‹ Relation faite par m. de Fontrailles des choses particulières de la courChapitre 80 sur 89 · VOS · texte numérisé non relu

VOS

le dessein de passer cette rivière, si les Dis avançoient davantage dans le pays: on le lendemain matin qu*ils marchoient tonen avant. M. de Turenne voulut recon- ) lui-même quelle route ils prenoient avant ftser la rivière ; et s'étant avancé avec mille lUx pour mieux pénétrer leur dessein , il ^a ordre ensuite à toute l'armée de le suivre archant le long de la rivière ; elle cam- 3 aoust à Fargnier , étant suffisamment rte par des l)ois du côté des ennemis ; et i qu'on apprit qu'ils s'étoient avancés Jus- Boye , elle marcha vers Noyon , où elle I le 5. On apprit que Roye avoit été prise lée; il n'y avoit dedans que les bourgeois B laissèrent point de se défendre , et ne se rent qu après que les batteries furent dresque le' canon eut tiré. Le 9, on fit avancer §e à Magny , où le pays étant fort cou- !t serré, il n'y avoit rien à craindre. De là lYoya M. de Schomberg avec les gènes, au nombre de deux cent cinquante ux , et cent fantassins pour se jeter dans e. On mit aussi trois cens hommes dans ine, et ce furent les seuls détachemens envoya dans des places pendant toute la igné.

fut informé que les ennemis s'approchoieut

»rbie, sur quoi on se posta le 10 à Eper-

proche de Ham ; à peine y fut-on arrivé

eut avis que le comte de Megen devoit

le lendemain de Cambray avec trois mille

les pour conduire aux Espagnols , entre

ne et Gorbie , un grand convoi de vivres ,

âonniers et toutes les munitions néces-

pour un siège. L'armée décampa un peu

le coucher du soleil , passa la Somme à

, et marcha toute la nuit dans le dessein

rcepter le convoi. Pour faire phis de dili-

, la cavalerie prit les devans^ on n'en

que fort peu avec l'infanterie , qui avoit

de suivre avec l'artillerie et les bagages.

Valérie arriva à Péronne à la pointe du

on en tira les trois cens hommes d'infan-

^u'on y avoit Jettes , et tous ceux dont la

$on pou voit se passer, et continuant de

ler vers Bapaume , on fit halte à deux ou

ieues de cette place, et on envoya des

vers Cambray pour reconnottre la marche

nvoi ; mais à midi ils rapportèrent qu'il

'entré dans la place , sur ce que , peu de

après en être sorti , les ennemis avolent

ne les troupes du Boi venoient à eux. On

; en même temps que l'armée espagnole

avancée vers la Somme près de Bray; sur

m retourna joindre Tinfanterie au village

de Manancourt, où coule un petit ruisseau qui passe par Mont-Saint-Quentin et tombe dans la Somme proche de Péronne; on y campa la nuit, et ayant eu avis, le lendemain 12 au maUn , que les ennemis jettoient des ponts sur la rivière le long de laquelle ils campoient , on jugea à propos de se retirer un peu en arrière , le long du même ruisseau, à Alesne, près du Mont-Saint-Quentin, dans la résolution toutefois qu'en cas que l'ennemi passât la Somme, on posteroit l'armée un peu au-dessus de Manancourt , dans un lieu que les deux généraux avoient marqué pour la mettre en bataille dès que l'ennemi approcheroit. Quoique la chose eût été ainsi arrêtée par tous deux , elle fut changée par l'un sans attendre l'avis de l'autre. M. de Turenne, suivant sa coutume, sortit de son quartier le 13 au lever du soleil, peu accompagné , pour visiter la garde de cavalerie qui étoit de l'autre côté du ruisseau; et n'y recevant aucune nouvelle des partis qu'il avoit envoyés la nuit pour lui rapporter ce qu'ils découvriroient des mouveraens des ennemis , il alla à Péronne pour y détacher des partis de l'autre côté de la Somme, ne croyant pas qu'il fût possible que les ennemis avançassent vers Tarmée du Boi sans en avoir été averti par Bapaume , ou par quelqu'un de ses partis. Ils avoient néanmoins fait tant de diligence que leur avant-garde avoit passé Bapaume avant la pointe du jour, de manière qu'il ne fut pas possible aux partis qui se trouvèrent coupés de tous cotez , de donner aucun avis. Les gardes avancées de M. de La Ferté donnèrent la première alarme, que ce maréchal prit si chaudement, qu'au lieu de marcher pour occuper le terrain dont on étoit convenu le jour précédent, il fit marcher l'aile gauche , qu'il devoit commander, au travers de l'aile droite, et la fit aller vers Péronne, pendant que cette dernière commençoit à avancer vers le terrain qui lui avoit été marqué. Les choses étoient dans ce désordre quand M. de Turenne retourna de Péronne , lequel trouvant que M. de La Ferté rangeoit sa gauche près du Mont-Saint-Quentin , il fit avancer son aile droite pour la joindre, étant trop tarddB marcher au premier poste, parce que les ennemis en étoient déjà fort près, et avançoient avec d'autant plus de Joye qu'ils tH)nnois$oient l'avantage qu'ils avoient de trouver l'armée de France en plaine , où elle ne pouvoit pas éviter le combat. En effet, elle auroit été infailliblement battue si elle y fût restée ; car quoique l'ordre de bataille fût excellent , suivant la nouvelle méthode , la seconde ligne étant à une distance proportionnée à la première , y ayant

MSMOIfiES DU DUC u'yOBCK. [|6â3]

un bon corps de réserve de douze escadrons et de deux bataillons derrière le tout, et Taile gauche étant rangée au pied du Mont-Saint- Qaentin. Cependant les ennemis étant beaucoup supérieurs en nombre, ils pou voient prendre la droite en flanc, le premier escadron de cette aile n'étant qu*à la portée du pistolet d*une colline, dont l'ennemi gagnant la hauleur pouvoit la désoler de son canon et de sa mousqueterie , et la charger ensuite en flanc.

M. de Tnrenne n*étoit pas le seul qui connoissoit le danger ; toute la droite de l'armée en étoit dans une consternation extrême, et Jamais on n*a vu une crainte d'être battu plus universelle. Il courut aussitôt qu'il s'en apperçut à M. de La Ferté , pour l'avertir que si l'armée restoit dans cette situation elle seroit absolument défaite ; qu'il étoit résolu de marcher aux ennemis au haut de la montagne , puisqu'on ne pouvoit être ailleurs dans un terrain plus désavantageux que celui où on étoit ; qu'il n'y avoit pas d'autre moyen de redonner courage aux soldats et qu'il le prioit de le suivre. Il revint immédiatement à sa droite, à la tête de laquelle il monta aussitôt sur la hauteur , et en y arrivant avec les premiers escadrons, il envoya M. de Varennê, ancien offlcier fort expérimenté, qui avoit servi sous lui dans toutes ses campagnes d'Allemagne , et en qui il avoit beaucoup de conflance , pour reconnoltre le terrain où on devoit marcher, A peine eut-on avancé un mille qu'il rapporta à son général qu'il avoit découvert un poste fort avantageux qui n'étoit pas éloigné. M. de Turenne y fut, et trouva qu'il étoit tel en effet que l'ennemi n'oseroit l'y attaquer : il y avoit sur la droite un ruisseau qui vient de Roiset et tombe dans la Somme un peu au-dessus de Péronne; la gauche étoit bor« née par une montagne si escarpée qu'on ne la pouvoit monter ni à cheval ni à pied , et la distance entre deux ne pouvoit contenir que vingt ou trente escadrons. Il y avoit devant un petit vallon , et du côté du ruisseau un ravin que la cavalerie n'auroit pu passer qu'avec peine ; le village le plus près s'appelle Tincour ou Buires. La différence du poste changea la contenance du soldat, il reprit sa gay été ordinaire, et les ennemis ne l'y auroient pas attaqué impunément ; car, quoiqu'ils fussent presque deux contre un , on travailla aussitôt à cinq redans, dont chacun pouvoit contenir cent hommes, et on plaça toute rartillerie de manière que les ennemis auroient essuyé le feu de trente pièces de canon avant qu'ils eussent pu voir l'armée du Koi , qui , étant derrière , pouvoit les charger à son choix , avec de la cavalerie ou de l'infante-

rie , dans un terrain si étroit, que i^aile droite, commandée par M. de Turenne , formoit quatre ou cinq lignes qui se soutenoient l'une l'autre, pendant que M. de La Ferté , qui avoit sa gauche rangée le long du haut de la montagae, pouvoit seconder la droite en cas de nécessité. Ce fut sur les deux ou trois heures après midi qu'on commença de voir l'armée espagnole marchant en bataille, et avançant par l'extrémilé d'un bois qui s'étendoit depuis la portée du mousquet des redans de l'armée de France, tout le long du sommet de la montagne qui étoit sur la gauche, et qui resserroit le terrain par ou elle croy oit aller l'attaquer d'abord ; mais quand elle en fut environ à une demi -lieue elle fit halte , et la plupart de l'infanterie courut au ruisseau pour y étancher la soif ardente qu'elle souffroit , n'ayant point trouvé d'autre eau depuis qu'elle avoit quitté la Somme.

On a sçu depuis que le prince de Condé vouloit attaquer en arrivant , mais que le comte de Fuensaldagne s'y opposa, représentant la lassitude des troupes, principalement de TinAmterie, après une marche si pénible dans un pays aussi sec que la saison étoit chaude; qu'elle ne pouvoit combattre que le lendemain , vu la diiBeoit<^ qu'il y auroit de la retirer de la rivière pour la remettre en bataille; que le repos d'une nuit la remettroit de la fatigue de la Journée, qu'on si petit délai ne gâteroit rien , puisque Tarmée de France ne pouvoit leur échapper ; que si peu de temps ne pouvoit pas lui suffire pour rien faire qui la mît en sûreté , et que le reste de l'aprèsmidi seroit employé à la reconnoltre el à résoudre par où on attaqueroit.

Le prince céda à des raisons si fortes, l'armée espagnole campa la nuit en bataille; mais les offlciers-généraux trouvèrent le lendemain celle du Roi si avantageusement postée , qu'ils ne songèrent plus à l'attaquer. Elles furent trois ou quatre jours en présence , dans une escarmouche presque continuelle, qui n'aboutit a rien. Le 1 3 d'août , on entendit à la pointe du jour sonner le boutte-selle et battre la générale dans l'armée ennemie ; celle de France se mit aussitôt sous les armes , et M. de Turenne alla lui-même avec deux escadrons vers leur camp, pour observer leur marche et Juger quelle place ils avoient dessein d'assiéger. Etant arrivé à ia moitié du chemin entre les deux armées, 11 y laissa un escadron , et avançant un peu plitf loin il s'arrêta , et envoya le duc d'Yorck a>« M. de Castelnau et douze autres officiers el volontaires parfaitement bien montez, pour approcher des ennemis autant qu'il seroit pos$tbi<^? avec ordre de ne point combattre , et de se re-

NBMOIRK& DU DUC D*YOBCIl. [lG5S]

Ui'or en cas qu on vint à les pousser. Ils entrèrent dans le camp même des ennemis jusqu*aux buttes de Tinfanterie avant que Tarrière-garde de la cavalerie fut dehors. Ils s'arrêtèrent et observèrent à leur aise le mouvement de toute l'armée ; ensuite ils avancèrent Jusqu'à la portée du pistolet des derniers escadrons, sans que de part ni d'autre on se mit en devoir de s'inquiéter; et après avoir reconnu clairement qu'ils marchoient vers Saint-Quentin , ils vinrent rejoindre M. de Turenne, qui envoya aussitôt M. de Beaujeu, un des lieutenans-généraux , avec douze cens chevaux et six cens fantassins , pour sejetter ou dans Guise, qu'il Jugea qu'ils avoient dessein d'assiéger, ou dans telle autre place qui lui paroitroit qu'ils voulussent attaquer. Beaujeu fit tant de diligence qu'il entra dans Guise au moment que la cavalerie des ennemis parut pour l'investir; se voyant ainsi prévenus, ils abr>ndonnèrent l'entreprise, et après avoir resté quelques Jours aux environs de cette place , ils retournèrent sur leurs pas , et furent camper à Cauiancourt , à une lieue de l'abbaye de Vermaud, et à deux de Saint- Quentin.

Aussitôt que M. de Beaujeu fut détaché, toute l'armée se mit en marche ; on fit passer les bagages au travers de Péronne , et l'ennemi étant à telle distance qu'on ne craignoit point qu'il vfnt tomber sur l'arrière-garde avant qu'on eût passé la Somme , toute l'armée défila au travers de la ville , et quoiqu'elle soit assez longue et qu'il n'y ait qu'un pont, M. de Turenne ne laissa pas d'avancer le même soir avec l'avantgarde Jusqu'à Cauiancourt, à une lieue de Ham ; ce qui fit le même effet que si larrière-garde , qui ne put y arriver que le lendemain matin , y avoit été en même temps , parce que les ennemis crurent que toute l'armée étoit ensemble^ comme M. de Turenne l'avoit assuré à ceux qui lui représentèrent qu'elle ne pou voit pas arriver le soir à Cauiancourt, en leur répondant qu'étant couvert de la Somme, les partis ennemis ne pourroient la découvrir et en rendre compte que par les feux, dont le grand nombre ne leur laisseroit aucun doute que toute l'ariiiéc ne fût ensemble. Aussi faut-il lui rendre cette Justice , que jamais général ne prit dans les marches de plus Justes mesures et ne pénétra mieux dans les desseins de l'ennemi. Cette diligence, aussi bien que celle do M. de Beaujeu , empêcha le siège de Guise.

Les Espagnols étant ainsi déconcertés , on ne jugea pas à propos d'avancer plus loin; on se tint , depuis la dernière allarme , plus que Jamais sur ses gardes; et les ennemis étant venus cam-

per à Cauiancourt, sur ce que M. de Tureinic fut averti que les fourageurs prenoient l'habitude de passer le ruisseau , derrière lequel étoit leur armée, et qu'ils alloient vers Ham avec peu d'escorte, il ordonna à M. de Casteinau d'aller avec mille chevaux pour tâcher de les surprendre. Il partit le soir avec dix escadrons, et marcha à Ham, où, étant arrivé aux portes, au lieu de passer outre, il s'y arrêta Jusqu'à la pointe du Jour, qu*il fit passer au travers de la ville deux petits partis pour aller à la découverte; il les suivit 9 et lui ayant été rapporté que les ennemis étoient au fourage, il envoya ordre à sa cavalerie d'avancer ; mais avant qu'elle eût passé la ville et qu'on pût aller à eux , ils prirent l'ailarme à la vue des partis , et se retirèrent n'ayant perdu que vingt ou trente hommes. Ainsi, oc que M. de Turenne avoit si bien projette manqua par la faute du commandant , qui , quoique galand homme d'ailleurs et bon officier d'infanterie, nesçavoit point mener la cavalerie.

Au lieu de retourner au camp, comme il le devolt faire après avoir manqué le coup, il avança dans la plaine jusqu'à une demi-lieue de l'armée ennemie , et y fit halte pendant une bonne heure: cette faute exposoit le détachement à une défaite inévitable, si les ennemis en eussent profité comme ils le pouvoient ; il n'y avoit pas un seul officier, ni même un cavalier qui n'eu craignit la conséquence : la plaine étoit si découverte, que les Espagnols pouvoient compter jusqu'au dernier homme, voir au moins qu'a une lieue et demie derrière il n'y avoit personne pour les soutenir, et rien ne pouvoit les empêcher de passer le ruisseau. M. de Casteinau , après avoir resté là si long-temps sans nécessité, se relira, et mit dans un village malhabilement une embuscade de cent chevaux, n'étant pas probable que les ennemis laissassent passer le ruisseau à leurs gens après une allarme si récente. Cependant M. de Turenne, inquiet de ce qu'on tardoit si long-temps , vint lui-même avec quatre ou cinq escadrons et environ quatre cens fantassins, passa au travers de Ham, et , avançant au-delà, disposa ses troupes de manière qu'elles pussent favoriser la retraite de M. de Casteinau, si les ennemis l'eussent poussé; mais il ne fut pas long-temps sans le voir revenir en meilleur état qu'il ne croyoit.

L'armée du Roi resta dans ce camp jusqu'au 1^' de septembre, que l'on fut informé que l'ennemi avoit décampé de Cauiancourt pour aller assiéger Rocroi, et qu'un gros détachement de cavalerie avoit pris les devans pour l'investir et empêcher qu'on n'y jetiât du secours : la garnison en étoit foible, et la place étant située

ÔG8

MBMOlBfiS DU OUC D^YOACK. [J6Ô:)|

dans une petite plaine environnée de bois , quiconque y est posté le premier peut aisément empêcher d'y passer ; et ce fut inutilement qu*on tenta de la secourir.

On résolut^ pendant que les ennemis seroient occupés à ce siège , de faire celui de Mouson. L'armée passa TOise à La Fère, et arriva le 9 septembre à Remilli , à une lieue de Mouson. Le lendemain on passa la rivière au-dessous de la ville, et chacun prit ses quartiers : M. de Turenne au-dessous, et M. de La Ferté au-dessus. La cavalerie du premier s'étendoit sur une ligne depuis la rivière jusqu*au haut de la montagne, un peu hors de la portée du canon de la place , et il campoit lui-même avec son infanterie et ses gendarmes dans une petite vallée à demi-portée du canon; et dans un vallon plus étroit et plus près de la ville, il posta les deux régimens d'Yorck et de Guienne , et y fit ouvrir la tranchée la même nuit. M. de La Ferté commença ses approches en même temps ; mais ses troupes se postèrent un peu plus loin de la place que celles de M. de Turenne.

Mouson est située sur la Meuse , entre Stenai et Sedan ; elle a un pont couvert d*un ouvrage à corne; la ville est fortifiée d*une bonne muraille ancienne, flanquée détours rondes, dont quelques-unes sont assez grosses, et celle qui est du c6té de la montagne l'est plus que toutes les autres; elle a un très-bon fossé sec, qui presque partout est bien palissade dans le milieu , et lec6ré extérieur est revêtu de pierres de taille; le côté de la ville le plus éloigné de la rivière étant commandé d'une montagne, est défendu d'une enveloppe de trois ou quatre bastions et d'un demi-bastion, et des deux côtés, jusqu'à la rivière, il y a plusieurs demi-lunes et autres dehors.

La garnison étoit d'environ quinze cens hommes d'infanterie et de deux ou trois cens chevaux : le gouverneur étoit un vieux colonel allemand nommé Wolf. La plupart de cette garnison avoit été mise dans la place par le comte de Briol , un des officiers du prince de Condé, qu'il avoit détaché en marchant à Rocroi , avec un corps de troupes, pour se jetter dans Mouson , Stenai y Clermont et Sainte-Menehoult, qui étoit à lui , ne doutant pas que l'armée du Roi n'en assiégeât une; et Briol, jugeant à sa marche qu'elle alloit à Mouson , se contenta d'en augmenter la garnison , et garda le reste des troupes qu'on lui avoit données pour pourvoir à la sûreté des autres places.

Les approches furent poussées la première nuit assez loin, et avec peu de perte, par le régiment de Picardie, et on éleva une batterie

de cinq ou six pièces de canon. La nuit saivante, les régimens de La Feuillade et de Guienne montèrent la tranchée et l'avancèrent considérablement : dans le même temps, qd régiment d'infanterie , qui étoit posté dans quelques maisons auprès du pont, eut ordre d'insol* ter l'ouvrage à corne qui leooDvroit; rennemi jugea à propos de se retirer, et 11 fat emporté sans peine et sans perte. Ce fut le tour du régiment de Turenne la troisième nuit; il poussa la tranchée si loin , que la nuit suivante les régimens d'Yorck et de Palluau arrivèrent jusqu'au bord du fossé des dehors, et attachèrent le mineur à la face du demi-bastion de l'envelope, après avoir coupé les palissades du fossé: il travailla jusqu'après midi, qu'il appela pour demander de la chandelle et à boire, sans quoi il ne pou voit plus travailler. Un sergent d'Yorck lui porta l'un et l'autre , à la faveur d'un grand feu de mousqueterie qu'on fit pendant qu'il alla et revint. Le régiment de Picardie montais tranchée pour la seconde fois la nuit du 14 au 15. Ce jour-là le duc d'Yorck, allant à la tête des ouvrages, accompagné de messieurs d'Homièreset de Créqui et de quelques autres, pédant le peu de temps qu'ils restèrent dans la première batterie, un boulet de canon, tiré de la place, passa entre trois barils de poudre sans y mettre le feu , qui auroit fait sauter tout ce qui étoit dans la batterie ; mais le danger passa si vite qu'on n'eut pas le temps de l'appréhender. M. de TurenuC; observant que les assiégés ne faisoient pas si grand feu de l'envelope comme de coutume, crut qu'ils y avoient peu de monde et qu'ils la vouloient abandonner, jugeant qnela mine étoit prête à jouer; il ordonna qu'un sergent , suivi de quelques soldats , niontât sur le soir par l'endroit dont la fk*aise avoit été brisée par le canon, pour reconnoftre si les ennemis abandonnoient l'envelope : le sergent y fat, et rapporta que les ennemis s'étoient retirés comme M. de Turenne l'avoit jugé. On fit feu sur le peu d'ennemis qui y restoient , et ils se retirèrent dans la ville. Les assiégeans occupèrent aussitôt le fossé de l'envelope et se contentèrent de faire des places d'armes pour se loger et faire feu sur la ville : les ennemis en firent cette nuit-lion fort grand de dessus les murailles; mais «fût sans beaucoup d'effet , parce que les assiégeans étoient à couvert.

Il arriva au camp, le lendemain, un bataillon de dix compagnies du régiment des gardes, commandé par M. de Vautoumeu ; ils montèrent la tranchée, suivant leur privilège, la roéoie nuit , relevant le régiment de Picardie. M. de Casteinau , qui étoit alors le seul lieufenant-g^

MBMOlfiBS DU DUC D*VOfiCK. [l653]

Page 1