataillons dans un lieuunpei couvert, tout devant sa cavalerie; et après, a remontant les dunes , il commençoit à y a avoir Jusqu'à ce qu'ils Joignissent l'infkDterieè dom Juan d'Autriche, laquelle alloit Jusqu'à l)ord des dunes qui regarde l'estang , et toate sa cavalerie étoit derrière son infanterie, de le* quelle il avoit avancé un bataillon espagÎMlsv une dune assez haute , qui étoit près de eentpei devant toutes les autres.
On les vit se ranger en cet ordre-là : eonme l'armée du Roi marchoit à eux , et eonme II hauteur des dunes empéchoit de voir tous Imn mouvemens, M. de Turenne croyoit qo*!! y avoit beaucoup de cavalerie derrière leur inte* terle, et on lui dit après, que M. le prince, «pi avoit cinq ou six lignes les unes derrière lei aotrès, en vouloit prendre quelqu'une pour mettre derrière son infanterie , comme en effipt aei gardes y étoient , et encore quelques eseadim Le canon de l'ennemi n'étoit pas encore ven, et il devoit arriver ce soir-là avec leur bagage; et il pou voit y avoir dans leur armée neuf à dix mille chevaux et cinq à six mille boauntt de pied. M. le prince courut lui-même avoUr dom Juan que l'armée du Roi marchoit, et ilflt mettre ses troupes en ordre avec toate la dîft* gence qu'il se peut.
Les choses étant disposées des deux eôtéi, l'armée du Roi marchoit au petit pes, et l'ai* nemi étant assez empêché à se mettre en bataille, tous les officiers-généraux y étoient o^ cupés , et on voyoit bien qu'il n'ra venoit poW à leurs gardes avancées, lesquelles ae retiroM vers le gros de l'armée sans escarmoocher. Oi voyoit bien aussi que plus de dlligeoce à aa^ cher apporteroit un grand avantage , âtant tm- Jours à l'ennemi un temps de se mettre co tfdre ; mais un corps d'armée qui marche ee bataille ne peut aller qu'un certain pas r^t
MSMOIBBS DU VICOMTE DE TlTREN^R. [l658]
t il faut an peu attendre les uns et les Dr se pouvoir ranger. On avoit, comme Sans Tarmée du Roi , cinq pièces de chaque aile, qui marchoient à la tête iers escadrons , et étoient à une dissonnable de Tennemi. On tiroitun coup de chacune, et après on atielloit en diour reprendre la tête des escadrons. On s ou cinq décharges avant que de joinanemis.
Dglois qui étoient à Taile gauche , troupremiers celte dune , qui étoit plus , montèrent avec deux bataillons pour r, et ils eurent quelque temps les roisées avec les Espagnols; mais la résolution avec laquelle ils les atta- , et quelques commandés d'infanterie i anglois qui vinrent par le flanc, obliégiment espagnol à se mettre en coui à s'enfuir : e'étoit celui de don Gasoiface.
vaierie de l'ennemi soutint assez bien lencement son infanterie; mais les réde cavalerie de l'aile gauche, ayant ment secouru les Anglois , et aussi quelcadrons des nôtres ayant pris le long mg, vinrent se mettre entre les deux e l'ennemi : ce qui les mit en confuant aussi chargés vigoureusement à la ans le temps que les Anglois étoient sur la dune, et que ce régiment espacelui qui le soutenoit commençoient à
Les gardes , les Suisses , les régimens rdle et de Turenne commençoient à atrinfanterie qui étoit devant eux , et les escadrons de l'avant-garde marchèrent 1 avoit la tête du corps de M. le prince, anterie ne fit qu'une fort méchante dé- , et l'infanterie de l'armée du Roi ne tira
pas , et ne se mit en nulle confusion pour ipre. La cavalerie rompit aussi les pregcadrons de l'ennemi avec peu de résiset poussant trop avant , elle fut ramenée e de l'ennemi, où M. le prince se trou-
y eut un temps où les choses furent un balance. Toute la cavalerie de l'ennemi it en bon ordre , à cause de ce petit
mais n'y ayant eu que quatre escadrons , la cavalerie se trouvoit derrière en dre, et les gardes et les Suisses qui
trouvé fort peu de résistance , et qui en fort bon ordre ( quoique les derniers
été chargés par les gardes à cheval de prince , dont il en demeura une partie *il8 entrassent dans le bataillon), se tourun peu h droite et reçurent nvec un
fort grand feu cette cavalerie de M. le prince qui s'avançoit. Le régiment de Montgommerl , infanterie , qui étoit aussi mêlé dans l'aile droite, fit une décharge , et ces régimens poussés se remirent. M. le prince y eut son cheval blessé et en prit diligemment un autre ; la confusion commençant déjà dans ses troupes, il eut grand' peine à se sauver. MM. de Bouteville et Goligni y furent pris ; M. de Meille pris et blessé, dont il mourut peu de Jours après.
Ceci arrivant un peu après que la con(\ision se fut mise dans l'aile droite des ennemis, toute leur armée se mit en désordre sans se rallier ^ et hors quelques escadrons qui se débandèrent , toute l'armée les suivit un quart d'heure en fort bon ordre : une partie de leur infanterie se sauva par la main gauche dans le marais ; tout le reste fut pris : il y eut bien entre trois et quatre mille prisonniers de l'ennemi , et mille au plus tués ou blessés. De l'armée du Roi , il y eut quelques officiers et cavaliers tués des escadrons de la droite , et de la gauche des deux ailes , quelques soldats et officiers de l'infanterie angloise, et peu du reste de l'infanterie.
Gomme on étoit engagé au siège , on ne put pas suivre fort long-temps ; néanmoins la cavalerie poussa Jusqu'auprès de Fumes , derrière laquelle place les ennemis se retirèrent et s'y arrêtèrent, sçachant bien que l'armée du Roi s'arrêteroit au siège : il s'y sauva quantité de prisonniers , que les cavaliers et les officiers laissolent aller pour rançon ; et on sçut depuis que presque tous les officiers de l'ennemi le furent dans le combat ; don Juan et le marquis de Garacène , M. le duc d'York et M. le duc de Glocestre , son frère , étoient à l'aile droite, qui firent très bien , mais ils furent obligés de se sauver avec les autres.
M. de Turenne , retournant au camp , envoya M. de Pertuis en porter la nouvelle au Roi, qui étoit à Galais, lequel revint le lendemain à Mardyck, et le siège se continua. Les assiégés n'ayant point relâché de leur vigoureuse résistance^ trois Jours après la bataille, M. le marquis de Gréqui se logea avec le régiment de Turenne sur la contrescarpe, où on perdit beaucoup de gens ; et depuis cela , M. de Schomberg, M. de Varenne, M. d'HumIères, M. de Bellefons et M. de Gadagne avancèrent à leur garde autant qu'il se pouvoit. Gomme il y avoit beaucoup de traverses , il n'y avoit point de garde où il ne fallût faire quelque chose de fort vigoureux à découvert. Les Anglois qui étoient à main gauche, quoiqu'ils fissent très bien leur devoir, ne purent Jamais se loger sur la contrescarpe qu'après qu'elle fut abandonnée. M. de
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Casteinau , qui avoit agi avec beaucoup d'utilité et de vigueur durant tout le siège, fut blessé, allant au fort Léon, dont il mourut. Gomme depuis la bataille on ne craignoit plus d'engager beaucoup d'infanterie devant la ville , on avoit commencé une attaque à ce fort, qui servit plutôt à une diversion qu'à autre chose , on fit aussi abandonner aux ennemis un fort de bois, dans lequel ils avoient du canon , aussi bien que tout le long d'une digue qui avauçoit dans la mer, de quoi ils incommodoient fort la tranchée ; mais ils le quittèrent bientôt; de manière que six ou sept jours après la bataille, qui étoit le dix-huitième de l'ouverture de la tranchée, comme on étoit logé au pied de leur dernier ouvrage , ils demandèrent à capituler. On sçut que le marquis de Lède étoit mort le même jour, ayant été blessé cinq ou six jours auparavant.
Le Roi étant depuis cinq ou six jours à Mardyclc, vint le lendemain avec M. le cardinal au quartier de M. de Turenne, où les otages étant donnés, la capitulation fut signée, et la garnison sortit un jour après et fut conduite à Saint-Omer : il y restoit mille hommes de pied eu sept ou huit régi mens , et six à sept cens chevaux. La ville fut, selon le traité, remise aux Anglois, et deux jours après M. de Turenne marcha à Bergues. Les ennemis étoient demeurés à Furnes, et avoient laissé huit ou neuf cens hommes dans Bergues. Le Roi, qui n'avoit l)ougé de Mardyck depuis la prise de Dunkerque , y vint comme Tarmée y arrivoit ; et la tranchée étant ouverte le lendemain , il vint encore se promener au quartier de M. de Turenne, et il paroissoit bien qu'il avoit fort mauvais visage ; et en effet, il eut dès le soir une grande fièvre , et avoua qu'il en avoit quelque ressentiment depuis deux jours sans l'avoir voulu dire : c'est là où sa grande maladie commença; et étant porté à Calais , il y fut à l'extrémité.
La première nuit de la tranchée à Bergues, on emporta une redoute que les ennemis avoient proche de leur contrescarpe , et on se logea en un lieu, avec toute la garde de la tranchée , où on ne pouvoit pas aller de jour. Le lendemain , M. de Schomberg commanda la garde : on emporta la contrescarpe et tous les travaux de dehors , et on se logea sur le bord du fossé , lequel on commença à remplir , et il fit mener du canon à découvert près de la porte ; de sorte que ceux de la ville , demandant à capituler , ne furent reçus que prisonniers de guerre. Il y avoit cinq vieux régimens d'infanterie et un régiment de cavalerie dans la place, qui faisoient entre huit et neuf cens hommes. Dès
qu'ils curent demandé à capituler, et qo'ili virent qu'on ne les vouloit recevoir que prisonniers de guerre, il leur prit un si graad étonnement , que beaucoup se Jetèrent dam le marais pour se sauver ; mais ils forent reprit par les soldats , et le reste jettolt les armes et abandonna tous ses postes le long des mh railles ; et si M. de Turenne n'y fût arrifé, on alloit piller la ville: on fit enfermer tov ces soldats et officiers , et ils furent envoyés cb France par Calais. Le lendenmin M. de TurenM sçachant que l'ennemi quittoit les environs de Furnes, y envoya M. de Varenne avecdcn mille hommes , et suivit quatre ou cinq henv aprs , avec fort peu de gens. Ceux de Fomei ayant tiré quelques coups , voyant qu'ils étoîeot abandonnés par leur armée qui étoit à Nieoport, et qu'elle n'y avoit laissé que quatrevingts hommes , se rendirent à un trompette qu'il leur envoya , après avoir fort menacé ici bourgeois qu'ils seroient pillés s'ils se défeodolent, et dans l'instant mesme M. de Tureooe entra dans la ville, et renvoya ces quatre-viogti hommes à Nieuport , où étoit don Juan d'iltriche. Il y demeura cette nuit-là , parce qvlis ne se rendirent qu'à une heure de nuit, et s'a retourna le lendemain de grand matin au eamp; et comme il avoit tenu M. le marquis de Gréqii avec un corps à Rosebrugh , qui est sur le chemin de Bergues à Ypres, il lui ordonna de prendre le chemin de Dixmuyde par le dedans dn pnîs ; et lui , il marcha le long de la digue droit à la Fintelle et à la Kenoque , où se aépaie le canal qui va à Ypres et à Dixmuyde.
Les ennemis , qui depuis la prise de Bergnei s'étoient retirés entre Nieuport, Dixmuyde et Ypres , vouloient garder ces canaux là; mail la marche si prompte , qui ne leur donnolt aa* cun temps , les empéchoit d'oser s'arrêter et aucun lieu , n'ayant pas eu le temps de 8'a^ eommoder. Ils commençoient à travailler à use redoute à la Kenoque , et il y avoit quelle cavalerie derrière;. et comme c'est un p^ysM on ne va que par des digues , le premier foftilié en un lieu y a grand avantage; mais le peu de temps qu'ils avoient pour disposer de leon affaires , les faisoit toujours prendre des putii auxquels on voyoit bien que la néoessilé kl obligeoit , et ainsi ils étoient toi^oars efllba^ rassés dès que l'on s'avançoit , étant aisé de connoftre qu'ils ne s'arrêtoient que dans l'eipé* rance qu'ils avoient que l'on n'irott pas piv avant, et leur bagage étoit toujours quatre es cinq heures derrière eux. L'armée du M ayant donc fait une grande marche de Bergaei à la Kenoque , où un tiers de nos trinipes pun
MEMOIRES DU VICOMTE DE TURENNE. [l6.58]
pour prendre des bestiaux qui étoient i; on marcha le lendemain de grand vers Dixmayde, qui n*en est qu'à une heure , et où on ne va aussi que par des •
diie avott été fort négligée, étant au cœur s, et Ton commençoit depuis huit ou dix en raccommoder les contrescarpes. M. le , qui demebra long-temps à une porte oir arriver Tarmée du Roi , vit bien qu'il pas en état de la défendre ; il y laissa , oins, trois ou quatre cens hommes, avec comme il parut depuis , de se rendre en e Ton passât la rivière et qu'ils vissent >u formât le siège. L'armée de Teunemi itre cette place et Nieuport ; mais ayant i gens dans Ypres, ils s*étoieut beaucoup is , et outre cela ils ne trouvoient pas los, à cause de Tétonnement de leurs } , de faire tète en aucun endroit , quelrré qu'il fût.
mée du Roi fit un pont auprès de Dix- ;; et ayant fait passer quelques troupes 3romer la ville , M. de Moret arriva en ps-là, envoyé par M. le cardinal à M. de ne , pour lui dire que le Roi étoit à l'exï , et qu*il n*entreprit rien avant que de l'état de la maladie de Sa Majesté; peutle Ton eût songé à passer la rivière , si la e se fût rendue. Les habitans envoyèrent der à capituler, et M. de Turenne permit imison de se retirer à leur armée ou à >rt; ce qu'elle fit. M. le cardinal mandoit e Turenne de lui envoyer quelques com- I des gardes et deux ou trois des Suisses : i fit. M. le comte de Soissons s'en alla BS compagnies de Suisses. On étoit fort le de la maladie du Roi , et toute Tarmée es sentimens qu'elle devoit , résolue de 'er dans son devoir si quelque malheur i. Comme c'est une chose qui regarde le le la cour , beaucoup de personnes qui y pourront parler de toutes les circon- , lesquelles M. de Turenne a fort bien .e Roi a toujours dans cette extrémité lé une grande tendresse à M. le cardinal, fut un jour ou deux en peine des dispode Monsieur , auquel il parla de trèsis, et lui dit qu'il savolt qu'il y avoit des li caballoient avec lui sur la maladie du que si quelque malheur arrivoit, qu'il it pas qu'il se mit en peine , ni douter et tout le royaume ne se soumissent, ardlnal , contre qui on crie , comme on ordinaire contre ceux qui gouvernent , beaucoup d'amis en ce temps-là. Il y eut
quelques femmes à qui la Reine sut fort mauvais gré des discours qu'elles avoient tenus durant la maladie du Roi , et de leur curiosité de voir comme il se portoit. Le Roi fut deux jours à l'extrémité , et revint par du vin émétique, parlant dans ses rêveries fort souvent de l'armée. Il commença après un grand effort de nature à reprendre un peu de vigueur, et il n'y eut d'alarme que ces deux jours; car les réjouissances recommencèrent après , et l'on envoya des courriers partout annoncer la convalescence de Sa Majesté.
M. de Turenne ne bougea de l'armée auprès de Dixmuyde, et recevoit tous les jours de M. le cardinal des lettres sur Tétat où étoit le Roi , dont la maladie fit arrêter l'armée neuf ou dix jours , sans rien entreprendre. On fit seulement avancer M. le marquis de Gréqui fort proche de Nieuport. L'ennemi croyant que c'étoit le corps de l'armée , quitta son camp qui étoit à une demi-heure de Nieuport, derrière un canal où il comnfençoit à se retrancher, et se sépara. M. le marquis de Garacène entra à Nieuport avec une bonne partie de l'infanterie; M. le prince s'en alla à Ostende , et dom Juan à Rruges. Sans la maladie du Roi , M. de Turenne se seroit mis entre Nieuport et Ostende le même jour que l'ennemi se sépara ; et comme on a su depuis qu'ils n'avoient ni vivres ni munitions de guerre dans cette place, et qu'on pouvoit couper tous leurs convois, il est certain que l'on eût pris les deux tiers de l'armée d'Espagne avec un peu de patience.
Le Roi commençant à se mieux porter , M. le cardinal manda à M. de Turenne qu'il s'en venoit à Rergues, et le pria de s'y en venir. C'étoit dans le commencement du mois de Juillet, et M. le maréchal de La Ferté , qui avoit assemblé son corps ordinaire de troupes , qui pouvoit monter en tout à cinq ou six mille hommes , étoit vers Lens , et M. le cardinal lui avoit promis, dès le commencement de la campagne, qu'il prendrolt quelque temps pour lui faire faire un siège; de sorte qu'il lui manda de s'en venir à Cassel, et M. le cardinal s'y trouva avec M. de Turenne ; M. Le Tellier y étoit aussi ; et devant que de partir de Rergues, on étoit convenu qu'il n'y avoit point d'autre place à assiéger que Graveliues ,M. de Turenne ayant fait voir à M. le cardinal qu'il espéroit couvrir avec Tarmée Rergues , Fumes et Dixmuyde , et qu'il pouvoit donner la main à Gravelines , si l'ennemi y alloit : ce qu'on ne pouvoit pas faire au siège d'aucune autre place, où il eût fallu s'éloigner davantage des villes conquises. J'avois oublié de dire que M. de Turenne avoit déjà vu une
MÉMOIHRS bll VICOMTE DE TI.BEI^NK. [1658]
fois M. le cardinal à Bergues depuis la maladie du Roi , où il lui avoil conté tout ce qui s'y étoit passé. Le ministre laissa partir le Roi pour aller à Paris avec la Reine ; Sa Majesté étoit eseore fort foible , mais elle se remit fort promptement ; et le cardinal , voulant voir encore commencer quelque chose avant que de s'en aller , allongea son séjour dans le pays Jusqu'à la prise de Gravelines. On alla donc à Gassel , où étoit M. le maréchal de La Ferté , qui dit à M. le cardinal, que , pourvu qu'il demeurât dans le voisinage , il entreprendroit ce qu'il voudroit, et ainsi il fit marcher des troupes pour investir Gravelines.
Depuis la bataille de Dunkerque , l'ennemi avoit retiré sa meilleure infanterie de Gravelines , et ayant le cœur du pays à défendre , n'avoit laissé dans cette place que sept ou huit cens hommes. M. de Turenne envoya sept ou huit régimens d'infanterie pour le siège , et demeura auprès de Dixmuyde. M. le marquis de Créqui étoit toujours avec un corps détaché près de Nieuport, où M. le duc d'York et M. le marquis de Caracène furent plus d'un mois, M. le prince à Ostende , et dom Juan à Bruges, et M. le prince de Ligne à Ypres. L'armée du Boi ne s'affoiblissoit que par les maladies, quoiqu'il fallût aller tous les jours au fourrage et que l'on fit beaucoup de courses dans le pays.
M. de Turenne envoya M. de Varenne, lieutenant-général , que M. le maréchal de La Ferté lui demanda comme une personne qui entendoit très-bien les sièges. Le troisième ou quatrième jour après la tranchée ouverte, il fut tué d'un coup de canon. 11 avoit été toute sa vie avec M. de Turenne , et c'étoit un des meilleurs officiers qu'il y eût en France. M. le eomte de Moret fut aussi tué du même coup. Il étoit lieutenant des gendarmes de M. le cardinal , et devolt avoir le gouvernement de Gravelines. M. de Turenne l'aimoit tendrement , et il n'y avoit point de gentilhomme en France à qui il eût sitôt ouvert son cœur , lui ayant reconnu en diverses affaires un procédé fort sincère , accompagné de beaucoup de jugement , sans laquelle qualité toutes les autres , et principalement à la cour, se rendent inutiles et à soi et à ses amis. Il n'est pas croyable combien il en a été touché, comme d'une perte qui ne se répare point.
On ne fit presque point de cireouvallation à Gravelines , à cause que l'armée du Roi couvroit le siège. On demeura trois semaines devant la place , et la tranchée avoit été ouverte près de quinze Jours avant que les ennemis changeassent de posture. Ils avoient toujours eu
un corps sous M. de Marsin , qui regtrdoît le Luxembourg , lequel ils firent rapprocher de la Flandre , et levèrent trois ou quatre mille hommes de pied vers le Brabant ; tout cela se trouva prêt à marcher vers le temps que j'ai dit. Ils avoieut au commencement de la campagne un corps de cavalerie qui passoit dooie mille chevaux ; ils l'estimoient quatorze mille; lequel s'étant raccommodé , et ayant beaucoup de régimens qui n'avoient pas été à la bataille de Dunkerque , leur armée s'assembla vers Bruges , et s'ai^rochant de la Lys pour s'éloigner du côté de Dixmuyde , où étoit l'armée du Roi , ils y Joignirent M. de Marsin , avec une partie de ses nouvelles levées, passèrent par Ypres où étoit le corps de M. le prince de Ligne , et s'avancèrent vers Pop^ ringue en corps d'armée , où étoient tous les généraux.
M. de Turenne , voyant que le côté de Nieuport et d'Ostende se dégarnissoit de troapei pour composer l'armée, changea de posture, et fit marcher M. le marquis de Créqui Sfee son corps , qui étoit proche de Nieuport , à la Fintelle , pour se tenir à la tète de l'armée de l'ennemi , qui étoit à Poperingue et qui 8*avançoit à Rosebrugb. Ce corps avoit ordre de renvoyer ses l>agages au camp , et étoit d«tiné pour Dixmuyde , y tenant toujours la m^ par des dragons et de la cavalerie qui ét»llàla Kenoque , de peur que l'ennemi , qui avoit toat son bagage sous Ypres , ne dérobât une mH' che , laissant Bergues à main droite , pour A- 1er secourir Gravelines, éloignée seulement de six à sept heures.
M. de Turenne tenoit deux brigades de «- Valérie à Mardyck , qui avoient ordre de nv* cher à Gravelines dès qu'ils auroient laigae des ennemis; et lui , avec peu de troupes, le tenoit auprès de Dunkerque , d^où il avoit if pandu de petits corps séparés Jusqnes par deM Furnes. On laissoit toujours une garde denat Dixmuyde , et , de l'autre côté , ce qui éloft à Mardyck voyoit le camp de Grayelines ; Il y i bien deux lieues de l'un à l'autre; mais c'est le pays qui fait que l'on peut se gouverner de cette façon. L'ennemi ne pouvant le Iravener qu'en faisant des ponts , on étoit libre à se se conder sur une grande digue ; les bagages qv étoient à côté n'embarrassoient point , et f» corps , à une demi-heure ou une heott les m des autres , étoient aussi-tôt seooonn pardMi la digue ; et la connolssance du pays Mt Kir que l'on ne peut pas se mettre entre deux.
On demeura en cette posture-là Jnsqa'd la fin du siège de Gravelines, qui dura vingt-cîaq
MEItOlBES DU VICOMTfi Ofi TURBNNB. [|6'Î8]
l'hïx jours de tranchée ouverte. M. ie s d'Uxellesy fut tué, qui étoit un homme rite , et qui étoit des premiers lieute- •généraux de France. Il y eut bien aussi
I neuf cens hommes tués ou blessés au et comme c'est une des meilleures places puisse voir , quoiqu'il y eût fort peu de sdans , ils ne laissèrent pas de faire une Dce qui donna assez de peine, ennemis qui étoient à Rosebrugh, ayant le Gravelines capituloit, se retirèrent près , et de là le long de la Lys. M. le ri , qui avoit demeuré durant tout le siège Is , et qui avec un grand soin faisoit fourites choses, quoiqu'il ne parût pas qu'il y cun préparatif au commencement , s'en Dunkerqne avant que de s'en retourner r ie Roi. On est obligé de dire qu'il n y >Dne, ni qui travaille tant , ni qui trouve expédiens avec une grande netteté d'es- •ur terminer beaucoup d'affaires de diffésortes. Beaucoup de personnes qui auété en sa place s'en seroient retournées
3 Roi après la prise de Dunkerque , où vint ainsi que j'ai dit, et où M. de Tule trouva.
le maréchal de La Ferté, après la prise ivelines , laissa ses troupes à deux ou trois lans-généraux et s'en retourna en France, voit des affaires. On renvoya deux ou égimens d'infanterie auprès de Hédin , emeuroit un corps d'armée de dix mille IX et de neuf à dix mille hommes de et un assez bel équipage d'artillerie et de pour la campagne. M. le cardinal resta r entier à Dunkerque, et le Roi, qui s'érété quelques Jours à Gompiégne, et qui ntièrement remis, le pressoit de l'aller r en diligence à Fontainebleau , où il loit avec la Reine et toute la cour. M. le al dit à M. de Turenne de faire les cho-
II trouveroit être le plus à propos, sout que l'on pût faire en sorte de laisser Hip de troupes dans le pays , l'avertissant lent qu'il avoit eu avis certain que les lis , après la prise de Dunkerque , s'attenassez à perdre Armentières.
de Turenne étoit toujours d'avis qu'on quelques troupes auprès de Hédin , afin J ne réttssissoit à rien de considérable epays, que l'on pût, en fortifiant ce corpsreun blocus à Hédin tout l'hiver, et ce fut on pour laquelle on y envoya ces région destinoit M. le maréchal de Schurg pour avoir la direction de cette entre- Dans ces pensées , M. le cardinal partit
de Dunkerque pour s'en aller à Paris, et M. de Turenne retourna Joindre l'armée qui étoit à quatre heures de Dunkerque. L'amluissadnir d'Angleterre demeura dans cette place avec une grande garnison. Il y eut au plus deux mille soldats anglois sous M. Morgan qui suivirent l'armée, et M. de Turenne ordonna au corps de M. le maréchal de La Ferté de le suivre à Dixmuyde.
L'emiMirras de la sortie de Gravelines les retint un jour ; mais comme c'est un pays étroit, où l'on ne fait que s'embarrasser d'attendre trop de troupes a un rendez-vous, il passa avec l'armée, et alla loger au-delà de Dixmuyde, où ayant laissé ordre à M. de Schomberg de mettre ensemble sept ou huit régimcns qu'il lui laissa pour demeurer sous les places de Dixmuyde, Fumes et Bergues^ il marcha avec l'armée à Thiel , qui est à mi-chemin entre Bruges et Gand, avec dessein démarcher sur la Lys et sur l'Escaut, laissant l'ennemi loin derrière lui, qu'il sçavoit avoir dessein de couvrir Armentières et Courtrai ; afin qu'en donnant Jalousie de ces grandes places de Gand et de Bruges, il le fit séparer ou prendre une posture qui lui donneroit occasion de faire quelque chose de considérable. L'ennemi , après la prise de Gravelines , s'étoit logé au-delà de la Lys et avoit laissé un grand corps dans Ypres , à sa tète. M. de Turenne , ayant un grand corps de cavalerie à l'avant-garde , arriva à Thiel de bonne heure, commanda que l'armée y logeât, et passa outre, marchant droit à Deynse, où il sçavoit qu'il y avoit un pont sur la Lys ; de là il* vouloit , sans s'arrêter avec cette avant-garde, marcher droit à Oudenarde , quoiqu'il n'eût pas été dans le pays, le sçachant très-bien et par les gens du pays et par les cartes ; mais à l'entrée de la nuit le guide le perdit, de manière qu'il fut obligé de retourner au quartier , bien marri d'avoir manqué le dessein d'Oudenarde. Il no laissa pas néanmoins d'envoyer M. de Gastion avec cinq ou six régimens à Deynse sur la Lys, avec ordre d'envoyer des partis vers Oudenarde, persuadé qu'il n'y avoit pas d'apparence de marcher plus outre , sans attendre l'arrière-garde qu'il avoit laissée à huit ou neuf heures de là.
On séjourna deux Jours à Tiel , et comme M. de Turenne sçut que ces troupes de l'arrièregarde arri voient aune heure de là, il partit de grand matin avec toute l'armée , laissant le bagage à Tiel , et ce corps de M. le maréchal de La Ferté qui faisoit l'arrière-garde , le venant joindre à la pointe du Jour avec la réserve de l'armée qui y demeura , il commanda à tout ce corps d'y camper , ayant fait seulement changer
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UBMOlfiKS DU VICOMTE DB TCJfiENN£. [1658]
le camp, en sorte qu'il pût être plus sûr et plus prôt à déloger , pour le venir joindre au premier ordre ; et marchant lui-même à la pointe du jour avec une partie de Tarmée , sans bagage, il passa la rivière de la Lys à Deynse , où il apprit qu'il étoit arrivé un corps de cinq ou six régimens de Tennemi à Oudenarde. Ayant envoyé beaucoup de partis pour donner jalousie à Tennemi de tous les côtés, et laissé encore quelques régimens sous M. de Gastion à Deynse, il marcha le même jour à Gavre, qui est un château sur TEscaut à trois heures de Deynse , où il arriva encore de fort bonne heure. L'ennemi n'ayant pas eu le temps de s'assembler derrière l'Escaut , il n'y parut que cinquante chevaux. Il s'y dcvoit trouver beaucoup de paysans ; mais les marches promptes ne donnent loisir qu'aux raisonnemens , sans laisser de temps pour apporter les remèdes. De quatre ou cinq mille paysans qui avoient ordre de se trouver à ce passage , il n'y en eut que deux ou trois cens qui s'enfuirent aussitôt , à la réserve de cinquante qui se mirent dans le château qui étoit de l'autre côté de l'eau.
Comme les dragons de l'armée du Roi arrivèrent sur le bord de l'eau , et la cavalerie de l'avant-garde , il y eut d'abord près de deux cens chevaux qui passèrent la rivière à la nage sous le château , dont ceux de dedans furent si effrayés qu'ils se rendirent tous aussitôt. M. de Turenne fit passer ensuite quatre régimens de la brigade de Podwitz avec tous les corps des régimens , et on courut jusqu*à quatre lieues de Bruxelles. Quelques régimens de l'ennemi, qui passoieut vers Gand , laissèrent leur bagage, et cela mit une telle confusion , que les régimens qui étoient sous Oudenarde marchèrent aussi vers Bruxelles. G'étoit Dom Antoine de La Cueva qui le^ commandoit , qui en eut l'ordre. On fit travailler aussi au pont de bateaux sur l'Escaut, et M. de Turenne n'étoit pas encore ré^Iu à rien , quand le lendemain de grand matin il sçut, par un homme qui étoit envoyé du gouverneur d'Oudenarde pour demander des sauves-gardes , comme la cavalerie en étoit sortie. Il prit aussitôt mille chevaux et deux cens dragons et passa TËscaut , envoya dire au gouverneur par M. de Madaillan , qui servoit d'aidede-camp près de lui , qu'il alloit l'assiéger, et qu'il se décidât à demeurer neutre et à donner passage à l'armée. Il s'approcha de la ville avec cette cavalerie et fit saisir par ses dragons quelques maisons tout proche de la porte. Il y eut un temps que l'on crut que le gouverneur se rendroit ; mais voyant le peu de gens qu'il y avoit, il recommença à tirer. M. de Turenne,
après avoir demeuré trois ou quatre heures proche de la place , et voyant qu'il y avoit si pea de gens dedans , résolut de s'y en venir avee l'armée , et commanda à un parti de trois eens chevaux, sous le lieutenant-colonel de Booilloo, d'aller de l'autre côté de l'eau pour empêcher qu'on y jettât des troupes par Courtrai. Il s'en alla lui-même à l'armée, ayant envoyé quérir sept ou huit cens mousquetaires pour fortifier M. d'Humières qui n'avoit que deux cens angons. Comme il étoit aune heure de là, ceaxde la ville, ne voyant que fort peu de gens près de leurs portes , firent une sortie sur les dragons , et en tuèrent quelques-uns , mirent le feu aux maisons et les en chassèrent. M. de Turenoe pensa en chemin qu'il y avoit quelque danger de laisser ce corps-là si proche de la ville, et que les ennemis auroient le temps de faire passer un corps par Tournai : c'est pourquoi il renvoya Saint-Martin , maréchal-des-logis de la cavalerie , dire à M. d'Humières qu'il se retirât à moitié chemin de la ville à l'armée : ce qu'il fit à rentrée de la nuit; et le lendemahide grand matin , ayant travaillé à défaire le pont toute la nuit , l'armée marcha tout le long de l'eau , en remontant droit à la ville , faisant tirer le pont après soi.
Le lieutenant- colonel de Bouillon battit à la pointe du jour deux régimens qui youloientcntrer dans la ville. La cavalerie de Ton des deox fut toute prise, mais les dragons y entrèrent,([ui n'étoientpas plus de cent. L*armée arriva debonneheuredevant la ville du côté de Courtrai,^le corps qui avoit été le jour auparavant de l'aotre côté , eut ordre de s'avancer à son même poste; et M. de Turenne, ayant passé l'eau enbatteao, le pont n'étant pas fait , alla visiter les poatn; et étant descendu le loDg de la côte , il y vit no lieu où il pouvoit venir des gens tout à eouTert de Courtrai ; il y fit venir des dragons du Roi. Comme il visitoit ces lieux-là avec trente oi quarante chevaux , s'étant un peu éloigné do lieu où il avoit laissé les dragons , trois régimens de cavalerie , sous M. de Chamilli, qœ M. le prince avoit commandés pour entrer dam la ville , arrivèrent en plein jour aa lieu où ob ne faîsoit que de mettre les dragons. M. de Péguilain , qui les commandoit, s'y étant reneontré , ils tinrent ferme dans une rue: ce qui arrêta tout court cette cavalerie, laquelle pritaossitôt répouvante. Il n'y en entra pas on dans la ville, et M. de Chamilli fut pris avec li moitié de ses gens. C'étoit le régiment de Goodé et deux autres régimens, lesquels ayant voulnT^ nir de l'autre côté de Teau , le gouverneur de la place les avoit envoyé avertir qu'il n'y a^tMt
MEMOIRES DU VICOMTE DE TUBEN.NE. [l^ôS]
i du côté quMls abordèrent , comme en troupes ne faisoient que d*y arriver un beure auparavant. On sçut , par les pri- , comme les ennemis s'étoient fort sépalinsi on vit bien que sans lignes , ni de communication sur l'Escaut, que etit pont que Ion fit la nuit , ^ue Ton aisément prendre la place. Turenne avoit mandé , le jour auparatout le corps qui étoit demeuré à Tiel )agage, de marcher droit à Oudenarde, qu*il y arriva le soir même ; et ayant ouranchée, la nuit, en trois endroits difféapprocbé, en deux heures, d'une demi- ! Ton alloit prendre, ceux de la ville brent à capituler : on les reçut comme ;eois le demandoient ; mais trois régi- [ui étoient entrés de Courtrai le jour 'étoit approché de la ville de Tautre 'eau , ne furent point reçus à autre comque prisonniers de guerre, larde étoit une ville où il y avoit un ad peuple, mais où il manquoit de tout défense : aussi est-elle si fort au milieu , qu'elle n'étoit pas estimée comme une guerre. Comme c'étoit une conquête ncée , la conservation en paroissoit asîile durant Thiver, et M. de Turenne oute un peu de temps s'il s'avanceroit ixelles avec l'armée, ou s'il retourneroit ^s , où il sçavoit bien que Menin étoit ;e à pouvoir accommoder, et dont la sidonnoit beaucoup de facilité pour ia ication de Dixmuyde à Oudenarde.
I ne sçavoit si, en marchant prompter la Lys, il ne trouveroit pas occasion rendre sur Courtrai. Ce qui l'empêcha 5r vers Bruxelles , qu'il eût espéré poundre, c'est que, n'ayant qu'un équicarapngue et pour deux ou trois jours s , il ne pouvoit faire un siège ; de ma- 3 la moindre résistance qu'il eût trouvée, lige d'épuiser tout ce qu'il y avoit de ans Oudenarde , et la ville n'étant point , il eût fallu se retirer en arrière et e pays au-devant d'Oudenarde et Oudeléme; au lieu que se mettant en arvivoit par ce qu'il lui venolt de la mer, it des mesures plus sûres pendant six s ou deux mois pour la conservation arde. Il y laissa seulement deux régicavalerie et quatre cens hommes de s M. de Rocbepaire , et marcha le lenque la ville fut rendue. En remontant , qu'il laissoit à gauche , il fit suivre eaux , comme s'il eût voulu foire un
pont pour assiéger Tournai ou pour entrer dans le Brabant. Il avoit toujours laissé M. de Gassion avec douze ou quinze cens hommes pour garder le pont de Deynse sur la Lys ; Il lui envoya ordre de le venir joindre au camp, à une heure et demie d'Oudenarde, d'où il vouloit partir à minuit, espérant que, par une marche prompte et qui ne seroit pas vue , il trouveroit quelque chose d'important à faire sur la Lys.
On n'eut nouvelle que quatre heures devant le jour que M. de Gassion arrivoit, et comme on ne vouloit pas marcher sans sçavoir où il étoit , pour ne le pas laisser trop en arrière , on partit seulement deux heures devant le jour, en prenant assez long-temps le chemin de Tournai où étoit M. le prince , dom Juan et une partie des troupes étant marchés vers Bruxelles ; on fut environ à midi auprès de Menin. C'étoit au commencement de septembre; M. de Turenne ayant envoyé trente chevaux de sa garde pour sçavoir si les ennemis étoient à Menin ; ils lui amenèrent deux prisonniers , qui lui dirent que M. le prince de Ligne étoit à une heure et demie de là , avec deux mille hommes de pied et quinze ou seize cens chevaux du même côté de la rivière. Il commanda les réglmens de cavalerie qui étoient à l'avant -garde, pour les engager : c'étoit celui du comte de Roye et de Melun ; et comme il y avoit beaucoup d'officiers qui venoient au logement , ils poussèrent aussi avec les premières troupes commandées. On les suivit au grand galop avec la cavalerie qui ne marchoit pas ce jour- là en trop bon ordre. M. le prince de Ligne avoit toujours été avec ce corps dans Ypres,et comme l'ennemi crut que l'armée du Roi vouloit aller vers Bruxelles , ce prince devoit entrer dans Tournai quand M. le prince en partiroit pour joindre dom Juan vers Bruxelles ; il étoit eu halte dès le matin en campagne pour se gouverner suivant ce qu'il apprendroit puar Tournai , ou par des partis qu'il avoit envoyés vers l'armée du Roi , qui retournèrent sans aucune langue, hors une seule qui arrivoit dans le temps qu'on commençoit à pousser. Si on avoit attendu que quelques troupes fussent ensemble pour charger, il est sûr que les ennemis auroient eu le temps de se retirer; mais M^. de Turenne ayant commandé aux premiers de s'engager sans attendre ni dragons ni infanterie , il leur ûta tout moyen de songer à autre chose qu'à faire tête comme ils se trou voient disposés le long du chemin; tout ce payjs là étoit fait de façon que Ton ne peut y aller que deux ou trois de fronts Les premiers qui ak>ordèrent furent des officiers qui avoient poussé à la tête , dont
MÉMOIUES OU VICOMTE DE TUa^MNE. [l6ÔS]
quelques-UDS furent tués. Les régimens de l'ennemi , de Droot et de Louvigny, ayant monté à cheval , repoussèrent au commencement les premières troupes de la garde. Le comte de Roye se trouva à la tête de son régiment , qui fit fort bien , et chargea le régiment de Louvlgny, dont le mestre-de-camp fut très-dangereusement blessé et fait prisonnier. Le comte de Roye y reçut deux coups de pistolet aux deux Jambes et rompit les premiers escadrons de Tennemi : les régimens de la Reine , Rennel et Créqui, suivoient,à la tète desquels M. d'Humières et M. de Gadagne se mirent , et le régiment de dragons de La Ferté. Les ennemis j voyant que les troupes se secondoient les unes les autres de si près, commencèrent à se mettre en confusion. Leur infanterie , qui étoit dans des camps fermés, ne ût qu'une méchante décharge et commença à Jetter les armes. On les suivit jusqu'à un pont sur la Lys , qui est à un château .que les ennemis tenoient , nommé Commines. Ils avoient quelque bagage et des chariots de vivres qui leur étoient venus de Lille , qui aidèrent encore à les mettre en confusion. Ainsi on prit presque toute leur infanterie, leurs armes et leurs drapeaux ; et pour la cavallerie, il ne s'en sauva que trois ou quatre cens chevaux à Ypres avec le prince de Ligne, et quelques cent ou cent cloquante se retirèrent à Lille, de mille ou douze cens chevaux qu'ils étoient , et de douEe ou treize cens hommes de pied, dont presque tous les officiers furent pris, mais beaucoup de soldats dans les haies sans armes. Comme chacun est d'ordinaire bien aise de parler, quoique ce soit au désavantage de son parti, il y eut divers prisonniers qui dirent que la ville d'Ypres étoit dégarnie. M. de Turenne voulut au commencement faire avancer du canon pour prendre le château de Gommines , mais il changea après de pensée, M. d'Humière lui ayant dit que l'on pouvoit faire quelque chose à Ypres. Ainsi l'on y marcha, de peur que, dès la même nuit , il n'y entrât des gens d'Armentières, ou de la garnison ordinaire qui étoit renforcée par les troupes de Saint-Omer et Aire, arrivées depuis deux Jours, ou par celles de M. le prince à Tournai , qui n'en est qu'à cinq heures. D'ailleurs un secrétaire de M. le prince de Ligne ayant été pris, on trouva sur lui diverses lettres de M. le prince , écrites de Tournai le Jour auparavant, et la nuit avant le combat, par lesquelles il raandoit la marche de M. de Turenne en remontant l'Escaut; mais quoique beaucoup de gens aient dit qu'il l'avoit averti de repasser la Lys , et de se mettre en lieu pour pouvoir entrer dans Ypres , cela ne paroissoit
pas par ces lettres. En effet , dans des guerres de campagne , il est impossible de pouvoir prescrire justement à un corps séparé comme il doit se gouverner dans chaque action , parce que tous les différens mouvemens de l'ennemi, et les diverses connoissances que l'on en a, doivent faire changer de conseil , et on ne peut donner à un homme qui commande que certainea règles générales , le reste dépendant de sa conduite et de la fortune. Ainsi M. le prince, à ce que Je crois, n'avoit rien prescrit déteml* nément à M. le prince de Ligne , qui avolt envoyé divers partis pour prendre langue de ra^ mée du Roi ; mais ceux de Menin fermèrent la porte à un de ces partis, de peur qu'il ne pillât la ville , et un autre n'ayant pris aucune langue, n'arriva dans le camp des ennemis qn'im moment avant que nos premières troupes eom* mcncèrent à les charger. Ce fut la grande diligence avec laquelle on marcha aux ennemis qvi les empêcha d'avoir nouvelles par leurs partii
Afin donc d'empêcher qu'il ne se Jettât personne dans Ypres, M. de Turenne envoya promptement dire à la brigade de M. de Psdwitz, qui étoit composée de huit ou dix cmdrons , et qui n'étoit pas ce jour-là à l'avantgarde , de faire rafraîchir leurs chevaux m heure ou deux , pendant lequel temps il s'a alla à Menin pour demander le passage pourks troupes ; et comme c'étoit une place à dcnirasée , les bourgeois n'en firent aucune difflcuite. Il y a un pont sur la Lys, où , ayant fiit raccoromçder quelque peu de chose, M. de Poiwitz passa avec douze ou quinze cens chevanx le jour même du combat , et fut presqu'à rentrée de la nuit , ou au moins avant qu'elle ftt finie , devant Ypres , sur le chemin qui venoit d'Armentières. En y arrivant il vit un régineat de deux ou trois cens dragons qui venoicnt d'Armentières pour y entrer, et leur fit eonper en diligence le chemin , de sorte qu'il n'y entra que sept ou huit hommes ; le reste fut pris oo se retira à Armentières. M. de Turenne avoit anssi envoyé M. de Saint-Lieu dès le soir, aveevae brigade de cavalerie, pour se mettre sorte chemin de Gand à Ypres ; mais ils ne rencontrèrent personne.
L'armée campa cette nuit-là auprès de lleoin, qui est à quatre heures d'Ypres ; M. de Turenne commanda que l'on se tint prêt sans mardier, en attendant qu'un corps qu'il avoit laissé poor faire tête à Tournai et pour couvrir les bagages de l'armée, l'eût joint, ou au moins qu'il acit qu'il étoit en marche. Le matin on eoteadit grand bruit au camp , comme d'un magasin ^ avoit sauté, et on apprit ^ par des geM<|vi
IIBMOIH£S OU VICOJAÏK DE lilliEMSIi. [it>Â8]
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étoîenl sur us doeher, que c*étoit à Y près : cela ûi eooora hâter la r^ution d'y aller. M. de Toreone laissa dans Menio mille hommes de pied et cânq cens chevaux, envoya ordre à M. de Gassioft {qai , avec huit cens hommes de pied et cinq cens chevaux , étoit parti de Deynse et avoit Rjoint le corps qui étoit auprès de Tournai ) , d'aller prendre à Oudenarde ce qui y étoit reslé de tioupes, étant trop foible. Il marcha hû-Hièiiie droit a Ypres, commandant que tout, excepté ce qui étoit demeuré à Menin et ce qaCil avoit envoyé à Oudenarde, marchât avec le iMigage. L'ai'mée ne put arriver que fort tard devant Ypres. Douze ou quinze cens hommes étoient aussi demeurés sous M. Schomberg, pour garder les places de Bergues , Furnes et DixBMiyde , à qui ordre fut envoyé de venir à Ypres , et de s'approcher de Tarmée , mettant ces places en sûreté. M. de Turenne étoit fort foible arrivant devant Ypres , et il vouloit conierver Oudenarde , qui n 'étoit point en état de défense, et Menin, qui étoit le seul passa^'c qu'il eût sur la Lys. Gomme M. le cardinal étoit parti de Dunkerque , il avoit trouvé à propos , et M. de Turenne en étoit d'avis, de laisser quelqaes régîmens d'Infanterie à M. le maréchal de Sebniemberg , pour voir si on pourroit faire un blocus à Hédln. On sçavoit bien que l'on pourvoit faire état d*avolr encore deux ou trois mille borames d'infanterie de ce côté-là ; et Tennemi étoit en si mauvais état par la bataille des dvnes , par le combat du prince de Ligne , et par tant de régimens défaits et tant de partis battus, que l'on pouvoit hasarder d'attaquer une grande place avec peu de gens. Il n'y avoit pas d'outils pour se retrancher, et M. de Turenne avoit commandé à quelques régimens de cavalerie d'en chercher, en marchant par les malsons abandonnées des paysans.
Le soir que l'armée arriva devant Ypres on ne trouva point du tout de fourage ; mais le matin M. de Turenne ût le tour de la ville , et tontes les troupes arrivèrent. On rompit quelques avenues le mieux que l'on put, et quoique l'on apprit qu'il y avoit six ou sept cens chevaux dans la ville avec le prince de Ligne, on se flatta un peu sur le nombre d'infanterie , que Ton crut n'être que de trois ou quatre cens hommes^ mais que Ton vit de mille ou douze cens, dont j à la vérité, il y avoit l>eaucoup de milice: et ainsi on s'engagea à s'y attacher. M. Talon , Intendant de l'armée , fut envoyé à Dunkerque et Gravelines , pour faire venir des outils et des munitions de guerre et du canon , n*y ayant rien de tout cela en la quantité qu'il faut pour un siège dans une armée de campagne. M. de Tu-
renne n'avoit pas dessein de s'attacher à Ypres, comme pour y borner toute la campagne, et d'abandonner Menin et Oudenarde; il sçav^t bien que la foiblesse de l'ennemi arrivée par tant de pertes, l'avoit mis en état de n'être pius craint comme l'est une armée qui peut entreprendre, quand celle qui lui est opposée est engagée à un siège. Le commencement du siège d' Ypres étoit comme une espèce de blocus , tant parce que les outils et munitions manquoient, que parce qu'il étoit résolu d'en partir avec une partie de l'armée, si l'ennemi entreprenoit quelque chose. Pour être plus assuré de Menin, qui étoit le seul passage pour aller à Oudenarde, dès que M. de Schomberg fut arrivé avec douze ou quinze cens hommes qu'il avoit auprès de Dixmuyde, il l'envoya avec deux régimens de cavalerie et deux d'infanterie , pour renforcer la garnison de Menin , qui étoit une place qui ne pouvoit être maintenue que par beaucoup d'hommes; il y avoit toijyours eu mille ou douze cens chevaux détachés qui avoient été à Saint- Venant. Ils reçurent les ordres de M. le maréchal de Schuleml)erg , gouverneur d'Arras , que M. de Turenne pria de s'avancer sur la Lys pendant qu'il feroit le siège d'Y près. Ce maréchal marcha avec cette cavalerie et quelques régimens demeurés auprès de Hédin ; et tirant près de deux mille hommes de pied de sa garnison d'Arras, il vint camper à deux heures d'Ypres , et le lendemain marcha à Menin. M. de Turenne laissa aussi sous ses ordres les troupes qui y ètoient , en ayant seulement retiré M. de Schomberg avec deux régimens d'infanterie, en ayant fort peu pour le siège.
Deux jours après il vint quelques outils du côté de Calais, et M. le maréchal de Schulemberg en mena aussi deux ou trois mille. Après avoir fait quelques fossés devant les avenues les plus aisées, on commença le siège, ouvrant la tranchée à la faveur d'une grande hauteur qui est à cinq cens pas de la place , et derrière laquelle on peut mettre l)eaucoup de troupes a couvert; on ouvrit deux tranchées^ dont les gardes eurent la tête d'une, et les troupes de M. le maréchal de La Ferté, qui ètoient sous deux ou trois lieutenans-généraux ^ eurent la tète de l'autre. J'oubliois à dire que la cavalerie de la ville avoit fait le soir auparavant une sortie, où M. de Charost fut fort blessé, et quelques officiers ; mais la sortie n'eut point d'effet, les assiégés ayant été repoussés jusques sur les palissades de la contrescarpe. Toutes les personnes de condition y coururent et y firent très-bien. Le second jour de la tranchée on s'approcha fort de la contrescarpe , et le troisième ,
MÉMOIRES DU VICOMTE Ofi TUAENNE. [i658]
croyant qu*il falloit diiigenter , de peur que les ennemis n'eussent le loisir de se reconnoître et de faire quelque entreprise, ou pour le secours de la place y n'y ayant point de circonvallation , ou par quelque diversion, M. de Turenne résolut de faire emporter la contrescarpe, et renforça les deux attaques de cinq cens Anglois , dont il y avoit environ quinze cens dans le camp. A rentrée de la nuit , les ayant mis derrière cette hauteur entre les deux attaques , ils marchèrent en même temps que les François et abordèrent la contrescarpe par un front de trois cens pas, avec beaucoup de grenades. Les ennemis ne firent pas beaucoup de résistance, ayant mis uiie partie de leurs forces dans les demi-lunes, dans Tune desquelles étoitM. le prince de Ligne avec beaucoup d'officiers. Les François et les Anglois, ne se contentant pas d'être maîtres de la contrescarpe , attaquèrent les demi-lunes et en prirent trois ; quelques officiers de l'ennemi ayant été pris prisonniers , M. le prince de Ligne se sauva avec peine dans la ville , sur une planche qui traversoit le fossé plein d'eau. Il y eut un capitaine anglois qui , les suivant dans la ville , et croyant l'être des siens ou des François , fut pris, y étant entré assez avant. Au point du jour , toutes les contrescarpes du front des attaques et trois demi-lunes étant prises, ou s'y trouva logé , quoiqu'avec peu de communication pour y aller. M. de Schomberg , M. de Gadagne et M. d*Humières servirent à Fattaque des gardes , qui agirent toutes les nuits avec beaucoup de vigueur ; et M. de Bellefons , M. Du Coudrai-Montpensier et M. Du Brczis servoient à l'attaque de Piémont, qui firent aussi trèsbien leur devoir.
La quatrième nuit se passa à faire les communications pour aller aux contrescarpes et aux demi-lunes , et à descendre au fossé de la place. La cinquième , la cavalerie ayant porté beaucoup de fascines, et le fossé de la ville commençant à se remplir à l'attaque des gardes , ceux de la ville demandèrent à capituler ; et M. le colonel Droot fut envoyée M. de Turenne, avec quelques-uns des principaux bourgeois. Il accorda une capitulation fort honorable à M. le prince de Ligne , qui sortit le lendemain avec deux pièces de canon, six ou sept cens chevaux, et onze ou douze cens hommes de pied , qui furent conduits à Gourtrai. Gomme le siège alla fort vite, on y perdit mille hommes , qui furent tués ou blessés avec beaucoup d'officiers. Le siège ne dura que cinq jours; et durant les sept ou huit que l'on avoit demeuré devant la place avant que d'ouvrir les tranchées , les ennemis, ne croyant pas que l'on se résoudroit à Tatta-
quer, n'avoient pris aucunes mesures pour la secourir , ni même pour être en état de se trouver en bonne posture quand elle seroit prise: de sorte que M. le prince de Ligne et dom Joao d'Autriche se trouvèrent à Tournai aussi empêchés après le siège d'Ypres que devant , voyant bien que la saison n'obligeroit pas sitdt Tarmée du Roi de sortir de la Flandre. M. de Turenne, pour ne pas perdre de temps, envoya dès le Jour de la capitulation deux mille hommes, poar attaquer le château de Commines sur la Lys, qii est fort bon , et un passage considérable; et le lendemain que la garnison fut sortie dTpres,il marcha avec tonte l'armée , en s'avançaut sar la Lys pour favoriser le siège. G'étoit le colonel des gardes écossoises, nommé Rutherfort,qQl commandoit, et qui , en trois jours, obligea ceux du château à se rendre , dont il sortit quatr^ vingts hommes.
M. de Turenne y ayant laissé garnison , passa le lendemain la Lys avec l'armée, dont la cavalerie étoit fort fatiguée , ayant beaucoup manqué de fourage devant Ypres ; il s'arrêta entre la Lys et TEscaut , dans un lieu nommé Torcoin , où il demeura cinq ou six jours , y ayant trouvé beaucoup de grain ; il donna durant» temps des ordres pour la fortification de Menia et d'Oudenarde. C'étoit à la fin du mois de septembre , et quoique la saison fût fort avaneée, il falloit mettre Oudenarde , où il n'y avoit rien de commencé, en état de défense , étant, comne chacun sçait, à quatre heures de Gand et à sept de Bruxelles ; les maisons de deux ou trois faux* bourgs venans sur le bord des fossés, et y ayant une montagne du côté de Bruxelles, qui eommande à une demie portée de mousquet toatmi cêté de la ville, personne ne sçauroit demeorer hors des murailles , ni de l'autre côté du fossé, qui est plein d'eau.
M le maréchal de Schulemberg ayant demeuré à Menin jusqu'à cinq ou six jours après la prise d'Ypres , s'en retourna à Arras , à cane de l'incommodité de ses gouttes , laissant toutes les troupes qu'il avoit emmenées , même celles de sa garnison, à Menin. M. de Turenne, après avoir demeuré quelques jours à Turooin, et laissé seulement mille ou douze cens hommes dans Ypres , sans désarmer aucuns habltans , se fiant sur l'armée qui restoit toujours opposée à celle de l'ennemi , marcha sur l'Escaut à un lien nommé Epière , entre Oudenarde et Tournai; et ayant fait remonter des batteaux d'Oudenarde, il y fit deux ponts, se voulant appliquer principalement à la fortification d'Oudenarde , et à la pourvoir de munitions de guerre dont il mao* quoit beaucoup. Pour cet effet , il en fit venir
Hfi^OIBES DU VICOMTE DE TUREXiNE. [iGôS]
ce par Bunkerque à Ypres. M. le carqui il avoit mandé toutes choses, étant I des bons succès, donnoit les ordres né- \ pour cela.
Birche de i*armée du Roi sur l^Ëscaut ( ennemis dans leur première confusion : née demeura à Tournai ; dom Juan d'Aule marquis deGaracènes*en allèrent avec partiedes troupes à Bruxelles et à Tenrequi est un lieu sur l^Ëscaut entre Anvers , pour lequel les ennemis craignoient ment. Ils mirent quelques troupes sur B du Tenrepour couvrir Bruxelles, en it (faute de sçavoir ni de pouvoir rien mieux) que les mauvais temps obligeasmée du Roi de se retirer. Le lieu où elle 3pée étoit fort plein de fourage, tant en Biu-delà de Teau; et le pain de munition )it par Ypres , remontoit sur TEscaut snarde. Ce fut seulement dès lors que mença à travailler de bonne façon aux ions d*Oudenarde. M. de Rocliepaire, e Turenne avoit laissé pour y comman* it un homme très-intelligent, de mail trouva beaucoup de paysans; et le r de Clerville , fort entendu aux fortifif étant envoyé, on commença de grands qui, dans l'opinion d*un chacun, ne it pas être en état avant que Tarmée se nais les ouvrages avançoient au-delà de ente : il y avoit plus de mille paysans lilloient tous les jours, outre les soldats, ie étoit à quatre ou cinq lieues d'eux , vrîr les travaux : c'étoit une distance mde pour ne pas ruiner les environs, incommoder la garnison durant l'hiver, demeura près de quatre semaines dans sur le bord de TEscaut ; et comme elle •ois heures de Tournai , où étoit M. le ^ec peu d'infanterie, mais deux ou trois îvaux, et à quatre de Courtrai, où il m grand corps de cavalerie, il se pasles jours de petites actions et aux fouaux partis qui se rencontroient , dans 'armée du Roi avoit toujours de Tavan-
e commencement de novembre, dom .utriche ayant eu avis que Tarmée du oit décamper d'Epière, où elle avoit quatre semaines , s'en vint à Courtrai larquis de Caracène , et quelque cavail avoit amenée d'auprès de Gand, )ar-là hâter davantage par son appro- :raite de l'armée. M. de Turenne avoit ! demeurer tout le temps qui se pource camp , et après de passer au-delà de
TEscaut, du cùté de Bruxelles, quoique la saison étoit si avancée que cela parût fort difficile. Ce qui l'obligeoit ainsi à allonger le plus qu'il pourroit la campagne, c'est qu'il avoit reçu des lettres de M. le cardinal , qui lui mandoit que le Roi et la Reine partoient de Paris pour aller à Lyon , ayant vu les affaires de Flandre si bienétabhes, et y ayautquelque temps qu il avoit promis à madame de Savoye que le Roi feroit ce voyage pour voir madame la princesse Marguerite , du mariage de laquelle avec Sa Majesté on lui avoit donné espérance depuis quelque temps. M. de Turenne voulant donc continuer le plus qu'il pourroit la campagne , quoique dans une très - mauvaise saison et fort avancée, il passa l'Escaut, et apprit le soir, avant que de passer le pont , que dom Juan étoit arrivé à Courtrai : ce qui ne lui lit pas changer de résolution , au contraire , lui en donna plus d'envie , afm de le faire retourner à Bruxelles. Dès la pointe du jour, l'armée commença à passer le pont. Il avoit commandé , à l'entrée de la nuit, M. de Podwitz avec deux mille chevaux et quelques dragons , pour aller passer la rivière de Tenre, qui est à quatre heures de l'Escaut et à pareille distance de Bruxelles. Les ennemis avoient deux ou trois régimens derrière , plutôt pour avertir du passage que pour le défendre. M. de Podwitz prit une partie d'un régiment d'infanterie qui vouloit se retirer et se logea dans Gramont , que les Espagnols abandonnèrent. M. de Turenne, après avoir passé l'Escaut , ne s'éloigna pas de la rivière avec l'infanterie et le bagage de larmée , avec lequel il laissa aussi quelque cavalerie pour observer Tournai , où étoit toujours M. le prince ; il s'en alla avec une partie de la cavalerie vers Ninove, et envoya M. de Lislebonne avec deux mille chevaux et deux cens hommes de pied, pour voir si on pourroit obliger ceux d'Alost d'ouvrir ses portes. Deux cens fantassins que les ennemis avoient mis dans la place , ayant empêché les bourgeois de se rendre, M. de Turenne manda à M. de Lislcbonne de le venir joindre à Ninove, ne voulant point dans cette saison entreprendre , avec quelque danger de n'y pas réussir, des choses qu'il croyoit inutiles , n'ayant pas intention de conserver cette place. Le mois de novembre étant déjà avancé , on ne songea plus à rien entreprendre , parce qu'il falloit se restraindre à ce que l'on avoit pris , de peur de tomber dans l'inconvénient que l'hiver eût produit , qui étoit que le corps de l'armée sortant du pays, où il étoit impossible qu'elle hivernât toute entière, si on eût voulu conserver des postes où il ne
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ialloit pas un siège pour les reprendre , ne pouvant plus être secourus par Farmée , on les eût perdus sans doute avec les gens qu'on y auroit mis , et en même temps sa réputation , pour avoir si mai pris ses mesures; ainsi , quoique l*ennemi crût que Ton songeât à garder Ninove et Gramont , M. de Turenne n'a jamais eu cette prisée : il vouloit seulement y laisser des troupes, pendant que l'armée seroit en des lieux où elle pourroit les soutenir, jugeant aussi fort nécessaire de faire ruiner autant qu'il se pourroit ces lieux, afin que l'ennemi n'y pût pas tenir des troupes durant l'hiver, ou que, s'il le faisoit, ce fût en petit nombre et avec incommodité ; d'ailleurs , ce corps de trois ou quatre mille chevaux étant hors de l'armée , cela donnoit plus de commodité pour les fourrages, resserroit dom Juan et le marquis ce Garacène dans Bruxelles , avec un corps de troupes, où ils ne se tenoient pas en grande sûreté ; réduisoit leur armée , dans leur propre pays , à souhaitter autant le quartier d'hiver que celle du Roi, et les rendoit ainsi incapables de rien entreprendre sur les places conquises quand on seroit retourné en France. Les troupes qui étoient dans Tournai et Gourtrai étoient tellement incommodées, tfu'elles avoient plus besoin de s'en aller vers la Meuse et de sortir de Flandre pour se rafraîchir que celles du Roi de s'en aller en France.
On demeura tout le mois de novembre dans ces lieux , et cependant on travailloit à Menin , mais avec moins d'application qu'à Oudenarde, dans laquelle place M. de Turenne laissa sept ou huit cens chevaux , et deux ou trois mille hommes de pied.
Au commencement de décembre, Tarmce passa la Lys Harlebeck, à une heure de Gourtrai, au-dessus d'Ypres; les places de Dun-
kerque, G ra vélines, Rergues, Furn muyde se trou voient si éloignées de que l'on ne songeoit à les mainteoi des garnisons ordinaires. Le Roi étoi Lyon , et M. de Turenne pouvoit r Flandre ou envoyer en France toutes pes qu'il jugeoit à propos , parce que M. le cardinal avoient trouvé bon q qu'il décideroit. Il laissa six à sept vaux et quinze cens hommes de pied nin, auxquels commandoit M. de Be s'en alla à Ypres , y menant douze a de gardes françoises et six régimens lerie. Il laissa en tout cent compagnies lerie dans les places conquises , et bk tié de l'infanterie , qui consistoit en < hommes. Il conduisit l'armée jusqu'^ d'où elle retourna en France sous la de M. de Lislebonne, de M. de WirU de M. Du Goudrai , qui ramenoit le Lorraine. Il revint à Ypres , où il den qu'au commencement de février [16^ il laissa M. d'Humières à Ypres , à qui avoit donné le commandement à s M. de Bellefons dans Menin , avec ord Toeil à Oudenarde ; et M. de SchomlM gués , Furnes à Dixmuydc. La comn demeurant libre entre toutes ces place anglois , qui pouvoit éti*e de quinze < mes, fut renvoyé à Amiens, et laga Dunkerque demeuroit forte de près mille hommes de pied avec trois < vaux. M. de Turenne, voyant que I pouvoient aisément subsister de cet les places étant pourvues de toutes c rant l'hiver, et le commerce étant tout le pays , revint enfîn à Paris , ci deux jours après le retour du Roi de