‹ Relation faite par m. de Fontrailles des choses particulières de la courChapitre 83 sur 89 · MÉMOIRES DU DUC D*YOHCK. [I · texte numérisé non relu

MÉMOIRES DU DUC D*YOHCK. [I

son iofanterie : Tautrc étoit ù Mouchi et sa cavalerie sur deux lignes entre l'un et Fautre village; le corps de réserve étoit dans sa place ordinaire, derrière le quartier de M. de Turenne qui étoit au milieu de tout. Mouchi étoit une hauteur qui découvroit et commandoit le fond où couloit d'un côté la Scarpe et celui où étoit le ruisseau ; tellement que Tennemi ne pouvoit approcher de jour qu'après avoir essuyé le feu de toute rartlllerle qui étoit plantée sur cette hauteur ; et pour assurer davantage les deux extrémités des lignes , on y avoit posté de l'infanterie aussi bien que dans le centre des ailes de cavalerie.

Quand les lignes furent achevées , on envoya presque tous les soirs de gros partis de cavalerie pour empêcher la communication des convois : car quoique les ennemis, en arrivant devant Arras , fussent pourvus abondamment de toutes sortes de provisions , autant que les armées avoient coutume de l'être en ce temps-là , un si grand corps de troupes avoit toujours besoin de quelque chose , soit que la poudre leur manquât ou qu'ils en voulussent une surabondance de provision. Dès que l'armée du Roi fut à Mouchi , ils détachèrent continuellement des partis pour leur en apporter de Cambrai , Douai et d'autres places voisines : on envoya inutilement des partis pour les couper ; on n'avoit jamais le bonheur de les surprendre parce que le pays étoit trop découvert. Les partis étoient rarement de moins de mille ou douze cens chevaux sous le commandement d'un lieutenant-général; ceux qu'on détachoit de l'armée de M. de Turenne se postoient ordinairement entre le camp des ennemis et Bapaume , dans quelque vallée ou autre lieu où on pouvoit difficilement les découvrir. On avoit de tous côtés de petites gardes avancées qui alloient à la découverte^ et des sentinelles partout pour n'être pas surpris. M. de La Ferté, dont les partis alloient entre les ennemis et Lens , faisoit observer la même chose; mais ils ne furent pas plus heureux que les autres.

Néanmoins un convoi des ennemis manqua par un étrange accident. Une nuit que M. de Turenne visitoit avec le doc d'Yorck les gardes avancées, ilsapperçurent une lueur soudaine et violente , semblable à celle de la poudre ; il sembloit que c'étoit au quartier de M. de La Ferté; mais en avançant de ce côté-là pour s'informer de ce que ce pouvoit être, les sentinelles qui étoient sur la hauteur de Mouchi , qui avoient vu la même chose , assurèrent que la chose s'étoit passée beaucoup plus loin dans la plaine qu1ls ne s'étoient imaginés , et qu'il falloit que ce fût auprès de Lens. Le lendemain au matin

on en fut éclairci, et on apprit qu'un régiment tout entier de cavalerie de cent vingt maîtres allant de Douai au camp des ennemis , et tous les officiers aussi bien que les cavaliers, portant chacun un sac de poudre en croupe , outre quatre-vingts chevaux chargés de grenades que dei paysans à pied conduisoient , avoient tous été brûlés , sans qu'on pût sçavoir comment cet accident étoit arrivé. Ce fut un triste spectacle de voir arriver ces pauvres malheureux, les visages hideux et défigurés , et le reste du corps brûlé à un point qu'il y en eut peu qui en guérirent. Des partis qui coururent où ils avoient apperçu le feu , amenèrent au camp tous les hommes dans lesquels il y avoit encore quelque signe de vie , quelques chevaux des moins brûlés, et la paire detimballesqui appartenoit à ce régiment

Le duc d'YorclL trouva depuis en Flandre on lieutenant de cavalerie qui loi expliqua comment cet accident étoit arrivé. Ce prince ayut demandé à cet officier par quel bazard il avoit le visage brûlé , il répondit que c'étoit par dsli poudre , dans un tel temps , auprès d'Arras; et le questionnant sur les particularités, il dltqa'étant à l'arrière-garde du régiment, il apperfot un cavalier qui avoit à sa bouche une pipe de tal>ac allumé; sur quoi il courut à lui , et la loi ôtant adroitement, il la jetta à terre, et donnant quelques coups de plat d'épée an cavalier qui, étant y vre, mit le pistolet à la main et le Ivi présenta; qu'il se jetta promptement à bas de son cheval , appréhendant la suite, et que le cavalier tirant en même temps sur lui, ii oit le feu au sac de poudre qu'il avoit derrière aoa cheval , qui en sautant le communiqua au sk du cavalier, et successivement à tout le régiment; mais qu'étant pied à terre , il en échappa mieux que les autres , dont la plupart fuient tués sur le champ, et qu'il en fut quitte pour avoir le visage, les mains, et quelqu'aatres parties du corps brûlées.

Le marquis de Richelieu rencontra un Jour un autre convoi des ennemis sous le commandement du comte de Lorges; mais le comte se fit jour au travers des troupes du marquis, le battit, prit trois ou quatre de ses capitaines, ne perdit que douze chevaux chargés de poudre, et gagna les lignes des assiégeans avec le reste. Une autre rencontre fut beaucoup plus désavintageuse , par la perte qu'on fit de M. de fieanjeu , lieutenant-général : il étoit en parti avec huit cens chevaux , et ayant été averti que les ennemis vouloient faire passer un convoi dans leur camp par le chemin de . . . . il y alla, y arriva à la pointe du Jour , à peu près dans le même temps qu'un corps des ennemis égal n

MÉMOIHES DU DLC d'yORCK. [1654]

eD , commandé par M. Droot , colonel , qui ne avoit point que les François y étoient , et ses ivaliers ayant mis pied à terre en attendant ïs nouvelles du convoi , sans sçavoir que Droot oit si proche d'eux, ils se trouvèrent attaqués inopinément et si brusquement, que les deux 'emiers escadrons furent renversés avant qu'ils issent monter à cheval. Beaujeu fut tué en tant mettre eu ordre l'escadron le plus proche, le les ennemis rompirent aussi ; et sans le rément de Beauveau qui tint ferme , et battit le *einier escadron dos ennemis qui avoit fait le *8ordre , tout le parti auroit été entièrement ^fait. Cet avantage donna le temps aux autres 3 se mettre en bataille , et de recevoir l'atique qui ne fut pas fort vigoureuse, Droot fant été blessé à celle du régiment de Beauean. Les ennemis ne sçachant point la force a parti auquel ils avoient affaire^ jugèrent à repos de se retirer; les François ne songèrent oint à les poursuivre , et auroient cru s'être ssez heureusement tirés d'affaire sans la mort e M. de Beaujeu. Le nombre des tués et des lessés fût petit de part et d'autre ; il y eut plus e désordre que de mal , et on peut dire qu'en ette occasion les deux partis furent battus.

Le duc d'Yorck étant allé en parti à son

9Qr enleva un autre parti

es ennemis. Il apprit en retournant vers le amp , par un petit détachement qu'il avoit fait, ne cent chevaux des ennemis s'étoient mis en roboscade un peu devant le jour dans un village rochain ; il marcha aussitôt de ce côté-là avec out son parti , et approchant du village autant [u'il se pouvoit sans être découvert , il envoya [nelques cavaliers pour les attirer hors de l'emmscade , avec ordre , quand ils avanceroient K>nr les charger, de se retirer ; ce qu'ils exécuèrent avec tant d'adresse , que les ennemis se rouvèrent engagés tout contre les troupes du loi avant qu'ils s'en apperçurent, tellement [u*il.n'en échapa pas un qui ne fût pris.

Pendant que toutes ces choses se passoient iors des deux camps , les ennemis ayant fini rars lignes le 14, ouvrirent la tranchée la néme nuit , poussèrent le siège avec toute la liligence possible, et pressèrent la place si viement que quelque vigoureuse résistance que It M. de Mondejeu, qui en étoit gouverneur, et [ui étoit secondé avec toute la bravoure imagitable par messieurs de Saint-Lieu, de Gréqui t d'Equancourt , les Espagnols ne laissoient pas le gagner tous les jours du terrain : ils étoient nattres le . . . d'août des ouvrages extérieurs t intérieurs de la corne de Guiche , et le gou- 'emenr envoyolt souvent des messagers pour

informer de l'état de la place , dont quelquesuns arrivèrent au camp : un d'eux ayant avalé la lettre qu'il apportoît , envelopée dans un morceau de plomb , afin qu'en cas qu'il fût pris , on ne pût rien trouver sur lui , et arrivant lorsqu'on étoit fort inquiet d'apprendre ce qui s'étoit passé, ce pauvre homme ne rendant point le plomb , quoiqu'on lui eût donné plusieurs médecines, M. de La Ferté cria tout en colère : il faut évantrer le coquin ; ce malheureux , qui l'entendit delà porte où il étoit, en eut si grande peur, qu'il rendit dans le moment son plomb, et les nouvelles qu'on y trouva firent différer l'attaque des lignes jusqu'à l'arrivée des troupes qui étoient devant Stenai.

Arras n'étolt pas si pressé qu'on Tavolt cru sur des lettres des ennemis qu'on avoit interceptées, dans lesquelles ils mandoient en Flandre qu'ils seroient maîtres de la place lé jour de la Saint-Laurent au plus tard ; ce qui , joint aux nouvelles qu'on eut en même temps que le siège de Stenai n'avançoit pas autant qu'on l'avoit espéré, et qu'ainsi il n'y avoit point d'apparence qu'on pût avoir les troupes qui y étoient employées avant ce jour-là , avoit fait prendre aux généraux la résolution de ne les pas attendre et d'attaquer les lignes sans elles.

On continua sur ce pied les préparatifs , pour s'en servir quand on le jugeroit à propos, et on ordonna aux escadrons et aux bataillons de se fournir chacun d'un certain nombre de fascines et de clayes dans deux jours ; on fit cette provision , parce que les ennemis avoient creusé devant les fossés de leurs lignes, six rangs de trous d'environ deux pieds de diamètre et de trois de profondeur, pour empêcher la cavalerie d'en approcher, et on espéroit avec les clayes rendre ces trous inutiles ; mais, comme on vient de le dire , ces craintes se dissipèrent par les nouvelles qu'on reçut du gouverneur d'Arras et par celles qu'on eut le jour suivant du camp devant Stenay, que la place serolt bientôt prise.

Le d'août, on eut avis que le maréchal d'Hocquincourt , qui avoit succédé au commandement de l'armée depuis que M. Faber avoit pris Stenay, avançoit, etsouhaittoit d'apprendre s'il viendroit joindre la grande armée, ou s'il iroit camper dans quelqu'autre lieu ; sur quoi on lui répondit que M. de Tnrenne, avec quinze escadrons , iroit au-devant de lui, et que s'il vouloit avancer avec sa cavalerie à un certain endroit, ils iroient ensemble reconnoitre un poste sur le ruisseau de Grinchon , auprès de Rivières , où on espéroit qu'en se retranchant un peu , l'armée de M. le maréchal d'Hocquincourt y seroit en sûreté.

MÉUOIRRS DU Dl'C D*YOR('.K. [1654]

Les deux généraux se rencontrèrent, le 17 d*août , à l'endroit dont on étoit convenu ; mais au lieu d*aller reconnottre le poste , sur l'avis qu'ils eurent qn*il venoit aux ennemis un grand convoi par le chemin de Saint-Pol , sous le commandement de M. de Boutteville, ils marchèrent dans le même instant avec toute leur cavalerie pour le couper, et envoyèrent ordre à l'infanterie de M. d'Hocquincourt , à son canon et à ses bagages , qui étoient alors auprès de Bapaume, de marcher en toute diligence vers Saint-Pol , par le chemin de Buquoy, le long des bois , parce qu'ils n'avoient point de cavalerie pour les soutenir; mais en arrivant auprès de Saint-Pol , on apprit que les ennemis , ayant été avertis de la marche des troupes du Roi , avoient fait rentrer le convoi dans Aire. Les deux généraux ne jugèrent pas à propos d'aller plus loin ; mais pour ne pas perdre tout-à-fait leur peine, ils résolurent de s'emparer de Saint- Pol, où les ennemis avoient laissé quatre ou cinq cens cavaliers démontés , et d'attendre l'infanterie pour l'attaquer, le poste étant de conséquence. C'étoit par là que les ennemis avoient fait passer sûrement la plupart de leurs convois. Cette place leur servit pour se rafraîchir dans la communication continuelle qu'il y avoit eu entre leur armée et leurs garnisons circonvoisines. Il étoit important de la prendre, et elle ne coûta que fort peu de temps et de peine ; car dès que l'infanterie et le canon furent arrivés et les batteries dressées , les ennemis capitulèrent, et , si on ne se trompe, furent faits prisonniers de guerre.

Le lendemain, qui étoit le 19, l'armée retourna du cûté des lignes et campa à Aubigny, où étant arrivée de bonne heure, M. de Turenne, suivant sa coutume , prit un escadron ou deux de cavalerie et marcha vers les lignes des ennemis; étant arrivé auprès d'un vieux camp des Romains^ que les gens du pals appellent le camp de César , où la Scarpe et un petit ruisseau se Joignent, il trouva que les ennemis y avoient une garde avancée, qui, s'étant retirée de l'autre cûté du ruisseau , lui donna la facilité de reconnottre à loisir ce poste, qui n'étoit éloigné des lignes que de deux portées de canon : il le trouva si propre pour son dessein , qu'il proposa à M. d'Hocquincourt de s'en saisir, le trouvant beaucoup meilleur que celui de Rivières. Le lendemain on y marcha; M. d'Hocquincourt , pour y être plus en sûreté, fît tirer une ligne depuis la rivière jusqu'au ruisseau , et trouvant que les ennemis avoient posté environ cinq cens hommes dans l'abbaye du Mont- Saiut-Eloy, qui étoit vis-à-vis , de l'autre côté

de cette rivière 9 il résolut de Tattaquer lejour suivant, malgré la proximité des lignes desassiégeans, aûn que, s'en étant rendu maître, il pût d'autant plus les resserrer. Il passa pour cet effet de bon matin la rivière , qui n'étoit pas . profonde en cet endroit , et rangea ses troupes en bataille entre l'abbaye et les lignes, à la réserve de l'infanterie qui étoit commandée pour l'attaque. Les ennemis d'abord firent mine de vouloir défendre les murailles du dehors ; mais à l'approche de l'infanterie ils les abandoDDèrent, se retirant dans le dedans de l'abbaye, qui étoit fermée d'une vieille muraille fort bonne et flanquée de tours rondes. On fit aussitôt dans la muraille du dehors des embrasures pour le canon ; mais comme on trouva qu'il étoit à une distance trop éloignée pour foire ooe exécution suffisante, on approcha une petite batterie qui n'étoit pas beaucoup meilleure qu'une blinde, on y conduisit du gros canon qui en peu d'heures fit une brèche. Cependant les gardes françoises et suisses s'étant coulés, à la faveur d'une allée d'arbres et des murs d'un petit jardin , Jusqu'à la portée d'un pistolet du pied de la muraille principale , ils y attachèrent le mineur, auquel on porta , pendant qu'il se logeoit , des planches pour se couvrir, et afin qo'il travaillât avec plus de sûreté, ils s'avancèrent à découvert pendant un demi-quart d'heore, faisant grand feu sur les trous de la muraille principale de l'abbaye, par où les ennemis tiroient , et se retirèrent ensuite sans avoir perdu que peu de monde. Le régiment de la marine trouva dans le même temps le moyen de se loger, à la faveur d'une petite levée de terre, contre la tour que le canon battoit , ce qui obligea les ennemis de capituler et de se rendre prisonniers de guerre. M. d'Hocquincourt se retira ensuite au-dessous du ruisseau , au camp de César, et M. de Turenne retourna à son camp avec ses quinze escadrons et deux oompagniei de dragons.

Il résolut, en chemin faisant, de reconnoltre les lignes des ennemis de ce côté-là. Il y marcha droit en descendant du Mont-Salnt-Ëloy,et en étant approché à la demi-portée du canoo, il les côto} a toujours à la même distance le loog de la Scarpe , jusqu'à ce qu'il les eût observés autant qu'il le jugea nécessaire de ce oôté-là; cependant les ennemis firent grand feu de leur canon ; il n'y eut point d'escadron qui ne perdit deux ou trois hommes sans les chevaux; et quelques vieux officiers murmurèrent de ca qu*on les exposoit ainsi pour rien , à ce qu'ils croyoient : c'est la seule fois que le duc d'Yorci ait entendu , pendant qu*il a servi dans lesa^

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