‹ Relation faite par m. de Fontrailles des choses particulières de la courChapitre 85 sur 89 · MÉMOIRES DU DUC D*YOMCK · texte numérisé non relu

MÉMOIRES DU DUC D*YOMCK

gnolt fort que La Ferlé ne se fit battre, et qu'après eela II n*eût loi-même beaocoap de peine à maintenir le terrain où il se troa volt. La chose arriva eomroe il Tavoit prévu : M. de La Ferté dàt battQ ; et dans le même temps que les ennemis lechargèrent, ils détachèrent de la cavalerie pour dissiper Tinfanterie qui étoit entre les lignes; ils en taillèrent la plupart en pièces, prirent plusieurs officiers aux gardes; mais ils ne poursuivirent point leur avantage, et ne firent même pas mine de vouloir avancer sur la hauteur où étoit M. de Turenne , et au contraire se retirèrent dans la plaine d'où ils étoient partis pour charger M. de La Ferté.

Les affaires étoient dans cet état, quand le duc d'Yorck joignit M. de Turenne , qui lui ordonna d*avancer entre les deux lignes , et d'étendre ses escadrons sur la gauche de ceux qui y étoient en bataille; il lui fit le récit de tout ce qui venoit d'arriver , et lui dit qu'il craignoit, si les ennemis pou voient rassembler de rinfanterie, qu'ils ne vinssent leur donner de l'occupation , y ayant peu de fond à faire sur celle qu'ils avoieut avec eux. Il lui demanda ensuite où il avoit été , ce qu'étoit devenu son régiment de cavalerie , et ce prince lui rendit eompte de tout ce qui lui étoit arrivé , et aux antres avec lesquels il s'étoit rencontré. Dans ce même temps environ, sept pièces de canon étant entrées dans les lignes , joignirent fort à propos M. de Turenne avec quelques escadrons, et on tira sur les ennemis avec succès. Il n'étoit pas néanmoins sans inquiétude , appréhendant toujours qu'ils ne vinssent avec de l'infanterie ; car voyant le peu d'ordre qu'observoit sa cavalerie, et presque toute l'infanterie en confusion et occupée au pillage, à un point qu'il n'y avoit que le peu de monde qui étoit avec lui qui fût en bonne contenance , ce n'étoit point sans sujet qu'il craignoit une révolution et un retour de fortune , s'il venoit à être battu avec ce peade troupes; mais cette inquiétude ne dura pas long-temps après que le canon eut commencé à tirer; car, soit que les ennemis ne trouvassent point la place tenable où ils étoient , soit pour queiqu'autre raison, ils ne jugèrent poiut à propos d'y rester; environ demi-heure après qa'on eut tiré sur eux le premier coup de canon, ils se retirèrent ; on vit néanmoins une fois paroftre leur infanterie , mais elle disparut aussitôt, et ce fut peu de temps auparavant que la cavalerie se retirât.

Le doc d' Yorck a sçu depuis, par des personnes qui étoient avec le prince de Condé, qui fut rhomme qui donna tant d'inquiétude à M. de Turenne, et le seul des généraux ennemis qui

fit ce qui se passa de plos considérable , qo'il eut dessein, s'il avoit po rencontrer deox bataillons d'infanterie, de venir charger, comme M. de ïurenne l'avoit cru ; qu*ii avoit une fois ramassé ceux qu'on vitparottre; mais qu'étant venus à la portée du canon, il fut impossible de les faire avancer. C'est une chose digne de remarque , que ces deux grands hommes , sans avoir été avertis ni l'un ni l'autre qu'ils fussent en présence, lejugèrent néanmoins, et le crurent sur leur conduite mutuelle. M. de Turenne assura que le prince de Ciondé étoit sur l'autre hauteur , parce que tout autre auroit poussé les troupes qu'il battit d*une autre manière : le prince de Condé dit de son c6té la même chose de M. de Turenne, et que si c'a voit été tout autre que lui , il i'auroit assurément chargé.

Cette même considération empêcha M. de Turenne de poursuivre le prince de Condé quand il se retira, et de le presser sur son arrière-garde; il se contenta de ce qui s'étoit passé , et ne voulut point tenter plus avant la fortune, puisque son principal dessein étoit exécuté; mais M. Beliefonds, avec quelque cavalerie de la garnison de la place , n'eut pas la même discrétion : il voulut faire quelque expédition sur l'arrière garde du prince, pendant qu'il passoit la rivière pour entrer dans le quartier de l'archiduc , et il Alt reçu si vertement, qu'il fut obligé de se retirer avec perte. Le prince passa à son aise , le reste des troupes prit exemple de ce mauvais succès , et ne voolot plus hazarder de le charger. Après qu'il eut passé au travers du vieux camp de M. de Turenne, il raUia ses troupes écartées derrière le ruisseau , et marcha à Cambrai. L'archidue et le comte de Fuensaidagne se sauvèrent à Douai avec 00^ escadron ou deux tout au plus ; Us passèrent au travers du bagage, où l'archidue ftat reconnu par quelques domestiques de M. de Turenne , et si on y avoit laissé seulement un escadron , on auroit pu probablement le prendre prisonnier.

Les troupes de M. d'Hocquincourt n'arrivèrent au rendez-vous que comme le jour commençoit à poindre; il insulta les lignes sur la droite de l'endroit par où le duc d'Yorck étoit entré , et y trouva peu ou point de résistance ; la principale occupation de son infanterie fut de faire un passage pour sa cavalerie , à la tète de laquelle le maréchal entra, et marcha directement au pont , qu'il passa pour entrer dans le quartier de Lorraine, après que le duc d'Yorck en fut sorti. La plupart de la cavalerie des deux autres armées le suivit , et il ne trouva point d opposition qu'en arrivant au ruisseau qui se»

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paroit le quartier de Lorraine de celoi du prince de Coudé; H y trouva M. de Marsin en bataille de l'autre côté avec plusieurs escadrons , qui l'arrêtèrent un temps considérable ; les ennemis avolent de l'infanterie on des carabiniers qui défendirent le passage si long-temps^ que la plupart de l'Infanterie de ce quartier-là eut le loisir de se sauver; et lorsque la cavalerie qui étoit sortie de la ville l'obligea de se retirer, il le fit avec tant d'ordre, qu*il sortit des lignes sans être rompu , se servant toujours de ses fantassins ou de ses carabiniers, comme il avoit fait au ruisseau : en sortant des lignes , il les plaça derrière, d'où ils tirèrent sur la cavalerie des attaquans , qui, n'étant point menée en bon ordre, étoit tenue en respect par le feu des ennemis, à la faveur duquel Marsin se retira. en bon ordre , et joignit le prince de Gondé dans le temps qu'il rallioit son monde , comme il a déjà été dit.

Environ dans le même temps que M. de Marsin faisoit sa retraite , M. de Mondejeu, gouverneur d'Arras, étant sorti de la place, quelques vieux officiers l'ayant apperçu le prièrent de les vouloir mettre en meilleur ordre, parce que M. d'Hocquincourt et les autres officiers généraux, qui étoieut présens, n'avoient pas trop bien fait leur devoir; mais il le refusa absolument , disant qu'il n'étoit venu là que comme volontaire; qu'il n'étoit pas raisonnable qu'il prétendit en aucune manière partager la gloire de ce jour avec ceux à qui seuls il appartenoit de conduire leurs troupes; qu'à son égard, il avoit acquis assez de réputation dans la résistance que sa place avoit faite , et qu'il n'étoit venu qu'avec intention de rendre service à ceux qui Tavoient secouru avec tant de bravoure.

Il reste à faire un détail de ce qui se passa aux fausses attaques ; celles de M. de La Ferté et de M. d'Hocquincourt suivirent ponctuellement leurs ordres , et il ne leur arriva rien de considérable^ sinon que la première eut la meilleure partie du butin qui se trouva dans le quartier du comte de Fuensaldagne, qu'elle devoit attaquer. Celle de M. de Turenne ne fut pas si heureuse ; M. de Traci qui la commandoit, suivant exactement ses ordres, eut un sort bien différent ; car lui ayant été ordonné de marcher sans bruit dans un fond à la demiportée du canon des lignes , et d'y rester sans rien entreprendre , que quelque temps après que M. de Turenne auroit commencé la sienne, dont on supposoit qu'il devoit entendre le bruit, il arriva tout autrement à cause que le vent étoit contraire et assez grand ; il ne4)ut rien entendre, et le jour étant venu , il supposa que quelque

accident avoit empêché rexécution du tosehi ; il résolut néanmoins de rester encore quelque temps dans son poste, et vit enfin de la cavalerie qu'il crut que les ennemis envoyoient à la découverte ; peu de temps après il apperçat m ou deux escadrons qu'il prit pour la garde avancée qui alloit à son poste ; mais en voyant sortir encore un plus grand nombre , il cmt avoir été découvert par les ennemis , et qulb venoient tomber sur lui ; sur quoi il donna or* dre à ses deux bataillons de se sauver de leur mieux dans le château de Neuville qui étoit proche , et avec sa cavalerie il se retira vers Bapaume. Il fit beaucoup de chemin avant qoll pût s'appercevoir de son erreur ; l'infanterie qui s'étoit retirée dans le château la reconnut plus tôt que lui : ils remarquèrent que la plupart de la cavalerie du quartier de Lorraine , et plusieurs de celui du prince de Gondé , se retiroient par le chemin qui conduit à Cambrai ; ils détachèrent les aide-majors de chaque r^iment , avec chacun cinquante hommes, pour escarnKWcber contre les ennemis dans leur passage ; mais sptant trop avancés , la cavalerie des ennemis les environna et les tua tous.

On ne peut pas dire fort exactement ce qu'il y eut de monde de tué de part et d*autre ; ce qui en parut dans les lignes n'alloit point à plus de quatre cens hommes : on ne perdit aocun général; il n'y eut de colonel que M. dePuymarais, qui rétoit de la cavalerie, qui fut tué : il étoit fils de M. de Bar, lieutenant-général, et avoit beaucoup de bravoure. On perdit peu de capitaines. L'escadron d'Ëclinvilliers qui avoit si mal fait deux ou trois jours auparavant, lorsque M. de Jpyeuse fut blessé , fut le plus maltraité ; il étoit un de ceux que M. de La Ferté avoit avec lui quand il se fit battre , et voulant apparemment rétablir sa réputation , il chargea alors si vigoureusement, que les autres ayant plié avant lui , il souffrit beaucoup plus, et la plupart de leurs officiers furent tués sur la place. Le nombre des blessés ne fut pas grand; M. de Turenne reçut une contusion et un coup de mousquet dans ses armes, et eut un cheval tué sous lui. On ne se souvient point que, hors M. de Broglie , qui eut la cuisse percée d'une halle, il n'y eut aucun des autres généraux blessé; peu d'officiers subalternes le furent Les volontaires se tirèrent heureusement d'affaire : il n'y eut que le marquis de Brevauté et La Clotte qui furent grièvement blessés, et en moururent; ils étoient avec le marquis d'Homières , qui fut attaqué vivement par un escadron des ennemis ; Biscara et quelques autres furent fort blessés, de même le chevalier do

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iaint-Gé et d'autres officiers de son régiment. Du côté des ennemis il n'y eut de leurs généraux «de blessé et pris que le baron de Bryolle, un des maréchaux de camp du prince de Condé : c'étoit un brave vieillard , qui bien qu'il eût le malheur d'être pris en combattant contre son Roi , montra néanmoins, peu de jours avant mourir , qu'il n'étoit point rebelle dans son cœur , et qu'il ne l'étoit que par accident : il envoya chercher son fils , qui avoit été fait prisonnier avec lui , lui dit , quelques heures avant d'expirer y comment il avoit été entraîné dans le méchant parti , et lui commanda, sous peine de sa malédiction , de ne se laisser jamais séduire , sous quelque prétexte que ce pût être , à prendre les armes contre son souverain ; cette exhortation d'un père mourant le toucha si vivement , qu'il protesta vouloir être bon sujet ; sur quoi il fut mis en liberté.

On fit environ trois mille prisonniers ; on en prit qtiinze cens dans le quartier de Lorraine : ils étoieut dans une redoute où ils se trouvèrent enveloppés; on trouva soixante -trois pièces de canon dans les lignes, de toute sorte de calibre, et tout ce qui appartenoit à un si grand train d'artillerie, tout le bagage des ennemis fut pris ; les soldats trouvèrent un grand butin , tous les officiers-généraux de cette armée se faisant servir en vaisselle d'argent , et chacun étant obligé d'avoir grand équipage, sans quoi on ne pouvoit subsister dans une si grande armée ; la quantité en étoit si considérable , que, quand l'armée passa l'Escaut quelque temps après sous Cambrai , on compta plus de sept mille, tant charrettes que chariots couverts , quoique l'armée ne fût pas alors de plus de vingt mille hommes , au lieu que quand on fut pour forcer les lignes , elle étoit de quatorze mille fantassins , onze mille chevaux et quatre cens dragons.

Le Jour après que la ville fut secourue , le duc d'Yorck fut envoyé avec deux mille chevaux à Péronne , où étoit la cour , pour l'escorter à Arras , où elle resta quelques jours , pendant lesquels l'armée campa dans les lignes des ennemis : on se servit de leurs huttes , et on y trouva une si grande abondance de fourage , que les ennemis avoient amassé , qu'il ne fut pas besoin d'en aller chercher pendant qu'on y resta.

Le dernier Jour d'août, l'armée marcha vers Cambrai , campa à Sauchi-Cauchi , et la cour retourna en même temps à Péronne. Le 3 septembre l'armée marcha à Thun-Saint-Martin , où elle passa l'Escaut sur un pont qui y fût jette. Le lendemain elle s'avança Jusqu'à Saulfoi, h

moitié chemin entre Cambrai et Valenclennes. Le jour suivant elle campa à Kiévrain , et le seize elle tomba sur le Quesnoy, entre Valenclennes et Landrecies : 11 y avoit un gouverneur; mais la garnison étoit petite, la place d'elle-même n'étoit pas forte; les dehors en avoient été démolis à la manière espagnole ; c'est-à-dire , pour la mettre seulement hors d'état de défense , et pour la pouvoir rétablir aisément. Cette ville se rendit dès le lendemain; on fit aussitôt travailler à réparer les dehors; on y ajouta de nouveaux ouvrages ; et après y avoir laissé une forte garnison , on marcha à Bavay, et le 11 septembre on arriva devant Binche , qui se rendit le même jour , n'y ayant que les bourgeois. On y resta jusqu'au 22 , dans l'intention seulement de manger le pays , et pour donner le temps de fortifier le Quesnoy.

Pendant ces marches, M. de Turenne donna plus d'occupation aux lieutenans-généraux qu'ils n'avoient coutume d'en prendre; avant cela il n'y avoit que celui de jour qui étoit en mouvement , et les autres ne faisoient qu'accompagner le général ; mais il ordonna alors que , de même que celui qui étoit de jour marchoit à la tête de la cavalerie de l'avant-garde , celui qui aurait été relevé marcheroit aussi à la tête de l'infanterie , et celui qui avoit été relevé avant lui , à la tête de l'autre aile de cavalerie , qui faisoit Tarrièregarde ; ainsi il y avoit tous les jours trois lieutenans-généraux en exercice. 11 trouva cet ordre si aisé et si avantageux, que le duc d'Yorck le lui a toujours vu pratiquer , tant qu'il est resté depuis avec lui dans le service de France. II les avertit de plus que, lorsqu'ils arriveroient à un défilé ou à un ruisseau , ils n'arrêteroient point , jusqu'à ce que ceux qui étoient devant eux fussent passés de l'autre côté ; mais qu'il se feroit un passage particulier sur la droite ou sur la gauche, observant toujours de mettre Pavantgarde entre eux et le côté par où les ennemis pouvoient venir. Il pouvoit ainsi faire de plus longues marches ; et depuis ce temps-là on passa toujours les défilés par trois endroits à la fois. Les cravattes des ennemis furent fort importuns pendant cette marche; il étoit dangereux de s'écarter le moins que ce pût être : ils avoient quelquefois la hardiesse de se fourrer deux ou trois jusques dans les rangs, et quand ils le pouvoient, ils enle voient toujours quelqu'un. . . .

On s'étonna pendant cette marche qu'une armée victorieuse et si considérable n'entreprît pas un siège d'importance cette même année ; mais on ne considéroit pas que la saison étoit fort avancée , et que, quoique le Quesnoy ne fût

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pas de lai-méme considérable y cette place favorisoit beaucoup les desseins qu'on avoit pour la campagne prochaine , pour laquelle M. de Turenne avoit déjà formé son plan ; le dessein étoit hardi de prétendre conserver cette place , située au milieu du pays ennemi , et ce fut ce qui rendit le projet des opérations de Tannée suivante plus aisé à exécuter , et particulièrement le siège de Landrecies.

Les ennemis rassemblèrent sous le canon de Mons les débris de leur armée , d*où ils détachoient continuellement des partis pour inquiéter les fourageurs de l'armée de France , pendant qu'elle resta à Binche; mais M. de Turenne y donna si bon ordre , qu'ils ne firent pas grand mal , quoique leurs cravattes voltigeassent incessamment autour du camp , et dressassent de continuelles embuscades : il s'en fallut peu qu'ils n'enlevassent un jour une garde de cavalerie qu'on avoit avancée du côté de Mons ; elle étoit de quatre escadrons postés derrière un ruisseau y et avoit une petite garde de trente maîtres sur une hauteur de l'autre côté. Le duc d'Yorck , allant la visiter , trouva que quatre autres escadrons la relevoient ; il passa le ruisseau à la tête du détachement qui alloit relever la petite garde, et étant arrivé à son poste , on vit environ trente cavaliers ennemis venir d'un bois qui étoit sur la gauche ; mais quand ils furent à demi-portée de canon, ils retournèrent en arrière, comme s'ils eussent craint qu'on ne les suivit : M. d'flumières et quelques autres officiers de la même garde qui étolent un peu avancés , se mirent à galopper , et ceux qui étolent plus près de ce prince ayant proposé de poursuivre les ennemis, et voyant les autres après , coururent aussi sans demander s'il l'approuvoit ou non ; sur quoi il courut lui-même à toute bride , et ayant gagné la tête de tous , il eut toutes les peines du monde à arrêter leur ardeur : ils murmurèrent et se plaignirent de ce qu'il les empéchoit d'enlever tout le parti ; mais 11 les assura qu'en les arrêtant , il les avoit garantis d*une embuscade , et qu'il n'étoit pas probable que les ennemis fussent venus si près , s'ils n'avoient eu le dessein de les attirer ; en effet, à peine les eut-il arrêtés , que les ennemis firent volte-face , et lâchèrent à les engager en escarmouchant ; mais quand ils virent qu'il n'y avoit rien à gagner , ils se retirèrent vers Mons , et un moment après on vit deux cens chevaux les suivre, qui s'étoient cachés dans un i)etit fond , derrière un bois qui n'étoit pas loin , et où les ennemis vouloient les surprendre. M. d'Huniières et les autres officiers remercièrent le prince de ce qu'il n'avoit pas permis qu*ils al-

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lassent plus loin , parœqae, pour peu qulls eussent avancé davantage, fis aurolent été poor la plupart faits prisonniers, parce que 1» grande garde, qui étoit de l'autre côté du mteean) n'eût Jamais pu venir assez à temps pour les dégager , le défilé pour passer le ruisseau et le village au-delà duquel la petite garde étoit postée , étant si long , que l'affoire aoroit été fiaie avant qu'on eût pu arriver à leur secours.

On a oublié de dire que , quand l'armée partit d'Arras, les deux autres maréchaux l'avoieiit quitté. M. de Turenne , après avoir consumé les fourages autour de Binche, Jugea à propos de retourner au Quesnoy , et de prévenir les ploies qui aurolent rendu le chemin fort difficile poor le canon et la vaste quantité de bagages qvi suivoient l'armée ; il marcha vers Haubeuge, parce que le pays entre Binche et cette place est plus ouvert et moins embarrassé de défilés que le chemin de Bavay , par où 11 aoroit too- Jours eu à ses trousses le prince de Condé , qui l'auroit d'autant plus gêné , qu'il étoit dangereux de faire devant lui un faux pas ; et il étoit à craindre que , l'armée l'ayant sur ses ailes, il ne trouvât quelque occasion pendant la mardte de l'attaquer avec avantage.

M. de Turenne, lejourqu'il décampa, fit nnrcher les bagages à la pointe du Jour avec sii on huit escadrons , et les dragons de H. de Lt Ferté, qui marchoient à la tête ou sur les ailes, suivant la nécessité : à peine forent-ils en moovement qu'il les suivit avec son avant-garde; et pour être d'autant plus hors d'insulte , il mi^ cha avec plus d'ordre et de précaution qall n'avoit Jamais fait : sa marche étoit disposée de manière qu'il pou voit à toute heure se mettre en un moment en ordre de imtaille , sans la moindre confusion.

Sur la droite de tout , marcholt la première ligne de l'aile qui avoit l'avant-garde ce Jourlà ; sur la gauche , étoit la moitié de la première ligne d'infanterie, sur la gauche de laquelle étoit la seconde ligne de cavalerie de l'aile qui faisoit l'avant-garde ; sur la gauche encore, marcholt l'autre moitié de la première ligne d'infanterie, sur la gauche de laquelle étoit l'autre aile de cavalerie et la seconde ligne d'infanterie ; et enfin sur la gauche de tont étoit le corps de réserve de cavalerie : de sorte qu'il marcholt de front quatre bataillons et dnq

escadrons , chaque file ou colonne étant de

bataillons et de escadrons.

Le gros canon étoit à l'avant-garde, et quelques petites pièces étolent à l'arrlère-garde: quand on venoit à quelque défilé , Tarrièregarde faisoit votte-face avec 6es pièces de tut

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