EFFECTIF
ENTRES
mm*
SORTIS
guéris.
ÉVACUÉS
sur "Constant.
DK4KD&.
Restants le ter avril 18180
DU Ie' DÉCEMBRE 1855 AU 6 JUILLET 1856. 279
Le nombre des malades entrés aux hôpitaux pour des maladies ordinaires : scorbut , fièvres , lésions externes, etc., qui ont subi l'influence de la contagion typhique , a dépassé le chiffre des typhus spontanés produits par la misère ; de sorte que, sans exagération, on peut porter à 18,000 ou 20,000 le total général des invasions typhiques spontanées et communiquées observées en Crimée.
Dans notre situation de guerre sur le sol criméen, la moyenne entre les entrées et l'effectif, et celle entre les décès et les entrées, établies sur la statistique médicale des mouvements' mensuels, d'octobre 1854 à octobre 1855 (période d'un an), ont été de 1/10% ou 1 entrée sur 10 soldats, et 1 décès sur 10 malades traités; tandis que les mêmes moyennes, formulées pour les quatre mois de l'hiver de 1855 à 1856, donnent 1 entrée sur il 3/10" des soldats, et 1 décès sur 5 à/10ei des malades traités ; proportions qui n'avaient jamais été atteintes que pendant le mois de juin, remarquable par ses grands événements de guerre et son épidémie de choléra. La mortalité spéciale du' typhus pur a été plus effrayante encore, car elle constate 1 mort sur 2 8/10" des atteints ; et nous ne tenons pas compte , dans nos calculs , des nombreux malades évacués sur Constantinople , et qui, soit pendant la traversée, soit dans les hôpitaux de cette ville, ont succombé et ajouté un contingent considérable au chiffre de la mortalité.
11 est bien évident, pour tout observateur qui apprécie h valeur de la comparaison que nous venons de faire,
que pendant les quatre mois du règne du typhus, les ressources de l'art médical contre l'influence fatale de ce fléau ont été bien précaires et bien impuissantes. Peut* il en être autrement, du reste, lorsque d'impérieuses nécessités de guerre imposent l'obligation d'entasser des milliers de malades dans d'étroites baraques, en les cou* chant deux à deux, ou trois à trois, sur des lits de camp, ou sous des tentes, dont le sol, dans les moments d'encombrement, ne pouvait être garni que d'une natte et d'une couverture pliée en double. Avec de pareilles conditions, qui sont faites pour favoriser la contagion, est-il possible, même avec les soins les plus éclairés, les mieux entendus et les plus dévoués, est-il possible, dis-je, d'obtenir des résultats comparables à ceux de nos hôpitaux de France , où tout vient en aide au médecin.
En quatre mois, 47,800 hommes d'une armée, sur un effectif de 145,000, sont entrés en maladie dans nos ambulances, pendant l'hivernage de 1855 à 1856; 9,000 sont morts; un nombre égal, parmi les malades qui ont été évacués, a peut-être succombé dans les hôpitaux de Constantinople et de France. En présence de ces faits, on éprouve une impression pénible, et l'on est en droit de s'étonner qu'au xixe -siècle on ne possède pas de moyens certains de prévenir l'exagération de semblables pertes dans l'armée, ou au moins de les réduire à des proportions normales. La guerre entraîne nécessairement dé grands sacrifices ; mais on devrait être bien persuadé de cette vérité : que les pertes produites par
les combats les plus meurtriers n'égalent que le quart des pertes totales qu'une armée éprouve généralement ; si l'on en doutait, la dure et longue campagne de Crimée en fournirait une nouvelle preuve. C'est vers ce but principal, la diminution des causes trop nombreuses qui finissent par détruire nos armées par la maladie, que tous les efforts généreux doivent tendre ; et je ne doute pas que l'on arrivât à un résultat satisfaisant, si Ton introduisait dans les conditions de l'existence d'une armée, soit en psâx, soit en guerre , de sages règlements d'hygiène ayant force de loi, et n'étant plus soumis à l'arbitraire de chacun, comme par le passé. J'aurai occasion de revenir sur cette question , intéressante au double point de vue de l'humanité et de la guerre ellemême.
Afin de compléter les documents de statistique médicale de la campagne tout entière (les hôpitaux de Constantinople, qui n'étaient pas sous ma direction médicale, exceptés), je donne ci-après le tableau résultant delà répartition des malades pendant les mois d'avril, de mai, de juin, et les cinq premiers jours de juillet 1856.