‹ Relation faite par m. de Fontrailles des choses particulières de la courChapitre 79 sur 89 · MÉMOIRES DU DUC D*VOBCK · texte numérisé non relu

MÉMOIRES DU DUC D*VOBCK

précédent et y avoient mis garnison. La place n'étoît pas assez forte pour soutenir un siège, mais le quartier étoit bon et pouvoit incoromoder le pays d*alentour , ce qui fit souhaitter au cardinal qu'on ne quittât point la campagne qii*eHe ne fût prise. Jamais soldats ni officiers même ne marchèrent à une entreprise avec plus de répugnance et de murmures : après avoir supporté toute ia rigueur de la gelée , on ne pouvoit soutenir que bien impatiemment la fatigue du dégel , au travers d'un pays montueux, dont la terre glaise rendoit les chemins impraticables, particulièrement entre Pont-à- Vère et Laon, où les bagages restèrent dans la boue ; et quoiqu'après avoir surmonté ces diffleultés on entrât dans un pays plus ouvert , la continuation du dégel rendit les chemins également mauvais partout. Cette marche ruina la plupart des équipages et fit perdre beaucoup de bagages et de chevaux.

On arriva le 25 à Youlpaix, à une lieue de Vervins. Le duc dTorck, qui suivoit M. de Torenne partout, étant allé avec lui reconnottre la place, et s*étant avancé fort près avec vn gentilhomme pour mieux faire ses remarques , il prit un petit parti de cavalerie de la place pour être de l'armée , et ne reconnut son erreur que quand les ennemis étant approchés à la portée du pistolet , ils tirèrent dans le moment qu'il alloit s'engager au milieu d'eux ; mate leur précipitation lui donna le temps , et au gentilhomme qui l'accompagnoit , de se sauver.

Le lendemain , on détacha environ mille fantassins et deux cens chevaux pour commencer l'attaque de la place, dont la garnison étoit de neuf cens hommes, six cens d'infanterie et trois cens de cavalerie. M. de Bassecour , colonel et brave homme , en étoit gouverneur. Les assiégeans se logèrent la première nuit à couvert des maisons et des Jardins qui sont contre la ville ; le Jour suivant on dressa une batterie sur le soir , ce qui obligea les ennemis de capituler , à condition de sordr de la place avec armes et bagages.

Ce petit siège coûta peu ou point de monde : quoiqu'il fût fort court, on murmuroit toujours de ce qu'après la prise de Ghateau-Porcien on n'avoit pas envoyé les troupes directement en quartier d'hiver ; et conmie l'ennemi , suivant sa coutume , disoit des injures du haut des murailles de Vervins contre le cardinal , les soldats , au lieu de prendre son parti , ne répondirent jamais qu'Amen à toutes leurs imprécations. Le 28 au matin, M. de Turenne ayant va sortir Bassecour avec sa garnison , et ayant pris possession de la place , fit marcher l'ar-

mée à Creci-sur-Serre et de là à Laon, d'où toutes les troupes furent envoyées à leurs quartiers d'hiver; et le cardinal, les généraux et toutes les personnes de qualité prirent le chemin de Paris , où ils arrivèrent le 3 février. C'est ainsi que finit cette longue campagne , pendant laquelle M. de Turenne acquit une gloire immortelle, en sauvant plusieurs fols la monarchie par ses conseils , par sa conduite et par sa valeur.

La campagne précédente ayant été si pénible et si longue , celle de cette année ne put commencer que tard : l'armée du Roi étoit entrée la dernière dans ses quartiers d'hiver , et la plupart des troupes avoient été distribuées dans le Poitou, l'Anjou, ia Marche et dans d'autres provinces aussi éloignées : néanmoins elle prévint les ennemis , et fit le siège de Rethel avant qu'ils sçussent qu'elle étoit assemblée.

Cette ville est située sur la rivière d'Aisne qui arrose une partie de la Champagne, et après avoir coulé dans ces plaines, les plus vastes qui soient dans cette partie de l'Europe , elle perd son nom en tombant dans la rivière d'Oise. La place étoit considérable alors par l'entrée qu'elle donnoit aux ennemis dans toute cette province , et la facilité de pousser leurs courses Jusqu'aux portes de Paris , et d'étendre fort loin les contributions; quoique le prince de Condé en eût confié le gouvernement au marquis de Persan , fort brave officier, et que la garnison parût suffisante , elle ne l'étolt pas à proportion de l'Importance de la place et du danger où elle étoi^ d'être attaquée : mille hommes davantage en auroient rendu le siège plus difficile, etpouvoient au moins la faire tenir assez long-temps pour donner celui de la secourir.

M. de Turenne, profitant de cette faute, fit attaquer brusquement le dehors dès la première nuit , lorsque les ennemis s'y attendoient le moins. Le gouverneur et les officiers principaux qui y étoient, dans le dessein d'observer où les assiégeans feroient leurs approches, furent si surpris de se voir insultez de tous cotez et avec tant de vigueur, qu'ils ne purent pas faire grande résistance; les dehors furent emportés, et le gouverneur pensa y être pris avant qu'il pût se retirer dans la ville.

Quoique le fossé fàt bon et les ouvrages hauts , comme ils n'étoient que de terre , et que les palissades n'étoient plantées que sur le parapet où elles sont le moins nécessaires, les assiégeans y marchoient plus volontiers, parce que , y étant une fois arrivés , l'avantage étoit égal de part et d'autre pour attaquer comme pour défendre, et le plus grand nombre l'eroportoit:

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on y perdit cependant plusieurs soldats et quelques officiers. Mais les assiégés , dont toute l'espérance consistoit dans la défense des dehors , avoient perdu courage après en avoir été chassés ; on éleva ensuite des batteries si près des murailles , qui n'étoient point des plus fortes , qu'on y fit en peu de temps deux brèches qui obligèrent les assiégés de capituler le 8 juillet. Ils sortirent le lendemain avec armes et bagages , et furent conduits à la garnison espagnole la plus proche. L'armée resta deux ou trois jours pour réparer les brèches ; et après avoir pourvu la ville de toutes les choses nécessaires , et y avoir laissé une bonne garnison, l'Ile marcha vers Guise sur ce qu'on avoit été informé que les ennemis avoient marqué leur rendez -vous aux environs. Etant campée le 1 1 auprès de Noircourt, on fut averti par un exprès du gouverneur de Rocroy , qu'une partie de leur armée, qui marchoit au rendez- vous, s'étoit cantonnée dans plusieurs villages aux environs de Chimay , Glajon et Terlon , de l'autre côté des Ardennes ; les généraux résolurent de marcher à eux avec toutes les troupes et quelques pièces de campagne, ne laissant que cinq ou six cens hommes pour la garde des bagages. M. de Turenne, qui conduisoit l'avant-garde, fit toute la diligence possible ; mais en arrivant à Nost , presque au bout de la forêt , il sçut par des prisonniers qu'un petit parti lui amena , que les ennemis avoient été avertis de son dessein et de sa marche : ainsi on jugea à propos de retourner.à Noircourt; et après avoir employé trois jours dans cette marche, on rejoignit les bagages le quatorze.

Toute l'armée marcha le 17 à Haris^ et delà à Saînt-Algis, où le roi de France et le cardinal Mazarin la joignirent ; le 25 elle campa à Ribemont , et on apprit que l'armée d'Espagne, forte au moins de trente mille hommes, avec une artillerie et des provisions proportionnées, s'étant assemblée auprès de l'Arbre-de-Guise , marchoit pour entrer en France. Il se tint un conseil en présence du Roi et du cardinal pour délibérer sur la conduite qu'on devoit tenir contre une armée si puissante , celle de Sa Majesté n'étant que de six mille fantassins et d'environ dix mille chevaux. Plusieurs opinèrent de mettre toute l'infanterie, à la réserve d'un détachement de mille hommes , dans les villes frontières , avec quelque cavalerie, et que le corps de cavalerie et le détachement d'infanterie seroient toujours aux trousses des ennemis pour enlever leurs fourrageurs, leur couper les vivres et les fatiguer de sorte qu'ils ne pussent point faire le siège ; d'autres au contraire étoient

de sentiment qu'il ne falioit point séparer l'armée avec laquelle on pourroit défendre le passage des rivières , s'ils avançoient dans le pays ; qu'il seroit d'une dangereuse conséquence de leur laisser prendre le chemin de Paris , qui ne venoit que d'être réduit à l'obéissance du Roi , pendant que Bordeaux étoit encore en rébellioD.

M. de Turenne proposa un avis contraire à tous deux ; il jugeoit que le premier étoit dangereux , parce qu'en divisant les forces les ennemis pouvoient aisément chasser le peu qu'on en auroit en campagne , faire tout à leur aise le siège qu'il leur plairoit, et se retrancher de sorte qu'avant qu'on pût avoir rassemblé toutes les troupes , il ne seroit plus possible de les forcer ; que la diversion qu'on entreprendroit de faire en attaquant une de leurs places , deviendroit inutile , puisqu'ils auraient assez de temps pour achever leur siège et venir secourir la place que les troupes du Roi auroient attaquée, quelque peu considérable qu'elle pût être. A l'égard du second , qu'il n'étoit pas possible de défendre le passage des rivières contre une armée si supérieure en infanterie ; que cette conduite intimideroit les troupes 9 qui craindroient d'être forcées dans leurs postes , et qu'elle feroit encore un bien plus méchant effet dans Paris et dans les provinces; que son sentiment étoit qu'il falioit tenir l'armée entière et observer les ennemis d'aussi près qu'on pourroit, de manière qu'on pût éviter le combat ; qne parce moyen on les empêcheroit de faire aucun sicge de conséquence , parce qu'ils n'oseroient séparer leurs forces , et qu'avant qu'ils pussent s'être retranchés et avoir fait leur pont de communication , on choisiroit par où les attaquer ; qn'il ne croyoit pas qu'ils eussent dessein d'entrer bien avant dans le pays , parce que les troupes du Roi étoient en état de leur couper les convds, sans lesquels il leur seroit impossible de subnster. Ces conseils de M. de Turenne furent m* vis, et la cour s'étant retirée, on les mît aussitôt en exécution.

Les Espagnols avancèrent d'abord oitre la Seine et l'Oise, vinrent camper à Fonsommeetà Fervaques. Us passèrent le premier jour d'aoost à la vue de l'armée du Roi , marchant vers Hao, la Somme à leur droite ; et ayant campé à Saint- Simon et à Clastres , ils employèrent un joor entier à passer les défilés. M. de Turenne, à leor approche, fit mettre l'armée en bataille; (t voyant qu'ils passolent outre , il la fit marcher le long de la rivière auprès de laquelle elle éloit, jusqu'à Mayot , proche La Fère. Le lendemain on travailla tout le jour- à faire des ponts poor l'infanterie et des passages pour la cavalerie,

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