‹ Relation faite par m. de Fontrailles des choses particulières de la courChapitre 78 sur 89 · III. C. D. M., T · texte numérisé non relu

III. C. D. M., T

brèche, un fossé bien profond et escarpé, qui la rendra inutile aux assiégeans.

Il se trouva parmi les troupes que M. de Lorraine avoit mises en garnison dans Bar-lc-Duc, un régiment irlandois d'infanterie, «qui se voyoit en danger de rester long-temps prisonnier de guerre, leur colonel étant mort le Jour que la place s'étoit rendue; le lieutenant-colonel, qui se sauva, envoya offrir ses services au duc d'Yorck,en cas qu'il obtint du cardinal la liberté du régiment, ce qui avoit été accordé : les deux compagnies dont il étoit composé , avec tous les officiers , furent incorporés dans le régiment de ce prince qui étoit à Ligni , où ils furent envoyés.

Après la prise de Bar-le-Duc , les troupes du maréchal de La Ferté marchèrent à Ligni pour hâter la prise du château , dont le siège avoit été poussé lentement pendant que l'autre duroit : on commençoit à battre en brèche; mais avant qu'elle fût suffisante , les l)Oulets manquans, les assiégés en fortifièrent le haut d'une forte palissade. Alors M. de La Ferté fit attacher le mineur au même endroit où les ruines de la muraille favorisoient son logement ; en peu de temps sa mine fut prête à jouer : les régimens d'Yorck et de Douglas furent commandés pour attaquer aussitôt qu'elle auroit fait son effet, et le régiment de La Ferté avoit ordre de les soutenir. Le comte d'Ëstrée, qui commandoit l'attaque , fit marcher sans attendre que la fumée fût dissipée pour voir l'effet de la mine : on passa sur la glace le fossé qui étoit fort large; quand on vint à la brèche on s'apperçut , mais trop tard, que la mine n'avoit emporté la partie extérieure de la muraille que Jusqu'à l'endroit que les assiégés avoient palissade ; ii n'y avoit pas moyen d'avancer ; on fit retirer les troupes, mais par surcroit de malheur la glace"* rompit sous les pieds des soldats ; la plupart tombèrent dans l'eau du fossé, ce qui donna loisir aux assiégés de faire grand feu sur eux. Ainsi , ' faute d'un peu de patience pour reconnottre l'effet de la mine, le régiment d'Yorck perdit quatre capitaines, quelques lieutenans et enseignes et environ cent soldats ; et celui de Douglas , deux capitaines et près de cinquante soldats, sans les blessés. On attacha la nuit le mineur pour la seconde fois, et le lendemain, 22, iv château capitula et se rendit aux mêmes conditions que Bar-le-Duc.

Le cardinal, que ces succès mettoient en goût, souhaitta de les pousser plus loin , et qu*on terminât la campagne par la prise de Sainte-Me-, nehoult. Après avoir laissé de bonnes garnisons dans Ligni et Bar-le-Duc , et en avoir réparé les

UÉMOlBftS DU DUC D'YOBCK. [1G53]

bi'èchtfs autant que la saison le pouvoit permettre, rarmée partit de Gontrusson le 27, et arriva le lendemain à Sommyeure , où elie resta Jusqu'au 30. On étoit obligé durant cette marche de cantonner les troupes dans les villages , la rigueur de l'hiver ne permettant pas de camper. La gelée fut si violente le Jour qu'on arriva à Sommyeure , que les cavaliers furent obligés de marcher à pied pour s'échauffer : trente ou quarante soldats périrent ce Jour-là de Texcès du froid ; car aussitôt que quelqu'un de ceux qui n'étoient pas bien vêtus s'asseyoit pour se reposer , le froid lesaisissoit , et il ne pouvoit plus se relever : le duc dTorck en vit plusieurs ^elés à mort , et il en seroit péri un bien plus grand nombre sans le soin que prirent les officiers de faire mettre sur des chevaux ceux qu'ils voyoient prêts à succomber , pour les porter Jusqu'aux premiers villages, où on en sauva plusieurs en leur donnant de Teau de vie ou d'autres liqueurs. Ce qui rendoit ce froid plus vif et plus pénétrant , c'est qu'on marchoit dans ces vastes plaines de Champagne, où il n'y avoit aucun abri contre un vent de nord-est perçant qui souffloit directement au visage : ce fîit aussi ce qui empêcha le siège de Sainte- Menehoult.

M. de Turenne représenta au cardinal les difficultés qu'il y avoit pour l'entreprendre dans un temps si cruel, qu'on ne pouvoit pas y trouver, comme à Bar et à Ligni, où mettre l'infanterie à couvert , ni du fourage aux environs pour la cavalerie , puisqu'il n'y avoit point de fauxbourgs , et que le pays avoit été mangé par les ennemis; que la place étant bonne et munie d'une grosse garnison, il faudrait y mettre le siège dans les formes , et qu'au lieu de terminer glorieusement la campagne, on hazardoit la raine entière de l'armée et de lever honteusement le siège.

[1653] Le cardinal se rendit enfin à de si fortes raisons , marcha du côté de Rhetel par Miocour et de Grivy ; et le premier Jour de l'année 1 653 on passa la nuit à Attigny, qui est située sur la rivière d'Aisne, qu'on passa le lendemain pour venir à Saux-aux-Bois. On trouva l'entreprise de Rhetel presqu'aussi difficile que celle de Sainte-Menehoult; ce qui fit prendre le parti d'attaquer Château - Porcien , deux lieue» plus bas, parce qu'on y trouvoit les mêmes facilités qu'au siège de Bar-le-Duc, n'y ayant que le château qui fût de défense , et la ville , qu'on comptoit enlever d'abord , pouvant contenir et mettre à couvert assez de troupes pour en faire le siège.

M. de Turenne arriva le 6 Janvier à Son ,

ou il mit en quartiers et daus les villages eirconvoisins la plupart de la cavalerie et une partie de son infanterie : il n'y a qu'une lieue et demie de là à Château-Porcien , et c'étoit le poste le plus propre pour empêcher qu'on ne Jettâtdo secours , et le cardinal logea à Balhan. Le doc d'Yorck n'ayant pas été tout le temps à ce siège, il n'en sera point fait ici de détail , et on ne rapportera que ce qui se passa aux quartiers, où le service fut rude, à cause de l'approche do prince de Condé , qui vint pour tâcher de faire lever le siège. Pour l'en empêcher, toute la cavalerie qui étoit cantonnée aux environs de Son avoit ordre d'y marcher tous les soirs , d'y rester toute la nuit, et de rentrer dans ses quartiers après le lever du soleil : la cavalerie du maréchal de La Ferté faisoit la même chose , et cette manœuvre fatiguante dura autant que le siège, qui heureusement ne fût pas bien long. La ville ayant été prise d'abord , on ne tarda point à attacher le mineur au château ; quand la mine fût prête, le gouverneur ^ qui s'appelloit Dubaisson , capitula et convint de rendre la place dans quatre Jours, si elle n'étoit pas seconme. Les ennemis, qui en furent avertis, s'avancèrent Jusqu'à Chaumont pour tenter le secours : on crut le dernier Jour qu'on en viendroit aux mains; les partis rapportèrent qu'ils marcboient pour attaquer les troupes du Roi ; on les mit en bataille dans le passage sur la plaine au-dessus du château; elles y restèrent Jusqu'à midi, qu'on apprit que l'ennemi s*ètoit retiré , et une heure après le château se rendit , suivant la capitulation , que la rigueur de la saison procura plus honorable à la garnison qu'elle n'eût èlé dans un autre temps ; elle fit souhaiter d'avoir la place à quelque prix que ce fût , toute l'armée étant extraordinairement fatiguée , et le pays aux environs ruiné. L'infanterie souffroit plus que le reste ; on ne pouvoit lui fournir r^lièrement le pain ; le commissaire des vivres n'avoit pu faire de magasins dans aucune des villes voisines , et le soldat étoit contraint de manger de la chair de cheval , d'autres méchantes nourritures , et particulièrement des trônes de choux , qu'ils appelloient le pain du cardinal.

Cependant lorsqu'ils crurent entrer dans ks quartiers d'hiver, après avoir passé l'Aisne le 13, et avoir été cantonnés à Poiloourt et dans les villages voisins , ensuite à ProuiUi entre Bheims et Fismes , où on demeura deux o« trois Jours , le cardinal ordonna que l'armée rttournât du côté de l'Aisne , qu'elle passât If 20 à Pont-à-Vère pour aller reprendre Vervins, dont les Espagnols s^étoient emparés IVfé

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