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MEMOIRRS DU 1)1 C
toit flanquée que de deux petites tours rondes qui étoient à côté : on préféra de battre cet endroit à tout autre, pour n'avoir point l'embarras de combler le fossé, et parce qu'il auroit fallu faire ailleurs une plus grande brèche, qui eût emporté plus de temps qu'on ne vouloit y employer, au lieu que par là on avoit la facilité de passer le fossé sur le pont de la place, et de sauter en bas où étoit le pont-levis du guichet, d'où on se pou voit couler le long de la muraille pour aller à la brèche qui n'étoit pas loin.
Tout étant ainsi disposé , M. de Turenne fit tirer deux ou trois décharges de son canon sur Ja tour de la porte, qui seule défendoit la brèche, et dont la ruine auroit rendu l'attaque plus aisée. M. de Tôt , qui eut ordre de la commencer, au lieu de faire marcher d'abord les gens commandés et de rester lui-même avec le corps du détachement , comme il avoit bu, suivant sa coutume , un peu trop pour un commandant , il suivit le sergent qui menoit la tête de l'attaque; en sautant de la petite porte du guichet, il fut tué d'un coup de mousquet. Cette place étoit fatale aux ivrognes ; mais le duc dTorck rend cette Justice à la nation , d'assurer que le pauvre M. de Tôt a été le seul offlcier françois qu'il ait jamais vu ivre dans les armées. Cet accident ne tarda rien : les attaquans passèrent à la flle par le <ruicbet, et arrivant à la brèche malgré le feu des ennemis , que le canon ne put point déloger de la tour de la porte , ils emportèrent non seulement la brèche, mais les chassèrent encore des barricades qu'ils avoient faites derrière et dans les rues, les poursuivant jusqu'à la ville haute.
Un accident qui arriva au gouverneur, qui s'appelloit Despiller, contribua beaucoup à la prise de cette basse ville : ne croyant pas qu'on voulût donner l'assaut ce soir-là , il étoit resté à la ville haute; mais le bruit de l'attaque l'ayant obligé d'y venir, et faisant marcher deux cens hommes pour fortifler ceux qui défendoient le poste , son cheval s'abbatit en descendant à la basse ville , et lui meurtrit si violemment la jambe , qu'il fut contraint de se faire porter en haut. On ne perdit pas beaucoup de monde à cet assaut; il n'y eut personne de remarque, outre M. de Tôt, que le marquis d'Angeau , volontaire , qui fut tué ; M. Poliac , premier capi. taine de Picardie , qui commandoit le régiment en l'absence des officiers majors , eut un coup de mousquet dans l'épaule , et Godonviller, capitaine au même régiment , en reçut un dans le ventre; ils en guérirent tous deux.
Le cardinal Mazarin arriva au camp ce jourlà , et y amena un renfort de troupes qui avoient
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été tirées de diverses places, et étoient coramandées par le duc d'Elbeuf et le maréchal d'Anmont. Le cardinal vit prendre la basse ville, qui servit de peu pour la prise de la ville et do château , et qu'on n'attaqua que pour y mettre l'infanterie à couvert , la saison étant trop rigoureuse pour camper : on y trouva abondwce de vin et de pain, dont on avoit grand besoin. Pour la cavalerie, elle fut mise en de bons quartiers dans le pays , aux environs et assez près delà ville.
Quoique la gelée fût violente , le prince de Condé résolut de tenter le secours de la place; on fut averti de bonne heure de sa marche, et il fut arrêté par le cardinal et les généraux que M. de Turenne et M. de La Ferté marcheroient au-devant de l'ennemi avec la plupart de la cavalerie, environ trois mille fantassins et ai pièces de campagne, et que le cardinal les soi* vroit à quelque distance, pendant que MM. d'Elbeuf et d'Aumont, avec le reste des troupes, continueroient le siège.
On apprit que les ennemis venoient par le chemin de Vaubecourt , qui n'est éloigné que de cinq lieues de Bar-le-Duc. L'armée du Roi marcha à eux; M. de Turenne, condulsaDt l'avant-garde , avança jusqu'à Condit qui n'est qu'à une lieue et demie de Vaubecourt. Dans le moment que les premières troupes y entrèrent pour y prendre leurs quartiers , on eut avis, par un parti qui amena des prisonniers , que le prince de Condé étoit nouvellement arrivé dans Vaubecourt, où il devoit rester la nuit, neseachant point qu'on étoit si proche ; M. de Turenne en envoya aussitôt avertir le maréchal de La Ferté , et lui dire qu'il étoit de sentiment d'al* 1er immédiatement attaquer les ennemis, qn*on trouveroit assurément en grand désordre; qœ le quartier étant rempli de vin et de tontes sortes de provisions, les commandans pourroient difficilement rassembler leurs troupes et faire monter les cavaliers à cheval , et que Icnr surprise seroit si grande de se trouver attaqués dans le temps qu'ils croyoient l'armée du Eoi bien loin , qu'on obtiendroit une victoire aisée : mais au lieu de consentir à cette proposition, il vint lui-même dire à M. de Turenne qu'il ne croyoit pas qu'il convint d'entreprendre une affaire de si grande importance sans la participation du cardinal , qui n'étoit pas loin , et qu'il étoit d'avis qu'il falloit l'en avertir pour rec^ voir son consentement avant de rien faire. M.de Turenne fut obligé malgré lui de prendre ff parti : on dépêcha un exprès au cardinal pow l'informer de vive voix de la belle occasion tf^ se présentoit ; il le renvoya en diligence porter
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son consentement; mais quoiqu'il ne fût éloigné que d'une lieue ou deux tout au plus, Toecasion se perdit , car dans le moment qu'on marchoit aux ennemis, un autre parti rapporta qu*il y avolt lieu de croire que le prince a voit décampé, parce que le bourg étoit tout en feu et que la garde avancée ne paroissoit plus. On reconnut , en avançant, que Vaubecourt brûloit effectivement , et un autre parti confirma que les ennemis se retiroient avec une extrême précipitation; sur quoi M. de Turenne rebroussa chemin pour ramener les troupes dans leur quartier, ne jugeant pas à propos d'avancer plus loin. Le lendemain on apprit par des habitans de Vaubecourt que le prince de Condé, ayant été Informé de l'approche de M. de Turenne , fit battre la générale et sonner à cheval , et que , voyant le peu de diligence que faisoient ses troupes pour quitter un si bon gfte , il fit mettre le feu à chaque coin du bourg pour les faire déloger plus promptement. Ce danger échappé si heureusement le rendit plus circonspect dans la suite ; ii ne Jugea pas à propos de rester plus long-temps dans ce pays- là , voyant que l'armée du Roi étoit assez nombreuse pour continuer deux sièges à la fois , et venir en même temps avec la moitié des troupes à sa rencontre.
Quand on fut informé que les ennemis avoient tout à fait vuidé le pays , M. de La Ferté retourna à Bar avec la plupart de l'infanterie et une partie de la cavalerie , et M. de Turenne mit le reste en quartiers à Contrusson , Revigny-aux-Vaches, et autres villages quin'étoient qu'à quatre lieues de Bar. Le cardinal prit son quartier dans le village de Fains, à une lieue de la ville; il y resta durant le siège, qui ne dura plus long-temps après la retraite du prince de Condé. Les assiégeans souffrirent néanmoins qu*on nt deux brèches avant de parler de se rendre ; à la première qu'on crut insultable, les soldats trouvèrent en y montant à l'assaut, qu'il y avoit de l'autre côté une pique de profondeur qu'on ne pouvoit point sauter , ce qu'on n'avoit pu discerner de dehors. On fut obligé de dresser une nouvelle batterie du côté du château, où, après avoir fait une brèche assez considérable, les assiégés capitulèrent , rendirent la ville haute et le château , et demeurèrent prisonniers de guerre. Ceci arriva vers le 15 de décembre. On peut tirer de Tinutilité de la première brèche dont on vient de parler , une leçon dont les gouverneurs de places peuvent profiter pour les défendre : Tart peut faire ce que fait ici la nature du terrain; car si une muraille est raisonnablement forte et a de bons fondemens, on peut couper, derrière l'endroit qui est battu en