MÉMOIRES DU DUC D^YOBCK
) pendant que Tavant-garde défiloit, lai étant passée , faisoit aussi volte-face , nt un espace suffisant aux autres qui det suivre, pour se mettre en bataille à mequ'ils passoient ; ils restoient en cet ordre *à ce que tout fût passé , et ensuite toute ée s'ébranloit en même temps pour contisa marche. Après qu'elle eut avancé un peu l'une lieue , on découvrit environ quarante rons des ennemis qui approchoient sur la il le gros de cette cavalerie avança plus que la portée du canon , y ayant néan- \ un petit ruisseau entre deux ; ils se courent de faire passer leurs cravattes, avec un ron ou deux pour les soutenir ; lescravattes chèrent si près, que plusieurs soldats sor-
de leurs rangs et se mirent dans les inles de la cavalerie pour escarmoucher; ils ssèrent pas de suivre toujours jusqu'à ce 'armée arriva à un passage assez près de leuge, espérant toujours trouver l'occasion nner quelque échec ; mais M. de Turcnne ant de soin et régla sa marche avec tant de ution , que bien que le prince de Gondé fût irsonne à la tête de cette cavalerie, il ne mais mettre un seul escadron dans le rooinésordre : il fit presser un peu les dernières es à ce passage auprès de Maubeuge ; mais it la promptitude avec laquelle elles reoient, et le bon ordre qu'elles gardoient urs, il se retira et les laissa en repos, désest de retirer aucun profit de cette marche ; passa point le défilé , pour ne pas s'exposer i propos , et retourna à son camp. 11 étoit ivant qu'on arrivât à Maubeuge ; et quoi- 3 camp fût marqué entre la ville et les bois, inde obscurité et la confusion des bagages luse qu'il y en eut beaucoup dans le camnt , et d'autant plus que le terrain n'avoit )eu d'éteudue: personne ne put reconnoître artier qui lui avoit été destiné ; et M. de ine n'y pouvant apporter de remède , il
deux ou trois bataillons entre les bagages^ Mé que les ennemis pou volent venir, dea toute la nuit debout avec eux , et dès fit jour il remit l'armée dans son ordre ; et me jour, qui étoit le vingt-trois , elle mari Bavay. Le régiment entier des cravattes nis poursuivit un petit parti jusqu'à l'avant- ;, et s'engagea si fort qu'il courut risque ; entièrement pris : les deux premiers esca- ( coururent à eux , et les poursuivirent si aent qu'ils ne trouvèrent pas d'autre moyen
sauver qu'en se jettant dans les bois; plu- 3 abandonnèrent leurs chevaux pour ne pas ms eux-mêmes ; néanmoins ils perdirent
plus d'hommes et de chevaux dans cette occasion , qu'ils n'ont jamais fait devant et après dans aucune autre.
L'armée étant arrivée à Bavay , on travailla à démolir les murailles de cette petite ville, que les habitans avolent abandonnée la première fois qu'elle y campa. Il y a quatre anciens chemins des Romains qui y aboutissent : elle n'est qu'à trois ou quatre lieues du Quesnoy , et auroit pu incommoder si les ennemis y eussent mis des troupes pendant l'hyver. De Bavay l'armée marcha à Baudignies , et campa près du Quesnoy ; elle y resta jusqu'au 28 qu'elle alla à Gateau-Gambrésis , après avoir consommé les fourages des environs du Quesnoy. Pendant le temps qu'elle y resta, les travaux en furent perfectionnés, et les magasins remplis de toutes choses nécessaires , de manière qu'il auroit été très-difficile aux ennemis d'y rien entreprendre après qu'on seroit entré en quartier d'hy ver.
Pendant que l'armée campa à Gateau-Gambrésis,une escorte qui couvroit les fourageurs pensa être défaite. Le comte de Renel qui la commandoit fut fait prisonnier à la première charge , en mettant en bataille les premiers escadrons que les ennemis renversèrent ; et si les autres, qui étoient de vieilles troupes, comme La Valette, Grammont et d'autres, u'avoient soutenu vigoureusement et avec beaucoup de bravoure, tout auroit été taillé en pièces et les fourageurs en grand péril ; mais quoiqu'ils vissent leur commandant pris et leurs premiers escadrons en déroute , ils marchèrent fièrement aux ennemis , les obligèrent de se retirer sans rien entreprendre davantage , et ramenèrent les fourageurs au camp sans en avoir perdu aucun. Le parti qui les avoit attaqués étoit sorti de Gambray , les forces étoient à peu près égales , et si les ennemis avoient poussé leur premier avantage , ils auroient défait l'escorte entière, et auroient pris autant de fourageurs qu'ils en auroient pu emmener. Gette aventure obligea M. de Turenne de prendre à l'avenir plus de précaution pour les assurer; deux ou trois jours après il voulut aller lui-même les couvrir dans le même endroit où M. de Renel avoit été pris : il mena avec lui vingt escadrons, deux bataillons, et quatre pièces de campagne , espérant que les ennemis y viendroient avec le même nombre que la première fois. Il ne se trompa point dans sa conjecture. Peu de temps aprè» avoir posté ses troupes pour la sûreté des fourageurs , on aperçut six escadrons des ennemis qui sortoient d'un bois assez proche où ils s'étoient embusqués: ils vinrent au grand galop comme s'ils eussent eu dessein de tomber sur deux ou trois escadrons
àHS
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des gendarmes qui étoient postés dans un petit fond, entre les bois et un village où plusieurs foorageurs chargeoient leur trousse. M. de Turenne étoit lui-même dans ce village avec une grande partie de sa cavalerie et un bataillon d*infanterie ; mais y ayant un petit passage entre lui et i*endroit où étoient les gendarmes que commandoitM. de Schomberg, si les ennemis l'avoient attaqué brusquement, il auroit été battu avant qu'on eût pu venir à son secours: ainsi^ considérant le danger où il étoit , il crut ne se pouvoir tirer d'affaire que par une contenance bardie, et marcha droit aux ennemis qui, le voyant avancer avec tant de fierté, et ne pouvant découvrir ce qu'il pouvoit y avoir dans le fond d'où il étoit parti , s'imaginèrent qu'il y avoit , suivant toute apparence , d'autres troupes derrière eux pour les soutenir , et se retirèrent aussitôt dans le bois : M. de Schomberg en fut fort aise , et s'arrêta sur une petite hauteur sans se mettre en devoir de les poursuivre , n'étant pas assez fort, et ne pouvant point sçavoir si les ennemis n'avoient point d'autres troupes dans le bois. On lui envoya d'autres troupes pou^ le fortifier , et il resta là Jusqu'à ce que les fourageurs eurent achevé , et qu'on commença à s'en retourner.
On envoya depuis toujours de grosses escortes avec les fourageurs ; les ennemis n'entreprirent plus de les inquiéter , et le soin qu'on prit des convois qu'on envoya au Quesnoy empêcha les Espagnols de songer à les enlever. Le duc d'Yorck eut le commandement du dernier qu'on y introduisit pendant qu'on étoit à Cateau-Cambrésis ; on y resta encore quelques semaines sur ia frontière , où on prit les deux châteaux d'Anvillers et de Girondelle proche de Rocroy : on les démolit, et ensuite on se retira en quartier d'hyver, la saison étant si avancée qu'il n'étoit plus à craindre que les ennemis entreprissent rien sur le Quesnoy.
[ 1 655] Cette campagne commença par le siège de Landrecies ; aussitôt que les François investirent cette place , les ennemis se postèrent entre cette ville-là et Guise, dans le dessein de leur ôter la communication avec leur pais; mais la précaution de M. de Turenne, qui avoit fait remplir de bonne heure les magasins du Quesnoy de toutes les choses nécessaires pour le siège, empêcha les Espagnols de pouvoir beaucoup lui nuire. Les convois alloient etvenoicnt du Quesnoy au camp sans peine et sans danger , et tout le mal se réduisit à empêcher que quelques officiers et volontaires pussent s'y rendre. Le duc d'Yorck, que des affaires avoient arrêté, fut de ce nombre : ainsi on ne fera point de relation
particulière de ce siège, ni un détail fort exact de toute cette campagne, parce que ce prince a perdu un papier qui auroit beaucoup aidé à sa mémoire en plusieurs choses qu'il a présentement oubliées. Il resta à LaFère attendant l'occasion de quelque convoi qui pût favoriser le désir Impatient qu'il avoit de se trouver à ce siège ; mais il auroit été trop dangereux de tenter le passage ; il n'y eut que M. de La Feoillade qui osa l'hazarder ^ et qui fut pris et blessé dangereusement : son mauvais succès ôta Tenvie de suivre son exemple , et on ne songeaplos à passer , Jusqu'à ce que les ennemis décampèrent un Jour ou deux avant que la place se rendit
Ce siège fut heureux pour les soldats ; les assiégez se contentèrent de se défendre à l'ordinaire et dans les formes. Ils n'entreprirent rien de vigoureux , et on perdit moins de monde qu'on ne pouvoit probablement espérer d'un siège de cette conséquence; ils capitulèrent dès quels mine eut fait brèche à la face d'un bastion , et on ne se souvient pas s'il y fut fait un logement ; on ne perdit d'officier de conséquence que M. de Tracy , mestre-de-camp , qui , comme le plos ancien , commandoit la cavalerie allemande.
Apre» que la ville fut rendue , l'armée rota encore quelques Jours pour combler les lignes et réparer la brèche et les dehors. Cependant les ennemis se retirèrent chez eux entre Mou et Valenciennes derrière les rivières, et ne se croyant point en état de risquer une bataille, Us ne se proposèrent que d'observer le mouvement des François, et d'empêcher qu'ils ne fissent quelqu'autre siège de conséquence.
Quand l'armée fut prête à décamper , le Roi et le cardinal y vinrent, et elle descendit le long de la Sambre Jusqu'à La Busslère , petite ville dépendante du pays de Liège, à une lieue de Thuyn. Après avoir eniployé quelques Jours à cette marche , et en avoir resté un ou deux à La Bussière, on retourna sur ses pas, et passant par Avènes on investit La Gapeiie ; ensuite, n'estimant point qu'elle fût d'assez grande Importance , on changea d'avis ; on passa la Sambre et on avança dans le Haynault Jusqu'à Bavay , où ou arriva le 11 d'aoust : cette place est entre Mons et le Quesnoy. On eut dessein d'avancer plus avant dans le pays, et de passer la Halsne ; mais après avoir envoyé reconnoitre les passages , on trouva que les ennemis y avoient fait de grands retranchemens et parapets, et de distance en distance des plattes-formes à trois on quatre cens pas les unes des antres , qui règnolent le long de la rivière depuis SaintGulsIaln Jusqu'à Condé. Les ennemis oal un avantage particulier pour faire ces retran-
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3ns en Flandre; car, outre leurs troupes y emplo3'ent, ils y font travailler leurs ns qui , apportant leurs bêches et les autres mens dont ils sçavent se servir pour rele- !urs fossez, font en peu de Jours des trafort profonds et d*une vaste étendue ; ce )nnoit plus de difficulté à forcer ceux-ci , :;elle de pouvoir même approcher de la ri- , le pays étant fort bas et rempli de fossez ; noins d*y faire de nouveaux passages, il oit que le chemin de la chaussée qui conit au pont de Haisne. Néanmoins, dans un il qui se tint en présence du Roi , où se trout le cardinal, M. de Turenne, les maré- : de La Ferté, de Yilleroy , de Grammont Plessis, et où le duc d'Yorcli fut appelle, t sur le point de résoudre de forcer le pas* lU pont de Haisne , le cardinal ayant relié combien il auroit été glorieux de Texé- » çt d*aYoir passé la rivière à la barbe d'une ) formidable ; mais le sentiment de M. de me, qui étoit contre cette entreprise, pré- , soit par la complaisance qu'on eut pour oit par la force de ses raisonneroens ; il en dr les difficultez telles, que les ennemis Ht un douille avantage : il dit qu'on pouà la vérité , les forcer , mais qu'on y pertrop de monde ; que cette considération t pas la seule qui l'obligeoit à dissuader entreprise ; qu'il croyoit qu'on pouvoit uter sans bazarder la vie de tant de solen passant l'Escaut un peu au-dessous de laiu; qu'on laisseroit Valenciennes sur la ! ; qu'on marcheroit à Gondé où on passe- Escaut une seconde fois; qu'ainsi on prenies ennemis en flanc, et que les grands ichemens des Espagnols deviendroient inu- Ces raisons auxquelles il en ajouta beaucoup es , ramenèrent le cardinal et tous les auu conseil à son opinion : on marcha aussi- \ Bavay à Bouchain , et sur l'avis qu'en t les ennemis, ils marchèrent en même ( vers Valenciennes.
13, sur l'après-midi, l'armée arriva à ille-sur-rEscaut ; le même Jour les ennemis rent la rivière à Valenciennes, et se post fort avantageusement , ayant leur droite irte des bois de Saint-Amand , et la ville lur gauche : ils avoient devant eux une e ligne sur le mont Azin , qui s'étendoit de le Jusqu'aux bois ; et au lieu de disputer le ge de la rivière , ils trayaillèrent à répaette ligne qui se trouva le lendemain en état de défense. Gependant l'armée de ;e passa la rivière sur un pont de bateaux, U au matin marcha aux ennemis , après
avoir laissé des troupes avec les bagages pour les assurer contre les courses de la garnison de Bouchain ; mais toutes ces peines furent inutiles.
Le duc d'York a sçu depuis, de quelques officiers qui étoient alors dans l'armée espagnole , qu'ils s'étoient proposé de défendre ce poste ; que le prince de Gondé s'opposa à la résolution qu'on avoit prise d'y marcher , à moins qu'on n'eût dessein de le soutenir, quand on y seroit arrivé ; qu'il dit nettement aux Espagnols qu'il ne bougeroit point , s'ils ne lui permettoient de prendre ce parti ; qu'ils lui en donnèrent toutes les assurances qu'il pouvoit souhaiter; qu'il leur prédit qu'Immanquablement les François marcheroient à eux quand ils seroient dans ce poste-ià , et qu'alors il seroit trop tard de songer à la retraite, puisque par-là on exposeroit l'armée à une défaite entière. Les Espagnols ne laissèrent pas d'insister toujours et promirent de défendre le poste. On les y trouva en effet ; les partis informèrent de la manière de leur campement ; on marcha à eux aussitôt que l'armée fut mise en bataille , et étant arrivés à une lieue de leurs retranchemens , on fit alte pour attendre le canon et les munitions qui suivoient derrière.
Gependant M. de Turenne marcha avec un escadron ou deux pour reconnoltre leurs lignes^ et en approcha à la portée du canon. Les ennemis tirèrent sur lui leurs plus grosses pièces : ce qui le confirma dans l'opinion qu'il avoit qu'ils vouloient défendre ce poste ; il ordonna à M. de Gasteinau de marcher avec son campvolant composé d'environ douze escadrons et de deux ou trois bataillons , et de se poster sur la droite des ennemis dans le grand chemin de Saint-Amand , pour tâcher de les attaquer en flanc lorsqu'on les attaqueroit de front. A peine M. de Gasteinau fut-il arrivé dans l'endroit qu'on lui avoit marqué , qu'il s'apperçut que les ennemis se retiroient vers Gondé ; et sur ce qu'il en fit avertir M. de Turenne, il eut ordre de donner sur leur arrière-garde pour retarder leur marche , s'il étoit possible, afln qu'il eût le temps de venir lui-môme avec le corps d'armée« On ne sçut que les ennemis se retiroient que par l'avis que M. de Gasteinau en donna, parce que le terrain qui est entre les deux armées étant une hauteur sur laquelle ils avoient élevé leurs lignes y on ne pouvoit voir que les troupes qu'ils vouloient bien montrer.
Il est probable qu'aussitôt que l'archiduc et le comte de Fuensaldagne sçurent que les François avoient passé la rivière et qu'ils mar^ choient à eux , ils se repentirent de s'être en*
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gngés si avant. Qaoiqu*il en soit, ils résolurent de retourner à Condé et d*y passer la rivière : ils prirent ce parti sans consulter le prince de Condé , et le premier avis qu'il en eut , fut par un adjudant qui vint lui dire que Tarchiduc se retiroit; qu'il le prioit de prendre soin de Tarrière-garde et de couvrir la retraite , quoique ce fût le tour des Espagnols de la soutenir ; et pour avoir moins d'embarras , ils firent entrer leur gros canon dans Yalenciennes, et ne menèrent avec eux que de petites pièces de campagne.
Si M. de Castelnau eût fait son devoir , comme il le pouvoit , en suivant ses ordres , le prince de Condé auroit été réduit à de grandes extrémités : il est vrai qu'il ne manqua point du côté du courage et que ce ne fut que dans la conduite. Il marcha si promptement , qu'étant arrivé au pont de Beverage , où un ruisseau qui vient des bois tombe dans l'Escaut de l'autre côté de Yalenciennes , et où M. de Marsin étoit posté avec quelques escadrons et des dragons , il n'attendit point son infanterie, mais s'efforça avec sa cavalerie seule de forcer le passage. Il attaqua le pont deux ou trois fois , et ayant été repoussé avec quelque perte , il se trouva contraint d'attendre son infanterie qui n'avoit pu venir assez à temps , à cause que la cavalerie avoit occupé le chemin devant elle. Quand les ennemis virent approcher son infanterie , ils se retirèrent et le laissèrent maître du pont qu'il passa. M. de Turenne arriva dans le même temps avec son avant-garde à l'arrière-garde de M. de Castelnau, auquel il envoya plusieurs ordres réitérés de presser les ennemis pour arrêter leur marche autant qu'il seroit possible pour les Joindre ; mais de Castelnau se laissa amuser par quelques officiers du prince de Condé qui, étant à la queue de leurs troupes et le voyant avancer à la tète des siennes , demandèrent à lui parler sur parole ; à quoi ayant consenti , parce que c'étoient de ses anciennes connoissances, il ordonna à ses troupes de faire alte pour quelque temps , et pendant qu'ils se complimentèrent , le prince de Condé hâta ses troupes de passer, et de Castelnau fut pris pour dupe. Un homme qui étoit resté sur le haut d'un petit coteau ayant fait signe à ces offlciers, ils prirent congé du lieutenant-général et galoppèrent après leurs troupes. Cette civilité hors de saison donna le temps aux ennemis de passer la rivière avant qu'on pût les Joindre. M. de Turenne arriva quelque temps après à l'endroit où M. de Castelnau avoit rangé ses troupes à la portée du canon de la rivière , au-delà de laquelle il vit Tarmée en bataille proche de
Condé. M. de Castelnau lui fit un récit de ce qui s'étoit passé , et ajouta que le dernier escadron des ennemis avoit été obligé de passer la rivière à la nage pour se sauver ; cette méprise causa quelque aigreur entre M. le prince et M. de Turenne par un accident qui arriva quelques jours après.
Les ennemis rompirent les ponts après avoir passé la rivière, et marchèrent, autant quoD peut s'en souvenir, l'après-midi du même jour vers Tournai. L'armée de France campa cette nuit-là à Franc près de Condé , et le iendemalD on travailla à construire des ponts une lieue au-dessous de la ville , pour l'attaquer aussitôt qu'ils seroient achevés. On résolut d'abord qoe les troupes que commandoient MM. de Castelnau et d'Uxel les seroient seules employées à ce siège, pendant que les deux maréchaux avec le reste de l'armée le couvriroient et feroient tcte aux ennemis. On commença suivant ce projet à faire les approches ; mais la première nuitoo trouva tant de résistance , la grande quatilé de monde qu'il y avoit dans la place suppléant à sa foiblesse , que les deux maréchaux , étaot avertis qu'il y avoit trop d'ouvrage pour si pea de troupes, vinrent eux-mêmes pour pousser une des attaques , laissant l'autre à la condoite de MM. de Castelnau et d'Uxelles.
Les assiégés avoient brûlé les maisons d'an petit faubourg , qui étoient devant la porte; mais n'ayant point eu le temps d'en abattre les murailles , elles servirent d'un abri fort favorable pour ouvrir la tranchée à un [peu plus de demi-portée de mousquet de la place. Un bataillon des gardes la monta la première nuit; il étoit commandé par Vautourneux , le plus ancien capitaine des dix compagnies ; et A l'attaque du lieutenant-général, monta le régiment de
La nuit suivante un bataillon suisse monta la
tranchée à une attaque, et le régiment de
à l'autre. On poussa les travaux des deux côtés jusqu'à la portée du pistolet de la ville, et <m perdit au moins autant de monde cette nuit-là que la précédente. La suivante , un autre bataillon des gardes releva les Suisses à l'attaque des maréchaux , et à celle des lieutenans-géné-
raux , le régiment de On fit une faute à
la première, qui causa la perte de bien do monde. M. de La Fcrté étoit de jour, et allant sur le soir à la tranchée pour y voir l'état des choses , il crut qu'on étoit assez proche pour faire un logement au pied des palissades qu'il jugea , aussi bien que tous les autres ofDcicrs , être en-deçà du fossé sur le bord. Il ordonna qu on s'y logeât : on se mit en devoir de le faire
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*il fut nuit; mais on arriva au fossé sans ver de palissades ^ et on reconnut qu'elles : sur la berme ; on ne laissa pas de pasfossé qui n'étoit ni profond ni large ; on ça de se loger sur la berme au pied des ides ; on y trouva beaucoup de résistance, s avoir perdu beaucoup de soldats et d*of- , il fallut se retirer et se contenter de m logement sur le bord du fossé. Il ne 18 s*étonner de cette méprise, le fossé étant et les palissades étant ordinairement po-
long de la banquette du chemin couvert t qu'elles y étoient , et il eût été très-dlf- Avec les meilleurs yeux du monde, de i une certaine distance l'endroit préciséoù elles étoient plantées. Le comte de Dg , gouverneur de la place , demanda le Qain à capituler y et ou convint qu'il sorle Jour suivant avec armes et bagages.
I évacua la place, le 19, avec environ deux lommes d'infanterie et quelque cavalerie, dant ce siège, M. de Bussi-Rabutin, mes- -camp , fut envoyé escorter les fourageurs sept ou huit escadrons : il les posta de
côté de l'Escaut devant les villages où on eoit. Sur le soir , quand on eut presque t que la plupart des fourageurs étoient res au camp avec leurs trousses, Bussi aperçu deux escadrons des ennemis, il lui ivie de les charger, à quoi il se trouva jlièrement excité par plusieurs volontaipersonnes de qualité qui étoient avec lui , esquels étoient le prince de Marsillac et ite de Guiche ; il marcha à eux avec tous cadrons ; les ennemis se retirèrent assez itamment, et lorsqu'en les poursuivant il : presque atteints, ils firent soudaitiement face, et on découvrit en même temps ou quatorze escadrons des ennemis qui )nt d'un fond où ils s'étoient mis en emle. Bussi , aussi bien que les autres , fut iris , qu'il ne trouva point d'autre parti à "e, que de crier : Au défilé! La partie n'éoint tenable; tous les escadrons firent mêmes la même manœuvre , s'écriant de in main : Au défilé ! ils se rompirent, cou-
à toute bride et se rallièrent en arrivant ûlé. Les ennemis se contentèrent de ce purent prendre dans la poursuite, et ne usèrent pas fort loin. Cette cavalerie étoit Heure de l'armée de France, composée ms officiers et de vieux cavaliers ; et s'ils t pris tout autre parti, la perte auroit été mp plus considérable : elle ne fut que ron cent maîtres et d'un étendart ou lu régiment royal , lesquels ayant été pris
par les troupes du prince de Condé, il les renvoya au Roi par un de ses trompettes; mais Sa Majesté ne voulut pas les recevoir , et les compagnies qui les avoient perdus marchèrent sans étendart pendant tout le reste de la campagne.
Ce fut vers ce temps-là qu'une lettre que M. de Turenne avoit écrite au cardinal fut interceptée (i), par laquelle il donnoitun détail de ce qui s'étoit passé dans la retraite des Espagnols auprès de Valenciennes. Le prince de Ck)ndé enlre les mains duquel elle tomba, l'ayant lue, envoya un trompette porter une lettre qu'il écrivit à M. de Turenne , pleine d'expressions dures. Il marquoit entre autres choses que , s'il n'avoit pas connu son écriture, il auroit plutôt cru la relation qu'il envoyoit au cardinal faite par un gazetier que par un général , et finissoit par cette invective, que si M. de Turenne avoit été à la tête de son armée, pendant que luimême étoit à l'arrière-garde de la sienne, il auroit vu le contraire de ce qu'il avoit écrit, puisqu'aucun de ses cavaliers n'avoit été forcé de passer la rivière à la nage pour se sauver.
M. de Turenne fût irrité en lisant cette lettre , et dit au trompette qu'il ne devoit pas se charger de papiers de cette nature ; qu'il Tavertissoit que^ s'il faisoit une pareille faute à Tavenir, ni sa livrée, ni son caractère ne le garantiroient du traittement qu'il méritoit; qu'il le vouloit bien laisser retourner pour cette fois, quoiqu'il méritât d'être puni pour avoir osé apporter un papier si injurieux. On croit que le prince ne fut pas long-temps sans sçavoir que M. de Turenne n'avoit écrit que ce que de Castelnau lui avoit dit ; néanmoins il n'y eut plus entre eux les mêmes égards et ménagemens qui s'observent toujours entre des personnes de cetle qualité, qui commandent l'un contre l'autre: ils ne vécurent plus avec cette civilité réciproque, comme ils avoient fait auparavant, et et Jusqu'à la conclusion de la paix ils ne furent Jamais sincèrement réconciliés.
Après la prise de Condé, où on laissa une garnison suffisante , l'armée marcha le 20 à Saint- Guislain et en fit le siège. M. de Turenne' prit son quartier au village de Horn, et M. de La Ferté établit le sien de l'autre côté de la rivière ; le Roi et le cardinal vinrent à ce siège, et logèrent au château de Bossut, un peu au-dessous de la ville sur la même rivière. La situation de cette place est forte , étant dans un pays fort
(1) Voyez la partie nouvelle des Mémoires de Turenne, pages 470—72 de ce volume, où Ton trouve les lettres de Tareane et du prince de Condé à ce sujet.
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bas , la rivière de Haisne passe au travers ; de sorte qu'elle peut inoDder la plupart des environs, comme les ennemis le firent alors, ce qui incommoda beaucoup les tranchées. Il fut aussi très difficile de faire les lignes de circonvailation, à cause qu*on ne pouvoit construire les ponts de communication qu'avec beaucoup de peine ; les tranchées se comblèrent d*eau quand on approcha de la place ; Veau étant aussi haute que le terrain , on ne pouvoit ni le creuser ni s*en servir pour se couvrir, tellement que les approches n'étoient , à proprement parler, que des blindes de fascines; néanmoins, malgré tous ces obstacles, la place fut emportée en trois Jours de tranchée ouverte.
Quand les généraux arrivèrent à leur quartier à Hom, la nuit étoit si noire qu'ils ne sçurent qu'au matin qu'ils n'étoient éloignés de la ville que d'une petite portée de canon , qui les éveilla de bonne heure ; et les maisons qu'on leur avoit marquées n'étant bâties qu'à la légère, ils en furent bientôt délogés, particulièrement M . Du Passage qui fut obligé d'en chercher, comme beaucoup d'autres, hors de la portée du canon. Le duc d'Yorck fut le seul qui se bazarda de rester dans la sienne , qui n'étant qu'à un peu plus de la portée du mousquet de la place , ils n'y tirèrent point, supposant que personne ne voudroit y loger , et il y resta fort en sûreté pendant le siège.
Les gardes françoises , comme le régiment le plus ancien de l'armée , montèrent la tranchée tes premiers suivant la coutume. Il arriva dans ce siège une dispute entre M. de Montpezat, le plus ancien lieutenant-général , et le grandmaître de l'artillerie , sur ce que le premier envoyant ses ordres à l'autre pour avoir quelques outils dont il avoit besoin pour la continuation de la tranchée, la première nuit qu'elle fut ouverte , le grand-maftre refusa d'obéir , prétendant qu'il ne de voit recevoir d'ordre que du général même; M. de Montpezat s'en étant plaint le jour suivant, la contestation fut décidée en faveur des lieutenans-généraox ; aussi long-temps qu'il resta à l'armée, il ne fit plus de fonction de grand-maltre ; on lui donna un brevet de lieutenant-général , et il ne servit qu'en cette qualité.
On perdit peu de soldats en ce siège ; on ne se souvient point qu'il y eût aucun officier considérable de tué. M. le chevalier de Créquy et M. de Varenne furent blessés , et quelques autres, comme M. de Chavigny , aide-major du régiment des gardes , qui depuis s'est fait père de rOratoire; la blessure du chevalier de Créquy, qu'il reçut à la tôte, fut dangereuse , mais
il en guérit ; Varenne reçut la sienne à l'attaque de M. de Turenne, en s'entretenant avec le duc d'Yorck. On poussa les approches en trois nuits, jusqu'au bord du fossé, et le lendemain, qui étoit le 25 , le gouverneur de la place , dom Pedro Savali , demanda à capituler.
Pendant que l'armée de France étoit occqpée à ce siège, les Espagnols divisèrent la leur; l'archiduc et le comte de Fuensaldague , avec la plupart de l'infanterie espagnole et quelque cavalerie , se postèrent à Notre-Dame de Halle; le prince de Gondé avec la plupart de ses troupes à Tournay ; les Lorrains à Ath , et leprioce de Ligne avec quatre ou cinq mille hommes à Mons. La saison se trouvant trop avancée, on ne jugea pas à propos de rien entreprendre davantage ; on resta plusieurs jours dans les mêmes quartiers qu'on avoit pris au siège de St.- Guislain. La cour partit peu de jours après qu'elle fut rendue ; pendant le séjour qu'on y Ût , on s'appliqua à la fortifier , et Gondé en même temps ; et pour empêcher les ennemis d'assiéger ces deux places dans l'hiver , on consomma tous les fourages, et on mangea le pays aux environs; on n'envoya point de détachement pour couvrir les fourageurs qui fât moindre de deux mille chevaux, il y avoit toujours un lieutenant-général ; M. de Turenne y alioil quelquefois lui-même. Quoique les ennemis fussent toujours aux aguets, ils n'enlevoient jamais qu'un homme ou deux qui le plus souvent étoient des maraudeurs. Pour relancer et contenir les cravattes qui donnoient le pins de peine , M. de Turenne ordonna qu'on détacheroit de chaque escadron trois ou quatre officiers des mieux montés pour accompagner les fourageurs, afin que quand ils les apercevroient ils pussent se joindre vingt ou trente ensemble qui suffiroient pour dissiper ces coureurs. Les fourageurs se trouvèrent ainsi moins exposés qu'auparavant, et on eoleva beaucoup de cravattes.
Le dernier fourage qu'on fit fut le plus grand de tous et le plus dangereux : il fallut aller jusqu'à Ghièvres et à l'abbaye de Gambron ; le premier endroit n'étoit pas à plus d'une bonne lieue d'Ath. Le duc d'Yorck comnuindoit les troupes qui l'escortoient ; comme il fallut marcher au milieu des quartiers des ennemis, et. fort loin du camp , on lui donna quarante escadrons, cinq bataillons et deux pièces de canon. Ge prince usa de toutes les précautions possibles: il envoya devant le jour un parti de cavalerie vers un grand bois au travers duquel il fatloit nécessairement passer , avec ordre d'y arrêter les fourageurs , et de les empêcher d'avancer