SIXIÈME OBSERVATION
Premier Dejrc : eépljalaljie, crampes, osmissemens, blorrl)éey Ijorripilation, sueur; guerisoit.
Maurice , âgé de quarante ans , infirmier de riIôtel-Dieu, mange du fromage et boit de la bière à son repas du matin le 27 avril, et deux heures après il rend ces substances par des vomissemens réitères et plusieurs déjections diarrhéiques. Ce malade avait eu, dix jours auparavant, étant de service comme infirmier, deux hémorrhagies nasales et des crampes aux mollets, crampes qu’on avait calmées au moyen de frictions avec un liniment opiacé.
Placé au n*' 5o de la salle Sainte -Martine, il nous presenleles symptômes suivans : céphalalgie; douleurs à l’épigastre; crampes aux orteils ; horripilation pendant une heure , suivie d’une sueur générale abondante. — Limonade pour boisson; application de sangsues vers les régions mastoïdiennes et au creux de V estomac.
Le 28, peu d’amendement. — Saignée du bras de deux à trois palettes.
Le soir, amélioration notable.
Le 2g, le ventre n’a pas cessé d’étre douloureux pendant la nuit, mais le malade fait une selle de
matière épaisse, et les souffrances abdominales cessent; il n’y a plus ni crampes, ni vomissemens; sueurs abondantes; frissons. — Tisane de lin goni^ meuse.
Le soir, encore des frissons; sueurs.
Le 3o, disparition totale des symptômes cholériques. Il est survenu à l’endroit des piqûres des sangsues une tumeur inflammatoire. — Cataplasme émollient sur cette partie; soupe de riz.
Maurice, quoique faible, voit ensuite son état s’améliorer de jour en jour et se trouve bientôt rétabli.
= Ce nouveau fait confirme combien sont efficaces, dans le traitement du choléra, les secours administrés d’une manière prompte. En elTct, celui qui fait le sujet de cette observation a pu, comme infirmier, recevoir^ bientôt des soins assidus, ainsi que plusieurs autres infirmiers dont nous avons parlé précédemment.
SEPTIÈMC 038ERVATI0W.
iJrcmirr bcçjrr ; frnmpfs, tiomisscmcns , fvieooiis, clf.; gucrisoii
Mignot, âgé de l'j ans, boulanger, souffrait de coliques depuis trois jours, avait vomi beaucoup de bile, lorsque le 27 avril il fut transporté à
}’Hôtel-Dieu et occupa le n° 4 2 de la salle Sainte- Martine. Il nous offrit alors les symptômes suivans : épigastralgie ^ douleurs de tête; nausées; frissons; crampes aux mollets; extrémités ayant perdu de leur chaleur naturelle; pouls plein, dur; respiration précipitée^ — Tisane de Un gommeuse ; application de sangsues à V épigastre et de linges chauds aux extrémités.
Le soir, moins de souffrance. — Nouvelle application de sangsues au creux de V estomac.
Le 28, diminution des symptômes.
Les 29 et 3o, le malade peut prendre de légers alimens; il est en convalescence.
HUITIÈfilE OBSERVATION.
îOrcmifr îifjrc : proîïrômfa, crampes, uomissemens, biarrijee, etc.;
guérison.
Boyer, âgé de 22 ans, menuisier, entré àTHofelr)ieu le 2y avril, avait depuis trois jours présenté quelques-uns' des signes avant-coureurs du choléra. k peine mis dans son lit, au n° 49 de la salle Sainte-Martine, nous consultâmes son pouls qui était plein et fréquent, et nous observâmes les symptômes suivans : nausées; vomissemens; diarrhée; ventre contracté, tendu, douloureux; crampes légères aux pieds; difficulté de remuer' les
membres inférieurs; quelques taclies rouges à la face plantaire des pieds; engourdissement et comme sentiment de formication aux mains; frissons. — ^ Sangsues au creux de V estomac; bains tièdes généraux; tisane adoucissante.
Le 28, état plus satisfaisant. — Les bains sont
continués.
Le 29, mieux sensible; plus de crampes ni de diarrhée, plus "de gêne dans les membres. — - Memes prescriptions.
Le 3o, légers alimens; convalescence.
lî-ürNrTHS ■
ÏDnijrihnf pnnaîttr. — Jpirioîtf ou îtt? roncfutration*
C’est bien dans cette période que le choléra épidémique se montre tel qu il est, cest-a-diie avec ses caractères si horribles et si lugubres. Non seulement alors il y a augmentation de la plupart des symptômes du premier degré, mais il se manifeste de nouveaux signes pathognomoniques.
faciès est éminemment cholérique, c’est un tableau vivant qui exprime la mort; 1 œil, enfonce dans l’orbite et comme atrophié, est entouré d’un
ceicle livide et à moitié couvert de la paupière supérieure; il représente ou une bien grande agitation de l’ame, ou une sorte d’anéantissement. La sclérotique, qui se laisse apercevoir, est souvent sillonnée de zones eccliymosées; la pupille ne se dilate ni ne se contracte; les paupières ont une teinte livide très foncee quand le reste du visage est violet; les larmes ne sont plus sécrétées , mais les cils des paupières sont imprégnés d’une matière seclie et grisâtre; les joues sont décharnées, la bouche à .demi ouverte, les lèvres collées sur les dents; les parties saillantes, le nez, les pommettes, les oreilles, etc., sont d’un froid glacial; la langue l’est aussi, et ce froid, qui est d’abord sensible aux pieds, aux genoux et aux mains, tend à envahir tout le corps; partout où il s’est etendu , on observe une espèce de cyanose ou teinte "Niolacee de la peau, qui a perdu sa force contractile et souvent sa sensibilité. 11 y a anxiété épigastrique; la respiration s’exécute difficilement ; l’iialeine est froide. Les pulsations du cœur sont ordinairement ralenties et d’une faiblesse extrême vers le déclin de l’existence physiologique; aussi le pouls devient-il d’autant plus petit qu’on l’explore aux vaisseaux d’un moindre calibre ; aux artères radiales, il est filiforme, à peine perceptible. En général, les organes sécréteurs n’exercent qu’imparfaitement ou nullement leurs fonctions.
Üans cet état de concentration, la diarrhée, les vomissemens , les crampes ont continué d’avoir lieu d’une manière plus ou moins intense , finissent par diminuer et disparaître tout-à-fait; le cholérique est alors comme anéanti, et pourtant il répond avec lucidité, mais avec indifférence, aux questions qu’on lui fait : sa voix est si faible qu’il peut à peine articuler les mots ; ce qui provient sans doute du peu d’air qu’il inspire , et c’est aussi pourquoi, lorsque les crampes ne le tourmentent plus , il est quelquefois fatigué par le hoquet.
Il est rare que cette période, qui d’ordinaire ne dure que de deux à vingt-quatre heures, se prolonge au delà de deux jours. L’équilibre ne saurait se rétablir que d’une manière graduelle; car si les symptômes cessent tout d un coup, le bien-etre momentané dont le malade se félicité n est lien moins que le coup de la mort.
neuvième observation.
Dntïifmc ^f9rf bniia toute son intensité, proîirômes néjlige'sj^ mort en beuï jours.
Essonier (Jean-Michel), âgé de 33 ans, marchand , demeurant rue des Cartes , u° 2 , 12® arrondissement , se nourrissant assez bien , éprouve
pendant cinq joui s les signes précurseurs du choléra, puis les symptômes appartenant au premier degi e. Il se souvient d avoir mangé des épinards avant son atteinte cholérique.
Entré, le 6 mai, à une heure, à l’hôpital de la 1 ilie, il était dans l’elat suivant : faciès cholérique; yeux cernés, caves, abattus, demi-fermés j)ar les paupières supérieures qui semblent lourdes et pesantes; dilatation pupillaire normale; nez froid, pommettes de même; teinte générale du Visage violacée; langue sèche, plate, rouge à ses bords, jaunâtre à sa surface; épigastre doulouleux; ventre rétracte; selles assez abondantes; vomissemens moins forts et moins répétés qu’au début; pouls radial insensible; battemens du cœur légers, faibles et lents; respiration difficile, accélérée; le malade est obligé de soulever avec effort les parois de la poitrine dans les mouvemens d inspiration; voix presque éteinte; crampes moins fortes qu’au début et seulement dans les membres inférieurs; froid glacial; mains, ongles violacés; pulpe des doigts rétractée comme sur les cadavres. — Limonade pour boisson; houles chaudes aux extrémités ; quart de laeement amidoné ; eatoplasme émollient sur V épigastre.
7 mai au matin : tous les symptômes sont de- Aenus plus graves ; extrémités glacées; yeux aux trois quarts fermés; la bouche entr’ouverte; lèvres
décolorées; respiration haletante, pénible. — Vésicatoire à V épigastre; sinapismes appliqués trois fois aux membres inférieurs; trois lavemens avec huit gouttes de laudanum de Sydenham; potion composée de iv onces d ii fusion de melisse et de i once de sirop diacode.
Le malade a succombé à une heure et demie.
NÉCROPSIÈ.
Habitude extérieure : taches cyanosées à diverses parties de la peau, notamment aux extrémités inférieures; doigts des pieds et des mains contractes
et éloignés les uns des autres.
Tête : peu de sang dans les sinus; artères, surtout la méningée moyenne, plus gorgees de sang que les veines qui n’en contenaient qu’une petite quantité d’une couleur moins foncée; substance blanche sablée ; piliers delà voûte ramollis; substance grise plus pâle que d’ordinaire, injectée; substance grise du cervelet plus injectee que dans le cerveau ; aucun fluide entre les couches de cet organe; nerfs un peu rouges près de leur origine.
Rachis : léger épanchement de sérosité dans la cavité de la dure-mère; quelques plaques semicartilagineuses à la partie postérieure de 1 arachnoïde ; membranes et substance grise plus injectées qu’habituellement; le trispîanchnique dans
l’état normal; les nerfs sciatiques extrêmement rouges; glandes cervicales supérieures légèrement injectées à leur surface; thyroïde vide de sang.
Thorax ; adhérences nombreuses des plèvres costale et pulmonaire; ecchymoses par exhalation dans le tissu parenchymateux, principalement à la partie antérieure; sang veineux extravasé dans les poumons; sérosité albumineuse dans le péricarde, et semblable à la bave des asphyxiés; adhérences récentes entre le péricarde et le cœur; plaques sur celui-ci; ecchymoses au dessous delà membrane interne; sang écumeux dans le ventricule gauche; membrane de l’aorte épaisse et facile à déchirer; sang veineux, noir dans les artères.
yibtlomctL . injection vasculaire de la muqueuse gastrique; légères ecchymoses; follicules dans le duodénum; nombreuses granulations delà valvule ileo-cœcale au duodénum; éruption miliaire disséminée cà la surface muqueuse du jéjunum, confluente et disposée par plaques dans la partie moyenne del’ileum; les pustules plus rapprochées sont transparentes dans quelques points et ressemblent au millet de la peau ; elles sont arrondies à leur surface libre et neprésententpas, comme les granulations de la valvule ileo-cæcale, des orifices béans à leur centre ; liquide gris verdâtre dans 1 estomac, jaunâtre dans le jéjunum, jaune grisâtre dans la première partie de l’ileum, et de
couleur amidonée, rouge et framboisée, dans la seconde partie de cet intestin et dans le colon; foie volumineux ramolli; vésicule biliaire distendue par une grande quantité de bile; rate dans l’état normal, peu gorgée de sang; vessie rétractée et vide.
OIXXÉUE OBSERVATION,
Dcuïifmc bejrf : état olgibc, rvanose; mort l)uit t^curra aprèa l’futrcc à ri^ôpital et otirgt-l)uit Ijcitrca aprèa l’tnoaaion.
M. , ouvrier compositeur de l’imprimerie royale, âgé d’environ cinquante ans, entré le 27 avril à l’hôpital Saint-Louis , placé à la salle Saint-Laurent, n° 28, service de M. Biett, nous présenta les symptômes suivans : couleur violacée de la peau dans la presque totalité de son étendue; yeux enfoncés dans les orbites; traits de la face tirés en dedans; crampes violentes aux membres inférieurs; froid glacial aux mains, aux pieds, a la langue, aux ailes du nez; vomissemens abondans et selles fréquentes de matière semblable a de la pâte d’amande délayée dans l’eau ; pouls à peine sensible; ralentissement des pulsations de la radiale. — Eau de mauve émulsionnée à la glace ; deux ventouses sur la région ileo-cœcale; vingt
sangsues a t anus, et cataplasme émollient laïulanisé sur le ventre.
Aphonie; mort huit heures après.
NÉCnOPSIK.
Tête : épanchement considérable de sérosité dans les ventricules; infiltration séreuse dans l’intervalle des circonvoluticms; injection très marquée des méninges; substance corticale colorée en bleu clair; la médullaire d’un blanc sale et offrant un exsudation sanguine sablée, beaucoup plus marquée dans la protubérance annulaire et ses prolongemens que dans les parties du cerveau rapprochées des hémisphères; artère basilaire très distendue par un sang noirâtre; origine des nerfs optiques d’une couleur rosée.
Rachis : un peu de sérosité.
Thorax : cœur très volumineux; caillots fibrineux dans le ventricule droit, sans liquide dans le gauche; poumons sains, mais adhérens à leurs bords postérieurs ; follicules muqueux très développés dans la partie inférieure de l’œsophage; secheresse extreme de la plèvre.
Abdomen : vésicule du fiel distendue par une bile noirâtre poisseuse ; muqueuse gastrique d’une couleur rosee, ainsi que la plus grande partie de
celle qui tapisse les intestins grêles; ces derniers sont remplis d’iin liquide albumineux pareil à celui qui avait été rendu dans l’acte du vomissement; développement des glandes de Peyer à la partie inférieure de ces intestins.
ONZIÈME OBSEHVATION.
JDeuïifmc ^f!}ré ; pcrtoîte algiîtf, rpanoar, soif tntntsr, rtc.; mort rn bfUï joHro.
Bienvenu (Jean-Jacques), âgé de quarante-huit ans, adonné aux boissons spiritueuses , entré à l’hôpital Cochin, ayant eu une indigestion.
Symptômes : dévoiement très abondant; puis, deux heures après, vomissement; crampes fréquentes et fort douloureuses aux extrémités inférieures ; yeux caves, cernés; regard fixe, abattu; état algide bien prononcé; extrémités rétractées et colorées, ainsi que la face, d’une teinte foncée; langue froide; respiration courte et fraîche; pouls presque nul ; abdomen insensible.
Le soir ; crampes très violentes; soif ardente; deux vomissemens ; le malade dit avoir urine ; sa voix est eteinte. ■ — Frictions anodines ,■ tilleul chaud pour boisson; quart de lavement amilace.
Deuxième jour : la moindre pression à l’épi- ■ gastre détermine des crampes; même état que la
veille ; seulement le malade a poussé plusieurs selles lie de vin. — Jpécacuanha, trente grains en trois doses ; tilleul chaud.
Six heures du soir : deux vomissemens; extrémités fioides; trois selles liquides, sanguinolentes; urines; crampes légères aux doigts des pieds; epigastralgie. • — • Infusion de tilleul; quart de lavement amilacé et laudanisc.
Troisième jour : trois selles liquides sanguinolentes; urines; respiration difficile; mêmes symptômes d’ailleurs que précédemment. — Douze sangsues à Vanus. Mort à midi.
NÉCROPSIE.
Habitude extérieure : taches cyaniques sur la peau des bras ; système musculaire arrondi , saillant, dans un état de contraction.
Tête : substance cérébrale sablée de sang noir qui suinte par la pression; sérosité dans les ventricules et dans l’épaisseur du plexus -choroïde; dureté assez considérable du bulbe de la moelle ; léger épanchement sanguin dans le cervelet.
Thorax : poumons sains; cœur comme hypertrophié; sang épais, gélatineux, noir dans les vaisseaux artériels.
Abdomen : estomac non injecté; contraction du petit cul-de-sac; jéjunum rouge, rougeur qui con-
linue et devient très intense à la terminaison de l’intestin grêle, on les plaques de Peyer sont très développées ; colon injecté dans; toute son étendue, contenant à l’os iliaque une matière lie de vin; rougeur considérable du tissu sous-muqueux; en passant le scalpel à la surface on fait suinter le sang, et la rougeur disparaît; vessie contractée, de la grosseur d’une petite pomme, ses parois épaisses.
= Cette observation, ainsi que beaucoup d’autres, prouve que l’absence des urines n’est pas un symptôme assez constant pour être considéré comme l’un des plus caractéristiques du choléra. Néanmoins il a été question ici d’un cas assez grave, puisqu’il a été au dessus des ressources de l’art.
OOUZIÈMB OBSERVATION.
Bcuïicme bcgrc : état algiîif, rjjanosr, tarl)ea ruiijcôtrcs, f rompes, eUmort quatre jours après l’eutrée à l’i^ôtcl-Uieu.
Hoursac, âgé de vingt-six ans, portant un vice de conformation qui consistait dans l’absence des dernières phalanges des quatre derniers doigts de chaque main, atteint de voniissemens et de diarrhée depuis quelques jours, entre à l’Hôtel-Dieu ,
salle Sainle-Martine, n° 6, le 26 avril au soir; et nous le voyons le 27 au matin.
Sjmptômes : Coloration violette de la face ; bouche béante; yeux ternes et hagards; décubitus constant sur le côté droit ; refroidissement des extrémités; pouls à peine sensible; suppression d’urines ; vomissement fréquent d’une matière jaunâtre, liquide et peu abondante; selles rares et parfois sanguinolentes, semblables à de la lavu re de chair. — Eau de SeUz à la glace ; fomentations chaudês sur les extrémités inférieures ; lavement laudanisé ; vésicatoires à la partie interne des cuisses.
28 avril : cyanose très prononcée aux extrémités; taches rougeâtres dans quelques points et notamment à la partie antérieure du tronc, variables en étenduaet ayant l’aspect du morbus maculosus de W erlqf, n’en différant que par la teinte plus foncée qu’elles ont et par leur facilité à disparaître sous la moindre pression, et à se reproduire dès qu’elles cessent d’être comprimées ; langue sans enduit à sa base, contractée et froide à sa pointe; persistance des vomissemens avec oppression et angoisses inexprimables ; suppression constante des urines. — Eau de Seltz ; application de linges chauds sur le tronc ; sinapisme à la région anteriew'e de la poitrine.
2q avril ; 1 état du malade s’aggrave; le refroi-
dissement gagne les parties élevées des membres ; la cyanose s’étend aux coudes et aux genoux ; les taches de (juelques points de la surface du corps augmentent de largeur, elles disparaissent plus lentement à la pression; respiration froide; pouls nul aux radiales , à peine perceptible au voisinage du tronc; langue toujours froide , rouge, sèche; yeux caves, rougeâtres et injectés. ^ — Memes prescriptions.
Le 3o, à huit heures du matin : symptômes comme le jour précédent; prostration plus grande; surface de la poitrine où le sinapisme a été appliqué devenue jaunâtre et comme ecchymosée; les taches , qui étaient de couleur framboisée ou hortensia, sont à présent violettes et ne s’effacent nullement à la pression.
Le soir : intensité plus marquée des symptômes; agonie; mort dans la nuit, les facultés sen- .soriales n’ayant pas cessé d’être libres.
NÉCROPSIE.
Habitude extérieure : cyanose des extrémités , la même que pendant la vie; disparition totale des taches violettes, si apparentes aux derniers instans, ainsi que nous l’avons dit.
Tête : cerveau fortement injecté , sulistance
sablée.
Thorax : adhérences nombreuses entre les plèvres costale et pulmonaire; dans les poumons, au lobe moyen, des tubercules dont quelques-uns commençant à se ramollir; poumons peu crépitans, gorgés de sang; emphysème; cœur contenant du sang noir et poisseux ; artères pleines dhm sang veineux; veines dans un état de flaccidité.
Abdomen: estomac vide; muqueuse gastrique injectée et sèche; pylore contracté; invaginations nombreuses et récentes des intestins , qui sont phlogôsés; muqueuse intestinale parsemée détachés et de granulations miliaires; éruption toutà-fait distincte, par sa forme et l’absence d’un crypte muqueux au centre de chaque bouton, des glandes et des plaques que Brunner et Peyer ont décrites et qui se rencontrent dans la dothinenterite et la plupart des phlegmasies aiguës de la muqueuse intestinale; foie volumineux; vésicule du fiel distendue outre mesure , contenant une bile noire qui n’est ni concrète ni sirupeuse; vessie rétractée et vide.
^ — On se persuade aisément que, dans ce cas>
1 état du sujet se prêtait à une réaction qui, pour n’avoir pas été convenablement secondée, ne s’est pas opérée. En effet, n’a-t-elle pas été enrayée par des stimulans dont le moindre inconvénient était
d’accroître la concentration? Des bains généraux, plus ou moins chauds, etc., ne l’auraienl-ils pas mieux favorisée, puisqu’il y avait des traces de phlegmasie , que des sinapismes et des vésicatoires ?
tvoisihuf pmoîtf. — |J^rio^f ïic vraction.
Le degré qui précède ne pouvant être de longue durée, l’extinction des propriétés vitales est prochaine, si la nature médicatrice ou l’art ne fait pas diminuer les symptômes de concentration au point que les fonctions interverties se rapprochent de leur état normal. Ce changement, remarquable dans la marche du choléra, c’est le passage de la deuxième période, ou algide, à la période de réaction. Or, à aucune époque, les jours du cholérique ne sont plus compromis que dmis celte transition : c’est que celle-ci, loin de s effectuer toujours d’une manière graduelle et modérée , a lieu le plus souvent par des mouvemens ou trop faibles pour pouvoir la compléter, ou assez violens et désordonnés pour produire de graves complications. . P -1 1
On conçoit d’après cela combien est difficile la
tâche du praticien qui se charge de provoquer une réaction dont l’issue soit favorable. Etudiée dans ses divers modes de développement, la troisième période présente des différences qu’il convient de distinguer.
Quand elle est régulière et modérée, la circulation se ranime progressivement, le pouls se relève, et conséquemment la peau reprend j)eu à peu sa chaleur et sa couleur naturelles. Les vomissemens et la diarrhée s’amoindrissent ou cessent tout -à-fait; les crampes ne se font bientôt plus sentir; les sécrétions s’exécutent; la soif est moindre; la langue devient chaude et légèrement rouge sur les bords; la respiration est plus facile; le visage n est bientôt plus cholérique; les traits annoncent une sorte de satisfaction intérieure; le timbre de la voix redevient naturel; le malade goûte la douceur du sommeil dont il était privé.
La réaction est-elle insuffisante, les fonctions oiganiques ne se raniment qu’avec lenteur et d’une manière irrégulière; l’état algide et la cyanose restent a peu près les memes, parce que le pouls ^ petit et précipité, a peine à se relever; la langue et 1 haleine demeurent froides; la peau est humide, ■visqueuse et fraîche; le visage, toujours cadavéreux , présente quelque chose de plus, exprimant le trouble qui naît de l’impulsion redonnée à l’organisme; les yeux sont humides et ternes; il y a une
plus grande perle de forces, parfois du délire; et alors que les sécrétions et les excrétions sont toulà-fait suspendues, il en résulte un calme dont on ne saurait se réjouir, puisqu’il est le prélude de la mort.
Si la réaction est surabondante, qu’elle s’annonce avec véhémence, le torrent circulatoire, qui était calme et pour ainsi dire stagnant, devient impétueux; le pouls acquiert de la plénitude, de la dureté et beaucoup de fréquence; la fièvre s’allume, la face est vultueuse, les traits s’animent, les yeux s’injectent et sont larmoyans, la peau se réchauffe; il y a turgescence sanguine au cerveau, aux poumons , etc. ; et quelque puissans que soient les moyens thérapeutiques employés, en general les malades succombent promptement aux pblegmasies , aux congestions qui proviennent de ce
désordre.
On a vu aussi la période de reaction , qui ne dure que quelques heures et rarement plus de deux jours, être précédée, mais plus ordinairement compliquée, des caractères particuliers au typhus, et tels que : débilité générale; prostration; état de stupeur; coma; délire; anxiété épigastrique; fuliginosité des dents et des gencives; langue sèche, dure et de couleur cuivree; peau sèche et brûlante au toucher; yeux chassieux ; conjonctives injectées; état pulvérulent des na-
rines; raouvemens convulsifs des membres; soubresauts des tendons, etc.
Les premiers cholériques que nous vîmes à l’Hôtel-Dieu, dans la troisième période, étaient dans une agitation si grande et qui contrastait tant avec l’état de calme apparent d’autres cholériques placés à côté d’eux, qu’ils fixèrent vivement notre attention. Nous regrettions de ne pouvoir connaître toutes les circonstances qui avaient précédé leur maladie, comme il nous fut pénible de ne pouvoir ensuite nous livrera toutes les investigations anatomiques nécessaires.
Du moins avons-nous saisi avec empressement les symptômes de deux de ces cholériques , et nous n’avons pu résister à l’idée de les retracer ICI, bien qne ces deux faits ne doivent paraître complets que jusqu’à un certain point.
treizième observation.
Æroiatrinr &eigrf
ôrtt (iljiîtf, fPûnosf, rroftion iufomplhf; mort
Un homme âgé d’environ trente-deux ans, entré a Hotel-Dieu le 24 avril, occupait le n« 28 de la sal e Saint-Antoine. Il eut des vomissemens, des selles liquides , copieuses et fréquentes, suppressions d’urine,crampes, etc. ; il éprouva les symptô-
nies caractéristiques de la période algide. Nous le vîmes pour la première fois le 26, et voici ce que nous eûmes occasion de noter: decubitus latéral; stupeur; affaissement; traits de la face décomposés; couleur d’un blanc mat et cadavéreux de la peau qui la recouvre, ainsi que des tégumens de la partie antérieure du tronc; front ridé; regard hébété; globe oculaire enfoncé dans l’orbite; teinte livide des paupières; sillon profond et transversal au bord adhérent de l’inférieure; ventre dur; muscles abdominaux rétractés; ombilic très enfoncé; membres inférieurs dans la demi-flexion; raideur, prédominance permanente dans la contraction des fléchisseurs; orteils raides et alternativement placés dans la flexion et l’extension ; refroidissement extrême de la surface extérieure du corps, et notamment des extrémités abdominales ; couleur d’un rouge violacé sur quelques points; langue mollasse, pâle et froide surtout vers la pointe, aucun enduit ne la recouvre, elle est humectée, tremblotante, dure et rétractée vers la base; sens libre; absence du pouls aux radiales, il est peu distinct sur le trajet des carotides, et même très obscur sur la région du cœur; aucun gonflement n’existe sur le trajet des grosses veines, mais injection manifeste du système capillaire ; engorgement, sans distension considérable, des veines des troisième et quatrième ordres; elles
cèdent facilement par la pression, et le sano y revient avec lenteur. ^
Sous l’influence de moyens capables de réveiller es propriétés de la vie, ou peut-être à l’époque deedee par la nature, la réaction se montre quelques instans, mais elle n’est pas assez soutenue pour rétablir l’équilibre. Le pouls se relève la peau reprend de sa température normale, la langue se rechauffe et rougit, l’énergie semble re^ naître; mais tout d’un coup prostration plus considérable que jamais, absence du pouls res- Piration presque nulle, etc; mort dans l’après-
QÜATOaziÈME OBSEHVATIO».
erolfiihie begrf : ctat oljibf, cpmo»c,
rfortion irrcjiilicrf; mort.
Un jeune homme âgé d’environ vingt-cinq ans,
évacué depuis deux jours delà salle Sainte-Martine
a lasa le Saint-Antoine, n- 3o, passait delà seconde
d’Tbo “i I le vîmes
d abord le a6 avril. 11 nous offrit alors les symptômes suivans : décubitus sur le côté gauche; point contracture dans les membres; face colorée en
d oit ; ehaleur normale à la tête, au tronc, dimit 'nsensiblement vers les extrémités; le re-
iVoidissement des doigts et des orleils, qui avait étéglacial, était moindre; sens peu libres; réponses Vèves ou silence obstiné; peu d’altération aux traits de la face; yeux larinoyans; ventre sillonné à la région épigastrique, douloureux et aplati aux régions de l’ombilic et de l’bypogastre ; langue dure, épaisse,- immobile, sèche, aride et fendillée; point d’enduit fuligineux; muqueuse des gencives et des lèvres décolorée; pouls frequent, dur, très distinct sur le trajet des arteres superficielles; respiration difficile et parfois suspirieuse; su.dilé cU, côté gauche; inquiétude; céphalalgie intense; hoquet; déglutition penib e;
diarrhée. - /. • i
Le 27, le malade s’est levé plusieurs fois dans
la nuit pour piendre les coiivei tures du lit de son
voisin et s’en recouvrir, ayant, disait-il, un froïc
excessif; les extrémités sont devenues, en ellet,
plus froides; d’ailleurs mêmes symptômes que la
veille. •
Le 28, la réaction n’a pu évidemment se soutenir, outre qu’elle n’a pas marché d’une maniéré franche; la langue est d’un froid glacial; absence totale du pouls aux radiales et aux autres arteres
placées superficiellement, il est à peine sensible
LxcarotiL; l’air expiré est froid, le visage es
cadavéreux; abdomen dur et retracte; mort même jour à dix heures du matin.
QÜJNZIÈniB OBSERVATION.
troisième bcjïf ; efat algiîtc, foonoee, réartion mobcrcc; guérisoit.
Paris, Etienne, âgé de cinquante-sept ans, cultivateur, vivant bien, présente les symptômes sLiivans, après son entrée à l’hôpital Cochin.
Premier jour : dévoiement; peu d’urines; yeux larmoyans; face colorée; nez froid; extrémités froides, violettes; sentiment de brisement des membres ; pouls filiforme, lent; peau sèche; respiration peu gênée et froide; voix peu altérée; ventre douloureux à la pression. — Eau de gomme six grains de sulfate de quinine; application de douze sangsues à V épigastre.
Les deux jours suivans, à peu près même état.
Le quatrième jour, à sept heures du matin , pouls relevé; douce réaction sans sueur; vomissement chaque fois que le malade prend une cuillerée de potion avec la quinine; point de selles ni d’urines; céphalalgie— Z) sangsues à Vanus; émulsion; un quart de lavement laudanisé; six grains de quinine.
Sept heures du soir : plus de vomissement; selle provoquée par le lavement; urines; céphalalgie légère. — Emulsion; quart de lavement;
six grains de quiriirie ; douze sangsues derrière les oreilles.
Cinquième jour au malin: urines abondantes; une selle liquide; pouls petit, lent; extrémités froides; langue un peu sèclie. — Emulsion; quart de laoement; six grains de quinine; cataplasme sinapisé aux cuisses.
Le soir, langue humide; pouls lent; le malade a uriné cinq fois. Mêmes prescriptions, à l’exception du sinapisme.
Sixième jour : pouls naturel ; état général satisfaisant; abdomen rétracté non douloureux.
Septième jour : Urines abondantes. — Emuhsion; lavement; bouillon coupé.
Dixième jour : guérison.