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Sortis guéris • . . . . . 5249 h.
Évacués sur Constantinople. ••••••*• 6778
Dans le commencement d'octobre, la situation sanitaire était favorable; aucune maladie, ni épidémique, ni endémique, ne sévissait. Les proportions des entrées et des sorties s'équilibraient. Afin de réduire nos évacuations sur Constantinople, incertaines et irrégulières pendant la mauvaise saison, j'insistai auprès du chef de l'administra-
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tion pour la création d*hôpitatix temporaires convenablement établis, dans le but de traiter en Crimée presque tous nos malades, si le nombre, comme je l'espérais, ne dépassait pas, en hiver, un chiffre normal . Ce résultat ne pouvant être atteint sans une grande augmentation du personnel de santé, je demandai l'envoi de médecins en nombre suffisant pour assurer le service hospitalier projeté. Il faut, disais -je à monsieur l'intendant général, maintenant que le siège si pénible de Sébastopol est terminé, que les grandes ressources hospitalières viennent trouver en Crimée nos malades et nous permettent d'entourer nos braves soldats, souffrants, du confortable qu'ils sont habitués à rencontrer dans les hôpitaux de France, et qui leur manque presque en totalité dans nos ambulances.
Le scorbut avait une tendance plus marquée que jamais & diminuer; les cas graves devenaient même rares. Cette maladie éprouvait , sous l'influence du beau temps de l'automne, une modification favorable. On constatait toujours un peu de choléra dans les arrivages, mais c'était sans importance. Les fièvres automnales étaient encore fréquentes, mais peu graves.
Une division anglo-française sous les ordres du général de division d'Àutemare ftjt embarquée, dans les premiers jours du mois, et le 17 on apprit que Kinburn s'était rendu et était occupé militairement par nos soldats. (Pièce justificative n° 16.)
Le 15 octobre, M. l'inspecteur médical Baudens arriva en Crimée , afin d'y inspecter le personnel de santé et de visiter les campements des troupes et leurs établis-
sements hospitaliers. M. Baudens fit chez nous un séjour d'un mois et demi et profita de ce laps de temps pour acquérir, par des explorations répétées chaque jour et minutieuses , la connaissance exacte des détails du service médical, dans les conditions spéciales où se trouvait l'armée. Le plus beau temps du monde favorisa cette inspection, qui eut pour résultat l'exécution d'excellentes mesures d'hygiène conseillées en faveur des soldats de l'armée. En nous quittant le 29 novembre, M. Baudens emporta les sympathies du corps de santé, envers lequel il s'était montré d'une bienveillance et d'une sollicitude parfaites. Dans un de ses rapports médicaux à l'autorité, M. Baudens disait (et je partageais complètement l'opinion de ce chef expérimenté) : « Les conditions actuelles sont bonnes; il est possible que cette situation se conserve, sans trop de pertes, presque aussi favorable qu'aujourd'hui ; mais ce n'est pas chose certaine , si la mauvaise saison est rigoureuse. Nos soldats sont places sur une longue ligne de défense, de cinquante kilomètres à peu près; ils sont abrités, non par des baraques en bois, mais par des tentes dont le fond a été creusé profondément, ou bien par des gourbis en torchis, étroits et peu salubres. Il sera nécessaire d'aller au loin chercher le bois, l'eau, les vivres et par tous les temps ; fournir les grand'gardes et les avant-postes devant l'ennemi ; travailler aux fortifications de Kamiesch. Ajoutons à cela l'usure complète de la constitution des vieux soldats, la faiblesse remarquable des jeunes recrues et l'absence pour tous des émouvantes péripéties du siège qui, l'hiver précédent, galvanisaient les courages des soldats. Il y a dans cette énumération
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beaucoup de causes morbides puissantes qui menacent notre armée, et, nous sommes en droit de croire à la possibilité de nombreux malades, en rappelant le total des entrées en janvier 1855, qui a dépassé 9,000, sur un effectif de 78,000 hommes. Nous conseillons donc les précautions de prudence, que nous inspirent nos craintes légitimes pour l'hiver prochain, et la création d'une hospitalisation régulière, de sept à huit mille places de malades, qui nous paraît indispensable en Crimée. » Malheureusement les conditions dont M. Baudens et moi demandions la réalisation n'ont pas pu se concilier avec les exigences et les nécessités de la guerre.
Nous perdîmes même par suite d'un accident , l'explosion du parc d'artillerie d'Inkermann, les cinq à six cents places de l'ambulance de la 4e division du 2e corps : cette ambulance fut complètement détruite. Une deuxième ambulance, qui avait suivi le 1er corps à Baïdar, et que l'on avait installée avec plusieurs baraques à l'extrémité est de la ligne des campements sardes, dut être, au retour du 1" corps vers le plateau de Chersonèse, transportée avec baraques et matériel sur le plateau d'Inkermann. Établie dans cette nouvelle position, et sur un terrain détrempé par la pluie, sur lequel on a dû reconstruire les baraques, cette ambulance n'a pu rendre que de faibles services , son séjour devenant pernicieux lorsqu'on y recevait un nombre un peu considérable de malades. Il fallut donc nous contenter d'attendre les événements de l'hiver avec un total de A, 500 places. Cette situation eût été certainement suffisante pour une large hospitalisation, car dans l'hiver de
1855 à 1856 , le chiffre des entrées n'a pas été au delà de 13,000, mais avec la condition formelle de fréquentes évacuations de malades sur Constantinople. Ces évacuations, si nécessaires dans un moment donné, nous ont fait défaut, soit à cause des exigences toujours impérieuses de la guerre, soit à cause des difficultés, de l'irrégularité et des retards des voyages sur mer pendant la mauvaise saison, et nous avons dû subir les influences fâcheuses de l'encombrement des malades et du placement du trop-plein sous des tentes. (Voyez Pièce justificative n° 17.)
Le 23 octobre , par ordre général , une division d'infanterie récemment débarquée est syoutée au corps de réserve , sous le n° 4 ; elle est composée du 16e bataillon de chasseurs, des 69% 81% 33e et 44e de ligne.
Le 2 novembre, l'ordre de rentrer en France est donné à la garde impériale ; plus tard un ordre semblable fait encore partir pour la France et l'Algérie le régiment de tirailleurs algériens, les 20e, 39e, 50e, 97e de ligne, et te 3e bataillon de chasseurs à pied.
Le 5 novembre, nous avons la douleur de conduire à sa dernière demeure le corp6 d'un digne médecin, le docteur Mercier, qui, depuis le commencement de la campagne, avait montré le zèle le plus ardent, l'abnégation la plus complète, dans le service périlleux de l'ambulance de tranchée du Carénage, qu'il a longtemps dirigée. Un étranglement interne a causé cette mort si regrettable.
Le 15 novembre, à deux heures après-midi , les poudrières des parcs d'artillerie anglais et français sautent en mettant le feu aux projectiles chargés j on entend une
effroyable détonation, suivie d'un bruit continu de canonnade. Nous nous transportons, M. Baudens et moi, sur le théâtre du sinistre : déjà une ambulance volante de la 3e division avait porté lés premiers secours aux blessés, sous la direction de M. Colmant , médecin en chef du 2* corps. L'ambulance de la /ie division , placée dans le voisinage des parcs dont elle était cependant séparée par un ravin avait disparu; les tentes avaient été enlevées, les baraques réduites en mille morceaux , et les malades ont dû être emportés rapidement par une corvée d'infirmiers dans les ambulances voisines du 2e corps. Cet accident grave causa la mort de 33 hommes , dont 1 commandant et 1 capitaine; 129 hommes, dont une dizaine d'officiers, y compris tous les médecins de l'ambulance, MM. Goutt, Richepin, Tedeschi, Peigné, Dartigny et Rigal, furent plus ou moins grièvement blessés.
Pendant les mois d'octobre et de novembre, de nombreuses mutations furent opérées dans le personnel médical; une des principales fut le remplacement, par M. le docteur Colmant, de M. Sécourgeon, médecin en chef du 2e corps, que son état de santé obligeait de rentrer en France.
Le temps fut beau pendant les mêmes mois ; les derniers jours de novembre, pluvieux et froids, préludèrent seulement aux intempéries de l'hiver rigoureux dont nous avons, dans la cinquième période de notre relation, à raconter les conséquences fatales.
Les bulletins d'octobre et de novembre, des malades et des blessés de l'armée (voir le tableau ci-après), indi-
quent une situation sanitaire assez favorable, mais qui malheureusement n'a pas duré :
Effectif de l'armée (octobre 1855), 138,532 h.; (nov. 1855), 143,250 h.
OCTOBBE 1885. NOVEMBRE 1855.
Entrés Décédés Entrés Décédés
à l'hôpital, à l'hopilal. à l'hôpital, à l'hôpital.
Blessés par le feu. 626 172 287 53
Cholériques. 559 296 177 126
Scorbutiques 707 26 717 25
Typhiques 11 5 10 6
Blessés ordinaires, fiévreux, vénériens, galeux 6052 884 7417 564
Sortis guéris. 5518 h. 4033 h.
Évacués sur Gonstantinople • • 3155 3250
Bases d'une circulaire destinée à régulariser les services médical et administratif des ambulances de tranchée et des ambulances de division , lorsqu'un grand nombre de blessés y seront apportés.
En date dul" Juin 1855.
À l'ambulance de tranchée seront rassemblés, avant le combat, les soldats non combattants, les musiciens des régiments, par exemple, avec les infirmiers disponibles dans les divers services. Un ou plusieurs officiers d'administration les dirigera dans lest tranchées, pour y recueillir les blessés et les transporter à l'ambulance. Un officier d'administration , à poste fixe à l'ambulance, s'occupera du placement des blessés à leur arrivée, dans un ordre toujours le même et déterminé à l'avance, afin qu'il n'y ait pas de confusion, La visite des blessures sera faite par un ou plusieurs médecins , assistés de deux ou plusieurs infirmiers portant les appareils ; l'un de ces derniers inscrira le nom, le régiment et le numéro matricule du militaire blessé ; le médecin jugera si la plaie a besoin d'être pansée immédiatement ou si elle peut permettre, sans pansement provisoire, le transport à l'ambulance divisionnaire.
Dans le premier cas , le blessé sera pansé sur place ou conduit dans la salle des opérations , s'il y a lieu de prati-
quer une opération d'urgence ; ensuite te translation sur litière ou cacolet sera faite immédiatement; lorsque quatre ou six blessés seront réunis sur les moyens de transport, leur départ aura lieu pour l'ambulance de la division , et dans ces petits voyages successifs, les muletiers, sous la responsabilité de l'officier commandant le train , se rendront à l'ambulance dont le numéro lui aura été désigné par le sous-intendant militaire ou son commis, qui défalquera sur la liste des places vacantes aux diverses ambulances sodeo* taire» t lea chiffres de blessés qu'il y enverra successivement ; de cette manière, on connaîtra toujours avec précision la situation exacte des ambulances» Lorsque les blessés seront très nombreux, on ne pratiquera que les opérations rigoureusement nécessaires.
Le tiers du personnel médical devra être constamment occupé à visiter les blessés et à juger ou non de la nécessité du pansement ou de l'opération immédiate, surtout s'il y a de l'encombrement ; le reste du personnel se partagera les pansements et les opérations pour lesquels on suivra, à moins d'urgence, l'ordre d'arrivée et la hiérarchie des grades.
Dans l'ambulance de tranchée , le service des infirmiers pourrait être convenablement réparti de la façon suivante: 2 infirmiers par chaque médecin faisant des pansements; 2 infirmiers par chaque médecin visiteur, l'un pour écrire, l'autre pour aider le blessé à se placer sur le cacolet ; h infirmiers ppur une table d'opération ; 8 pour deux, toujours les mêmes si c'est possible pour ce genre de service ; enfin de 8 à 12 infirmiers porteurs, chargés d'assurer le transport des blessés à la baraque d'opération, aux tentes des pansements ou aux moyens de transport du train.
Il serait extrêmement avantageux d'empêcher l'encom-
brement de l'ambulance de tranchée par des soldats valides étrangers à son service ; pour obtenir ce résultat, il serait indispensable de confier la garde de l'ambulance à un poste armé qui en défendrait les abords aux curieux.
Dans l'ambulance de division , le jour de combat , deux médecins seront de garde à tour de rôle ; ils recevront les blessés venant de la tranchée et procéderont à un examen minutieux de chaque blessure. Ils feront un pansement définitif dans les cas où ils jugeront qu'aucune opération immédiate n'est indiquée. Dans le cas contraire, le chef du service décidera la question 9 après avoir été prévenu par les médecins de garde; ceux-ci auront encore le soin de s'assurer si les bandages des amputés ne sont pas dérangés par les mouvements delà route ou s'ils sont imprégnés d'une grande quantité de sang.
Signé Scrive.
pièce justificative n* 2.
Ordre général.
Soldats,
Le combat du 7 juin est une brillante victoire par l'éclat qu'il jette sur nos armes et par la grandeur des résultats obtenus. Vous avez bien mérité de l'Empereur!
A fotfce de courage et d'élan vous avez arraché à l'ennemi les trois redoutes armées d'une puissante artillerie qui formaient à l'extérieur la principale défense de la place ; 62 bouches à feu sont restées entre nos mains, 400 prisonniers, dont 14 officiers, sont en notre pouvoir.
Un ordre du jour ultérieur fera connaître à l'armée et au
pays les corps qui ont glorieusement figuré dans cette lutte, et les noms de ceux d'entre vous auxquels est dû le prix de
la valeur.
Je me borne à vous dire aujourd'hui que votre tâche s'est noblement accomplie. Nous venons de faire, avec le concours de nos braves alliés , un pas décisif vers le but que poursuivent et qu'atteindront, soyez-en sûrs, nos persévérants efforts. Soldats, ma confiance en vous est sans bornes, et votre général en chef a l'orgueil de penser que la vôtre lui est acquise.
An grand quartier général, le 8 juin 1855.
Le général en chef»
Signé Pélissier.
Monsieur l'intendant général,
Je vous prie de vouloir bien inviter M. le docteur Scrive à se rendre auprès de M. le général de la Marmora, cornmandant en chef de l'armée sarde , qui le mettra en rapport avec le médecin en chef de cette armée. Il est désirable que le personnel de santé sarde puisse profiter de l'expérience qu'a acquise M. le docteur Scrive du climat et du régime hygiénique le plus convenable à l'armée, et en recevoir les conseils qu'il est si bien à même de lui donner.
Devant Sébaatopol, le 14 juin 1855.
Le général en chef; Par son ordre, Signé de Martinpré.
Devant Sébutopol, le 17 Juillet 1855.
Monsieur l'intendant,
Conformément à l'ordre du général en chef» que vous m'avez transmis par lettre de ce jour, je me suis transporté, à une heure de l'après-midi, à l'état-major de l'artillerie, où M. le général Thiry a désigné, pour me diriger dans ma visite des divers campements du parc de siège et de réserve, un officier supérieur de son état-major avec lequel j'ai pro* cédé à cette opération; j'ai été assisté par MM. le colonel Malherbe , les médecins aides-majors Raoult et Marlier, attachés au service médical de l'artillerie.
En général , l'assiette des camps d'artillerie est convenable et ne laisse rien à désirer sous le rapport du choix des emplacements, de l'espacement des lentes et de la régularité de leur alignement. Les intérieurs sont secs, fréquemment désinfectés au chlorure et ventilés ; les vêtements et les couvertures des soldats sont sortis chaque jour de la tente et exposés au grand air ; le nombre des hommes de chaque tente ne dépasse pas le chiffre réglementaire, il est même souvent inférieur. La propreté des rues et des abords de chaque campement de batterie est convenablement entretenue ; nous n'avons eu à signaler que quelques rares foyers d'infection : ainsi au sud et à peu de distance de l'atelier de gabionnage, il existe des matières fécales disséminées ; il est urgent d'établir des latrines régulières et souvent renouvelées. Ainsi encore les écuries des batte» ries 17e bis du 2* régiment , 14* du 1*% 13* bis du 5# sont trop rapprochées. Nous avons conseillé d'ensemencer d'orge de grands terrains remués de toutes les façons pendant
l'hiver et qui ont conservé des traces d'infection. Quelques campements de batteries sont remarquables sous plusieurs points de vue : ainsi la batterie 13e bis du 3* régiment est un modèle d'ordre symétrique et de propreté , tant pour l'intérieur que pour l'extérieur des tentes; la batterie 14e du 1" régiment a eu l'heureuse idée que l'on ferait bien d'imiter, de couvrir le sol des tentes d'un sable i gros grain, qui préserve parfaitement de l'humidité. Nous avons vu avec plaisir que les batteries 17* bis du 2* régiment, 18* bis du 3* régiment, avaient des gourbis pour proléger les hommes contre la chaleur du jour pendant leurs repas. Le seul campement qui nous a laissé un peu à désirer est celai des artilleurs auxiliaires de la légion étrangère.
D'après cet examen minutieux, il n'est pas possible d'attribuer le grand nombre des malades de l'artillerie aux conditions du campement ; suivant les observations faites par les officiers de santé chargés du service de cette troupe, il est plus naturel de rapporter cette situation sanitaire aux causes suivantes : 1° fatigues excessives (les hommes n'ayant qu'un repos relatif de trente-six heures entre les gardes de tranchée) ; 2° alimentation trop uniforme , dans laquelle manquent absolument les végétaux frais : du reste, l'alimentation des soldats d'artillerie est la même que celle des autres corps, et les mêmes observations sont applicables à ces derniers ; 3° influence nuisible d'un sol sur lequel une armée a longtemps bivaqué ; 4° le défaut d'acclimatement, qui se fait sentir sur un grand nombre de recrues récemment arrivées et qui donnent une proportion considérable de malades ; 5° constitution médicale qui, dans les pays chauds, produit , aux mois de juin , juillet et août , un très grand nombre de maladies. J'approuve complètement cette opinion, à laquelle je m'associe, et je pense qu'avec les condi*
PIÈCES JtJSTIttCATlVES. 247
tions impérieuses qui nous dominent , il n'est pas possible d'atténuer, par des moyens hygiéniques, les influences morbides qui agissent actuellement sur les artilleurs comme sur les autres soldats de l'armée. Toutes les mesures consacrées par l'expérience ont été prises ; les médecins de l'artillerie, qui ont thontré un zèle et un dévouement rares depuis le commencement de la campagne , continueront de s'occuper avec sollicitude de la santé de leurs braves compagnons d'armes. Pour mon compte , je surveillerai scrupuleusement le service médical de l'artillerie, afin de m'assurer si les mesures d'hygiène conseillées dans le but d'assainir les campements sont exécutées. Je suis, etc.,
Le médecin en chef de l'armée»
Signé Scrive.
PliCS JUSTIFICATIVE tt* 5.
A monsieur t intendant général de l armée.
Monsieur l'intendant,
tin exécution de Tordre de monsieur le général en chef, que vous m'avez transmis, et qui me prescrit la visite des divers campements de l'armée, j'ai l'honneur de vous communiquer les observations suivantes :
î* Les tentes sont convenablement espacées, et permettent partout la libre circulation de l'air; on s'est efforcé partout encore d'éloigner suffisamment du logement du soldat les cuisines, les latrines et les écuries.
2e Chaque matin , au réveil , si le temps le permet, les tètemehts 6t les couvertures des hommes sont exposés en
dehors delà tente, qui reste largement ouverte, afin de permettre une aération complète du sol 9 et son ba* toyage.
3° De temps en temps, les tentes sont abattues, pendant toute une journée ; cette mesure est mise à exécution deux fois par semaine, pour les régiments campés aux attaques de droite, où la concentration des troupes est plus considérable.
À* Lorsqu'on s'aperçoit que par une habitation prolongée le sol des tentes s'infecte, le changement d'emplacement n'étant pas possible, on emploie pour la désinfection une solution de chlorure de chaux , comme le conseille la circulaire du 20 mars 1855.
5° Les fumiers et les détritus de toute espèce sont réunis, chaque jour, à une distance convenable des camps, et en* fouis à une profondeur qui doit en assurer l'innocuité.
6° Les fosses d'aisance, qui pour la plupart ne peuvent, en raison de la nature rocheuse du terrain , être creusées profondément, sont renouvelées fréquemment.
7° On recouvre d'une épaisse couche de chaux les cadavres d'hommes et d'animaux, après les avoir enterrés à la profondeur réglementaire.
8° Si l'on découvre un foyer d'infection dans le voisinage d'un campement, on verse sur le terrain infecté une solution de sulfate de fer, et l'on répète la même opération jusqu'à ce que toute émanation malsaine ait disparu.
v*Les médecins de régiments sont chargés spécialement de veiller attentivement à l'exécution rigoureuse des près* criptions hygiéniques dans leur campement. Ils s'occupent de ce soin , je dois le déclarer, avec la plus remarquable sollicitude, et ne manquent jamais de signaler à l'autorité locale toutes les causes d'insalubrité qu'ils découvrent, et que
de son côté l'autorité s'empresse de détruire par des mesures efficaces.
10° Dans les ambulances des divisions, dans les magasins de l'administration , dans les abattoirs, la surveillance est incessante, et rien ne coûte pour entretenir dans ces établissements les conditions de salubrité impérieusement réclamées par Tintérét bien entendu de la santé générale de l'armée*
Des observations qui précèdent il résulte que, depuis le commencement de cette campagne, des mesures hygiéniques nombreuses, rationnelles, et partant efficaces, ont été et sont tous les jours mises en pratique par la sollicitude extrême du haut commandement, désireux d'obtenir la propreté et la salubrité dans les campements des troupes. Je puis témoigner hautement que le but désiré a été complètement atteint. Il suffit, pour fournir une nouvelle preuve, de visu, de cette assertion, de jeter un coup d'œil sur nos camps, où régnent Tordre et la propreté ; de visiter nos établissements hospitaliers, où Ton ne découvre pas de maladies infectieuses graves, conséquences d'influences miasmatiques et d'encombrement ; de comparer enfin nos campements avec ceux de nos alliés, qui , tout en prenant modèle sur nos pratiques d'hygiène générale, n'ont pas encore atteint notre perfection, malgré leurs persévérants efforts.
Devant Sébastopol, le 21 juillet 1855.
Rapport à monsieur r intendant général 9 en date du
10 août 1855.
Monsieur l'intendant,
Vous me demandez , par suite d'une invitation de monsieur le général en chef, mon avis sur l'emploi du vin de quinquina, chez les soldats de la troisième division, campés près des marais de la Tchernaïa, dans le but de prévenir l'invasion de la fièvre intermittente; j'ai l'honneur de vous répondre qu'à mon avis, cette préparation pharmaceutique n'a pas la moindre efficacité préventive contre la fièvre; c'est seulement un bon moyen applicable aux constitutions détériorées par des accès fébriles périodiques. Les expériences faites à diverses reprises en Algérie, et dont j'ai eu occasion d'être témoin , sont concluantes. C'est a peine s'il est permis d'attribuer au sulfate de quinine , l'antifébrile par excellence, une efficacité préventive non encore démontrée. En conséquence je pense qu'il n'y a pas lieu de distribuer quotidiennement du vin de quinquina aux troupes des divisions de la Tchernaïa.
Mais il existe des mesures d'hygiène préventive que l'expérience a consacrées , et qui, prescrites par les médecins des corps de troupe, sont susceptibles, sinon d'annihiler complètement l'action morbide des miasmes paludéens, au moins d'en atténuer en partie l'influence fâcheuse ; ces mesures sont les suivantes :
1° Entretenir des feux pendant la nuit au voisinage des camps ; ce moyen , employé par ordre de l'Empereur dans les campagnes d'Italie, parait exercer une influence favorable sur l'atmosphère paludéenne.
2° Commencer les travaux deux heures environ après le lever du soleil.
• S* Donner le matin aux travailleurs une boisson chaude et excitante (du thé alcoolisé, par exemple) ; en général ne pas les mener au travail étant à jeun.
4° Exiger, aussitôt que le soleil quitte l'horizon , le port du pantalon de drap, de la veste ou de la capote et de la ceinture de flanelle.
5* Prescrire la fermeture hermétique des tentes pendant la nuit, et empêcher les soldats de roder dans le camp, ou de dormir en plein air.
6° Soutenir les forces au moyen d'une bonne alimentation , dans laquelle doit entrer l'usage fréquent de la viande fraîche.
70 Couper le travail par de fréquents intervalles de repos, et éviter les grandes fatigues musculaires.
Le médecin en chef de l'armée, Signé Scrive.
Ordre général.
Soldats !
Dans la journée du 16 août vous avez vaillamment combattu , et vous avez puni l'armée russe de son aventureuse tentative contre nos positions de la Tchernaïa.
Pour avoir été remportée le lendemain de la Saint-Napoléon cette victoire n'en célèbre pas moins dignement la fête de notre Empereur. Rien ne pouvait être plus agréable à son grand cœur, que le nouveau laurier dont vous avez décoré ▼os aigles.
Cinq divisions d'infanterie russe, soutenues par une artillerie nombreuse et des masses considérables de cavalerie, et présentant un effectif d'environ soixante mille hommes, ont fait effort contre nos lignes. L'ennemi comptait vous en chasser, et vous refouler sur le plateau de Ghersonèse ; vous avez confondu ses présomptueuses espérances ; il a échoué sur tout son front d'attaque, et les Sardes, à votre droite, se sont montrés vos dignes émules. Le pont de Traclir a été le théâtre d'une lutte héroïque, qui couvre de gloire les braves régiments qui l'ont soutenue.
Soldats,
Cette affaire, où les Russes ont perdu plus de six mille hommes, plusieurs généraux, et laissé entre nos mains plus de deux mille deux cents blessés ou prisonniers, et leur matériel préparé de longue main pour le passage de la rivière, fait le plus grand honneur au général Herbillon , qui commandait les lignes de la Tchernala et à sa division. .
Une batterie de position anglaise, du sommet qui domine Tchorgouna, nous a puissamment aidés à décider le mouvement de retraite de l'ennemi , sans engager nos réserves. Les Turcs, débarrassés d'une .fausse attaque, nous ont apporté l'appui de six bataillons et d'une batterie . • . .
Au grand quartier général, detant Sébastopol, le 17 août 1855»
Le général en chef Signé A. Pelissier.
Extrait d'un rapport de M. î intendant général de formée à Son Excellence le maréchal ministre de la guerre , en date du 19 août 1855.
• . . Le nombre des. blessés entrés dans les ambulances, à la suite du combat de la Tchernaïa, a été de :
Français. . . 810 , dont 46 officiers. Russes. • . . 1664, dont 38 officiers»
C'est donc un total de 2474 hommes , qui sont venus augmenter le nombre, déjà fort considérable, des hôtes de nos ambulances .
Les officiers russes ont été envoyés au grand quartier général ; 458 sous-officiers et soldats de celte nation ont été répartis dans diverses ambulances ; pour le reste, j'ai dû créer une ambulance provisoire à Kamiesch , en utilisant l'ancien camp baraqué établi là pendant l'hiver pour les troupes nouvellement débarquées. Des infirmiers ont été fournis par la brigade chargée des travaux de fortification de Kamiesch. Le personnel médical de l'ambulance était très insuffisant pour une aussi lourde tâche ; mais l'amiral Bruat ayant bien voulu mettre à ma disposition douze médecins de l'escadre, tous les pansements ont été faits rapidement, et hier, à deux heures du soir, il ne restait plus un seul blessé à panser. Le service administratif et celui de la pharmacie sont d'ailleurs assurés par l'ambulance permanente de Kamiesch. Prévenu par le télégraphe en temps opportun , le sous-intendant de Préval a pu faire préparer i l'avance cet asile provisoire, et lorsque les blessés sont
arrivés à Kamiesch , ils ont trouvé le couchage, de la tisane et du bouillon.
Je suis heureux , monsieur le maréchal , d'avoir une nouvelle occasion de vous dire combien je suis satisfait du service hospitalier de l'armée. Il y a tant de bon vouloir, d'intelligence inventive de la part de tous, fonctionnaires de l'intendance, médecins, comptables et infirmiers, qu'on arrive toujours et promptemeut à sortir convenablement des circonstances les plus difficiles. Mais je ne saurais mettre trop souvent sous les yeux de Votre Excellence les noms des principaux chefs de service, ceux à qui sont dus surtout ces heureux résultats : MM. de Séganville, sous-intendant militaire, et Scrive, médecin en chef de l'armée, . . . •
L'intendant général, Signé BuNCHOt.
Lettre de M. le médecin en chef de F armée d'Orient au sujet du concours des officiers de santé de la marine, à la suite de la bataille de Tractir, en date du $& août.
Monsieur l'intendant,
J'ai l'honneur de vous rendre compte d'un rapport qui m'a été transmis par M. Lebozec, chirurgien de première classe de la marine, sur la tâche chirurgicale qui lui a été confiée, ainsi qu'à un certain nombre de ses collègues, à la suite de la victoire du pont de Tractir (blessés russes). Du 7 au 21 août ces messieurs ont pratiqué, concurremment
avec nos chirurgiens de Kamiesch , 113 grandes opérations. Ils ont fait les pansements de 1203 blessés russes et extrait tous les corps étrangers. M. Lebozec, que j'avais chargé, comme le plus élevé en grade et le plus ancien , de la direction de ce service, s'est admirablement acquitté de ses fonctions, et mérite de grands éloges pour le zèle et pour l'intelligente activité qu'il a déployés dans cette circonstance. Il me signale dans son rapport comme s'étant particulièrement distingués, MM. Richer-des-Forges, Isnard, Porte et Thèse. Tous ont d'ailleurs fait grandement leur devoir.
Le chirurgien en chef de l'escadre, M. Marouin, a bien voulu, conformément au désir que je lui avais exprimé, prendre la haute direction des travaux, et aider ses subordonnés des lumières de sa grande expérience. Nous devons à ce chirurgien distingué des remercîments pour cette bien* veillante participation au service de son personnel.
La meilleure entente n'a cessé de régner entre les médecins de la marine et les nôtres. Chacun s'est prêté aide et assistance au besoin pour arriver à une action d'ensemble, si avantageuse dans les circonstances difficiles. M. Lebozec se complaît dans son rapport, et je le signale avec une véritable satisfaction , à donner les plus grands éloges à la cordialité et au mérite de nos médecins de Kamiesch , et il désigne particulièrement MM. Richepin et Hémard. Celte communauté de travaux s' ajoutant aux nombreux contacts de la mariné et de l'armée de terre, associées pour cette guerre, aura pour effet de resserrer encore le lien fraternel qui unit les médecins militaires aux médecins de la marine*
Je vous prie, monsieur l'intendant, défaire connaître à M. le général en chef le concours précieux que nous avons tr ouvé dansnos confrères de la marine, et lui demander,
au nom de nos camarades, que des remercîments leur soient officiellement adressés.
Le médecin en chef de l'armée,
Signé Scriye.
Ordre général.
Soldais !
Sébastopol est tombé. La prise de Malakoff en a déterminé la chute. De sa propre main l'ennemi a fait sauter ses formidables défenses, a incendié sa ville, ses magasins, ses établissements militaires, et coulé le reste de ses vaisseaux dans le port. Le boulevard de la puissance russe dans la mer Noire n'existe plus.
Ces résultats, vous les devez non-seulement à votre bouillant courage, mais encore à votre indomptable énergie, et à votre persévérance, pendant un long siège de onze mois. Jamais l'artillerie de terre et de mer, jamais le génie, jamais l'infanterie n'avaient eu à triompher de pareils obstacles ; jamais aussi ces trois armes n'ont déployé plus de résolution. La prise de Sébastopol sera votre éternel honneur.
Ce succès immense grandit et dégage notre position en Crimée; il va permettre de rendre à leurs foyers, à leurs familles, les libérables qui sont restés dans nos rangs.
Je les remercie, au nom de l'Empereur, du dévouement dont ils n'ont cessé de donner des preuves, et je ferai en sorte que leur retour dans la patrie puisse bientôt s'effectuer.
Soldats ! La journée du 8, dans laquelle ont flotté ensemble les drapeaux des armées anglaise, piémontaise et
française, restera une journée à jamais mémorable. Vous y avez illustré vos aigles d'une gloire nouvelle et impérissable. Soldats! vous avez bien mérité de la France et de l'Empereur !
Au grand quartier général, à la redoute de Malakoff, le 9 septembre 18*5.
Le général en chef, Signé A. Pélissier.
Rapport au Conseil de santé des armées sur l'exécution du service médical pendant les journées des 8, 9, 10 et 11 septembre 1855.
Monsieur le président ,
Gomme je vous l'annonçais dans ma dernière dépêche, l'attaque de Malakoff était imminente ; elle a eu lieu samedi 8 septembre, à midi. Au point de vue chirurgical, toutes les mesures avaient été prises, les ambulances de tranchée avaient été renforcées la veille; 16 médecins au Carénage, là à Karabelnaïa attendaient les événements; 12 étaient prêts au poste du Clocheton. Trois ambulances volantes , composées chacune de 3 médecins d'ambulance et d'un làédecin de régiment, avaient été préparées, afin de pouvoir se porter au besoin derrière nos colonnes.
Les troupes s'élancèrent vivement, et après quinze minutes d'attente et d'angoisse, nous eûmes la satisfaction de voir le drapeau français flotter sur la tour Malakoff; l'attaque principale avait complètement réussi sous l'élan irrésistible de la lre division du 2e corps. En même temps, le grand et le petit Redans étaient attaqués, le premier par
les Anglais , le second par les nôtres. Ces deux attaques échouèrent et nos colonnes, assaillies par une grêle de projectiles, furent obligées, après plusieurs tentatives infructueuses, de se replier sur les tranchées.
>La lre division parvint à se maintenir dans l'ouvrage Malakoff, malgré les efforts inouïs et plusieurs fois répétés des Russes pour la déloger. A deux heures, la 2* division du 1M corps se précipita avec une ardeur extrême sur le bastion Central , où , après avoir été repoussée et être revenue deux fois à la charge, elle dut céder au feu formidable de l'ennemi ; un second assaut avec les réserves eût sans doute réussi, mais il n'était pas nécessaire, Malakoff étant définitivement enlevé aux Russes. On ramena de cette attaque 680 blessés qui, recueillis sur le terrain par l'ambulance volante, arrivèrent à l'ambulance du Clocheton ; à huit heures du soir, les ambulances divisionnaires du 1er corps avaient reçu ces blessés et ils étaient pansés ou opérés. A droite, une masse considérable de blessés ne tarda pas à encombrer les portions de ravins affectées aux ambulances de tranchée: chacun se mit à la besogne sous ma direction et sous celle de M. Sécourgeon, médecin en chef du 2* corps, et après un travail de douze heures le terrain fut déblayé ; il n'arriva, pendant la nuit et le lendemain, que de rares blessés au Carénage et à Karabelnaîa. Ce travail assidu était rendu très pénible par la violence du vent qui soulevait des nuages de poussière. La première de ces ambulances avait donné des soins provisoires à 2500 blessés et pratiqué plus de 50 opérations graves d'extrême urgence ; la seconde avait pansé 1500 blessés et pratiqué 25 à 30 opérations.
Bien qu'il soit encore difficile d'établir rigoureusement le chiffre total de nos blessés à la suite de ces terribles affaires car il s'en présente chaque jour quelques-uns aux
ambulances, on peut sans exagération le porter approximativement à A800 disséminés dans les diverses ambulances de l'armée. Lundi, j'ai visité toutes les ambulances et j'ai constaté que tous les pansements provisoires avaient été remplacés et que les deux tiers dés opérations (375) avaient été pratiquées ; il reste environ 200 malades à opérer ; demain tout sera terminé. Nous avons reçu à la plage le concours bienveillant des médecins de la marine, comme à la suite de l'affaire de Tractir.
Un événement imprévu nous a agréablement surpris : vers neuf heures du soir, le jour de l'attaque et de la prise de Malakoff, le feu des Russes a cessé et a été remplacé par des explosions de mines formidables et par des incendies multipliés; l'ennemi abandonnait la partie sud et détruisait la ville par la poudre et le feu , en nous laissant maîtres de la place qui nous a coûté tant de généreux efforts.
Le personnel médical, que j'ai le bonheur de diriger, a été admirable de courage, de zèle, de dévouement et d'abnégation. À Karabelnaïa, il a rempli sa douloureuse tâche avec tin indicible sang-froid, malgré les projectiles qui arrivaient fréquemment dans notre ambulance ; heureusement aucun n'a atteint nos médecins dans ce lieu dangereux et j'en rends grâces au Ciel ; mais les médecins de corps, qui ont suivi leurs régiments, n'ont pas été aussi heureux : MM. les docteurs Daga, du 86« ; Goinard, du 10e de ligtiè; Huard, de la garde; Darcy, de la garde, et Didiot, du 49* de ligne, ont été atteints plus ou moins grièvement.
Je vous citerai comme s'étant plus particulièrement distingués et ayant mérité des récompenses : MM. Sécourgeon, Malapert et Méry, chefs médicaux des corps d'armée ^ Bourguillon , chef de service à Karabelnaïa; Brunwald . rbef de
service au Clocheton ; Mercier, cheftle service au Carénage; Colmânt, Félix, Leuret, Goutt, Gerrier, de Finance, Cordier, Moulinier, Laforét, médecins-chefs des ambulances divisionnaires ; les médecins aides-majors des ambulances Jaux, M au gis, Tédeschi (Karabelnala), Mignot (Carénage), Riolacci, Gillin, Vernay, Dunal, Conlrejean, Couderc, Fretin, Arondel, Chevassu, Brault, Pctitgand, Richepin, Nuzillat. Je vous prie de vouloir bien appuyer de votre haute influence les propositions de récompenses faites en faveur de nos braves et dignes collaborateurs.
J'ai l'honneur, etc.,
Le médecin en chef de l'armée, Signé Sciuvfi.
PIÈCE JUSTIFICATIVE N* lô.
Extrait du grand rapport du maréchal Pélissier, en date
du 14 septembre 1855.
Comme toujours, monsieur le maréchal , nos blessés et ceux de l'ennemi ont reçu les soins les plus empressés, les plus intelligents et les plus complets. Nous devons à la bonne organisation de tous nos services hospitaliers et au dévouement du personnel qui en est chargé, la satisfaction d'en sauver un grand nombre.
, lie maréchal de France, Signé A. Pélissier,
Extrait d'un rapport de monsieur F intendant général^ à Son Excellence le ministre de la guerre, en v date du il septembre 1855,
Monsieur le maréchal ,
La glorieuse journée du 8 a fait entrer dans nos ambulances 4472 blessés, dont 212 officiers français-, de plus 554 blessés russes. Il a fallu l'expérience et le dévouement du personnel placé sous mes ordres pour que le service ait pu être convenablement fait dans cette circonstance tout exceptionnelle
Nous avons aujourd'hui, dans nos ambulances de Crimée, 10,520 hommes, dont 372 officiers . .
Officiers de santé, fonctionnaires de l'intendance , officiers d'administration, officiers et soldats du train des équipages, infirmiers , tous ont fait leur devoir avec le dévouement le plus louable et le plus complet, et dans cette journée si glorieuse pour nos armes, le service hospitalier et le service administratif ont dignement rempli la tâche qui leur était confiée.
. ; L'intendant général , Signé Blanchot.
Lettre du Conseil de santé au médecin en chef de V armée d' Orient r en date du 29 septembre 1855.
Le Conseil de santé a pris avec le plus vif intérêt connaissance de vos rapports sur le service médical pepdant la journée du 8 septembre ; sur vos habiles et sages mesures pour disposer les ambulances et organiser les secpurs en raison de l'urgence des besoins ; sur les généreux efforts de nos médecins, dont le zèle et l'abnégation se sont élevés à la hauteur de l'héroïsme de l'armée.
Le Conseil s'est empressé de mettre sous les yeux du ministre les noms des médecins que vous avez signalés comme s'étant particulièrement distingués, et a fortement appuyé sur les titres qu'ils ont acquis dans cette méi^Qr^ble circonstance.
En terminant cette lettre, le Conseil vous prie d'être son interprète auprès de vos collaborateurs pour leur brillante conduite, pour les services qu'ils ont rendus, pour l'habileté et le dévouement dont ils ont fait preuve.
Il vous félicite vous-même de la haute rémunération qui vous a été accordée et que la remarquable iqapulsion que vous avez donnée au service vous a si dignement méritée. Recevez, etc,.
Le Président du Conseil de santé, Signé Bégin.
Lettre de Son Excellence le ministre de la guerre à mon» sieur le Président du Conseil de santé des armées, en date du 2 octobre 1855, sur F exécution du service médical pendant le mois précédent.
Monsieur le Président,
J'ai lu avec intérêt le rapport que vous m'avez adressé au nom du Conseil de santé sur le service médical dé l'armée pendant le mois dernier.
Ce service a été admirablement fait, je suis heureux de le reconnaître, et je me plais à vous dire combien j'ai apprécié le zèle et le dévouement dont le corps de santé a fait preuve pendant la rude journée du 8, ainsi d'ailleurs qu'à toutes les époques de la campagne.
Je désire que vous fassiez connaître d'une manière toute particulière à M. Scrive et aux médecins qui l'ont si bien secondé, ma satisfaction de leur belle conduite.
Prenez, monsieur le président, votre part de cet éloge ; le conseil de santé peut à juste titre être fier du corps qu'il dirige.
Recevez, je vous prie, l'assurance de ma parfaite considération, et de mes sentiments dévoués.
De la main de monsieur le maréchal ,
J'ai lu votre rapport à l'Empereur ; sa majesté a été très satisfaite.
Signé le maréchal ministre de la guerre
Vaillant.
L'armée apprendra avec joie un nouveau succès. Les drapeaux de l'Angleterre et de la France flottent depuis le 17 sur les murs de Kinbourn ; la clef des embouchures du Bug et du Dnieper est au pouvoir des armées alliées.
Cerné du côté de la mer par les escadres des amiraux Bruat et Lyon s, et du côté de la terre par la division anglofrançaise du général Bazaine, le fort de Kinbourn a capitulé sans conditions, après cinq heures de bombardement ; sa garnison, qui se composait d'un officier général , de 40 officiers et de 1380 soldats , en est sortie avec les honneurs de la guerre, et s'est constituée prisonnière, abandonnant dans le fort 174 bouches à feu, 25,000 projectiles, 120,000 cartouches, des poudres et des approvisionnements de toute nature.
La journée du 17 octobre, dans laquelle la flotte et l'armée ont été si heureuses d'associer de nouveau leurs efforts pour le même but, ajoute encore à la gloire et à la renommée des armées alliées. Elle a terrifié les Russes qui , dans leur désespoir, ont dès le lendemain fait sauter le fort Otchakoff, et trois batteries rasantes qui l'entouraient. Kinbourn entre nos mains devient une menace permanente contre Nicolaïef et Kerson.
; Au grand quartier général, À Sébastopol, le 20 octobre 1855.
Le maréchal commandant en chef Signé À. Pelissier.
Rapport au président du conseil de santé, en date du à décembre, sur la décade du 20 au 30 novembre.
Nos malades augmentent sous l'influence d'un continuel mauvais temps ; cependant les maladies ne sont pas très sérieuses , et la mortalité n'atteint pas , relati vemen t à l'effectif considérable de l'armée , un chiffre trop élevé ; une conséquence plus fâcheuse, c'est que nos établissements hospitaliers s'emplissent et que depuis quelques jours il a fallu mettre un certain nombre de malades sous des tentes doubles , les baraques ne suffisant plus ; d'autre part, les évacuations sont sujettes à de nombreuses éventualités, et l'on ne peut pas compter sur l'envoi du trop-plein à Constantinople. Cette obligation de mettre des malades sous tentes, pendant la mauvaise saison , et qui nous a coûté bien cher pendant l'hiver de 1854, nous sera encore très préjudiciable actuellement, car, comme je le disais au conseil dans un précédent rapport, le nombre de quatre mille cinq cents places sous baraques que nous possédons à peine, nous paraît très insuffisant. C'est beaucoup cependant, si Ton compare les conditions hospitalières du moment avec celles de l'année dernière. J'espère encore tirer un grand parti des infirmeries régimentaires, dont je pousse avec la plus grande activité l'achèvement complet dans tous les régiments. Je fais exercer par les médecins en chef des corps une surveillance active, afin que chaque médecin tire tout le bien possible de cette institution d'infirmeries. Je pourrai peut-être avoir, de cette manière, en dehors des hôpitaux, un mouvement journalier de malades légèrement atteints s' élevant à un gros chiffre (entre 1200 et 1600). Le moral de l'armée est généralement
bon ; cependant, on m'a signalé déjà bon nombre de nostalgiques dans les jeunes recrues, qui constituent la plus forte partie des troupes ...........
JPai l'honneur, etc.,
lie médecin en chef de l'armée,
Sigpé Soute.
LISTJB PPS OFFICIERS PI SANTÉ DÉCÉDÉ6 PENDANT Lfl COURS M CETTE PfRJODE, PAR BUfT* QI MALADIES COrçTBj^TÉKS DANS LEDR SERVICE.
MM. Godzier, médecin aide-major de 8* classe. 9 juin 1855. HPBklain, médecin aide-major de 1" classe, 10 juin 1855* QPhthjer, pharmacien aide-major, id. 6 juillet 1855. Videt, médecin aide-major de 2e classe. 12 août 1855. Mestre, médecin principal , id. 29 juillet 1855.
Michèle*, médecin-major, id. k août 1855.
Marqués, médecin aide-major de l* classe. 16 octobre 1855. Tavernier, médecin-major de 2* classe. 22 octobre 1855. Mercier, id. & novemb. 1855.
(Tous morts du choléra, excepté CQuzier qui a succombé au typhus, et Mercier à un étranglement interne.)
Sommaire. — Pressentiment de la paix. — • Absence presque complète d'événements de guerre. — État défeasif réciproque. : — Affaire heureuse des postes de Baga et d'Orkousta. — Emplacement de nos forces militaires et préparatifs d'hivernage. — Tentes creusées et gourbis en clayonnage et torchis. — Appréciation de ces abris, -r- Annonce de la naissance auguste d'un Prince impérial. — Certitude de la signature du trajté de paûç, — * Fraternisation avec les Russes. — Visites de médecins russes au médecin en chef français. — - Expériences oaoniques. — Départs successifs des troupes. — Dernier départ le fi juillet, et évacuation totale de la Crimée,, — Examen raisonné des faits médicaux pendant cette période. — Série suivie des rapports médicaux au conseil de santé et à l'inspecteur Baudens.
Les événements militaires de cette dernière période ont offert peu d'intérêt, car on pressentait, de part et d'autre, la conclusion probable de la paix, et Ton se con? tentait de se tenir sur la défensive. Une seule affaire militaire digne d'être notée se passa aux avant-postes de Baga et d'Orkousta, dans la vallée de Baïdar. Les Russes, au nombre de 3000 fantassins et cavaliers, attaquèrent notre ligne dans les points indiqués, et furent énergiquement repoussés par nos soldats, avec perte de plus de 150 hommes tués ou blessé §. Notre dommage consista en 16 hommes enlevés, 2 tués et 9 blessés. Le service médical fut parfaitement assuré par le docteur Pomonti, médecin aide-major de 1" classe, chef de l'ambulance volante de la lw division du 1" corps. Nous étions cependant en état permanent de guerre, malgré cette cape* jrance généralement ressentie de la conclusion prochaine de la paix, et il était nécessaire de prendre toutes les
précautions de défense que la prudence comportait: à cet effet , toutes les forces militaires françaises furent échelonnées, en face des places d'armes occupées par l'ennemi, le long d'une ligne de douze lieues, qm mesurait la distance entre Sébastopol et les dernières limites de la vallée de Baïdar. La 1" division du 1" corps, commandée par le général d'Autemarre, fermait les passages de la vallée, et commençait la ligne de bataille qui, de l'est à l'ouest, était continuée sur le côté de la Tchernaïa, par l'armée sarde, par les lw et 2* divisions du 2e corps et la 4e du corps de réserve, campées sur les monts Fédouchine, et ayant, derrière eflesj en réserve, au milieu de la vallée de Balaclava et sur la route de Woronzoff, les i,# et 2e divisions du corps de réserve. Le plateau d'Inkerman était relié aux monts Fédouchine par la 3e division du 2e corps, campée en partie sur une colline de la gorge d'intersection, et en partie sur le revers du plateau. D'Inkerman à Sébastopol, la défense était confiée à la A* division du 2e corps, installée dans les parages où se trouvait la redoute Canrobert. À Sébastopol même était baraqué un régiment, qu'appuyaient derrière, sur le terrain des anciennes attaques de gauche, près de la baie de Stréliska, deux divisions du 4W corps, 2e et âê. La 4e division de ce corps occupait les emplacements abandonnés par la garde impériale rentrée en France, dans le voisinage du grand quartier général, près duquel campait, pour les besoins de l'état-major général, le If régiment de hussards. Un régiment de ligne, le dernier arrivé, était, à poste fixe, baraqué sur la plage ; un ou deux régiments des divisions du 1er corps y pas*
DU Ie' DÉCEMBRE 1855 ÀtJ 6 JUILLET 1856. 269
saient huit jours à tour de rôle, occupés aux travaux des fortifications de Kamiesch. Les quatre régiments de chasseurs d'Afrique étaient campés sur les hauteurs voisines de Kasach, dans le périmètre des ouvrages de défense. La brigade de cavalerie de réserve était installée près des ravins du Monastère. La garnison d'Eupatoria était composée de la 3e division d'infanterie du corps de réserve et de trois régiments de cavalerie, dragons et hussards ; à Kinbourn était le 95* de ligne ; et à Kertch, le 4* régiment de marine. Sauf la garnison d'Eupatoria, dont une partie était logée dans les mauvaises maisons des habitants, et les quelques régiments baraqués à Sébastopol et à la plage, toutes les autres troupes de l'armée étaient abritées sous des tentes de campement creusées et dans des huttes construites, sur les bords d'une tranchée pratiquée dans le sol, avec des pierres, du clayonnage et du torchis. La plus grande partie de ces derniers modes d'abris étaient étroits, mal aérés, malsains , en raison de la difficulté de se procurer le bois convenable à ces constructions; il n'y avait qu'à Baïdar où l'on put, en raison de l'abondance du bois, leur don* ner des dimensions favorables au renouvellement de l'air ; aussi il nous a été possible plus tard, en comparant les résultats médicaux de l'hivernage, de constater, au point de vue de la salubrité , l'immense supériorité de ces vastes cabanes bien aérées.
L'expérience, pendant deux hivers, de cette méthode d'installation des troupes, nous a rigoureusement démontré que, pendant la mauvaise saison , l'habitation de ces demeures improvisées devient dangereuse après plu*
sieurs mois de séjour, et qu'il n'y a qu'un remède, c'est de se hâter de les transporter sur un terrain neuf (ce qui n'est pas toujours possible à cause de la continuité du mauvais temps) , si Ton ne veut pas voir éclore les terribles maladies épidémiques qui font tant de ravages dans les armées. Dans notre premier hiver, pendant lequel les rigueurs du froid n'atteignirent pas leur maximum d'intensité, nous ne pûmes éviter F explosion de cas isolés et à formes atténuées de typhus; mais pendant notre second hiver, lorsque le refroidissement de l'atmosphère devint excessif et durable, ce fut bien pis, et le véritable typhus des armées nous envahit, malgré l'énergique résistance que nos efforts surhumains opposaient à la marche du terrible fléau. Les regrettables pertes que l'armée d'Orient a éprouvées dans cette lutte inégale contre cet impitoyable agent de destruction, ont dépassé, sans la compensation de gloire et de victoire, l'équivalent des résultats sanglants d'une grande bataille livrée à l'ennemi.
La proclamation à l'armée de deux événements d'un puissant intérêt, récemment accomplis, contribuèrent à soutenir les courages, et à nous consoler de nos infortunes i le premier, connu le 23 mars, et annoncé par 101 coups de canon à chacune des armées alliées, fut l'heureuse naissance d'un Prince impérial, nouveau gage, donné par la Providence aux destinées de la France ; le second , en date du 2 avril r fut la signature de la paix. (Pièces justificatives noa 1 et 2.)
Ce dernier événement rendit désormais inutiles et permit d'escalader librement les barrières qui nous sépa-
raient des Russes, et de fraterniser avec nos ennemis, devenus nos amis, en échangeant des témoignages d'estime et de politesse. Il y eut, en avril, comme signe de bonne amitié , une revue de l'armée d'observation russe , en présence des généraux des armées alliées, et ensuite le général Luders, notre ancien adversaire, assista à la double revue des troupes françaises et anglaises.
Je reçus, pendant le mois de mai, en ma qualité de principal représentant, en Crimée, de la médecine mili* taire française, les visites de deux médecins de l'Université de Kiew, MM; les docteurs Alferieft et Maering, et do docteur Rozenberger, chevalier de notre ordre de la Légion d'honneur, conseiller d'État de S. M. l'empereur de toutes les Russies ; ce dernier avait été envoyé, avec un jeune médecin, en Crimée, pour s'occuper de certaines questions d'hygiène. Ces messieurs furent accueillis par nous comme ils devaient l'espérer.
En date du 6 mai, nous commençâmes, sur trois points de notre occupation, des expériences ozoniques, qui durèrent un mois, en exécution des ordres de Son Excellence le ministre de la guerre. Le résultat de ces observations, faites avec soin, au point de vue du typhus* seule maladie qui régnait alors, fut absolument négatif.
Aussitôt après la confirmation officielle de l'acceptation de la paix par les puissances représentées au congrès, on commença l'embarquement des troupes qui devaient évacuer la Crimée ; on suivit, pour l'armée française, l'ordre suivant : les hommes libérables, les troupes d'Eupatoria, les contingents des nouveaux régiments de la garde, le
2e corps, le !•* corps, la cavalerie, et deux divisions et demie du corps de réserve, les parcs de l'artillerie, du génie et du train ; les établissements hospitaliers suivirent, dans le même ordre, le départ des divisions dont ils faisaient partie ; l'ambulance de Kamiesh, seule, fut conservée jusqu'à F avant-dernier jour.
Le départ du reste des troupes (trois régiments de ligne et un bataillon de chasseurs), du maréchal commandant en chef et de son état-major général, de l'intendant et de tout le personnel du grand quartier général, eut lieu le 6 juillet 1856. Les derniers médecins, que j'avais conservés auprès de moi, jusqu'à l'évacuation complète, étaient M. Definance et Chevassu, du grand quartier général, Godot, Baradou et Laugier, de l'hôpitalde la plage.
L'examen raisonné des faits médicaux qui se sont passés, pendant le cours de cette période, et que je vais esquisser ci- après, donnera une idée d'ensemble des conséquences fatales du rigoureux hivernage de 1855 à 1856. Afin de compléter cet aperçu général, je le ferai suivre de mes rapports décadaires au président du conseil de santé des armées ; de cette façon, il sera facile de suivre pas à pas les moindres particularités de la situation sanitaire, décrite pour chaque décade. Les enseignements auxquels conduisent cette terrible épreuve médicale, qui a duré plus de quatre mois, sont si importants pour l'avenir, qu'il ne nous est pas permis d'omettre le plus petit détail, susceptible de devenir, peut-être un jour, utile au progrès de la science et au plus grand bien de l'humanité.
C'est seulement a dater de décembre 1855 que le
DU 1er DÉCEMBRE 1855 AU 6 JUILLET 1856. 273
nombre des malades de l'armée augmenta dans une proportion considérable , et que les maladies prirent une gravité plus- grande, conséquence immédiate de l'action des premières intempéries de la saison d'hiver, agissant sur les soldats dans les conditions mauvaises et exceptionnelles d'un second hivernage. Cette recrudescence avait été prévue. En effet, le médecin inspecteur, M. Baudens, que j'avais instruit des événements médicaux du premier hiver passé en Crimée par nos troupes, écrivait, ce que j'avais dit déjà à plusieurs reprises, à l'autorité : que l'on commettrait une grave erreur si l'on pensait que, malgré la terminaison du siège, il n'y aurait pas dans l'armée de très nombreux malades ; et il étayait cette opinion de l'examen des chiffres de l'année précédente, et de considérations comparatives sur les causes morbides les plus efficaces à devoir nécessairement provoquer l'invasion de grandes et nombreuses maladies. 11 disait encore que les tentes, destinées à abriter les soldats, ne constituaient pas une habitation salubre et convenable pour l'hiver ; qu'elles seraient la cause productrice de beaucoup- de maux ; car, si l'on .creuse le sqI qu'elles couvrent, on s'expose à l'infiltration des liquides animalisés et à l'infection rapide de ce sol ; si on ne le creuse pas, elles ne peuvent protéger contre un froid intense ; il ajoutait qu'il en serait de même pour les abris en torchis et les huttes ; que tous ces divers modes d'abris ne comportent pas, pour les hommes, la quantité d'air respirable. suffisante, et qu'enfin tous les soin» possibles seraient impuissants devant cette
lâcheuse influence; que si l'on ajoutait les difficultés
d'une ligne de défense établie sur une longueur de douze lieues, le qui-vive perpétuel des soldats à l'endroit de l'ennemi , les alertes de nuit, l'obligation d'aller chercher bien loin l'eau, le bois et les vivres, on trouverait des auxiliaires énergiques légitimant encore nos prévisions sur le nombre considérable de malades fournis par l'hiver. Dans le but de conjurer l'orage qui nous menaçait, nous avons donné le prudent conseil d'augmenter le nombre des places sous baraques dans les ambulances, et d'y réunir tous les moyens nécessaires à une gestion médicale convenable, tels que matelats, châlits, draps, etc. Nous possédions alors 4,500 places à peine : nous en demandions 7,000 à 8,000, et plus confortables. Malheureusement l'autorité ne put donner satisfaction à l'expression rationnelle de nos besoins, et nous demeurâmes avec les seules ressources de 4,500 places, devant une éventualité- inquiétante. Une nouvelle cause destructive vint encore bientôt s'ajouter à toutes celles qui résultaient des conditions pénibles de la vie du soldat, ce fut l'extrême rigueur de la température : le thermomètre, pendant presque tout l'hiver, a vacillé de 7 à 8 et 42, de 18 à 22 et 24 degrés centigrades au-dessous de 0 ; la neige s'est montrée fréquemment , et souvent des tourbillons insupportables étaient soulevés par la violence du vent de mer.
Pendant le mois de décembre,, le nombre des malades s'accrut prodigieusement, en quelques .jours, par le déve* loppement du scorbut, favorisé dans sa marche erfvahis* santé par le défaut d'aliments végétaux et le froid humide.
11 fallut placer des tentes dans les ambulances, parce que les baraques ne suffisaient plus, et Ton conçoit toute la difficulté d'une médication convenable sous des abris de toile. A cette époque, et afin de nous débarrasser de notre excédant de malades, qui menaçait de produire un encombrement désastreux, des évacuations sur Constantirtople furent demandées avec instance, mais ne purent être obtenues du commandement , qui n'avait pas , à point nommé, entre les mains, les moyens de transport suffisants pour faire, dans nos établissements hospitaliers, un vide proportionnel aux nombreuses entrées de tous lés jours. Nous dûmes, par conséquent, faire contre mauvaise fortune bon cœur et accepter les inconvénients graves d'une situation que nous avions prévue, et qui ne pouvait être empêchée que par l'emploi des mesures conseillées, mais non exécutées par suite d'impossibilité ; ce que le médecin d'armée n'est jamais appelé à juger. C'est alors que se déclarèrent , après cette extrême tension de notre situation médicale et hospitalière , les premiers cas de typhus, engendrés dans les régiments par les causes infectieuses générales que noua avons signalées, et qui avaient fini par entamer la constitution d'un grand nombre d'hommes. En décembre, on constate 734 cas; en janvier, .1,523. Pendant ces deux mois, la mortalité n'est pas exagérée, et l'on guérit un certain nombre de typhiques (787 décès) ; mais en février, avec notre situation hospitalière insuffisante et encombrée, Faccroissertient des hommes atteints de typhus passe les bornes et nous sommes complètement débordés. Nous
avons la douleur de constater notre impuissance médicale ; la médecine curative n'a plus rien à faire, et ses adeptes en sont réduits aux paroles consolantes en faveur des malheureuses victimes du fléau, tout en leur administrant des remèdes souvent inefficaces. Le personnel médical éprouve à chaque instant de nouvelles pertes; presque chaque jour un, deux et quelquefois trois médecins sont frappés par la contagion. En février, 3,402 malades typhiques sont entrés aux ambulances, 1,435 sont morts. Le typhus envahit bientôt les malades ordinaires atteints de scorbut, fièvres, diarrhées, etc.; il transforme ces maladies en s'y associant , et double à peu près le chiffre de la mortalité. L'extension des foyers contagieux n'est ni arrêtée ni diminuée par les mesures énergiques d'hygiène mises à l'ordre des ambulances, en date du 5 janvier 1856 (Pièce justificative n°3). Le fléau devient, dans les mois de février, mars, avril, la maladie unique; et tout état morbide, même léger, est bientôt transformé en typhus.
Pendant tout le temps que dura cette cruelle période, et malgré nos incessants efforts, nous ne trouvâmes aucun moyen de lutter avec avantage contre un ennemi insaisissable dans les conditions où nous nous trouvions: le mauvais temps s'opposait à l'efficacité de -nos mesures d'hygiène, et nous tenait en suspens devant le danger ; les évacuations même, seul remède rapide et applicable dans cette circonstance, n'étaient pas toujours possibles , soit parce que le temps s'opposait au transport des malades jusqu'à la plage, soit parce que les
bateaux manquaient par suite des tempêtes de la mer Noire. En résumé, tous les moyens humainement possibles n'auraient rien pu faire, durant cet hiver rigoureux, pour la modification avantageuse d'une situation aussi fâcheuse ; et quiconque a vécu en Crimée et supporté les vicissitudes atmosphériques de la mauvaise saison sur le plateau aride et boueux de Chersonèse , aura la même conviction. L'expérience seule de l'année précédente pouvait servir de guide et prévenir toute catastrophe. Lorsque la force des choses eut rendu nos moyens médicaux impuissants, nos médecins, habitués à de meilleurs résultats, ont éprouvé une tristesse profonde en voyant leurs soins empressés ne pas répssir; hommes de dévouement et d'abnégation , ils ont bravement partagé le sort des victimes de l'épidémie, et ont su trouver dans leur cœur attristé dés aspirations généreuses et consolantes en faveur des pauvres soldats qui mouraient si malheureusement à côté de leur glorieux champ de bataille.
Je dois ajouter, pour rendre hommage à la vérité, qu'aussitôt qu'il a été possible d'opposer au fléau les moyens capables d'en arrêter la marche désastreuse, lorsque quelques beaux jours ont permis de travailler à l'assainissement des locaux hospitaliers et d'obtenir de nombreuses évacuations, qui ont fait cesser l'encombrement, nos efforts ont retrouvé leurs succès, et nous avons conservé à l'armée un grand nombre de ses soldats. Mais ce ne fut qu'après quatre mois de souffrances morales horribles que nous pûmes opposer une digue résistante au torrent épidémique. Soixante-quinze médecins
de Crimée subirent la contagion du typhus, et trente et un succombèrent pendant cette dernière période. L'épidémie continua ses ravages à Constantinople et même en France, et ajouta au nécrologe des médecins de l'année d'Orient quinze nouvelles victimes, dont trois à l'hôpital du Frioul, près de Marseille.
Les tableaux ci-après indiquent, par mois, le premier, le nombre des typhiques venus des régiments ; le second, les entrées et le mouvement des malades de toute l'armée pendant les quatre mois de l'intensité extrême du iyphus :
MOIS
Décembre • .
Janvier . . • .
Février Mars
Restants au 4«r déc. 1855
ENTRES typhiques dès corps.
asà
SORTIS
guérit.
évacués
sur
GonsUntia.
DÉCÈDES.
Resta a U «a Si mars I85i
MOIS
Décembre .
Janvier . . .
Février . . .
Mars
Restants File 1«r déc. 1855.