MÉMOIRES DU DUC D*YOBCK
nées de France , blâmer M. de Turenue d*exloser son monde sans nécessité. Mais ces mesiears reconnurent leur faute après qu*on eut orcé les lignes, puisque c^fut dans ce temps-là D'il choisit , en s^exposant lui-même aussi bien ue les autres , Tendroit par où on les attaqua ; t sMl pes'étoit pas approché avec toutes les troues qu'il avoit avec lui , les gardes avancées des nnemis ne se seroient point retirées comme Iles firent , et il n'auroit pu reconnoltre toutes hoses avec tant d'exactitude. Il avança si près vec quelques officiers volontaires , que le cheal de milord Germain fut tué sous lui d*un coup e mousquet tiré des lignes , dont la balle, après voir passé au travers du corps de cet animal , 3 blessa rudement à la Jambe.
M. de Turenne remarqua que le quartier de oiii Fernando Solis étoit le moins fortifié, et le lus foible en monde , et résolut d'y faire la •rincipale attaque. Pendant qu'on descendoit u mont Saint-Eloy, quelques officiers prirent Si liberté de lui dire qu'il s'exposolt beaucoup n allant si près des ennemis dans un païs dé- OQvert, et ils pouvoient compter jusqu'à un lomme, sortir de leurs lignes, l'attaquer et le [éfaire. Il avoua qu'ils le pouvoient, qu'il n'auoit pas osé hasarder autant du côté du prince le Condé ; mais qu'ayant servi avec les Espainols, il connoissoit leur fiegme et leur couame ; qu'il étoit sûr qu'à son approche Ferando Solis n'oseroit rien entreprendre de son hef ; qu'il envoyeroit au comte de Fuensaidane qui étoit gouverneur des armes; que le omte iroit lui-même , ou en envoyeroit avertir archiduc , qui ne manqueroit pas de faire prier 3 prince de Condé , dont le quartier étoit diectement opposé au sien, d'y venir délibérer ans un conseil qu'il feroit assembler pour réoudre ce qui étoit à faire ; et que pendant que es consultations se feroient entre tant de per- )nnes différentes, on auroit loisir de reconnotre Jéhrs lignes sans autre danger que celui du anon , et de se retirer. Tout se passa comme I. de Turenne l'avoit prévu : l& Espagnols obsrvèrent toutes ces formalités, et résolurent ans leur conseil de l'attaquer quand il n'en :oit plus temps ; le prince de Condé a dit depuis ï duc d'Yorck toutes ces particularités.
Les généraux reçurent une lettre du gouvereur, par laquelle il les avertissoit qu'il ne lui »toit que fort peu de poudre , et que, s'il n'éàt promptement secouru , il seroit forcé de caitaler. Ces nouvelles hâtèrent la résolution qui it prise d'attaquer les lignes : on ne s'y seroit mais déterminé sans M. de Turenne , qui n'a- >it en vue que le bien public et le service du
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Roi , au lieu que la plupart des autres officiers généraux n'avoient point d'autre motif que celui de leurs intérêts particuliers , qui les firent se déclarer ouvertement contre ce dessein , et opposer toutes les raisons dont ils purent s'aviser. M. de La Ferté , M. d'Hocquincourt, gouverneur de Péronne, M. de Na vailles, gouverneur de Bapaume, M. de Bar, gouverneur de Dourlans, et presque tous les autres , à la réserve du duc d'Yorck et du comte de Broglio, regardofent cette entreprise comme un coup de désespoir, et ne l'appronvoient point, prétendant se disculper, si l'entreprise ne réussissoit pas , en disant qu'ils avoient été d'un sentiment contraire.
M. d'Hocquincourt et ses officiers proposèrent de ne faire qu'une simple tentative sans pousser l'affaire, comme un expédient pour sauver l'honneur de l'armée , ne croyant pas qu'il fût possible de réussir. M. de La Ferté , après même que la chose fut résolue, envoya un trompette à M. de Turenne , dans le dessein de l'intimider, comme il parut par la manière dont il s y prit : le trompette entra brusquement dans la tente du vicomte pendant qu'il soupoit avec plusieurs officiers , et dit tout haut que son maître l'envoyoit pour lui rendre compte de ce qu'il avoit vu dans les lignes des ennemis d'où il revenoit ; qu'il se croyoit oblige en conscience de lui en faire un rapport fidelle ; que les ennemis avoieut considérablement élevé leurs retranchemens ; que le fossé extérieur seroit très-difficile à passer ; que par de là ils avoient creusé tout le long plusieurs rangs de trous , dans les intervalles desquels ils avoient fiché des pieux ; que les lignes étoient bien l)ordées de troupes pour les défendre. M. de Turenne lui commanda de se retirer, lui disant que, si ce n'étoit le respect qu'il avoit pour son maître , il l'auroit fait mettre aux fers pour avoir parlé de la sorte. Cette description, faite ainsi publiquement, auroit pu effrayer ceux qui l'entendirent, s'iJs n'en avoient connu la source et le motif ; mais de pareils artifices n'étoient point capables d'ébranler la fermeté de M. de Turenne , et leur foiblesse le confirmoit d'autant plus dans sa résolution. Il convainquit ceux qui s'opiniâtrèrent à ne faire qu'une tentative , qu'au lieu de sauver leur réputation elle seroit en effet toute contraire, puis* qu'en faisant une fausse attaque sans la pousser, il seroit visible à tout le monde qu'on n'auroit pas voulu combattre , et on les blàmeroit avec justicie d'avoir sacrifié inutilement deux ou trois cens hommes qu'on y perdroit. Il représenta qu'en poussant l'affaire tout de bon , on n'attaquoit pas un seul endroit des lignes avec moins de quinze i>ntaillons de front; que quelques-uns
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ne tronverolcnt anctinc opposition , ou tout au plus uo petit nombre de gens dispersés , qui n*étant point capables de résister, on pourroit s'établir, et donner lieu aux troupes procliaines, qui n*auroient pu forcer le c6té qui leur étoit opposé , d'entrer par le même endroit et d'y faire un passage à la cavalerie; qu'en attaquant la nuit, aucun quartier des ennemis n*oseroit venir au secours d'un autre ; que chacun craignant pour soi à cause des fausses attaques , personne n'hazarderoit de quitter son terrain , et ne secoureroit tout au plus que son plus proche voisin , jusqu'à la pointe du Jour, avant lequel on se seroit fait un passage au travers de leurs lignes ; que la seule chose qu'il appréhendoit étoit qu'il n'arrivât quelque accident ou quelque désordre en marchant aux ennemis; mais qu'il étoit sûr que, si on étoit une fois rangé dans les endroits où il prétendoit attaquer, on ne manqueroit point de les forcer : ce qui donna le plus de poids à tant de bonnes raisons , c'est que la cour vouloit absolument qu'on entreprit le secours. Il fut enfin résolu malgré les détours et la répugnance de ceux qui s'y étoient opposés. Le Jour fut pris pour la veille de saint Louis , et quoiqu'il n'y eût que les trois généraux qui le sçussent , toute l'armée eut ordre de se tenir prête , de se pourvoir de fascines, de clayes et de toutes les choses nécessaires pour cette entreprise. On fit des prières publiques à la tête de chaque bataillon et de chaque escadron pendant plusieurs Jours; jamais il ne s'est vu dans une armée tant de marques d'une véritable dévotion, tant de confessions et communions.
Peu de Jours avant l'attaque , M. de Turenne ne perdolt aucune occasion de s'entretenir avec les officiers de la manière dont il s'y falloit prendre , et de la résistance qu'on pourroit probablement trouver. Il les instruisoit de ce qu'il falloit faire, suivant les différentes occasions et les acddens qui pourroient arriver ; il leur recommanda surtout de tenir les soldats en bon ordre , quand ils seroient entrés dans les lignes ; de ne les point laisser avancer trop vite , parce que ce seroit le moment le plus chatouilleux , et le temps de crise ; d'observer une grande at-^ tention et une exacte discipline, y ayant plus de danger d'en être chassé qu'il n'y auroit de peine à y entrer, parce qu'il falloit s'attendre que toutes les forces ennemies des quartiers voisins du lieu qui seroit forcé , y tomberoient sur les attaquans ; qu'il ne falloit point songer d'aller droit à la ville; qu'il falloit au contraire marcher le long de la ligne, et en chasser les ennemis, avant que d'aller aux amis. On pourroit croire que c'es de cette manière d'entretiens
des généraux , que les historiens leur font faire de grandes et de longues harangues sur le point de donner les batailles , lorsqu'ils y songeoient le moins; au lieu que ces discours familiers, comme ceux que faisoit M. de Turenne aux généraux et aux officiers, paroissent bien plus utiles, et instruisent d'autant mieux , qu'on a le temps de faire les objections et de les éclaireir. Le duc d'Yorck est témoin que M. de Tareoae en usa ainsi , mais il ne scait pas si les deux astres généraux firent la même chose de leur o6té. Tout ce qu*il y avoit de personnes de qualité à la cour, capables de tirer l'épée, voulurent par tager l'honneur et le danger d'une si grande a^ tion. Deux jours auparavant, quelques-uns d*CQx qui avoient dtné dans la tente de M. d'Hnmiéres avec M. de Turenne, où se troovmt ausn le duc d'Yorck , demandèrent de voir les lignes des ennemis; M. de Turenne monta à chevalet fut à peine hors de ses lignes , qu'on apperfot un parti qui en poursuivoit un des ennemis qni étoit tombé sur les fourageurs qui retoumolôit au camp : M. de Turenne , les ayant observés, ordonna à ces messieurs de se mettre entre les Aiyards et leurs lignes pour les couper, et commanda en même temps à la garde avancée de les soutenir; mais les ennemis , étant bien montés , gagnèrent leur garde avant qii*0D pût les joindre ; et comme on les suivoit toajoars, ils rentrèrent dans leur camp et abandonnèrent quelques soldats qui coupoient des fascines dms un petit bois , à demi-portée de canon , et qu'on fit prisonniers. M. de Turenne seserTitdecette occasion pour reconnoltre cet endroit de lein lignes qu'il n'avoit pas encore va ; mais il nepvt y arrêter long- temps, à cause du grand fende leur canon et de la diligence avec laquelle on les vit monter à cheval : c'étoit le quartier du prince de Condé. On se retira ; on mareha vers le château de Neuville-Saint-Vât, éloigné d'te lieue, dans lequel on avoit de Tinfanterie; cl en descendant de la hauteur, on apperçut à environ une lieue l'escorte des fourageurs, fû étoit de douze escadrons , commandée par M. de L'Islebonne, qui retoumolt an camp; et ymjoi en même temps de la cavalerie ennemie sortir des lignes, M. de Turenne se détoama qd pen de son chemin et marcha vers M. de Llsiebonne, à qui il envoya ordre de veoir à lui atce toute la diligence possible, espérant, si les ei^ nemis avançolent, de pouvoir les régaler : car, outre l'escadron de la garde, il avoit encore avec lui environ soixante-dix officiers et volonlontaires ; mais les ennemis restèrent sur le hint de la montagne , à la portée do canon de feus lignes. Le prince de Condé y vint luinnènieaife
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Dviron quatorze csc<idrons, et M. de Turenne, oyant qu*Jls ne sui voient pas plus loin, envoya »rdre à M. de L'Islebonnc de retourner au iimp, renvoya Tescadron de la garde à son K)ste, et s'en alla avec les officiers et volontaies au château de Neuville. Il n'eut pas fait )eaucoup de chemin qu'il se détacha quelques loareurs de la hauteur où le prince de Gondé toit encore, pour gagner le haut d'une autre minence sur laquelle marchoit M. de Turenne, iln de découvrir quelles forces il avoit derrière ui ; ce qu'ayant remarqué , et ne voulant pas [ue les ennemis pussent voir qu'il n'étoit soutela de personne , il ordonna à une dixaine de volontaires d'aller à eux : MM. Germain , Ber- Llei , Bicara, Trigomar étoient de ce nombre ; e reste de la troupe escadrona sur la montagne a fit face à rennemi ; mais les jeunes voontaires , ne s'étant pas contentés de faire ce |a*OD leur avoit ordonné, suivirent ces cavaliers écartés plus loin qu'ils ne dévoient, jusqu'au fond qui étoit entre eux et les ennemis. Le prince de Gondé détacha aussitôt un escadron qui étoit le régiment d'Estrées, à la' tête duquel étoit le duc de Wirtemberg , pour leur couper la retraite: ce qui obligea M. de Turenne de détacher son petit escadron pour les dégager. Il fit courir de rechef après de M. de L'Islebonne pour lui ordonner de venir à lui , et envoya le même ordre à l'escadron de la garde. Ge fut tout ce qu'on put faire pour débarrasser les volontaires; mais pour les sauver, il falloit charger le duc de Wirtemberg , dont on défit Teseadron, malgré l'inégalité du nombre. On le poursuivit en bas dans une petite prairie et sur une petite hauteur, où les cavaliers faisant volte-face , ils tirent une décharge de leurs carabines qui arrêta un peu les poursuivans, dont 11 y eut quelques-uns de tués. Le^ ennemis reprirent courage et chargèrent une seconde fois avec tant de vigueur, que le petit escadron plia, Itat poussé et obligé de tourner le dos. L'escadron de la garde qui , en retournant à son poste, avoit vu le commencement de l'action, arriva au secours ; aussitôt le duc d'Yorck et M. de Joyeuse se mirent à leur tête pour les faire charger l'ennemi en flanc ; mais à peine eurent-ils commencé, que tout l'escadron s'enfuit, et les laissa tous deux engagés avec deux ou trois de leurs domestiques. Dans le même moment, M. d'Arci, gentilhomme de qualité, ayant eu son cheval tué sous lui , on tâcha de le dégager ; le duc d'Yorck l'appella; mais voyant un cheval-qui n'étoit point monté, il fit ce qu'il put pour l'attraper, et y perdit tant de temps , que , bien que ce prince et M. de Joyeuse ûssent leurs
efforts pour le mettre à couvert, ce fut en vain; et pour s'y être opiniâtres trop long-temps, ils furent en grand danger d'être pris, ne se sauvèrent qu'avec peine, et M. de Joyeuse eut le malheur de recevoir un coup de mousquet au travers du bras, dont il mourut ensuite. Le duc d'Yorck se tira d'affaire sans aucun mal ; m}'lord Germain pensa être pris en tâchant de sauver un gentilhomme nommé Beauregard , dont le cheval avoit été tué ; il voulut le prendre en croupe sur le sien , mais le cheval , ne voulant point porter double, se cabrant et bondissant, il fut jette bas; Germain lui dit de se tenir à son étrier, et le tira quelque peu hors des ennemis; mais étant poursuivi de trop près, il fut obligé de le laisser, et Beauregard fut fait prisonnier. M. Berklei aida à sauver M. de Gastelnau , dont le cheval , ayant reçu cinq coups , ne le tira qu'à peine des mains des ennemis: ce que Berklei ayant remarqué, il descendit de son cheval quMl lui donna , monta celui du page de Gastelnau,et eut beaucoup de peine à se sauver. On fut poursuivi une demi-lieue par les ennemis, jusqu'à ce que M. de L'Islebonne arriva enfin avec ses douze escadrons ; les ennemis , qui l'apperçurent, eurent le temps de se retirer sans être obligés de courir. Outre d'Arci et Beauregard , il y en eut d'autres faits prisonniers , et presque tous les pages qui portoient les manteaux de leurs maîtres; mais il y eut peu de tués et de blessés.
Toutes choses étant prêtes pour l'attaque des lignes , il fut résolu de faire le principal effort sur les quartiers de Femand Solis , comme étant le plus foible et le plus éloigné de celui du prince de Gondé. Ge quartier étoit au septentrion , audessus de la ville, et joignoit celui du comte de Fuensaldagne. Pour favoriser ce dessein, il avoit ordonné trois fausses attaques en trois différens endroits, ^n on devoit commencer une heure avant le jour, le 25 d'août. Pour exécuter cette grande entreprise , M. de Turenne et M. de La Ferté commencèrent à passer la Scarpe avec l'avant-garde de leurs troupes , par le quartier de M. de La Ferté, comme le soleil se couchoit : c'étoit le jour de M. de Turenne pour conduire l'armée. Quoiqu'il y eût loin à marcher pour arriver au lieu destiné pour l'attaque , il n'arriva aucune confusion dans le chemin. La première ligne d'infanterie passa le pont qui étoit sur In gauche de tout et le plus près des ennemis ; la cavalerie qui devoit la soutenir passa sur le pont qui étoit au-dessous, à la droite do celui-là; sur le troisième, le corps de réserve de cavalerie et d'infanterie ; et sur le quatrième pont passa Tartillerie avec tout ce qui en dépend : de cette ma-
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iiiere, en faisant seulement face sur la gauche, l'armée se trouvoit en bataille prête à donner. Chaque bataillon avoit ses pionniers et ses détachemens à la tête , et chaque cavalier avoit derrière soi deux fascines pour les porter à Tinfanterie , quand elle en auroit besoin. Le bagage eut ordre de ne point bouger du camp jusqu'à ce qu'il fit grand Jour : on n'y avoit point laissé de troupes, et il devoitsuivre comme il pourroit.
Cette marche fut faite avec tant d'ordre et d'exactitude, qu'on arriva précisément au lieu et à l'heure qu'on devoit joindre M. d'Hocquincourt avec ses troupes : on ne fit dans tout le chemin qu'une alte qui ne dura pas long-temps ; on ne donna aucune allarme aux ennemis qui pût leur faire appercevoir la marche de l'armée, et les mousquetaires cachèrent soigneusement leurs mèches allumées. Le duc d'Yorck eut la curiosité d'avancer à quelque distance de Tinfanterie pour découvrir s'il paroltroit du feu , et n'en vit point du tout. A l'égard de l'ordre de bataille , on s'étendra principalement sur les particularités des troupes que conduisoit M. de Turenne : il divisa également les huit lieutenansgénéraux entre la cavalerie et l'infanterie, qui en avoient chacune quatre; il en posta trois à la première ligne d'infanterie, composée de cinq bataillons. Le comte de Broglie commandoit Picardie et les Suisses^ qui étoient les deux bataillons de la droite ; M. de Castelnau menoit les bataillons dePlessis,de Turenne,qui avoient la gauche, et M. Du Passage celui de La Feuil- )ade, qui étoit au centre de la cavalerie^ qui les devoit soutenir, au nombre d'environ vingt-quatre escadrons; M. de Bar menoit la droite derrière M. de Broglie ; le duc d'York étoit à la gauche derrière M. de Castelnau, et M. d'Eclinvillers étoit au milieu ; M. de Roncherolles étoit à la tête de trois bataillons qui faisoient le corps de réserve d'infanterie, et celui de huit escadrons de cavalerie étoit sous les ordres de M. de L'Islebonne.
M. de La Ferté , qui s'étoit mis à la gauche , avoit une ligne de six bataillons, deux lignes de cavalerie derrière, et son corps de réserve n'étoit que de cavalerie. M. d'Hocquincourt , qui étoit à la droite , avoit quatre bataillons soutenus d'une ligne de cavalerie , derrière laquelle étoit une seconde ligne d'infanterie de quatre autres bataillons, avec quelque cavalerie sur les ailes , et un petit corps de réserve qui n'étoit que de trois ou quatre escadrons.
' Il devoit y avoir trois fausses attaques : la première, composée des troupes de M. de Turenne, étoit de deux bataillons des régimens d'Yorck et de Dillon , et six escadrons , le tout com-
mandé par M. de Traci , qui eut ordre d'approcher le plus près qu'il pourroit du quartier du prince de Condé sans être découvert ; de ne point donner qu'il n'entendit qu'on avoit attaqué do côté de M. de Turenne, et alors de marcher droit à la barrière de ce côté-là, qu'on lui avoit montré quelques jours auparavant , et de tâcher de s'ouvrir un passage pour entrer dans la ville. La fausse attaque des troupes de M. de La Ferté, commandée par M. de La Guillottière, devoit tomber sur le quartier du comte de Fuensaldagne avec deux bataillons , six escadrons, deux compagnies de dragons et deox pièces de canon. Celle de M. d'Hocquincourt étoit la moindre, n'étant que de quatre escadrons commandés par M. de Saint-Jean , qol devoit la faire du côté du duc de Lorraine.
M. de Turenne, étant arrivé au rendez-Yoas, y trouva M. d'Hocquincourt en personne, qui lui dit que ses troupes arriveroient incessamment, et le pria de différer l'attaque d'un moment : M. de Turenne répondit qu'il ne pouvoit point attendre, vu qu'on étoit si près des lignes, que l'ennemi ne pouvoit pas manquer de le découvrir bientôt, et le pria de le suivre en toute diligence , quand ses troupes seroient arrivées; et les siennes étant rangées , il les condui^t hiiméme à cheval pour attaquer.
La nuit étoit belle, le temps serein ; la lune, qui avoit éclairé pendant la marche , se coucha dans le moment qu'on arriva au lieu destiné ; elle avoit à peine disparu que la nuit devint obscure et qu'il se leva un petit vent frais, qui empêcha les ennemis de rien voir ni de rico entendre. Ils ne Fçurent rien de la oiarche, jusqu'à ce qu'on fût à demi-portée de canon de leurs lignes. Ce fut alors que l'infanterie eo bataille découvrit tout d'un coup les mèches allumées : elles formoient une illumination d'autant plus éclatante que le vent les soufiOant les faisoit flamber au milieu des ombres de la nuit, et les soldats qui marchoient serrés Tenant à s'entrechoquer, le feu en sortoit avec plus d'abondance , et le vent agitant les étincellei en augmentoit la lumière. Aussitôt que les ennemb l'apperçurent^ ils tirèrent trois coups de canoo et allumèrent des fallots le long de la ligne. L'infanterie fit aussitôt son attaque ; mais, sans la vigueur des officiers qui les menoient, et la cavalerie qui , étant à leurs talons, les obligeoit à bien faire , ils ne se seroient poiut acquit^ de leur devoir avec cette bravoure dont Josqueilà le duc d'Yorck avoit toujours été témoin, car jamais ils n'avoient marqué tant de réptgnance qu'en cette occasion : ils marchèrent néanmoins sans s'arrêter jusqu'au pM des
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gnes , où ils ne trouvèrent point autant de réstance qu'ils se Tétoient imaginé. Les cinq ataillons se rendirent maîtres en peu de temps e Tendroit qu'ils attaquoient. Ceux qui ctoient estinés à faire des passages pour la cavalerie travaillèrent aussitôt : chaque escadron , après VOIT porté ses fascines au pied des trous qui li étoient opposés , où Tinfanterie les prenoit Dur combler les deux fossés , faisoit volte-face, i alloit se mettre en bataille à quarante pas en rrière , attendant pour avancer quand les pasiges seroient faits. Dans cet entre-temps y un omme vint dire à Toreille du duc dTorck y à i gauche de l'attaque , que M. de Turenne étoit lessé, que les affaires n'alloient pas bien sur la roite ; sur quoi , pour encourager Tlnfanterie t leur faire connoltre que In cavalerie étoit près *eQX , ce prince donna ordre aux timballiers t aux trompettes des escadrons , à la tête desnels il étoit , de battre et de sonner : ce qui it ensuite exécuté par le reste de la cavalerie , t anima beaucoup l'infanterie; mais son escaron et celui qui étoit auprès en souffrirent. .es ennemis, qui étoient dans un redan sur la aache, firent grand feu sur l'endroit où ils volent entendu le bruit, et le timballier de Tesadron où il étoit fut le premier tué. Ce fut alors [ue M. de La Ferté , qui n'avoit pas mis ses roupes en ordre aussitôt que M. de Turenne , ommença son attaque ; mais soit qu'il fût moins lenreux , soit qu'il trouvât plus de résistance , [ttoique les officiers eussent mené l'infanterie .vec beaucoup de résolution Jusques dans le ossé, ils ne purent point forcer les lignes, fuent repoussés, s'enfuirent et cherchèrent à se aettre à couvert de la cavalerie que comman- (oit le duc d'Yorck.
Le désordre fut fort grand , les officiers d'un ^té se plaignoient qu'ils avoient été abandonlés de leurs soldats , et ceux-ci croyoient qu'ils ivolent suivi leurs officiers qui n*avoient point ait leur devoir. Ce qui est certain, c'est qu'ils arent battus et que la cavalerie souffrit beauloup de leur mauvais succès , car le feu des Dècbes de l'infanterie attira sur les cavaliers OQte la mousqueterie des ennemis beaucoup »lus violemment qu'auparavant. Cependant l'inànterie de l'attaque de M. de Turenne ayant ichevé un passage pour la cavalerie, et le régineut qui porte son nom ayant trouvé une barlère qu'il ouvrit et qui lui épargna la peine de aire un autre passage, M. de Turenne , qui en ut averti , ordonna à M. d'ËcIlnvillers de pas- «r le premier avec quatre escadrons que le duc i'Yorck devoit soutenir; il y entra avec les rois premiers; et comme le quatrième y entroit
aussi , ceux qui avoient battu l'infanterie de La Ferté, étant venus le long de la ligne , arrivèrent à cette barrière , et n'y voyant que cet escadron qui entroit , ils firent sur eux une décharge de mousqueterie et jettèrent quantité de grenades , et Bodervitz , colonel allemand , qui le commandoit^ et son major, ayant été blessés, cet escadron fut repoussé , et les ennemis fermèrent la barrière sur le duc d'Yorck , qui , ne pouvant point passer, marcha sur la droite le long de la ligne. Jusqu'à ce qu'il trouva un autre passage par lequel il entra à la tête du régiment de cavalerie de Turenne, qui , dans cette occasion , ne faisoit que deux escadrons ; et trouvant les huttes des ennemis en feu , que Bout-de-Bols, colonel de La Feuillade, s'étoit avisé fort a propos d'y faire mettre , il avança plus loin pour observer à la faveur de cette lumière si les ennemis étoient encore en bataille derrière : ils y avoient effectivement quelque cavalerie, mais l'obscurité les empêcha réciproquement de se découvrir, et ce prince passa près d'eux , sans en être vu , avec deux escadrons; mais le troisième , qui étoit du régiment de Beauveau , tomba sur eux^ les battit et prit leur colonel y qui étoit le marquis de Conflans. Immédiatement après , le Jour commença à paroltre ; le duc d'Yorck , avançant toujours , pénétra jusqu'à la contrevallation, où , ne trouvant point de passage vers la ville, il la côtoya, l'ayant toujours a sa gauche , et n'en rencontra point qu'en arrivant à la rivière au-dessus de la ville, qui séparoit le quartier de Lorraine de celui de Fernand Solis , et trouvant que personne n'étoit encore entré dans le quartier de Lorraine, il changea d'avis et Jugea qu*il étoit à propos de passer le pontet d'y aller : ce qu'il entreprit avec les deux escadrons de Turenne seulement, le reste des troupes qui dévoient les suivre s'étant égarées. Il avança Jusqu'à la tente du prince François de Lorraine sans trouver aucune opposition, et ce ne fut que de là qu'il commença à découvrir quatre ou cinq escadrons des ennemis en bataille sur une hauteur, a la portée du mousquet; sur quoiil fit balte Jusqu'à ce qu'il lui vint du secours , rangea ses deux escadrons sur un front qui occupoit la distance qu'il y avoit entre les tentes et les lignes, et envoya trois ou quatre personnes pour chercher et lui amener la cavalerie qui lui manquoit. Pendant qu'il les attendoit, le duc de Buckingham vint lui demander pourquoi il ne voulolt pns pousser la victoire et charger cette cavalerie qui étoit devant lui. Ce prince répondit qu'il ne voulolt pas recevoir un affront et se commettre témérairement ; que ce qu'il voyolt d'ennemis étoit double de son
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MBMOIBES DU DUC d'yOBCK. [1G64]
nombre , sans ce qu^il poovoit y avoir derrière la hauteur sur Inquelle ils étoient ; qu*en avançant, si on étoit battu, les ennemis se rendroient maîtres des ponts qu*on venoit de passer, les romproicnt, et que par ce moyen ils se sauveroient eux et leur bagages; que s'ils venoient le charger où il étoit , la partie seroit bien égala, parce qu'ils ne pouvoient pas le prendre en fl&nc , outre qu'il avoit l'avantage du terrain ; en un mot , qu'il attendoit à tout moment de la cavalerie , et que , quand elle arriveroit, il iroit charger les ennemis. Les importunités de Buckingham ne servirent de rien ; le duc d'Yorck resta ainsi quelque temps en présence des ennemis , se regardant l'un l'autre , et la cavalerie qu'il attendoit n'arrivoit point. Cependant quelques-uns de ses cavaliers, s'étaut écartés , tombèrent sur la tente du prince François, où ils trouvèrent, outre sa vaisselle, de l'argent qu'il y avoit pour un mois de paye de ses troupes. On pensa le payer bien chèrement , car les autres cavaliers , entendant le bruit que faisoient leurs camarades en prenant cet argent, quittèrent les rangs l'un après l'autre pour aller partager le pillage, malgré les défenses et les menaces de leurs officiers^ qui seuls restèrent auprès du prince ; ce qui se passant à la vue des ennemis, il s'attendoit à tout moment d'être chargé et battu. Etant dans cet embarras , et ne voyant revenir aucun de ceux qu'il avoit envoyés pour lui amener de la cavalerie, il crut qu'il étoit nécessaire d'y aller lui-même; il recommanda à M. de Montallleur, lieutenantcolonel de Turenne de tenir bon sur la hauteur Jusqu'à son retour, courut et trouva de l'autre c6té du pont le second escadron de Villequier, qui alloit vers la ville; il l'arrêta, et, se mettant à la tête , il repassa ; mais à peine la queue de l'escadron avoit passé le pont, et la tête commencé à escadronncr au bout d*une petite chaussée , que la cavalerie qu'il avoit laissée pour faire face à l'ennemi descendit la hauteur en désordre : ce qui donna si fort l'épouvante à Tescadron de Villequier, qu'ils prirent aussi la fuite , sans qu'il fût possible de les arrêter. Le duc d'Yorck , se trouvant ainsi abandonné et voyant quatre escadrons de l'autre côté du pont, le repassa dans l'intention de revenir et de les amener dans le quartier de Lorraine; mais avant qu'il les eût pu conduire au pont , le maréchal d'Hocquincourt y étoit arrivé avec toute sa cavalerie , et plusieurs escadrons des deux autres armées qui commençoient à le passer; il jugea qu'il y auroit assez de cavalerie de ce côté-là, et, au lieu de les suivre, marcha d'un autre côté , entre la contrevallation et la ville ,
vers le quartier du comte de Faensaldagiie,a¥6c ses quatre escadrons , deux desquels étoient de gendarmes commandés par M. de Scbomberg, et les deux autres, le régiment deGesvres, socs M. de Quemeux. Etant arrivé sur une haotcor d'où il pouvoit voir tout autour de soi , il découvrit sur une hauteur, entre les deux lignes, plosieurs escadrons de cavalerie en bataille, qai faisoient face à Tendroit où il étoit. Ce prince crut d'abord qu'ils étoient ennemis; mais voyant un escadron vêtu de rouge , il changea d'opinion et les prit pour les chevaux-légers du Boi ou pour ses gendarmes; sur quoi il marcha à eux pour les joindre , jugeant par leur contenance qu'ils faisorent face à l'ennemi , qull De pouvoit pas découvrir lui-même , y ayant sur sa gauche une hauteur qui l'en empêchoit ; mais en arrivant en bas, comme il commençoit à remonter l'autre hauteur, un officier loi vint dire de ta part de M. de Turenne de l'aller joindre incessamment, et que ceux qu'il avoit pris pour amis étoient les ennemis qui lui faisoient face, et qu'il avoit grand besoin d'être renforcé. Le prince retourna §ur ses pas , joignit fort à propos avec ses quatre escadrons M. de Turenne , qui n'en avoit que Xtois avec lui , et un bataillon de gens ralliés, que l'ennemi ou le pillage avoit éearté, et qui n'étoient bons que pour faire montre.
Il est à propos de rapporter ici comment ce général se trou voit en cette posture, et ce qui l'a voit amené à cet endroit-là. M. de La Ferté, ayant été repoussé dans son attaque, entra, comme il a déjà été dit , par l'endroit oà on avoit passé avant lui , et ayant dessein de &ire quelque chose de considérable ,11 se mit à la tête de dix ou douze escadrons , partie de ses troupes , et les autres de celles de M. de Turenne. Il étoit déjà grand jour, et II marcha entre les deux lignes vers le quartier du eomte de Fuensaldagne ; il avança dans le même temps avec l'infanterie de ses troupes et de celles de M. de Turenne, parmi lesquelles étoit le bataillon des gardes françoises , qui étoit de l'armée de M. de La Ferté; mais il vendt fort en désordre le long de la ligne de contrevallation. Il y avoit, dans une plaine, de la cavalerie ennemie en bataille, qui ne bougeoit pas; M. de La Ferté l'ayant apperçue, descendit de la banteur où il étoit pour les attaquer ; M. de Tnrenue , qui arriva dans cet entre-temps dans l'endroit d*où il venoit de partir, fut bien chagrin de le voir ainsi avancer, et auroit bien voulu l'arrêter, mais il étoit trop tard : tout ce qu'il put faire fût d'arrêter deux bataillons qui le suivoient , et de rallier celui des gardes : il dit à ceux qui étoient autour de lui qu'il crai-