‹ Relation médicale de la commissíon envoyée à Paris par la Chambre de commerce et par l'Intendance sanitaire de Marseille pour observer le choléra-morbusChapitre 5 sur 7 · SEIZIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

SEIZIÈME OBSERVATION

btjjrt : rcartion oiolentc , État tppl)Ciiïif; inprç

Au n° 28 de la salle Saint-Victor de l’hôpital Saint-Louis, nous vîmes, le 27 avril, un jeune homme pléthorique qui, depuis deux jours, atteint du choléra, avait eu des vomissemens fréquens, des selles nombreuses et abondantes, pouls presque nul, couleur violacée de la peau, etc.

Lorsque nous l’examinâmes nous eûmes à noter: assoupissement carotique profond; priva-

lion des facultés sensoriales; injection de la conjonctive; contorsion et renversement en haut du globe de l’œil; large tache cyanique sur les parties latérales du cou, aux mains et aux pieds; suppression d’urine; contraction des membres dans le sens de la flexion ; raideur et saillie considérable des muscles et des tendons; respiration suspirieuse; état de torpeur.

Au début, on avait prescrit de l’eau deSeltz, du sous-nitrate de bismuth selon la méthode de Léo-, pour arrêter les vomissemens; plus tard, à 1 apparition de la cyanose, on avait fait prendre de la poudre de charbon; enfin, lorsque la prostration fut plus grande, on crut devoir appliquer des sangsues aux régions mastoïdiennes, et des ventouses scarifiées sur la suture sagittale. Les derniers symptômes d’assoupissement annonçant une lésion profonde du cerveau, on eut recours à 1 application du marteau brûlant, suivant la méthode de Mayor, à la région occipitale. Cette médecine énergique n’a pu empêcher la mort du malade, survenue dans la journée du 27.

NÉCUOPSIE.

Habitude extérieure: couleur violacée de plusieurs parties du corps, et notamment des membres inférieurs.

Tête : injection sanguine de la pie - mère ^ développement des glandes de Pacclnoni sur la portion d’arachnoïde qui tapisse les hémisphères dans le voisinage de la faux; infiltration séreuse dans les circonvolutions ; protubérance annulaire bien engorgée ; toile choroïdienne et plexus choroïdes très injectés ; blanc mat dans quelques points de la pulpe cérébrale; substance grisâtre des couches optiques et des corps striés plus foncée que dans l’état naturel.

Thorax : rien de remarquable, si ce n’est de nombreuses adhérences entre les plèvres costale et pulmonaire; cette membrane était loin d’étre sèche, comme on l’a observé dans d’autres cas.

Abdomen: membrane muqueuse de l’estomac peu rouge, offrant cependant des villosités pro- - noncées dans le grand cul-de-sac; intestins grêles plutôt injectés que devenus le siège d’une inflammation ; cependant la muqueuse était ramollie et cédait à la moindre traction. Cet intestin, vers sa partie inférieure, offrait une infiltration plus considérable dans la tunique séreuse qu’à la surface interne. On apercevait çà et là une légère éruption miliaire. La vésicule du fiel était très distendue par une bile poisseuse, noirâtre; la vessie, rétractée, ne contenait point d’urine.

= Nous ne ferons pas ici du diagnostic un article spécial. Nous avons déjà fait remarquer qu’il fallait voir des cholériques pour se former une idée juste de leur état maladif. Néanmoins un coup d’œil attentif jeté sur le tableau que nous avons tracé de la symptomatologie du choléra suffit pour qu’on ne puisse confondre cette maladie avec aucune autre, pas même avec le choléra sporadique qui est bien différent.

Nous ne retracerons pas les signes pathognomoniques propres à chaque période; nous dirons seulement qu ils ne sont pas tellement nombreux ni si imperceptibles qu’on ne puisse se les représenter et les reconnaître aisément.

Pronostic.

La connaissance des signes qui permettent de prévoir 1 issue d’une maladie est assez importante, a ete assez recommandée par le père de la médecine pour qu’elle ne fût pas négligée tant que nous avons eu des occasions d’observer le choléra. Or, nous avons noté des symptômes qui font établir un pronostic heureux et un pronostic plus souvent malheureux.

Dans le premier cas, nous devons ranger, i° la diminution et l’amendement progressif des symptômes qui constituent chaque degré; la cessation de bonne heure du vomissement, pourvu que l’anxiété ne soit pas extrême, que l’agitation se dissipe, que les crampes n’arrachent pas des cris au malade, qu’il n’y ait pas de hoquet; 3° la teinte verdâtre des déjections alvines; 4° l’état normal du pouls, d’où résulte la disparition de l’état algide, des teintes violacées, etc.; 5° le jeune âge, au dessus de quatre à cinq ans jusqu’à l’âge viril , etc.

En général, les femmes jeunes ou d’un âge moyen ont compté parmi elles plus de guérisons que les hommes.

Les signes sont fâcheux lorsqu’ils s’annoncent avec violence ou qu’ils augmentent d’intensité ; lorsque le froid et la cyanose foncée existent simultanément; que le malade laisse la tête et les membres obéir aux lois seules de la pesanteur; que la tête est fortement rétractée en arrière et que le cou fait saillie en avant; qu’il y a inégalité de dilatation dans les deux pupilles ; lorsque la réaction est incomplète, ou qu’étant surabondante elle ne peut être modérée; qu’il reste une douleur fixe sur un organe essentiel à la vie; qu’il y a complication de l’état typliode; que la maladie se déclare pendant la gestation; qu’elle attaque les nouveaunés, des individus faibles, tçls que les vieillards.

ceux valeLudinaires ou atteints déjà ‘de quelque autre maladie. Enfin, une chose remarquable, c’est que le refroidissement qui fait descendre la température du corps à 1 8 degrés est mortel chez les cholériques.

nature n îm Cljola'a.

Jusqu’à présent les opinions sur la nature et le siégé du choiera n’ont été fondées que sur des conjectures tirees de l’altération vitale des organes plus particulièrement affectés; ce qui, sans doute, tient moins au défaut de notions sur les lésions anatomiques, qu’à la négligence du plus grand nombre des médecins à établir un parallèle entre cette nouvelle épidémie et celles, déjà connues, qui fixent leur siégé sur la peau ou les membranes muqueuses, dont la forme et le caractère varient suivant la nature et l’espèce d’éruption qui se développe.

Assurément ceux-là ont été fondés qui, considérant la nature et la gravité des symptômes, la marche rapide et prompte du choléra, l’ont fait consistei dans une lésion profonde des systèmes nerveux cérébro-spinal et ganglionaire; mais celle idee, au moyen de laquelle on explique presque

tous les phénomènes attachés aux épidémies, nous empêcherait-elle de rechercher les rapports qui peuvent exister entre le choléra asiatique et certaines maladies qui régnent parmi nous, maladies dont l’invasion en Europe fut annoncée par des symptômes nerveux tout aussi graves, et par une phlegmasie ou une éruption caractéristique a la surface de la peau ou des membranes muqueuses?

L’histoire de l’art nous apprend que les épidémies avaient déjà pour siège l’une de ces deux surfaces, alors que la majeure partie des maladies dites essentielles paraissait ne consister que dans la lésion du principe vital. Aujourd’hui que les affections sine matériel ont disparu des cadres nosologiques, il doit paraître étrange qu’on cherche à faire revivre cette erreur de nos pères, en attribuant le choléra à un principe délétère auquel on refuse la propriété contagieuse, bien qu il soit, ce semble , venu des bords du Gange aux rives de la

Seine.

Néanmoins, si l’on eût tenu compte de toutes les remarques capables de faire assigner au cholém épidémique un siège spécial et bien détermine, nous n’aurions pas vu les médecins de la capitale et même les commissaires de l’academie de médecine garder le silence sur l’éruption que M. Serres, de l’institut, a le premier signalée sur le corps des cholériques; cette éruption méritait d’autant plus

d’élre mentionnée que jusqu’à ce jour elle est le seul résultat cadavérique qui permette d’établir de l’analogie entre le choléra et d’autres épidémies avec lesquelles il a d’ailleurs assez de ressemblance.

Les boutons qui constituent ce nouvel exanthème, développés sur toute la muqueuse du tube digestif, notamment sur l’intestin grêle, varient selon les sujets, quant à leur nombre, leur forme, leur volume et relativement à l’époque de leur apparition, comme à l’épaisseur du tissu qu’ils comprennent.

En général disséminés également à la surface libre de l’intestin , ils n’en occupent quelquefois qu’une étendue circonscrite, et, dans ce cas, ils sont disposés parplaques ovalaires à peu près semblables à celles décrites par Peyer, mais qui toujours diffèrent de ces dernières par l’inégalité, la grosseur des pustules; celles-ci sont rarement assez nombreuses pour être confluentes et cohérer entre elles, comme dans le développement accidentel des glandes de Brunner et des follicules agminés, avec lesquels on ne saurait les confondre, vu l’absence d’un orifice béant à leur centre et la forme arrondie qu’elles présentent à leur surface libre. Nous tenons du professeur Bouillaud que celte éruption se rencontre chez les cholériques dans la proportion de six sur sept. Les 'pustules sont peu apparentes et très rares chez ceux qui suc-

combent en peu.de temps, sans avoir éprouvé les signes précurseurs, et chez ceux qui ont été dans un état d’apyrexie, dès le début du choléra, avec cyanose et refroidissement; elles sont très larges , saillantes et à base large sur les individus morts dans la période de réaction ou dans un état typhode.

Notre étonnement fut grand en voyant les observateurs porter une grand attention, dans les amphithéâtres , sur cette éruption , tandis que ceux qui écrivaient sur le choléra de Paris ne daignaient pas en parler, et tandis que dans les nécropsies les plus petites taches, les infiltrations superficielles dues à la stase du sang dans les points déclives après la mort, étaient décrites et signalées avec un soin particulier.

Cet oubli ne serait-il pas du au peu d’importance que le médecin de l’hospice de la Pitié aurait lui-même attachée à sa découverte , en la comparant à la gale et en la désignant par le nom de psorenterie? N’y a-t-il pas eu des découvertes qui ont été long-temps ignorées, faute de leur avoir donné une dénomination propre à en faire apprécier toute l’utilité?

On s’est donc peu occupé de la psorenterie , et les médecins, ne voyant en elle qu’une éruption comparée à la gale, ne Font considérée que comme un épiphénomène du choléra, bien qu’ils la rencontrassent souvent.

Nous en fûmes nous-mêmes si frappés à l’examen des premiers cadavres que nous ouvrîmes à l’hôpital Saint-Louis, que nous ne cessâmes d’en étudier les variétés dans les autres amphithéâtres, êt notamment à celui de la Pitié. Un examen attentif fait sur un grand nombre de cadavres et sur des portions d’intestin exposées à une macération prolongée, nous ont bientôt convaincus que celte éruption avait la plus frappante analogie avec le millet de la peau, et que ce serait donner une idée plus exacte de sa forme et de sa nature que de la considérer comme une miliaire intestinale.

Le caractère des boutons ainsi déterminé, il se présenta à notre esprit une foule de considérations qui, en rendant incontestable leur ressemblance avec celle de la miliaire cutanée, nous conduisirent a faire des rapprochemens remarquables entre les principaux symptômes des deux éruptions. Or, voici sur quels motifs nous avons cru pouvoir cette idée fondamentale.

La peau et les membranes muqueuses sont considérées comme deux vastes enveloppes qui communiquent entre elles par les nombreux vaisseaux qui viennent s’ouvrir à leur surface respective, à l’aide des orifices exhalans cutanés d’une part et les bouches absorbantes des cryptes muqueux d’autre part. Nous pouvons, par celte union anastomotique, mieux expliquer les rapports qui lient en

maladie comme en santé les fonctions des deux surfaces libres du corps. De ce simple aperçu découle nécessairement une grande vérité de physiologie pathologique que la nature de ce travail ne nous permet pas de développer, mais qui se trouve tout entier dans ce corollaire : Une maladie qui peut se transmettre à de grandes distances, chez un grand nombre d‘ individus , fixe plus spécialement son siège sur la peau et les membranes muqueuses , en empruntant , delà forme épidémique quelle affecte, son nom et son caractère, quelle que soit la suif ace sur lacjuelle elle se développe.

Une fois ce principe reconnu , il est facile de démontrer la ressemblance qui existe entre le choléra asiatique et la miliaire cutanée, en rapprochant leurs symptômes et les lésions cadavériques dont elles sont le résultat.

Dans le choléra épidémique, on trouve le plus souvent une éruption miliaire sur la surface muqueuse des intestins, et dès le début de la maladie, le corps est affaibli par des évacuations excessives auxquelles sont attribues avec raison la plupart des symptômes graves et des accidens qui lendent cette épidémie si souvent funeste.

Dans la miliaire cutanée épidémique qui a régné en Angleterre en i486, et qui de la s etendit a toute l’Europe, les sueurs coulaient en si grande abondance que la majeure partie des malades péris-

saienl le premier jour, et que rarement la vie se ' prolongeait au delà du septième. Cette maladie fut si meurtrière que des auteurs contemporains et plus tard Meads la décrivirent sous le nom de peste, bien qu elle ne fût accompagnée ni de bubons ni de cliarbonsu

La miliaire épidémique s’est reproduite à diverses époques en Europe, et elle a offert constam-

ment ce point de ressemblance avec le choléra, que l’apparition des boutons était toujours précédée par une sueur excessive qui jetait les malades dans une prostration telle qu’ils succombaient en peu

d heures , meme avant que la miliaire se manifestât.

Nous avons vu, dans le choléra épidémique de Pans, la membrane muqueuse ne présenter qu’un très petit nombre déboutons chez les malades qui avaient succombe en peu de temps aux vomissemens et aux évacuations alvines de matière blan-

ciatre séreuse amidonée, tandis que chez ceux dont les évacuations avaient pu être arrêtées ou diminuées , on observait une éruption

intestinale étendue sur la plus grande surface de la muqueuse.

Ainsi donc, dans le choléra et la miliaire épieinique, d y a ces deux caractères tranchés : i»

évacuations excessives des produits sécrétoires propres a chacune des surfaces muqueuse et

cutanée; boutons miliaires, analogues dans les deux cas, sur la peau et la muqueuse gastrointestinale.

Si, pour rendre cette analogie plus frappante, nous comparons les symptômes propres aux deux miliaires, nous voyons, dans celle de la surface extérieure, des caractères et des résultats dont la différence ne réside que dans la structure anatomique et les fonctions de la peau par rapport à la muqueuse. Ainsi, parlant de l’épidémie de miliaire cutanée qui régna en Languedoc en 1782, Fouquet, médecin de Montpellier, dit qu’elle enleva en moins de trois mois plus de trente mille individus.

MM. Bally et François, en rendant compte de la suette miliaire qu’ils ont observée dans le département de Seine-et-Oise , s’expriment ainsi : « Le « mal débute la nuit; aussitôt la sueur coule avec « profusion; le malade se sent anéanti; il y a douce leurs vives à la tête et aux membres , quelquefois « délire; convulsions; anxiété; agitation vague; « refroidissement complet des extrémités; crampes « douloureuses; sueur visqueuse; apparition d’un « exanthème miliaire ou pétéchial ; lenteur du «pouls; le plus souvent apyrexie; terminaison « prompte par la mort ou par le retour a la santé: « dans le premier cas, décomposition prompte du « cadavre; dans le second, convalescence longue;

pâleur excessive du visage; mobilité nerveuse « très grande qui subsiste long-temps. »

Ces mêmes observateurs ajoutent, dans un autre passage :«que la maladie reparaissait quelquefois cc avec férocité, attaquant un grand nombre de su- « jets , avec une marche plus rapide des symptômes « plus intenses, et foudroyant quelquefois en peu « d’heures ses victimes. »

Dans le choiera, n y a-t-il pas, outre des évacuations excessives, la série des symptômes précités? Et s’ils deviennent encore plus intenses, n’est-ce pas à cause de la suprématie qu’exercent, en maladie comme en santé, les membranes muqueuses sur la peau?

Bornoiis là notre comparaison : si le temps nous le permettait, nous essaierions de démontrer que la miliaire intestinale est une affection propre au choléra de Paris; que c’est surtout par cet exanthème que cette maladie diffère de toutes celles qui ont leur siège sur la muqueuse digestive, et notamment de la dothinentérie de M. Bretonneau de Tours, avec laquelle on pourrait la confondre si l’éruption de celle-ci était autre chose que le développement morbide et accidentel des glandes de Brunner, tandis que la miliaire intestinale est une éruption sid generis , dans laquelle le développement des pustules est aussi .nherent a cette nouVelle épidémie que les bou-

lans de la miliaire cutanée, de la variole, de la rougeole, c|ue les taches de la scarlatine appar- , tiennent en propre à ces phlegmasies cutanées, comme phénomènes inséparables des fièvres éruptives qui les caractérisent. Ainsi donc, ne serait-ce pas s’écarter de la vérité et de l’observation , que de considérer la miliaire intestinale eomme une éruption symptomatique suscitée sur la muqueuse digestive par l’irritation vive qu’on remarque dans le choléra? S’il en était ainsi, n’aurait-on pas observé la miliaire dans les cas de gastroentérite, qui, depuis plus de vingt ans, portent les médecins à examiner avec une attention si minutieuse les lésions pathologiques des voies digestivesPOr, jusqu’à ce jour, personne n a sjgnalé une éruption semblable sur la muqueuse intestinale.

On objectera peut-être qu’on ne rencontre pas toujours cette éruption; cela est vrai , mais ces cas sont rares et se rapprochent de ceux d affections pestilentielles , dans lesquelles les malades succombent aux accidens qui résultent de la lésion profonde du système nerveux, avant que les pétéchies , les parotides , les bubons , les charbons aient pu se manifester à la surface du corps.

Dans la miliaire cutanée, les malades, épuisés par des sueurs excessives, meurent avant que l’éruption ait pu se faire sur la peau; tout comme il est des cholériques qui périssent iiar des éva-

ciiallons abondanles, avant que Va miliaire ïnLcst inale ail paru.

S’il était permis de donner ici plus d’extension à nos idées, nous trouverions peut-être dans l’élude des autres épidémies et même des maladies pestilentielles, des analogies qui viendraient appuyer nos assertions tendant à prouver l’identité de la miliaire et du choiera épidémique; mais il faudrait pour cela discuter tout ce que présentent encore d obscur le mode de transmission, la nature épidémique ou contagieuse, les symptômes, le traitement et les lésions pathologiques des parties qui deviennent le siège de ces cruelles maladies. Cet examen comparatif serait soutenu par les auteurs qui, tels que Sydenham, Lepecq de la Clôture, Stoll, Sarcone, ont écrit sur les épidémies; on verrait que, selon eux, la gravité des symptômes etlesaccidens qui signalent l’invasion de celles-ci, tiennent moins à la lésion des organes qu’à l’influence d’un principe inconnu qui paraît sous forme d un exanthème, auquel on attache d’abord peu d importance, mais qui pourtant est ensuite le seul point auquel se rallient les phénomènes extraordinaires des épidémies.

La necropsie des cholériques vient appuyer cet le idee ; elle ne nous offre guère de lésions organiques assez graves pour donner une explication stiffisante des symptômes extraordinaires qui ont

marqué le choléra. C’est en fixant faltention des observateurs sur la miliaire intestinale qui l’accompagne, qu’on se rend raison de ces phénomènes insolites.

Il est effectivement une foule de maladies aiguës qui ne sont graves que par la présence de la miliaire, bien qu’elle ne soit alors qu une complication symptomatique ou secondaire. Les praticiens n’ont-ils pas reconnu combien deviennent promptement mortels le rhumatisme aigu , 1 artritis, le tétanos, les péritonites et les métrites puerpérales, quand il survient dans le cours de ces pblegmasies une éruption miliaire symptomatique? Ce qui prouve l’influence maligne de cette éruption, c’est que la mort arrive brusquement, tandis qu’un état d’amelioration depuis quelques jours semblait faire présager une guérison prochaine.

Nous ne devons pas taire une raison tout en faveur de l’analogie et de la coïncidence qui existe entre la miliaire cutanée et le choléra de Paris : la miliaire cutanée ne vient -elle pas de se déclarer dans plusieurs départemens, ainsi que dans la capitale, sous la même influence épidémique qui y a favorisé le développement du choleia?

Bien que, par l’exposé que nous venons de faire de l’existence de la miliaire intestinale, nous n’ayons soulevé qu’une partie du voile qui nous

cache encore ce qu’il y a de plus important à connaître sur- la nature, le siège et la cause prochaine du choléra, nous croyons néanmoins nous être plus rapprochés de la vérité que la plupart des auteurs qui se sont occupés de la nature de cette maladie. N’est-ce pas, d’ailleurs, se rapprocher de l’opinion qui compte aujourd’hui le plus de partisans, que de faire consister l’épidémie de Paris dans une miliaire intestinale, puisque le plus grand nombre des médecins semblent se ranger du côté deM. Broussais, qui considère la maladie comme une gastro-entérite actwe?\é.é^ plus exacte que celle qui ne la fait consister que dans une phlegmasie passive spasmodique du tube digestif; idée plus propre à expliquer les phénomènes morbides et les lésions cadavériques, et à faire saisir les indications diérapeutiques, que la théorie des médecins anglais dans l’Inde, qui ne voient dans le choléra qu’une lésion profonde du système nerveux.

Enfin , le point d’anatomie d’après lequel nous assignons à la maladie un siège et une nature plus analogues à ce que présentent la plupart des maladies épidémiques qui régnent en Europe, telles que la variole, la rougeole, la scarlatine, la milaire eutanée, se trouve encore appuyé, en quelque sorte et jusqu’à un certain point, par MM. Relimann, Delpech etScipion Pinel, qui placent

le siège du choléra dans le nerf trisplancliniquc.

Il y a encore tant de recherches à faire pour dissiper l’obscurité qui environne les phénomènes vitaux extraordinaires dans le choléra , que nous croyons prématuré d’exposer les diverses hypothèses émises pour expliquer l’influence que les forces électro-magnétiques , que les modifications' variées de la température et de l’air, et que môme l’action exercée sur les peuples par l’état politique et moral de l’Europe, pourraient avoir eue dans le développement et le mode de propagation de cette maladie parmi nous.

Le zèle infatigable et le courage intrépide que les médecins français ont déployés dans cette circonstance pour arriver à la solution de ces grands problèmes, nous font espérer que bientôt nous posséderons des notions plus positives sur ces points importans, et que l’épidémie dont il s’agit, mieux étudiée dans son origine, sa marche et son traitement, ne sera plus cette affection extraoidinaire qui, dès son apparition dans la capitale, avait déconcerté les puissances intellectuelles de notre académie de médecine. ,

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Anatomie patljdOj^iquc.

Le tableau efirayant que nous transmit d’Angleterre M. Magendie, sur les effets terribles du choléra chez l’homme, ne s’est que trop présenté à nous pendant la cruelle épidémie de Paris. On ne trouvait pas de mot plus propre à rendre l’impression accablante produite par l’aspect d’un cholérique, que de dire, avec ce grand physiologiste, qu’il était cadcwérisé. Ajoutons même que certaines parties du corps offraient davantage les attributs de la destruction pendant la vie que quelques heures après la mort. L’infiltration sanguine des parties les plus déclives soumises à l’empire des lois physiques, caractérisée par cet état appelé cyanose et produite par la stase d un sang coagulé dans les points les plus éloignés du centre circulatoire, était 1 effet si remarquable qui donnait a l’expression de M. Magendie plus de justesse et d’exactitude; venait ensuite le refroidissement glacial de l’enveloppe tégumentaire, de la langue, des oreilles, des ailes du nez, des mains et des pieds, s’étendant successivement à la peau qui protège les organes du centre d’où émanent la chaleur et la vie; puis les rides longitudinales de la peau qui conservait plus long-temps que sur le cadavre les

plis formés par le médecin observateur; la dépression du globe de l’œil, si profondément caché au fond de l’orbite, qu’on aurait dit que cette cavité était vide; les paupières immobiles, recouvrant des yeux fixes et sans expression autre que celle de la douleur; enfin, les lèvres pantelantes et le front ridé annonçaient que le cholérique appartenait moins à la vie qu’à la mort. Aussi croyons -nous trouver grâce auprès de nos lecteurs en retraçant, dans cet article, quelques-uns des signes que nous avons notés dans les derniers temps du cours de la maladie.

On a remarqué que les incisions pratiquées sur la peau des cholériques étaient plus difficiles que sur les autres malades. En général, privée de sa vitalité, la peau ne cédait pas facilement à la lame tranchante du bistouri; il ne s’en écoulait point de sang; le fond de la solution de continuité était sec, ou, s’il était humecté, on ne voyait que quelques gouttes d’une sérosité rougeâtre; la peau restait violette, d’un rouge foncé chez les sujets qui avaient succombé au choléra bleu. Rarement le tissu lamineux était infiltré, mais les couches celluleuses interstitielles présentaient un grand nombre de taches ecchymosées , parfois noirâtres, particularité qui a été observée par l’un de nous dans le typhus qui a régné à Vienne en Autriche, campagne de 1809; nous l’avons vue aussi dans le

typhus pétéchial qui se déclara à l’Hôtel-Dieu de Marseille, en 1816, chez plusieurs prisonniers.

Le tissu celluleux avait une couleur rougeâtre, plus foncée dans les membres cyanosés; les muscles, raides, conservaient leur teinte normale; les ligamens, les cartilages, les synoviales, les aponévroses, les tendons avaient un aspect blanchâtre moins resplendissant après la mort.

Ap rès la miliaire que nous avons décrite, nous avons à signaler, comme altérations pathologiques les plus fréquentes du tube alimentaire, les taches ecchymosées, l’infiltration sanguine des tissus cellulaires sous-muqueux et sous-séreux. Souvent, en notre présence, il s’est élevé dans les amphithéâtres des discussions animées sur la nature de ces taches, assez étendues pour faire croire qu’elles étaient le résultat de la rupture des vaisseaux ouïe produit de l’exhalation , comme dans des hémorragies passives. Nous avons reconnu qu’en général elles provenaient de la stase du sang, de l’injection sanguine des vaisseaux mésaraïques; la distension excessive des veines mésentériques inférieures les rendait très remarquables sur la muqueuse du gros intestin.

Souvent nous avons noté le développement morbide des glandes de Brunner au voisinage du cæcum; on les distinguait aisément de la miliaire de l’intestin grêle par la présence d’un orifice ou

crypte miupieux c[ui se trouve à leur centre. Dans les points occupés par la miliaire, le réseau capillaire de la membrane muqueuse était plus ou moins apparent, selon le plus ou moins de durée de la maladie. Celle-ci avait-elle été prolongée, le nombre des boutons était plus considérable , et leur agglomération dans quelques points était annoncée par l’arborescence vasculaire des replis péritonéaux qui constituent le mésentère.

Nous avons rencontré quelquefois des altérations superficielles , très rarement des escliarres gangréneuses, si fréquentes sur la muqueuse digestive dans les gastro-entérites.

Les ganglions lymphatiques de l’abdomen étaient rarement enflammés; les ganglions nerveux du trisplan clinique ont été trouvés quelquefois dans un léger état de rougeur et d’engorgement insolites.

Chez les individus morts en peu de jours , les intestins contenaient une grande quantité de matière cholérique et la muqueuse était blanchâtre, n’offrant guère les taches ecchymosees ni la miliaire, que nous avons souvent recherchée avec soin , mais qui n’a été bien constatée que chez les sujets qui avaient succombé après les deux dernières périodes.

A l’hôpital de la Pitié, nous avons constaté l’existence de la miliaire sur la tunique iaterno de

rœsopliage et du pharynx, mais elle y était rare, discrète; tandis que dans le reste du tube digestif les pustules étaient plus rapprochées et disposées par plaques assez larges.

Le foie, la rate, le pancréas, les reins, la vésicule du fiel, la vessie étaient rarement altérés dans leur texture organique; la vessie, ordinairement très petite, ne contenait pas d’urine.

La plèvre ainsi que toutes les séreuses étaient remaitpiables par leur sécheresse; il était rare que l’on trouvât de la sérosité dans le péricarde. Les poumons, affaissés sans avoir subi d’altération, étaient chez quelques sujets engorgés par beaucoup de sang noir. Les ventricules du cœur, contractés , avaient refoulé dans les veines caves le sang des oreillettes, notamment chez les sujets dont les muscles conservaient une grande rigidité , et qui, durant la maladie, avaient été tourmentés par des crampes atroces, et sur des cadavres dont la peau avait encore la couleur cyaniquebien prononcée.

Les vaisseaux dans leur paroi n’avaient éprouvé aucune altération sensible; pourtant le tube artériel paraissait quelquefois rétréci , et la tunique interne se déchirait facilement dans les grosses

altérés, qui, comme les petites, étaient remplies d’un sang noir.

Le cerveau et la moelle épinière ont rarement

présenté des traces de lésion appréciable. A l’iiôpital Saint-Louis , nous avons eu de fréquentes occasions de voir que la protubérance annulaire avait une couleur foncée, et que la substance médullaire était violacée au lieu d’être blanchâtre, ce qui s’observait aussi à la presque totalité de la base du cerveau, excepté au cervelet. La substance des hémisphères, celle surtout des lobes ante^ rieurs, n’a rien offert de notable 5 la moelle épinière était intacte.

La rétraction de l’œil au fond de l’orbite tenait moins, selon nousj au raccourcissement de ses muscles, à la fonte du tissu cellulaire, qu à la diminution des humeurs de cet organe, dont le globe était en effet réduit dans son volume.

M. le baron Larrey nous a montré, à l’hôtel des Invalides, des os de cholériques qui avaient une couleur très rouge, même dans leur substance compacte; le cartilage articulaire de la tète du fémur, qui perd si difficilement son aspect resplendissant et blanchâtre, offrait une teinte amaranthe très prononcée.

L’un des garçons d’amphitheatre de 1 hospice de la Pitié conservait des dents dont la couleur rougeâtre était sensible meme a travers 1 email.

Le sang des cholériques varie selon le degré de la maladie et les vaisseaux qui le contiennent; il sort des veines avec peine durant la vie. L artèie

radiale n’a offert, étant ouverte, qu’une petite quantité de sang noir qui coulait en nappe et qui, en se coagulant, prenait un aspect goudronneux; d’autres fois, il ressemblait à la gelée tremblotante de groseille, et il contenait toujours très peu de sérosité : son goût nous a paru fade comparativement à celui qui sort du nez dans l’état de santé.

M. Rayer assure que le sang des cholériques se putréfie lentement; qu’il résiste plus long-temps à l’action de l’air, parce qu’il est, dit-il, moins oxigenable. M. Roclioux pense que les humeurs en général, mais surtout le sang, subissent, dans le début de la maladie, une altération sensible. Cet estimable physiologiste nous a dit que le sang des cadavres est plus noir, si la mort est prompte ^ tandis que la maladie s’étant prolongée, ce fluide a eu le temps d’acquérir ses qualités normales; il en est de même de la bile, de l’urine, dont’ la quantité diminue, lorsqu’il y a eu d’abondantes évacuations de matières cholériques par les vomissemens et par les selles. Les fonctions du foie s’exercent mieux que celles des reins, puisque la vésicule du fiel est presque toujours remplie d’une grande quantité de bile noirâtre, poisseuse, tandis que la vessie, très souvent dans un état de vacuité, est réduite à un fort petit volume.

Nous bornons là les détails sur les altérations que présentent les cadavres des cliolériques et

(jue nous avons pu constater clans les nombreuses autopsies qui ont été faites en notre présence, ou c[ue nous avons nous -mêmes pratiquées dans divers hôpitaux de la capitale.

traitement.

iuit t)tvcïJci) OTCcl'Êoîïci}

D’après ce que nous avons expose sur la marche et les progrès du choléra, ainsi que sur sa terminaison si souvent funeste, on s aperçoit combien il est difficile de rétablir le désordre qui s’est introduit dans l’organisme. En vain a-t-on cherché un spécifique, dès l’apparition de ce fléau en Europe. Le désir de faire cette découverte a sans doute donné naissance à la diversité des méthodes curatives qui ont jeté tant de vague et de confusion au début de l’épidémie, a 1 époque où l’incertitude et le désordre régnaient dans les hôpitaux et les ambulances encombrés de clioléricjues.

Les moyens employés en Pologne, a Londres et dans les nombreux hôpitaux de Paris, ont produit des effets capables de nous fixer sur l’indi-

calioii, qui, ou le sait, se tire, d’après un ancien principe fondamental, du mode d’action des médicamens : à jiwantibus et lœdentihus siunkur indicatio.

Considérant le choléra comme une espèce de toxication exercée sur les organes, on a réuni les ' symptômes qui donnent à cette opinion hasardée, un certain degré de probabilité. C’est effectivement par des vomissemens, des déjections, des crampes, un ralentissement delà circulation, un affaiblissement de la chaleur et de la voix que 1 effet toxique se signale d’abord; la réaction se manifeste ensuite, et pendant cet effort de la nature qui lutte contre un principe deletere, surviennent des congestions, le typhus, la gastro-entérite et les éruptions sur la muqueuse des intestins.

Voici comment nous avons vu combattre à Paris ces symptômes du choléra. Dans les cas les plus fréquens où il commençait par la diarrhée, on employait à l’Hôtel-Dieu, à l’hôpiial Saint- Louis, etc., les sangsues à l’anus; l’eau de riz édulcorée avec le sirop de coing ou le sirop de gomme, aromatisée avec l’eau de fleur d’orano^er; les lavemens avec les décoctions de plantes mucilagineuses , auxquelles , selon les circonstances , on ajoutait du cachou, du rathania ou de l’extrait de quinquina avec quelques gouttes de laudanum.

On apaisait les crampes au moyen de frictions , avecle liniment liongrois, sm les extrémités ou le long de la colonne vertébrale, par l’emploi de frictions sèches, de bains généraux tièdes, de cataplasmes anodins; on utilisait encore, dans la même intention, le sous -nitrate de bismutli et le calomélas uni à l’opium,

M. Biett avait exclusivement recours dans ces cas à ces derniers remèdes; mais le succès n a pas toujours répondu a son attente.

3° Les voniissemens étaient traités par des boissons aromatiques tièdes , de menthe, de camo-

mille, de tilleul, de mélisse.

Nous avons été témoins à l’hôpital Saint-Louis des bons effets obtenus des pilules composées, chacune, d’un grain d’extrait de belladone et de deux grains de sous-nitrate de bismuth ; on en donnait une toutes les demi-heures. On a également prescrit, dans la vue de faire cesser les vomissemens, la strychnine, à la dose d’un quart a lin demi-grain dans trois onces d’eau distillée, prises par cuillerée d’une heure à l’autre; on appliquait quelquefois des ventouses sur l’épigastre, un vésicatoire ou un large sinapisme sur l’abdomen ; on donnait en même temps l’eau gommeuse froide, la limonade à la glace, et même l’eau

ineuse. ,

ff T.’état algide a été combattu par 1 usage de

clieniises el de couverl lires de laine, doublées en dedans de laffelas ciré, appliquées immédiatemenl; sur la peau ; par des boîtes métalliques pleines d’eau chaude, placées vers les parlies centrales du corps et aux extrémités; par des pédiluves, des manuluves et des fumigations à l’aide de l’appareil ingénieux du docteur Dan vers.

M. le baron Larrey opposait h ce symptôme des frictions avec la glace, comme dans les cas de congélation.

5° Les symptômes devenaient-ils plus intenses, le pouls et la chaleur s’évanouissaient-ils, on administrait à l’intérieur des excitans diffusibles; on appliquait sur le bas-ventre et à la région du’ dos des sinapismes, et sur l’épigastre un marteau chauffé à l’eau bouillante.

6° On a remédié aux congestions locales par des sangsues sur les points affectés, et c’est bien alors

que la saignée générale et les bains ont été réellement utiles.

9° L’opium n’a pas répondu à l’attente de la majorité des praticiens; on a généralement retiré de meilleurs effets du laudanum en lavement.

8° Le charbon pulvérisé n’a pas soutenu la réputation qu’on lui avait faite. Son action anti-septique a ete loin d’être constatée chez les cholériques; il a pourtant exercé quelque influence sur les évacuations alvines qui, souvent après son

llü

usage, oui repris leur leinle verdâlre; signe qui a élé noie comme 1res favorable.

9° [.’bydro-cbloratedesoiide, d’après la méthode de Searle, a été en général plus utile que le sulfate de soude et l’acétate de plomb.

lo® Le chlore en vapeur a été employé avec l’appareil deCottereau, moins comme anti-septique quepourréveiller l’action des organes respiratoires et empêcher la stase du sang dans le parenchyme pulmonaire; on l’a aussi administre a 1 intérieur pour obtenir le même résultat.

11° Ajoutons que tout récemment le docteur Lhuillier, médecin à Orléans, a communiqué des • observations remarquables sur l’emploi du protoxide d’azote dans le traitement du choiera. Sous l’influence immédiate de ce gaz, que ce médecin a le premier mis en usage en le faisant respirer aux cholériques à la dose de quatre a cinq litres, le pouls se relève, les yeux deviennent vifs, la chaleur réparait , une douce moiteur chaude se répand sur tout le corps, et bientôt une amélioration sensible se prononce dans tous les symptômes.

On voit qu’en général les médecins, surpiis de ne trouver chez les premiers malades atteints du choléra que des symptômes et des accidens qui annonçaient une issue promptement funeste, ont moins cherché à modifier par une méthode de

traileiiient analytique l’altération si profonde portée à l’ensemble des propriétés vitales, qu’à trouver un spécifique capable de neutraliser d’emblée l’atteinte toxique que le principe de vie avait

, reçue.

Cette erreur, partagée d’abord par les médecins les plus remarquables de la capitale, a été abandonnée à mesure que la maladie, moins grave, a pu être mieux étudiée. On n’avait, en effet , dans les premiers jours d’avril, qu’a méditer sur la mort prochaine des malades, qui périssaient quelques heures après leur, admission dans les hôpitaux; et cela devait être, puisque déjà le principe de vie était presque éteint; qu’il y avait suspension des principales fonctions, et que la circulation se

trouvant réduite à l’espace occupé par le cœur et les gros vaisseaux qui en partent, la. chaleur animale était circonscrite dans le même espace.

Certes, il ne pouvait y avoir matière à l’observation là où les symptômes manquaient par l’abo. lition de la plupart des usages dévolus aux organes; mais a mesure que l’altération est devenue

moins profonde, on a vu les praticiens mieux préciser les indications thérapeutiques, et le choléra se plier plus facilement aux méthodes de traitement déduites de la lésion successive des divers systèmes doiganes. Les prescriptions empiriques ont été ahandojmées et heureusement remplacées

par des moyens ralioiinels, dont l’applicalion ne s’adressait plus à un principe unique délétère, aussi inconnu dans son essence que dans son mode d’action.

On s’est bientôt aperçu que les remèdes excitans, employés avec profusion ou d’une manière intempestive, n’avaient pas peu concouru au développement des symptômes graves du choléra, et c’est sans doute ce qui a fait penser au docteur Castel que le meilleur des remèdes était de n’en faire aucun, c’est-à-dire que la méthode expectante pouvait être plus efficace; méthode en faveur de laquelle M. Velpeau nous a cité un fait remarquable : une femme d’un certain âge, atteinte du choléra avec les symptômes de la deuxième période et dans un état désespérant, fut, pour ainsi dire, abandonnée, tant on la croyait vouée à une mort inévitable; mais quelle ne fut pas la surprise de son médecin en voyant une réaction modérée et graduelle s’opérer par les seuls efforts de la nature, et une guérison solide en etre le résultat!

Si de pareils faits étaient bien nombreux, n’applaudirions-nous pas aux médecins du nord qui ont appliqué l’homéopathie au traitement du choléra, méthode qui, selon nous, équivaut a la médecine expectante?

Ayant considéré la membrane muqueuse digestive comme lepoint principal sur lequel l’influence

épidémique portait ses effets pour en faire le siège spécial de l’éruption miliaire observée sur le plus grand nombre des cholériques, nous avons été, dès les premiers jours, portés à croire que la méthode de traitement la plus rationnelle serait celle qui avait été tracée, dans les grandes épidémies de Londres, par Sydenham; de Gœttingue, par Rœderer et Wagler; de Naples et de Hongrie, par Sarcones et par Stoll. Attachant moins d’importance à la lésion isolée et passagère d’un organe, ces médecins observateurs cherchaient à démêler, dans le trouble des fonctions qui signale l’invasion des maladies épidémiques, le caractère, la forme de celles-ci, et la surface sur laquelle la nature concentrait tous ses efforts pour la disposer au développement de tel ou tel exanthème qui accompagne et constitue le plus grand nombre des épidémies.

Si la nature, disions-nous, a choisi la muqueuse intestinale pour en faire le siégé de celte nouvelle maladie, comment n’étre pas effrayé de la foule de moyens incendiaires dirigés sur cette mendjrane, pour combattre la lésion sympathique d’une partie éloignée dont l’asthénie, le refroidissement, par exemple, ne sont dus qu’à la surexcitation du système digestif? Une médication si bizarre devait non seulement concentrer encore plus les piopiietes vitales sur le lubealimenlaii’o, mais encore

lroul)ler clans ses effoils la nature, cjui tend évidemment à faire de celle surface sensible le siège du choléra.

Avant Sydenham, les médecins suivaient une méthode tout aussi dangereuse dans le traitement de la petite verole i les malades étaient étouffés sous le poids d’énormes couvertures; des boissons chaudes aromaticiues, le vin, les substances les plus stimulantes leur étaient prodiguées pour pousser à la peau le principe spécifique de l’épidémie. Eh bien, la majeure partie des malades succombaient, comme dans le choléra, avant c[ue l’éruption eût paru sur la peau, ou même ils périssaient des suites de petites véroles confluentes devenues gangréneuses, tant était grande la cjuanlité des lioutons suscités par ce traitement incendiaire.

Il reste assez démontré que c’est l’appréciation juste du siège de la maladie qui dicte la thérapeutique de la presque totalité des épidémies.

Doit-on ne tenir compte que des symptômes généraux qui leur sont propres? Non, sans doute, et c’est pourtant à quoi nous sommes encore ré- • duits quant au choléra. Les phénomènes morbides ont été étudiés et parfaitement décrits, mais on ne s’est que peu ou point occupé de son siège. Nous-mêmes nous osons à peine signaler les recherches que nous avons tentées sur ce point es-

senliel, pendant notre court séjour dans la capitale. Ces recherches, telles qu’elles sont, jetteront peutêtre quelque jour sur la nature de la maladie et concourront au perfectionnement des méthodes curatives qui lui sont applicables. Espérons que ce perfectionnement se fera moins attendre que le traitement de la petite vérole, que Sydenham fut le premier à indiquer, plus de neuf cents ans après l’introduction de cette maladie en Europe.

. Pour atteindre ce but, il faut, nous le répétons, que les praticiens s’attachent à découvrir le siège et la forme du choléra ; et s’ils parviennent à éclaircir ces deux points encore obscurs et de manière à les envisager comme nous l’avons fait, il y aura plus de facilité à indiquer les moyens propres à favoriser les efforts conservateurs de la nature dans le développement àeV éruption miliaire qu’elle suscite sur la muqueuse intestinale.

Les détails dans lesquels nous venons d’entrer*

* Nous aurions pu passer en revue toutes les méthodes de traitement préconisées par les médecins de la capitale, mais outre c|ue cela nous aurait fait outrepasser les homes de notre rapport, nous préférons renvoyer le lecteur à l’utile et intéressant ouvrage intitulé : du Choléra-morbus de Paris, ou Guide des Praticiens dans la connaissance et le traitement de cette maladie, etc.; ouvrage que notre estimable compatriote, M. le docteur Fabre, rédacteur de la Lancette Française, a fait paraître en avril de cette année.

et auxquels il nous eût été possible de donner plus d’étendue, nous font reconnaître la nécessité d’esquisser le traitement qui nous a paru le plus convenable et le mieux adapté à la marcbe de la maladie.

Le traitement se divise en préservatif et en curatif.

^raitemfnt |)ropl)ulactique ou jprfseroatitV

Puisqu’il est bien reconnu qu’on peut prévenir ou diminuer la violence du choléra chez les individus qui ne présentent encore que les prodromes ou signes précurseurs, on ne saurait trop insister sur l’éloignement des causes qui pourraient concourir à l’invasion de la maladie.

Les moyens prophylactiques ou préservatifs a employer dépendent principalement, selon nous, du concours de tous les citoyens, dans la vue de seconder les mesures administratives qui sont prises dans l’intérét général de la société.

Il est tout aussi important que chacun se tienne en garde contre l’influence épidémique, a laquelle personne ne paraît échapper lorque la maladie s’est déclarée.

Cette influence, que presque toute la popu-

Jalioii de Taris a éprouvée et à laquelle iiousméiiies nous n’avons pas échappé, se fait resseiir tir d’abord, ainsi que nous l’avons déjà dit, par un malaise général, des vertiges, des nausées, des coliques avec diarrhée ou ténesme; en un mot, parle trouble général des fonctions digestives. On a quelquefois des lassitudes dans les membres et une sorte d’anéantissement dans les forces musculaires.

C’est alors, nous ne saurions trop le recommander, qu’on doit réclamer l’assistance des gens de l’art : nombre d’individus n’ont été soustraits aux fureurs du choléra , que pour avoir tenu compte de ces phénomènes précurseurs.

On puisera dans la classe des moyens hygiéniques généraux la règle de conduite à tenir en pareil cas. Dans un état qui n’est plus la santé et qui n’est pas encore la maladie, les individus ont pu vaquer à leurs occupations habituelles, et en ne pas s’exposant aux intempéries de l’atmosphère, en suivant un régime sévère quant au choix des alimens, et en évitant les excès de tout genre, se soustraire ainsi aux accidens funestes du choléra.

Bien que les individus porteurs de plaies en suppuration n’aient pas été exempts du choléra , maigre 1 opinion des médecins français envoyés en Pologne, peut-être conviendrait-il de chercher a produire des boutons sur la région épigastrique

par des frictions avec la pommade d’Aiitenrieth, dans la vue d’établir un point de suppuration révulsif le plus près possible du lieu qui semble être le siège spécial de la maladie.

(î:vaitfmfnt Cui'atiC

Rien ne prouve davantage l’impossibilité de trouver un spécifique pour toutes les phases du choléra, que la diversité des symptômes de chacune d’elles. On a vu qu’il y avait tantôt affaiblissement ou abolition presque totale des propriétés de la vie, tantôt une énergie vitale, pour ainsi dire, surabondante. Ces états diamétralement opposés imposent, sans contredit, des indications différentes. Examinons, par conséquent, le traitement curatif dans les trois périodes établies.

(Lvaitcmcnt la jjmnicrr îpcl•icl^f.

Dans ce degré, tout fait espérer que les secours de l’art promptement administres pourront étie

couronnés de succès. C’est principalement dès (pie les premiers symptômes se déclarent, qu’il est de la dernière importance de faire un bon emploi des moyens curatifs, puisqu’il n’est pas difficile alors de prévenir ou de diminuer l’intensité de la maladie.

On n’a pas oublié que l’invasion a lieu quelquefois d’une manière brusque, c’est-à-dire, sans prodromes appareils; mais que le plus ordinairement elle est annoncée par une série de signes que nous avons indiqués. On conçoit que la thérapeutique varie suivant ces deux modes d’apparition.

En général , la saignée, réitérée même plusieurs fois dans cette période, est bien supportée par les

cholériques, surtout s’ils sont jeunes et d’un tempérament sanguin.

Pratiquée dès le début, elle a souvent fait avortei la maladie. On en seconde les effets en prescrivant des boissons adoucissantes et mucilagineuses , froides et même a la glace, de préférence aux in-

fusions aromatiques chaudes, aux potions excitantes, qu on a tant vantees dans le principe, et (jui sont surtout contre-indiquées quand la soif est extreme et que les vomissemens sont opiniâtres.

On applique des sangsues h la région épigastrique ou sur le trajet du colon lorsque l’inflammation paraît se focaliser d’une manière plus précise sur 1 appareil digestif; ce qui est annoncé

d’ordinaire par de \ives douleurs el par une forte tension à l’abdomen , notamment au creux de l’estomac. Après la chute des sangsues, on couvre la partie de cataplasmes chauds arrosés avec le laudanum, la teinture de Belladone ou de safran.

Si la saignée générale n’est pas praticable, à cause de la petitesse du pouls et de la dépression des forces , si pourtant le malade éprouve des vertiges, une sensation douloureuse à l’iiypogastre avec ténesme, on ne doit pas hésiter à faire une ou deux applications de sangsues à l’anus. Ce moyen a souvent produit sous nos yeux les meilleurs effets. Seulement nous a-t-il paru que chez les jeunes sujets, chez les individus affaiblis par l’âge ou d’une constitution débile, il ne fallait rien faire pour provoquer l’écoulement du sang, parce qu’il pouvait en résulter une faiblesse extrême qui devait être soigneusement évitée.

Parmi les médicamens préconisés tour à tour, l’ipécacuanha h. dose vomitive a été généralement reconnu comme l’un des plus efficaces, dans la première période avec embarras gastrique.

S’il y a diarrhée ou vomissemens, il modifie d’une manière remarquable la matière blanchâtre amidonée fournie en grande abondance par la muqueuse intestinale, et qui dès lors prend une teinte jaunâtre bilieuse.

Le tartrate de potasse antimonié, utilisé à la

même époque el dans la même vue, a élé moins efficace el a produit même quelquefois des effets n uisibles.

Le vomitif est particulièrement indiqué alors que les symptômes d’irritation étant peu manifestes, l’organisme paraît lutter contre l’action d’un principe délétère introduit dans l’économie. On n’ignore pas tous les avantages qui résultent de la secousse imprimée par ce moyen perturbateur dans les cas de fièvres exanthématiques, où l’éruption se fait attendre. C’est ainsi que dans la varioloïde qui a régné à Marseille en 1 828, les accidens funestes qui précédaient l’éruption disparaissaient aussitôt que par le vomitif et le bain tiède on était parvenu a fixer sur la peau, par l’apparition des boutons, le principe encore errant dans l’économie et menaçant de s’établir sur des organes plus importans.

Les mêmes vues ibérapeutiques ont guidé plus d’un praticien dans l’appréciation de l’ntilité du vomitif contre les maladies épidémiques caractérisées par une éruption sur la peau ou les membi’anes muqueuses; ainsi larougeole, la miliaire, etc., qui, dans leurs prodrômes et pendant leur péi-iode d’incubation, présentent tant d’analogie, a\ec le choiera, ne sont ramenees a l’état simple d’une pblegmasie cutanée bénigne qu’après que par des moyens excentriques on a déterminé

à la surface de la peau le développement de l’exanlhême qui les caractérise.

La diarrhée et les symptômes nerveux qui peuvent accompagner le choléra asiatique cèdent souvent aux boissons légèrement opiacées, ainsi qu’aux lavemens anodins. La diarrhée persistant malgré ce moyen , et étant précédée ou accompagnée de coliques, il faut appliquer, sur le basventre, des sangsues ou des ventouses scarifiées. S’il y a céphalalgie, vertiges, difficulté de respirer, la saignée générale devient indispensable, pourvu toutefois qu elle soit faite avec assez de modération pour ne pas trop débiliter.

On a souvent à se louer, dans des cas de vomissemens et de crampes, de l’emploi des bains tièdes généraux et des fomentations ou cataplasmes émolliens et narcotiques sur le bas-ventre.

On a eu aussi recours à un vésicatoire sur l’épi- «astre, ou à des frictions avec la pommade d’Autenrielh.

^raitmcnt î>c fa jPfu-fihtu*

Ici, la marche et la régularité des fonctions de la vie sont entravées par la concentration des

forces à l’intérieur. L’innervation est troublée, la respiration gênée, la circulation ralentie, et les extrémités du corps sont d’un froid glacial. C’est alors que l’indication la plus pressante consiste à ranimer l’action du système nerveux et à provoquer les fonctions générales de la peau, en agissant du centre à la circonférence.

Deux méthodes de traitement tout-à-fait opposées ont été suivies avec une égale confiance pour obtenir ce résultat : dans l’une, se trouvent les remèdes excitans les plus énergiques, tels que des infusions aromatiques chaudes de mélisse, de thé, de camomille, le punch, le café, les vins généreux, le sulfate de quinine, l’éther, l’ammoniaque, le sous-acétate de plomb, etc., pris à l’intérieur, et auxquels on ajoutait comme remèdes externes les bains chauds, les fumigations, les frictions excitantes sur l’épine dorsale, le vésicatoire rachidien, les ventouses scarifiées, les sinapismes promenés sur diverses parties du corps, les briques et sachets chauds, la cautérisation de la colonne vertébrale à l’aide d’une bande de flanelle trempée dans un mélange d’essence de térébenthine et d’ammoniaqüe, appliquée le long de l’épine dorsale et sur laquelle on promène un fer chaud à repasser, afin de produire une rubéfaction plus ou moins forte de la peau, etc., etc.

Dans 1 autre méthode sont rangés les réfrigé-

rans, lanl à l’inlérieiir {|u’à l’extcTieur, comme les boissons fraîcbes ou à la glace prises en petites closes, les émissions sanguines locales, les lavemens rafraîcbissans , etc.

De ces deux méthodes de traitement, si différentes l’une de l’autre, la seconde nous a paru préférable, nous dirons même plus rationnelle; et si, dans quelcjnes cas de choléra grave avec concentration bien manifeste des forces vitales h l’intérieur, il y a urgence d’utiliser les excitans pour rappeler la vie au dehors en réveillant les fonctions de la peau , ce n’est jamais aux stimulans intérieurs qu’il faut avoir recours, mais seulement aux révulsifs cutanés.

M. le docteur Olinetj à c[ui nous sommes heureux d’exprimer ici notre reconnaissance pour les bontés c|u’il nous a témoignées, soit en nous faisant visiter plusieurs des cholériques qu’il soignait en ville, soit en nous faisant connaître l’organisation de l’ambulance du faubourg Saint- Martin, 11° 6i, est peut-être l’un des médecins qui a le plus souvent applicjiué avec succès le cautère actuel. Voici comment il s’exprime dans quelques considérations sur le clioléra-morbus qu’il nous a communiquées avant cju’elles fussent livrées au public : .« Recouvrir le rachis d’une bandelette mouillée d’eau, et dessus promener légèrement et plusieurs fois de suite, de chaque côté de la

colonne vertébrale, un cautère rougi à blanc. A. la hauteur des vertèbres lombaires produire deux légères excoriations, les faire également, mais moins fortes, à la hauteur de la première vertèbre dorsale. »

«Iraitnurnt îtr la ^roiôihnr pèriaïtr.

Lorscjue la période précédente, espèce de péliode nerveuse, a été avantageusement combattue par les moyens appropriés, et qu’on est parvenu à ranimer l’organisme, la réaction s’établit, et avec elle se manifestent des phénomènes inflammatoires. A cette époque, de nouveaux dangers menacent le malade; on ne saurait alors trop s’attacher à prévenir les congestions sanguines, dont la giavité est d autant plus grande que les forces sont plus épuisées.

Si le cerveau, la poitrine ou les viscères abdominaux sont atteints par la turgescence, il faut se later de conjurer l’orage avant que les symptômes

U typhus , de la pneumonie, de la gastro-entérite se déclarent.

Si la réaction est graduelle et modérée, si Ton voit la langue devenir rouge, la peau se colorer, l’espèce d’asphyxie disparaître, les vomissemens et les selles cesser, le pouls passe insensiblement à l’état normal, les forces se rétablissent, et il n’est pas rare cpi’alors les symptômes de la gastroentérite s’évanouissent par le traitement adoucissant qui convient à cette phlegmasie.

Si la réaction est trop forte et menace sérieusement l’un des principaux organes de la vie, les saignées générales et plus souvent locales trouvent leur application.

La glace sur la tête en même temps qu’on enveloppe les pieds et les jambes avec des' cataplasmes émolliens , ou qu’on y fait des fomentations analogues, a souvent produit de très bons effets. Ce même moyen est principalement indiqué quand il y a délire ou des convulsions , et on le seconde par l’application des sangsues derrière les oreilles , dans la vue de dégorger le cerveau, et par l’usage

du camphre en lavement, etc.

Lorsque la force du pouls, la rougeur et la chaleur de la peau annoncent une grande énergie vitale, on utilise les affusions ou lotions d eau froide et même h. la glace. Avouons, pourtant, que ces sortes de lotions ont paru h. quelques praticiens produire des effets plus nuisibles qu’utdes.

Une hémorragie nasale qui surviendrait pendant

celle période sérail Irop salutaire pour qu’on se gardai bien de la larir, à moins qu’elle ne fui si abondanle qu’elle compromît les jours du malade.

La prédominance des symplômes nerveux el la proslralion excessive sonl des indices que la maladie passe à l’étal typhoïde, état qui n’est pas a-utre chose qu’un effet delà réaction, mais l’un des plus graves. Il est bien difficile alors de s’opposer à une terminaison presque toujours funeste; on parvient néanmoins à en diminuer la gravité par des révulsifs appliqués loin du siège de l’organe affecté, tels que des vésicatoires aux cpisses et aux jambes.

On remarque , après l’effet excitant qu’on obtient par ces moyens, une amélioration plus ou moins notable dans les symptômes cérébraux.

Quant aux autres indications à remplir, le médecin les juge d’apres l’état des forces vitales, en prenant pour guide leur exaltation, leur diminution, etc.

Toutes les autres affections pblegmasiques qui succèdent à la réaction et qui sont étrangères au choléra, doivent être traitées suivant les méthodes connues, fondées sur l’observation et l’expérience.

Cumnüfôcencf.

rS’ayant encore rien dit de la convalescence, nous allons, avant de parler de son traitement, faire part de quelques remarques dont elle nous a fourni le sujet.

Si les efforts de la nature et de l’art médical triomphent des accidens attachés au choléra, il reste encore un devoir difficile à remplir pour arriver au terme des dangers dans le cours de la convalescence. Rarement les fonctions se rétablissent franchement; l’épigastralgie persiste, une faiblesse permanente tient long-temps les convalescens cholériques dans un état d’incertitude et de malaise. Ils sont en proie au désir immodéré des alimens, tandis que chez eux l’appareil digestif est loin d’étre susceptible de bien élaborer les alimehs, pour peu qu’ils soient réfractaires à son action.

Combien donc les écarts de régime, même les plus légers, ne doivent-ils pas être évités! A. cet égard , l’attention du médecin et la prudence du malade ne se, ralentiront jamais. Pendant que nous étions à Paris, on nous apprit que trois ouvriers atteints gravement du choléra guérirent, et que leur médecin, satisfait de ce résultat, donna

à chacun d’eux une pièce de cent sous, afin qu’à leur sortie de l’hôpital ils ne fussent pas sans ressources. Mais ces malheureux entrent chez un marchand de vin, boivent jusqu’à satiété, tombent d ivresse et meurent sans qu’on ait le temps de les transporter dans un hospice.

M. Biett, dans un moment de juste indignation suscitée par le retour dans ses salles d’un malade qu il avait déjà guéri et qui ne reparaissait que par suite d écarts de régime, s’écria un jour à la visite du matin : « Que ne s’ appliquait-on à établir des « maisons de corwalescence ; ces établissemens au- « raient du moins été utiles. »

Ainsi donc, les récidives, les rechutes sont à redouter, et on peut dire qu’elles sont fréquentes et meurtrières.

A la vérité, la durée de la convalescence est plus longue que celle du choléra, maladie qui, alors même qu’elle a une issue favorable, est quelquefois suivie d’affections secondaires. C’est ainsi que nous avons vu à l’hôpital Saint-Louis un vieillard qui, pendant la convalescence, eut un phlegmon gangréneux, évidemment consécutif au choléra, et qui, ayant envahi toute la jambe droite, détruisit le tissu cutané environnant, le tissu cellulaire intermusculaire, et produisit une suppuration colliquativc mortelle.'

A I Hôtel-Dieu, une femme qui se trôuvait au

11^39 de Tune des salles dont M. Magendie avait le service, nous offrit la particularité suivante : à mesure qu’elle entrait en convalescence à la suite du choléra, l’extrémité des doigts de la main gauche offrait une teinte d’un beau noir d’ivoire; mais la gangrène, tout-à-fait bornée à l’extrémité des phalanges des doigts du milieu et du pouce, dura pendant quelque temps sans gagner en étendue et finit par disparaître.

On voit, par ces deux exemples (qifil nous eût été facile d’accompagner de beaucoup d’autres), qu’indépendamment des maladies que les exces en tout genre peuvent occasioner pendant la convalescence, celle-ci est souvent traversée par des accidens qui la rendent pénible; aussi réclamet-elle les plus grandes précautions. Ce ne sont pas des remèdes qui sont nécessaires lorsqu’elle commence : des alimens de facile digestion, un exercice modéré, des soins de propreté, la tranquillité d’esprit suffisent pour assurer la guérison.

. Les bains tièdes conviennent dans la convalescence, lorsque la maladie s’est terminée par une gastro-entérite chronique ou toute autre lésion analogue. Le médecin doit agir selon la lésion des organes souffrans et le tempérament du malade.

iUcufns

Nous n’entrerons pas ici clans tous les détails ' relatifs aux mesures de préservation que l’autorité administrative avait conçues bien avant Fin va-

sion du choléra de Paris; tout le monde connaît les commissions sanitaires qu’elle organisa, elles répondent assez aux personnes cpii, pour la détracter, l’ont taxée d’imprévoyance et d’incurie. 11 est vrai que, malgré ces bonnes intentions, la capitale n’était pas encore pourvue de moyens propres à anéantir le fléau quand il a paru; mais ce' qui n’avait pas encore été fait, parce que l’on était loin de prévoir l’arrivée si soudaine de l’ennemi, a été exécuté dès les premiers jours de cette terrible invasion ; et l’on a compris qu’on ne saurait trop se precautionner de bonne heure contre les maladies populaires dont on redoute les ravages.

Cette expérience doit tourner au profit de Marseille, qui a envoyé plusieurs de ses médecins au foyer de l’épidémie, non seulement pour en faire une etude pratique dans l’intérêt général , mais • encore pour indiquer les mesures de salubrité les plus efficaces; signaler par conséquent les devoirs c|ue 1 administration et les gens de Fart ont à remplir, ainsi que les réglés à observer par les babi-

lans pour se,mellre en garde contre le clioléra. Aussi croirions-nous n’avoir atteint qu’imparfaitement le but de notre mission, si nous n’exposions pas dans ce rapport quelques considérations à cet égard.

En faisant attention que nous ignorons encore la manière dont le choléra épidémique éclate et se propage, il ne nous est, ce semble, pas donné de préciser les moyens de le prévenir. Néanmoins, si l’on n’a pas oublié ce que nous avons soutenu en parlant de ses causes, on s’apercevra que son développement tient à un concours de circonstances dont la principale même serait, pour ainsi dire, inerte, si elle n’était mise enjeu par d’autres causes *.

* Au moment ou l’on imprime ce rapport, nous pouvons citer un fait dont les détails, recueillis en présence de MM. les membres de l’intendance sanitaire de Marseille, sont bien propres à fixer l’attention des gens de l’art et semblent confirmer ce que nous avons dit dans ce travail sur 1 analogie qui existe entre le clioléra de l’Inde et les exanthèmes épidémiques. Ce fait peut encore appuyer l’opinion des médecins qui pensent, avec quelque raison, que les épidémies, les contagions exigent pour se propager une aptitude, une disposition organique particulière de la part des individus qui sont soumis à leur influence.

Le brick l’Emile, commandé par le capitaine Brodeau, est parti du Havre, le mai, avec douze hommes d’équipage et cent ciiupiante-six colons qui se rendaient a Alger. T.e choléra, ipii depuis quelque temps régnait au Havre, se de-

Or, ces causes se trouvent dans ce qui se rattache à la topographie des lieux. Sans vouloir les examiner ici dans les moindres détails , nous

claie a boid de ce brick des le lendemain : la femme Thyerri est atteinte de crampes, de vomissemens, de déjections abondantes, de cyanose et de refroidissement dans les membres. Ces symptômes cessent bientôt par les soins empressés du capitaine; mais la malade traîne une existence languissante jusqu’au 21 juin, époque à laquelle elle meurt. Le 2Ô mai, son mari avait déjà été pris du choléra et n’existait plus vingtquatre heures après; il en avait été de meme d’une fille appartenant a cette famille ; elle présenta les symptômes observés chez sa mère et succomba dans la journée dn 27 mai.

Quelques jours s’écoulent et trois individus de la famille Weber sont victimes du choléra, vingt-quatre heures après en avoir éprouvé les symptômes, tels que vomissemens, diarrhée, refroidissement, crampes, couleur bleue très foncée de la surface extérieure du corps. *

Enfin, un septième individu a été ensuite le seul, parmi les autres colons, qui soit mort comme les précédens.

Des les premiers jours de juin le choléra n’existait plus a bord de l’Emile, mais une trentaine de passagers et le capitaine tui-meme ont eu des coliques, du dévoiement, un sentiment de malaise qui ont cédé à la diète et à des lavemens laudanisés.

Ainsi donc, cent cinquante-neuf personnes, pour ainsi dire entassées sur un petit bâtiment, ont évidemment échappé au choiera, bien que la plupart d’entre elles eussent été en ra,,port immédiat avec les cholériques, soit pour leur donner des soins, sou en se trouvant assez rapprochées, dans un espace

très étroit, pendant la nuit, pour ne pas cesser d’étre en contact avec eux.

Ce qui s est jiassé à bord du brick l’Emile ne pouvait man-

allons rapidement les passer en revue, en commençant par l’influence de l’air sur notre économie.

L’air, qui est la cause première de la vie, qui la soutient quand il est pur, devient la source de diverses maladies lorsqu’il est vicie.

Dans tous les lieux ^on un gtand nombre de personnes sont réunies, ce fluide ne peut manquer d’exciter la sollicitude de l’intendance sanitaire : quatre de ses membres, MM. Wulfrand Puget, Vert de Lenadmr, Martel et Fraissinet, se sont rendus, le 1 5 juillet, a 1 hôpital de l’île Ratonneau où avaient été débarqués les passagers de ce navire, pour constater les faits que nous venons de rapporter et en tirer d’utiles inductions dans l’intérêt de la santé publique et du commerce.

Ces administrateurs éclairés ont été comme nous surpris de voir que le choléra eût borné ses attaques à un petit nombre d’individus, au milieu de tant de personnes agglomérées et d’une foule de circonstances favorables à l’action et a la propagation des miasmes.

Ce fait remarquable tend évidemment à démontrer que le mode de propagation du choléra, bien différent de celui de là peste, du typhus, etc., se rapproche en quelque sorte de celui des maladies purement épidémiques, telles que la mihaire, la rougeole, la scarlatine, dont le développement n’a lieu que chez les individus qui possèdent l’aptitude ou se trouvent sous l’influence des prédispositions nécessames. Cette pre i- Icction fâcheuse semble encore mieux établie, en considérant que sur sept personnes qui ont péri du choiera, six appartenaient à deux familles seulement, tandis que les autres passagers et les hommes de l’équipage dn brich VEmüe ont résisté ;i rinflncnce cholérique.

quer d’élre plus ou moins corrompu. Sous ce rapport, l’intérieur des maisons, les marchés, les fabriques, etc., réclament une grande surveillance. Il faut que la population soit, quant au nombre, proportionnée à l’étendue des habitations.

Marseille, où l’esprit de charité attire les pauvres de tous les pays, a dans ses anciens quartiers des maisons très étroites renfermant entassés, pour ainsi dire, les uns sur les autres, des individus plongés dans une affreuse misère et qui vivent au milieu de la plus dégoûtante malpropreté : c’est ordinairement là que les germes épidémiques viennent éclore.

Conseiller la propreté sur les personnes et dans les appartemens , empecher leur agglomération dans les chambres où elles doivent coucher, limiter les locataires dans chaque maison, ne saurait être trop recommandé. En temps d’épidémie, surtout, il convient de favoriser la dispersion des habitans, soit au moyen d habitations provisoires qui seraient occupées par les familles malheureuses, soit eu ne pas retenant les individus qui voudraient sortir de la ville, soit enfin en engageant les personnes qui ont des maisons de campagne à s’y retirer.

On parviendrait ainsi à distribuer la population exubéiante sur une plus grande étendue de terlain, et on diminuerait cette masse de miasmes

qui, pendant le règne d’une épidémie, deviennent pour l’homme en société un véritable poison.

M. le docteur Piorry, attaché à l’hospice de la Salpêtrière , pense que le meilleur moyen de se préserver du choléra consiste à respirer un air pur, souvent renouvelé, à établir une sorte de ventilation dans les salles des hôpitaux , etc.

Ce médecin, dont la modestie égale le mérite, nous a fait remarquer que non seulement la maladie avait fait en ville plus de ravages dans les maisons habitées par beaucoup d’individus, mais encore que dans les salles de la Salpêtrière où étaient des femmes âgées, atteintes de phlegmasies de poitrine, et où le conseil donné par M. Piorry n’avait pas été mis en pratique, le choléra s’était déclaré ou était devenu plus grave. Des salles qui étaient évidemment dans une situation saine, soit par leur étendue comme par la disposition des lits , mais où l’on n’avait pu vaincre la répugnance des malades à tenir les croisées ouvertes, ont fourni un assez grand nombre de cholériques; tandis que d’autres salles bien moins favorablement disposées, mais dans lesquelles les conseils du médecin ont été exactement suivis, n’ont présenté aucun sujet qui ait contracté l’épidémie.

Il ne suffit pas de signaler comme causes d’insalubrité le défaut d’espace et d’air, l’excès de population, il faut encore porter l’attention sur la

conslriicüoii vicieuse de certaines maisons , sur la disposition des conduits en plomb, des égouts, des puits, des cuisines, des caves; s’occuper de l’établissement des lieux d’aisance ‘ dits fosses

mobiles inodores; procéder à l’élargissement , au pavage, au nétoiement de quelques rues, à la construction de nouvelles fontaines, à la suppression des égouts devenus infects, des dépôts d’immondices, a la formation de pissoirs aux angles des rues, et à I organisation de cantonniers balayeurs pour chaque quartier.

Nous bornons là nos remarques sur le nétoiement et l’assainissement de Marseille; on trouvera, sans doute, de plus amples détails à cet égard dans le mémoire de M. Mortreuil, ingénieur des ponts-et-chaussées, qui vient de remporter le prix sur la question proposée par le conseil muni-

Gipal, pour éclairer M. le maire de Marseille, sur

ce point important d’hygiène publique.

^ Espérons que l’auteur du mémoire couronné n auia pas seulement indiqué les moyens de rendre plus saines les rues et les maisons, mais qu il aura conseillé les mesures les plus efficaces pour entretenir la propreté du port et des nombreux navires qui y sont mouillés.

Des mesures sages sont indiquées sur ce sujet essentiel , par M. le docteur Segaud, dans un mémoire qui est sous presse et qui a été envoyé au

concours ouvert par notre conseil municipal. Ce travail devant bientôt paraître, nous nous abstenons d’en donner l’analyse, mais nous pensons que l’autorité pourra y puiser des moyens utdes, et que par conséquent l’auteur n aura pas perdu

ses peines.

Quant aux règles concernant le régime, on in- 'diqiieraaux classes indigentes et ouvrières celles qu’elles auront à suivre dans leur nourriture quotidienne. Que la population apprenne de tous ceux (du clergé, par exemple) qui exercent une salutaire influence sur elle, que la conservation de la santé prescrit de ne point s’écarter des bornes

de la tempérance.

11 serait à peu près superflu, en mrnps d’épidémie, de conseiller aux personnes riclies de fuir les bals, les spectacles, de se priver du café, des liqueurs, du vin de cliampagne, etc. ; les beureux de la terre ont déjcà assez de propension a se creer des scrupules sous ce rapport. Plusieurs babitans du faubourg Saint-Germain et de la Cbausseed’Antin n’ont été frappés du choléra que pour avoir apporté une réforme' trop rigoureuse a leur

régime habituel.

Mais c’est spécialement aux gens de la classe pauvre qu’on doit recommander d’éviter les exces 'les boissons fortes; ce qu’on leur fera bien comprendre par des détails mis ii leur portée. Ou ne

les fera changer de régime que pour leur en prescrire un plus substantiel.

On n’interdira pas aux. riches les alimens qui, en temps ordinaire, concourent à les maintenir <lans 1 état de santé j ainsi on ne défendra pas, comme on l’a fait à Paris avec trop de rigueur, les légumes, les fruits, les crudités et même les viandes de haut goût aux personnes qui peuvent se les procurer de bonne qualité et qui en usent sobrement. Autant ces substances alimentaires, comme les choses qui entrent dans l’assaisonnement, sont susceptibles de nuire lorsqu’on en fait la base unique de la nourriture journalière, autant elles contribuent au maintien de la santé quand on sait les employer convenablement.

Dans les diverses invasions du choléra, les débilitans ayant été nuisibles, on ne substituera pas à un régime tonique qui s’accommoderait à notre constitution, l’usage des alimens qui affaiblissent. Ainsi les malheureux ne modifieront leur régime, comme nous l’avons dit, que pour le rendre plus substantiel et plus restaurant; c’est ici surtout que la voix du pasteur doit se faire entendre pour annoncer aux riches, aux puissans de la terre, combien il importe à l’accomplissement de leurs devoirs et à l’intérêt de leur propre conservation de concourir par leur charité à l’adoucissement du sort des classes inférieures. Que l’on sache que

lO

l’inégalité des conditions est l’nne des causes majeures des maladies épidémiques.

AlUx approches du choléra, on ne saurait mettre trop de soin pour fournir, par des souscriptions volontaires et journalières ouvertes dans les lieux publics, les moyens de soulager les infortunés.

Pour éviter la contagion morale, la plus redoutable de toutes les contagions, on s’attachera à relever et à ranimer le courage , ce mobile si propre à maintenir et a rétablir la santé. On aura atteint une partie de ce but, si l’on est parvenu à persuader au peuple que la majorité des médecins ne croit pas à la contagion' du choléra; que dans bien des pays où des mesures restrictives avaient été prises pour séquestrer les individus , la maladie n’avait pas moins fait de progrès , et qu’elle avait même attaqué dans leurs appartemens les personnes craintives qui s’y étaient renfermées; que des quarantaines volontaires ou imposées dans des lieux peu spacieux avaient favorisé la propagation du choléra, au lieu d’en arrêter la marche.

En attendant qu’on soit définitivement fixé sur la contagion ou la non-contagion de cette maladie, on aura, par ces assertions tranchées, non seulement rassuré les personnes timorées, mais encore excité le dévouement de ceux qui se décideraient difficilement à soigner les individus atteints d une maladie réputée contagieuse. U importe d’autant

plus que l’autorité administrative prenne quelque chose sur elle à cet égard, que la population de Marseille n’est déjà que trop portée à admettre j sans çxamen , la contagion , espèce de croyance qui se lie à ses préjugés et que le voisinage des pays ou régné la peste vient encore cimenter; cette croyance est à la vérité fortifiée par les avantages de notre lazaret et les vues si sages de l’intendance sanitaire.

Les fumigations desinfectantes pouvant faire naître l’idée de l’existence d’un germe contagieux; ne seront tout au plus conseillées que comme moyen de propreté. On pourrait de cette manière purifier, sans exciter aucune alarme; les objets et les lieux infects, envelopper les cadavres dans des draps imbibés d’eàu chlorurée, soumettre à l’immersion et au lavage dans ce liquide les hardes, les couvertures, les matelas des gens pauvres et malpropres.

Une chose contre laquelle on doit particulièrement prémunirlepeuple,c’estremploi des moyens

empiriques à 1 aide desquels le charlatanisme exploite et sa bourse et sa crédulité; il faut l’avertir aussi du dangereux usage de certains préservatifs qu à tort ou à raison des gens de l’art ont pu con- » sidérer comme utiles; il convient du moins de n’y recourir que d’après l’avis d’un médecin. Rien de plus absurde, en effet, que de vouloir qu’on

s’abreuve, en état de santé, d’infusions chaudes aromatiques, telles que celles de menthe, de camomille, de tilleul. L’action souvent excitante de ces boissons et la diminution des alimens ou la suppression de ceux adoptés depuis long- temps ont concouru à la production du choléra et d’au très maladies.

On a cru qu’il convenait de se maintenir dans un état de transpiration continuelle; notre opinion est que l’on se tienne dans un équilibre à peu près constant de température chaude et fraîche. vSans doute, il faut éviter le froid, faire usage pour cela d’une ceinture qui tienne chaude la paroi de l’abdomen; mais qu’on se garde de se trop couvrir, comme certaines personnes effrayées qui deviennent ainsi plus susceptibles d’éprouver les variations de la température.

Il serait utile que des locaux, convertis en maisons de santé, fussent préparés long-temps avant l’invasion de l’épidémie; qu’on y réunît toutes les ressources nécessaires aux cholériques, et qu’ils fussent assez multipliés pour rendre plus prompt et plus facile le transport des malades, et en recevoir un nombre moins considérable sur le même point. Ces deux conditions offrent le double avantage d’empêcher les funestes effets de l’encombrement et de soustraire les cholériques et les habitans de chaque quartier au spectacle

afdigeant de la grande cjuanlilé de gens qui succombent dans les premiers temps de l’épidémie, et dont le transport aux cimetières peut jeter la terreur dans les esprits.

Ces établissemens seraient, pendant la nuit, désignés par un réverbère à verre rouge et dans le jour par un écriteau portant en grosses lettres ces mots : Maison de Santé de tel quartier. Par celle dénomination, on détournerait les pauvres du préjugé qui leur fait regarder les hôpitaux comme des asiles empestés et comme portant atteinte à la considération de ceux qui viennent y chercher un refuge et un soulagement à leurs mauxj le public serait averti par l’autorité municipale que les malades pourraient être, dans ces maisons de santé, soignés par leurs parens, lorsque ceux-ci réclamelaient I autorisation de remplir ce pieux devoir. Peut-être alors le peuple quitterait-il sans regret son domicile, et parviendrait-on plus sûrement que par des affiches à le prémunir contre de dangereuses suggestions de la part des gens qui chercheraient à e.xpliquer la marche trop souvent funeste de la maladie par l’empoisonnement des boissons et des comestibles.

Des maisons bien aérées, avec cours et jardins, situées dans les rues les moins étroites, seraient choisies et louees par radministralion chargée de diriger les secours;le rez de chaussée sérail affeclé

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