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à cause de la proximité des lignes de Tune et de l'autre armée. Il y en eut une entre autres assez considérable , et qui pensa les engager, malgré les généraux, de part et d'autre. Le duc d'Orléans étant venu \olr celle des princes , les Jeunes gens de qualité qui l'avoient accompagné, voulurent montrer leur bravoure et sortirent des lignes pour faire le coup de pistolet contre les troupes du Roi qui , les voyant venir en grand nombre , sortirent aussi pour les combattre ; la cavalerie escarmouchoit dans la plaine, et les fantassins se dispersèrent dans les vignes qui régnent depuis le bas du coteau jusqu'au haut de la montagne pour faire la même chose. L'affaire devint si sérieuse, et les volontaires de part et d'autre s'approchèrent de si près, que M. de Turenne fut obligé de détacher le marquis de Richelieu , avec plusieurs petits pelotons de cavalerie, pour aller les dégager; M. le prince s'en étant aperçu, lit faire de son côté la même chose. Il y eut de part et d'autre plusieurs tués et blessés. Un capitaine de Douglas , nommé Tivy , qui fut pris , s*échappa peu de jours après , et apporta à M. de Turenne la nouvelle que le prince de Condé étant tombé malade, s'étoit fait porter à Paris où les principaux de sa fadion s'efforçoient toujours de le ranimer par les espérances de la ruine de l'armée du Roi. S'ils le crurent ainsi , ils se trompèrent bien grossièrement , car plus elle resta à Villeneuve-Saint-Georges , plus elle eut abondance de toutes choses qui lui ve- Doientde Gorbeil.
Il se fit dans cet entretems une très-belle action par le sieur Seguin , capitaine de cavalerie dans le régiment deBeauveau : il alloit souvent en parti, et étant sorti cette fois avec cent maîtres , il se mit en embuscade pour surprendre les fourageurs de l'ennemi, et les ayant laisséarriver et se mettre à l'ouvrage, il alloit pour les enlever , lorsque , découvrant fort près de lui un escadron sur la hauteur , il fut pour le charger, croyant qu'il fût le seul qui les escortoit ; mais en approchant il en trouva quatre autres : il prit immédiatement son parti , dit en peu de paroles à ses gens qu'il étoit trop tard de songer à la retraite , et qu'il falloit chercher son salut dans la pointe de l'épée. 11 les divisa en cinq petits corps , chacun sur deux rangs , et attaqua les ennemis avec tant de vigueur, qu'il les mit en déroute , en tua soixante sur place , fit cinquante prisonniers, et délit ainsi , malgré une si grande inégalité , le vieux régiment de Wirtemberg , dont le major et deux capitaines furent du nombre des prisonniers.
La cour qui étoit à Pontoisc ou à Saint-Ger-
main , ménageoit toujours ses intelligences dans Paris , d'où elle étoit bien informée de ce qui s y passoit , et du mécontentement des Parisiens, de ce que les princes entretenoient la guerre à leurs portes; et la négotiation étant sur un bon pied , elle envoya demander aux deux généraux s'ils croyoient pouvoir dégager l'armée du poste où elle étoit sans rien bazarder , et trouver le moyen de joindre le Roi pour favoriser le traitté qui étoit sur le tapis avec les Parisiens.
On travailla aussitôt à disposer toutes choses pour décamper : on fit dresser douze ponts sur la petite rivière , sous prétexte de favoriser les fourages , et on envoya ordre aux troupes qui étoient à Gorbeil de faire quelques redoutes sur la hauteur qui est devant la ville, pour persuader davantage aux ennemis qu'on ne songeoit qu'à assurer les fourageurs de tous côtés. Toutes ces choses étant exécutées , on commanda , le 4 octobre, une heure avant le coucher du soleil , que toutes les troupes se préparassent à marcher; dès qu'il fut nuit, on fit passer les bagages vers Gorbeil avec un grand silence, par le chemin le plus bas, le long de la Seine; on avoit mis à la tête de la cavalerie et des dragons, avec ordre, en arrivant près de la ville, de se mettre en bataille sur la hauteur, derrière les redoutes.
Quand les bagages eurent passé les ponts, les troupes les suivirent en bon ordre; les gardes et les sentinelles ne furent relevées qu'après que toute l'armée fut de l'autre côté de la petite rivière , et on rompit les ponts pour empêcher les ennemis de s'en servir et de suivre Tarméc du Roi, s'ils eussent découvert sa retraite; mais bien loin de la soupçonner, ils avoicnt résolu, ce même soir, d'insulter le lendemain le régiment de Nettencour qui étoit avec une garde de quarante chevaux dans l'ouvrage qui couvroit de l'autre côté de la Seine les têtes des deux ponts ; pour en venir mieux à bout, ilsavoient préparé de grands trains de bois qu'ils laissèrent dériver d'une lieue en haut au milieu de la rivière , afin que le choc qu'ils donneroient contre les ponts les pût entratner. La chose réussit; le régiment de Nettencour voulant passer, comme Il en avoit reçu l'ordre, les trouva rompus, et M. de Turenne en ayant été averti, lui fit ordonner d'aller à Gorbeil le long de la rivière, ne jugeant pas à propos de retarder pour cet ac* cident la marche des troupes ; il passa heureusement à Gorbeil, et joignit l'armée. Le lendemain un peu devant le jour, les soldats ennemis étant allés pour attaquer l'ouvrage , furent fort surpris de le trouver abandonné ; mais ils le furent bien davantage de ne plus voir l'armée du Roi ;
MÉMOIARS 1)1) DUC D*YORCK. [iGô^]
ils furent les premiers qui en averlirent leurs généraux : il étoit trop tard, et quand ils l'eussent sçu plutôt , ils ne pouvoient pas lui faire grand mal, parce qu'après qu'elle eut marché un peu plus d'une lieue , le terrain lui étoit si favorable, qu'elle n'a voit plus rien à craindre; elle étoit couverte d'un côté de la Seine, et de la forêt de Sennard de l'autre ; l'espace entre deux n'étoit pas si large qu'elle ne pût le remplir, de sorte que les ennemis ne pouvoient la déborder ni l'attaquer en flanc , et plus on npprochoit de Corbeil , plus le terrain se rétrécissoit. Toute l'armée y arriva avant le lever du soleil ; quoiqu'on ne dût y rester qu'une nuit pour se reposer, on fit des retranchemens palissades pour n'être point surpris , s'il prenoit envie aux ennemis de combattre. Le lendemain 6, au matin , on marcha à Chaume, où on arriva le soir, dans le dessein d'aller passer la Marne à Meaux, et de joindre ensuite la cour ou à Pontoise ou à Saint-Germain. Cette journée fut pénible et dangereuse : les ennemis pouvoient attaquer l'armée s'ils eussent voulu. On marcha toujours de manière qu'en un quart d'heure de temps toute l'armée pouvoit être en bataille : l'avant-garde alloit sur deux colonnes y le premier escadron à Ja tête de la colonne de la gauche étoit le premier de la première ligne , et celui à la tête de la colonne droite étoit le premier de la seconde ligne, suivant l'ordre de bataille; on observoit les distances ordinaires, comme si onavoitété prêta combattre. L'infanterie suivoit dans le même ordre la cavalerie : la première ligne d'infanterie suivoit la première de cavalerie, et la seconde de même ; les gendarmes marchoient suivant leur poste entre les deux lignes d'infanterie , et l'autre aile de cavalerie suivoit l'infanterie dans le même ordre , de sorte que l'ennemi paroissant , l'armée se trouvoit prête à le recevoir en tournant à gauche. L'artillerie et les caissons marchoient sur la droite de rinfauteric, et les bagages sur la droite de tout. Les ennemis n'ayant rien entrepris ce jour- là , on marcha ensuite avec moins de contrainte à Presle , Tournam et Quincé ; et le 1 1 , ayant passé la Marne près de Meaux , on campa le même soir À Boretz, de-là on marcha à Montrévêque, et ensuite à Courteuil où ou étoit à couvert de la rivière qui y passoit.
Cette retraite si surprenante pour les ennemis , acheva de ruiner leurs affaires auprès des Parisiens , qui , las de supporter le poids d'une guerre qui les accabloit, souhaittoient de plus en plus de la voir fmir par le retour du Roi, dont les amis profitoient d'une si favorable conjoncture. Le prince de Condéct le duc de Lor-
raine jugèrent qu'il n'étoit pas de leur Intérêt de demeurer davantage aux environs de Paris, puisqu'un plus long séjour achèveroit de leur faire perdre le peu d'amis qui leur restoient, et qu'ils ne pouvoient conserver qu'en s'éloi* gnant; d'ailleurs l'hiver avançoit, et le pays étoit si ruiné, qu'il eût été presque impossible d'y faire subsister leurs troupes.
Ces considérations et peut-être quelques ao* très qu'on ne sçait pas, déterminèrent les princes à quitter Paris ; ils ne trouvèrent point de meilleur expédient que de faire hiverner leurs troupes en Champagne et en Lorraine , les Espagnols devant les joindre à Rhetel , pour les aider à prendre les places qui seroient nécessaires pour couvrir et assurer leurs quartiers. A l'égard du duc d'Orléans et de Mademoiselle, il fut arrêté qu'ils resterolent à Paris et qu'ils employeroient leur crédit et leurs efforts pour empêcher cette ville d'y recevoir le Roi. Toutes ces résolutions furent aussitôt mises en exécution, car l'armée du Roi n'étant encore qu'à Courteuil près de Sentis, vers le 14 octobre, celle des ennemis passa auprès, prenant ledMmin de la Champagne.
La cour crut qu'il étoit alors de son intérêt de retourner à Paris , et M. de Turenne alla exprès à Saint-Germain pour la déiermioerà prendre ce parti ; il en représenta la nécessité, que l'occasion étant favorable il falloit en profiter , et ne pas donner le temps aux Parisiens de revenir du dégoût qu'ils avoient pour les princes , que leur absence et l'éloiguement de leurs troupes pouvoient dissiper: il fit concevoir, pour appuyer son opinion , qu'il n'y avoit point d'espérance de trouver des quartiers d'hiver pour les troupes, si le Roi ne se rendoit maître de Paris ; que sans cela on ne seroit point en état de faire tête, la campagne suivante, aui forces des ennemis, qui seroient très nombreuses ; que si Paris refusoit de recevoir le Roi, toutes les autres villes suivroient son exemple; enfin il conclut en assurant que toutdépendoH du bon et du mauvais succès de cette affaire. Ses raisons qui ne sont ici touchées que légèrement, parurent si fortes au conseil, qu'elles furent approuvées. La cour partit de Saint-Ge^ main, et étant arrivée au bois de Boulc^e par le pont de Saint-Cloud , les autres étant rompus, il vint des personnes de Paris qui s'adressèrent à quelques membres du conseil pour représenter que l'entreprise étoit dangereuse, et qu'on bazardoit témérairement la personne du Roi. Ces messieurs prirent Tallarme et furent au carosse de la Reine dans lequel étoit le Boii pour dissuader leurs Majestés d'aller plus loin-
MKMOIBF.S DU DIJG d'vOUCK. [iGôS)
^ carrosse arrêta : on appela M. de Turenne et e reste du conseil , pour délibérer sur ce qui tait à faire : tous étoient d'opinion qu'il falloit etourner à Saint-Germain; il n'y eut que M. de Turenne qui persista dans la première résoluloD et dans les raisons qui Tavoient fait prendre, [Joutant qu'après la démarche qu'on venoit de aire, le retour seroit également préjudiciable lux affaires du Roi et à son honneur ; qu'il narqueroit un manque de résolution qui ren- Iroit la cour méprisable , ôteroit le courage aux imis, relèveroit celui de ses ennemis ; que tout erolt à craindre d'un changement où il paroîroit tant de timidité , et qu'il regardoit ceux [Qi étoient venus apporter cet avis ou comme les ennemis couverts, qui vouloient empêcher pie le Roi n'entrât dans Paris, ou comme des !sprits foibles , dont les sentimens ne dévoient N>int être suivis.
La Reine, quil étoit difficile d'effrayer, et loDt le courage étoit à toute épreuve , suivit 'opinion de M. de Turenne contre l'avis de ont le reste du conseil : elle dit que dans une iceasion si importante, il valoit mieux s'expoler elle et son Ûls aux dangers qu'il pouvoit y kvoir , que de perdre leur réputation par une icUon aussi honteuse que seroit leur retour, lui ruineroit entièrement leurs affaires, et qu'il le falloit Jamais espérer de rentrer dans Paris il on perdoit cette occasion. Il fut résolu d'y iller : le Roi s'avança à la tête de ses gardes , mtra dans la ville par la porte Saint-Honoré , 3t au lieu de l'opposition dont on avoit voulu loi inspirer la peur , il ne trouva partout que les acclamations qui marquoient la joye publi- |ue , et il fut accompagné jusqu'au Louvre par une foule de peuple qui ne cessoit de crier ïnve le Roi! Pendant que Sa Majesté entroit par une porte , M. le duc d'Orléans sortit par une autre , et Mademoiselle qui étoit rentrée iaos son appartement des Tuilleries , eut ordre de sortir de Paris, auquel elle obéit.
M. de Turenne retourna aussitôt à l'armée , et sur la fin du mois se mit en marche pour luivre les ennemis qui s'étoient emparés de Château- Porcien et de Rhetel-sur-l'Aisne, où ils trouvèrent peu de résistance; de là ils furent attaquer Sainte - Menehoult qui se défendit bien ; mais elle fut enfin forcée de se rendre à composition : il n'y avoit outre la garnison ordinaire que quatre compagnies du régiment d'Yorck , qui s'y jettèrent avant qu'elle fût investie. Quand l'armée des princes quitta les environs de Paris, on envoya avec quelque cavalerie des troupes de M. de La Ferté , le régiment d'infanterie qui portoit son nom , et celui
d'Yorck , avec ordre de marcher en toute diligence , et de se jetter dans Sainte-Menehonlt et les places du Barois. Le maréchal alla lui-même à Nanci pour défendre autant qu'il pourroit son gouvernement , où il jugeoit , comme il ar* riva effectivement , qu'ils avoient dessein d'établir leurs quartiers d'hiver.
Dans la marche de l'armée du Roi vers la Champagne , elle campa le 2 novembre à Balieux où elle fut obligée de rester un jour , à cause que les soldats trouvant dans le chemin une grande quantité de vins nouveaux , ils s'enyvrèrent si généralement, qu*il n'en vint point au quartier suffisamment pour monter la garde ordinaire chez le général et chez le duc d'Yorck. Après les avoir rassemblés, on marcha le 4 à Dizy , proche Epernai , où on passa la Marne 9 le d , pour se couvrir de cette rivière , les ennemis étant alors aux environs de Rhetel où le comte de Fuensaldagne les avoit Joints avec une partie considérable de l'armée d'Espagne , ce qui obligeoit M. de Turenne de se tenir toujours à une distance raisonnable , et derrière quelque rivière ou quelque défilé, pour ne point courir risque d'être surpris. Le 6 , l'armée marcha à Cheppes où , après avoir campé trois ou quatre j(»urs , elle repassa la Marne et campa à Yitry-le-Bruslé. Le 16 , elle marcha à Yitry-Ie-François, réglant toujours ses mouvemens sur ceux des ennemis.
Ce fut pendant que l'armée du Roi faisoit ces différens campemens que Sainte-Menehoult fut prise , vers le 1 3 novembre : les ennemis y licentièrent les troupes du duc d'Orléans qui étoient dans leur armée, et leur permirent de retourner en France , a condition qu'ils ne serviroient point le Roi le reste de cette campagne, ni aucune autre de ce côté-là : on les fit marcher vers les quartiers qui leur furent assignés en Picardie, et l'année suivante ils servirent dans les armées sur les autres frontières de France.
Les ennemis furent ensuite assiéger Bar-le- Duc; M. de La Ferté y avoit envoyé un nommé Roussillon pour y commander , avec une garnison capable de défendre la place plus long-temps qu'il ne fit : il fut néanmoins assez vain pour refuser un renfort de cinq cens hommes que M. de Turenne avoit envoyé à Saint-Disier pendant le siège de Sainte-Menehoult, avec ordre d'aller à Bar-le-Duc , si le gouverneur en avoit besoin ; il remercia M. de Turenne du soin qu'il prenoit de lui , l'assura qu'il étoit en bon état si l'ennemi osoit l'attaquer , ce qu'il réitéra quand il fut investi , avec promesse de rendre bon compte de la place. Cette nouvelle
MBUOIBES DU DUC D'yOBCK. [1G52}
fut apportée le 18 à M. de Turenne, qui étoit encore à Vitry-le-François ; il décampa aussitôt pour Taller secourir avec toute la diligence possible ; et pour empêcher que l*ennemi ne fût averti de son approche , il repassa la Marne à Vitry , et côtoyant la rivière qui étoit à sa gauche , il arriva à la pointe du jour à Saint-Disier ; il y fit halte pendant six heures pour reposer ses troupes , et dans le moment qu'on alloit se mettre en marche, il reçut avis que la ville et le château s'étoient rendus; ce qui fit arrêter Tarmée.
Cette nouvelle fut d'autant plus désagréable qu'elle rompit le dessein qu'on avoit formé , non-seulement de secourir la place, mais encore de battre les ennemis , ou de les forcer à une retraite si précipitée , qu'au moins ils y auroient perdu canon et bagage. Jamais entreprise n'avoit été plus Judicieusement concertée; car, quoique l'armée du Roi fût de beaucoup inférieure en nombre à celle des eVinemis , le terrain étoit si avantageux du côté qu'on marcholt à eux, qu'on ne couroit point de risque, le pays étant couvert de bois.
M. de Turenne avoit six mille hommes effectifs d'infanterie bien disciplinés ; l'armée avoit été renforcée de cavalerie aussi bien que d'infanterie qu'on avoit tirée des garnisons d'Artois , de Picardie et d'autres endroits qui pouvoient s'en passer depuis que les ennemis étoient sortis du cœur de la France. A la faveur des bois, et par la diligence de la marche , on tomboit sur les ennemis lorsqu'ils y songeoient le moins , et il leur auroit servi de peu d'en être avertis; car la situation de la place est telle, et tel est le désavantage du poste pour les assiégeans contre une armée qui vient secourir la place , que les retranchemens y sont inutiles et ne peuvent se défendre; les bois s'étendent en longueur à une lieue de la ville; il y a entre le bois et le château une plaine spacieuse, sur le niveau de laquelle est situé le château , et la ville haute est sur le bord d'une descente qui conduit à la basse ville; dans le fond qui est étroit et entre deux collines, coule un petit ruisseau , et l'escarpe de chaque côté est rude et difficile; de sorte que les troupes du Roi n'auroient eu à combattre que contre les ennemis qui étoient de leur côté du ruisseau, et qui auroient fort mal passé leur temps entre l'armée qui les auroit attaqués et le château, et entre le bois et le château , et leur retraite n'y pouvoit se faire qu'avec tant de confusion qu'ils se seroient culbutés l'un l'autre.
Quand M. de Turenne forma ce dessein , il crut trouver toute l'armée ennemie ensemble ,
et ne sçavoit pas, comme il l'apprit depuis, qoe Fuensaldagne, avec la plus grande partie de ses troupes, s'étoit retiré, ne sçaehant point Tarinée du Roi aussi forte qu'elle étoit , et croyant que le prince de Condé et le duc de Lorraine étoieot assez forts pour prendre le Barols et y établir leurs quartiers d'hiver. Un si beau coup fot manqué par l'indiscrétion de M. de Roossilkm, qui se laissa enlever les quatre meilleures compagnies de sa garnison dans la basse ville, quoiqu'elle fût défendue d'une assez bonne muraille , et environnée d'un fossé plein d'eau : il pouvoit au moins soutenir jusqu'à ce qu'il y eût brèche ; mais l'ennemi s'en étant rendu maître le même jour qu'il arriva devant la place, et ne jugeant pas à propos de faire son attaque de ce côté-là, il éleva le lendemain une batterie du côté de la plaine contre le château ; et à peine commença-t-elle à tirer, que le gouverneur, sans même attendre qu'il y eût brèche , demanda à capituler et convint de sortir le lendemain de la place.
M. de Lorraine perdit à ce siège M. Fange, lieutenant-général et le meilleur officier de son armée , qui fut tué la nuit après la prise de la basse ville : il soupoit avec le prince de. CkHidé dans une maison assez proche de la ville haute, et faisant débauche il s'enyvra si fort, que dans Taccès d'une vaine bravoure, il sortit par une porte de derrière , une serviette autour de la tête , pour se faire mieux remarquer , et pour que les assiégés eussent à tirer sur lui; le prince de Condé et le chevalier de Guise eonrurent après pour le faire rentrer ; mais avant qu'ils pussent le joindre, il reçut un coup de mousquet qui le tua.
La prise si promptade Bar-le-Duc donna le temps aux ennemis de s'emparer de Ligny, Yoyd et Commerci, parce que M. de Turenne, ne sçaehant point le départ de Fuensaldagne , n'osoit trop s'approcher de leur armée : on resta pour cette raison deux ou trois jours à Saint-Disicr, pendant lesquels ils firent ces nouveaux progrès; et ces trois places n'ayant que de foibles garnisons , ne firent que peu ou point de résistance.
L'armée du Roi avança de Saint-DIsler à Stainville, où elle fut jointe par un renfort d'oa régiment de cavalerie de trois cens maîtres, et d'un régiment d'infanterie de douze cens hommes des troupes du duc de Longueville , du régiment de cavalerie et de la compagnie d'ordonnance du comte de Bristol. Quoique ces troupes, excepté la compagnie d'ordonnance, ne fussent que de nouvelles levées incapables de rendre de grands services , le nombre ne laissa pas de donner de la réputation. Ce ne Ait qn*à
HÉMOIBSS DU DUC D'vonCK. [lG62]
S , et le 25 de novembre, qu on apprit du comte de Fuensaldagne; sur quoi renne résolut de livrer bataille aux ent en cas qu'ils voulussent l'éviter , les quitter les quartiers d'iiiver, dans lesse croyoient si bien établis , qu*ils en léjà fait la répartition : la suite va faire bien ils s'étoient trompés; car, quand on eux le lendemain , ils se trouvèrent si ;at de s'y maintenir , que n'osant faire de Turenne ils décampèrent subiteissèrent la Meuse auprès de Yoyd , où nce fut averti qu'on marcboit à lui , et a rivière sur la gauche , avancèrent en gence vers Luxembourg : on les suivit \ , que le plus souvent l'armée du Roi midi où ils avoient passé la nuit précé- ) les poussa ainsi jusqu'au 30, qu'on arlatin à Saint-Mihel : on ne jugea pas à ) les poursuivre plus loin , puisqu'étant à le leur pays^ ils étoient hors de danger. Turenne ne songea plus qu'à chercher ns de rafraîchir son armée , particulièînfanterle, que tant de marches pénibles beaucoup harrassée, et qui manquoit de i ennemis ) qu'on avoit toujours suivis, nangé le pays partout; les caissons /ides, et il n'étoit pas possible aux ûres des vivres d'en fournir alors. Il en emander aux habitans de Saint-Mihel , t fait difficulté d'obéir, sur une préten- (ssibilité d'en fournir une assez grande en un jour, il se trouva obligé , pour lisser périr de faim son armée , de faire nsla ville son infanterie, les gendarmes on , et de distribuer sa cavalerie dans ;es aux environs. Quoiqu'on y restât ;mps , cela fit beaucoup de bien aux mais M. de La Ferté , en ayant été vint lui-même de Nanci , qui en étoit e dix ou douze lieues , pour prier M. de de se retirer, se tenant si offensé qu'il des quartiers dans cette ville-là, qu'il ardonna pas de long-temps, et cette ligence fut dans la suite très-préjudi- [X affaires du Roi. Il fallut partir le in de l'arrivée du maréchal, dont la igmentant sur les plaintes que les habi- Irent contre quelques soldats , il suivit be des troupes, accompagné de ses à la tète desquels il chargeoit les trallomme s'ils eussent été ennemis, et nt ce manège jusqu'au quartier des es, qui n'étoient point encore ni en en marche, un de la compagnie du ! Bristol , nommé Manwaring , qui ne
le connoissoit pas , voyant la violence avec laquelle il frappoit , crut que c'étoient les ennemis, et lui présenta le pistolet dans le ventre, dont l'amorce , heureusement pour l'un et pour l'autre, manqua : le pauvre gendarme fut blessé de cinq ou six coups et couché par terre , mais il en guérit. Berkeley, cornette de la mémo compagnie, en fut quitte à meilleur marché; le grand bruit que faisoit le maréchal lui fit croire, aussi bien qu'à Manwaring, que les ennemis étoient entrés dans la ville; il avança le pistolet à la main au coin de la rue; mais reconnoissant le maréchal , il le baissa aussitôt et le salua , et comme il en étoit connu , il se tira mieux d'affaire que le gendarme.
On arriva, le soir, à un petit village appelle Yillotte ; le lendemain on marcha àXhionville , entre Bar et Ligni. Le même soir on envoya un détachement de cavalerie et d'infanterie avec du canon , et toutes les choses nécessaires pour attaquer cette dernière place ; on éleva d'abord la batterie plus près que demie-portée du mousquet des murailles ; on fit des tranchées à droite et à gauche pour mettre l'infanterie à couvert , et un épaulement pour la sûreté de la cavalerie : tous ces ouvrages furent perfectionnés avant le lever du soleil. Les batteries commencèrent aussitôt à tirer ; il y eut une brèche raisonnable avant la nuit ; la difficulté étoit de passer le fossé qui étoit plein d'eau , profond et si large, que le débris de la brèche n'avoit pu le combler : on ne laissa pas de donner l'assaut , et à force de planches, d'échelles et de longues poutres, on passa le fossé, et on arriva à la brèche, que l'ennemi abandonna aussitôt pour se retirer dans le château , qui étoit plus fort. Le lendemain M. de Turenne marcha avec ses troupes à Bar-le»Duc , laissant M. de La Ferté avec les siennes au siège du château de LIgnI.
La même nuit qu'on arriva à Bar, on dressa une batterie contre la basse ville , à la faveur de quelques maisons qui étoient presque sur le bord du fossé , n'y ayant qu'un très-petit chemin entre deux : le canon tira des le matin , et quoiqu'il fût petit et en petit nombre , n'y en ayant que deux de douze, un de huit et deux de six livres de balle, comme les pièces étoient renforcées, et qu'on pou voit leur donner double charge, M. de Champfort , lieutenant d'artillerie, en fit un si bon usage, qu'au coucher du soleil il y eut une bonne brèche.
Le régiment de Picardie devoit y donner l'assaut sous les ordres de M. de Tôt , le plus ancien lieutenant-général de France , et le seul qui étoit dans cette armée. La brèche étoit contre la porte à la droite en entrant , qui n'é-