‹ Relation médico-chirurgicale de la campagne d'Orient, du 31 mars 1854, occupation de la Crimée, au 6 juillet 1856, évacuation de la CriméeChapitre 25 sur 31 · FONCTIONNEMENT DU PERSONNEL MÉDICAL · texte numérisé non relu

FONCTIONNEMENT DU PERSONNEL MÉDICAL

situation précaire du personnel de santé à son arrivée à Gallipoli ; je pourrais en citer cent autres qui se sont passés sous mes yeux. Ce défaut d'assistance a eu encore une terrible influence, en obligeant nos médecins à vivre dans l'enceinte des malades : le contact permanent des foyers d'infection a contribué à accroître le nombre des victimes du corps médical.

Nonobstant ces conditions pénibles de l'existence individuelle, le devoir imposait aux médecins les soins des malades. Pour atteindre ce but d'une manière convenable, nos camarades passaient ordinairement huit à dix heures par jour auprès des malades et des blessés. L'insuffisance toujours constante du personnel obligeait chaque médecin traitant à une visite de plus de cent fiévreux ou blessés, et souvent, comme il n'avait personne autour de lui pour lui venir «n aide, il devait, tout en faisant la visite, inscrire lui-même ses prescriptions, et procéder ensuite à leur exécution rigoureuse. A l'époque des grands combats, le service médical prit une exagération encore plus considérable : ce fut sur les nuits qu'il fut nécessaire de prendre le temps, dont on avait besoin pour l'achèvertient de la besogne. Tandis que les feux étaient éteints dans tous les campements, et que la plus grande partie de l'armée combattante jouissait d'un repos, réparateur de ses forces épuisées, les médecins veillaient; et les ambulances sous tentes, resplendissantes de clarté au milieu des ténèbres de la nuit; indiquaient la continuation de l'œuvre médicale.

11 fallait encore en plus, trouver le moyen de fournir une garde de tranchée tous les trois jours, et d'accompa-

476 résumé d'ensemble.

gner à la plage, pour parer aux accidents éventuels, les évacuations de malades, envoyées presque tous les jours par chaque ambulance de division .

Lorsqu'un combat avait lieu au loin, le personnel médical recevait Tordre de se transporter à cheval sur le terrain du combat, faisait quelquefois 8 à 10 kilomètres pour y arriver, comme cela s'est pratiqué pour l'affaire de Traktir, travaillait toute la journée en plein soleil, rentrait à son poste à la tombée de la nuit, et se mettait alors à l'achèvement de la besogne commencée le matin.

On est en droit de déclarer que si le corps médical, souvent réduit à un mince effectif par les maladies, n'a jamais été débordé par un labeur aussi considérable, C'est que son actif dévouement au soulagement des infortunes a dû doubler son courage et ses forces. Au prix des plus grands sacrifices, le médecin militaire a voulu montrer qu'il avait aussi ses moments d'héroïsme, et que, de même que les soldats du siège, il ne reculerait devant aucun obstacle, devant aucun danger. Aussi |>ar son mérite scientifique , son initiative intelligente ; son zèle ardent , son dévouement et son abnégation absolus , le corps médical de l'armée d'Orient s'est élevé au degré le plus considérable d'honorabilité qu'un corps savant puisse acquérir. Et non-seulement les soins dévoués et consciencieux de nos médecins ont été prodigués à leurs braves compagnons d'armes, mais encore ils.se sont étendus, avec la même sollicitude de secours généreux et efficaces, à nos ennemis blessés et malheureux, ainsi que les lois de l'humanité en prescrivent l'impérieux devoir. Malheureusement toute conquête coûte très cher, et de

Page 1