‹ Relation médico-chirurgicale de la campagne d'Orient, du 31 mars 1854, occupation de la Crimée, au 6 juillet 1856, évacuation de la CriméeChapitre 7 sur 31 · ORDRE GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

ORDRE GÉNÉRAL

SbUtots,

Vous venez de donner de beaux exemples de persévérance, de calme et d'énergie, au milieu des circonstances douloureuses qu'il faut oublier. L'heure est venue de combattre et de vaincre.

It'ennemi ne vous a pas attendu sur le Danube; ses colonnes démoralisées, détruites par la maladie, s'en éloignent péniblement, et c'est la Providence, peut-être, tjui a voulu nous épargner l'épreuve de ces contrées malsaines* C'est elle aussi qui vous appelle en Grimée, pays salubre tomme te nôtre, et à Sébastopol, siège de la puissance Hibsé iîàHs ces tnteïô, xjû nous allorifc chercher ensemble le gage de la paix et du telôur dans nos foyers.

L'ettUneprise efct grande el digrië de vous : vtous la réaliserez à l'aide dta plus formidable appareil militaire et maritime qui se vit jamais. Les flottes alliées, avec leurs trois mille. cartons et leurs vingt-cinq mille braves matelots, vos émules çt vos compagnons d'armes, porteront sur la terre de Crimée une armée anglaise, dont nos pères ont appris à respecter la haute valeur, une division choisie de ces braves Ottomans qui viennent de faire leurs preuves sous vos yeux, une armée française que j'ai le droit et l'orgueil d'appeler l'élite iâe notre armée tout entière.

Je vois là plus (Jùe le gage du succès : j'y vois le succès lui- môme. Généraux, chefs de corps, officiers Ae toutes armes, votas partagerez et ferez passer dans l'âme de vos soldats la confiance dont la mienne est remplie. -Bientôt nous Allierons ensemble les trots drapeaux réunis, flottant sur

les remparts de Sébastopol, de notre cri national : Vive l'Empereur !

Au quartier général, à Varna, le 25 août 1854.

Le maréchal de France, commandant en chef l'armée d'Orient,

Signé : A. de Saint-Arnaud.

Cette grande détermination du général eri chef entraînait la nécessité d'un service de santé fortement organisé, capable de satisfaire et an delà à toutes les éventualités d'une campagne qui serait extrêmement active et fournirait infailliblement un grand nombre de blessés et de malades. En raison de ces prévisions, le personnel médical fut ainsi constitué : 8 médecins furent attachés à chacune des 4 ambulances divisionnaires; 3 médecins principaux, MM. Thomas, Sécourgeon et Malapeçt, furent chargés de la direction du service médical des ir% 2e et 4e divisions; M. Périer, médecin-major de première classe, attaché à la personne de Son Altesse le prince Napoléon, était dès le début le chef médical de l'ambulance de la 3* division, et il conserva sa position. Une ambulance de réserve , dite du grand quartier général, fut composée de 7 médecins. Comme chef du service médical de l'armée, j'avais reçu l'ordre de suivre l'état-major général en Crimée, et tout ce personnel fut placé sous ma direction. Son Excellence le maréchal Saint-Arnaud avait décidé que la présence de M. l'inspecteur Lévy était plus nécessaire pour le moment à Varna, à cause du grand nombre de malades qui s'y trouvaient encore, et serait plus tard indispensable à Constautinople,

DU 24 juin au 7 SEPTEMBRE 1854. 93

lors de la création des grands hôpitaux destinés aux évacués de Crimée.

Quant au matériel des ambulances et de l'hospitalisation temporaire obligatoire, je dois le dire à la louange de notre modeste et infatigable intendant Blanchot, toute éventualité avait été largement prévue : réserve considérable de médicaments, approvisionnement de denrées et d'ustensiles d'hôpitaux, moyens de couchage complets, linge et charpie en abondance. Des baraques démontées et destinées à abriter les malades avaient été embarquées avec ordre et rapidité sur des vaisseaux de commerce, qui devaient attendre le départ de l'armée et la suivre en Crimée. On jugera, du reste, des efforts de l'administration à cet égard, en lisant le rapport de son chef à Son Exe. le maréchal. (Moniteur universel de cette époque.)

Dans les premiers jours de septembre, l'expédition était prête dans le port de Varna, qui offrait, depuis huit jours, le spectacle de l'animation la plus extraordinaire produite par la forêt de mâts de navires qui y avaient été accumulés et la multitude de barques et de chalands chargés d'hommes et de matériel, qui sillonnaient en tous sens les eaux de la rade. Un affreux malheur signala l'embarquement des troupes : un chaland contenant vingt-cinq zouaves fut abordé violemment par un remorqueur à vapeur et chavira en quelques secondes ; la mer était si mauvaise , que le sauvetage des hommes fut impossible.

Le rendez-vous donné aux flottes alliées fut la rade de Balchik, en Bulgarie, où chaque vaisseau de guerre ou de transport vint mouiller successivement après son

chargement, dû 2 au 7 septembre, jour du départ définitif pour la Crimée.

Toutes les forces expéditionnaires réunies et embarquées comprenaient : l'armée anglaise, forte d'une vingtaine de mille hommes ; l'armée française composée de ses quatre premières divisions, et de plus des coippqgnies d'élite de la légion étrangère ; une division d'Ottomans et les divers parcs du génie, de l'artillerie et (lu train des équipages des armées allipes.

La 5e division ej; les divisions de cavalerie, ainsi qqe fes malades et malingres de l'armée , restèrent à Varna spus le commandement supérieur (Je M. le général Levaillant, à partir du 1er septembre, par ordre général du maréchal de France commandant l'armée d'Orient, en date du SO aoyt 1854 (n° 102).

Le maréchal, commandant en chef, à l'intendant militaire

de l'armée.

Monsieur l'intendant,

J'ai reçti Votre lettre du 27 juillet, par laquelle vous me faites connaître avec quel dévouement, avec quelle abnégation le personnel des hôpitaux, médecins, aumôniers, officiers d'administration, infirmiers, rivalisent de soins et d'activité pour combattre les ravages de l'épidémie à Gallipoli, Varna, Constantinople.

J'aurais voulu porter à la connaissance de l'armée une conduite si digne d'éloges, donner publiquement aux victimes de tant de dévouement les regrets que leur perte nous inspire, et encourager par des félicitations solennelles ceux qui continuent, avec tant de courage, à combattre les progrès de la maladie; mais Je mqmpnt ne m'a pas paru opportun. Plus tard je serai heureux de citer les noms de ceux qui auront bien mérité de leurs camarades et du pays; je serai heureux d'appeler les récompenses et les félicitations du ministre sur ceux que vous me citerez comme les plus dignes; mais aujourd'hui n'attirons pas, par un ordre général, l'attention sur une épidémie dont la pensée seule alarme et inquiète les esprits faciles à démoraliser.

.Cependant je ne veux.pas laisser échapper cette occasion, qui s'offre à moi, de féliciter des serviteurs qui font preuve

de tant de courage et d'abnégation ; veuillez adresser en mon nom aux médecins, aux aumôniers^ aux officiers d'administration des hôpitaux, aux infirmiers, les éloges qu'ils méritent, et si je n'étais persuadé que leur noble conduite n'est soutenue que par un profond sentiment du devoir, je leur rappellerais que tout dévouement a sa récompense, et que je ne les oublierai pas, lorsque le moment sera venu de citer leurs noms à la reconnaissance de l'armée et à l'admiration du pays.

N'oubliez pas non plus de comprendre dans ces éloges MM. les sous-intendants militaires chargés spécialement de là surveillance des hôpitaux. Ils ont su se placer à la hauteur de celte difficile mission ^ dans laquelle il ne suffit pas d'avoir du dévouement, mais encore et surtout l'intelligence de la situation.

Varna, le 28 juillet 1854.

Le maréchal, commandant en chef,

Signé : A. de Saint-Arnaud.

Ordre général.

Au milieu des pénibles épreuves que nous venons de traverser, j'ai puisé des consolations dans les actes dé dévouement que le péril commun a fait naître, et dans la vigueur morale qu'ont montrée, pendant la durée de l'épidémie, ceux qui obéissent et ceux qui commandent dans cette armée.

La première division, surprise pendant ses marches par l'invasion du fléau, s'est trouvée dans la situation la plus

douloureuse; mais Tordre, l'espérance et le calme n'ont pas cessé d'y régner, comtlfie dans les meilleurs jours, et elle a renouvelé, sous ce rapport, les beaux exemples qu'avait donnés avant elle la garnison de Gallipoli.

Je loue, comme ils le méritent, et je remercie avec effusion les officiers, les sous-officiers et les soldats qui viennent de s'honorer ainsi, aux yeux de toute l'armée, en combattant avec une énergie que rien n'a pu vaincre, les difficultés d'une situation qui aurait pu étonner, à certains moments, des courages moins éprouvés.

Je dois des éloges particuliers à l'ardent dévouement que les fonctionnaires de l'intendance, les officiers de santé, et ceux des différentes administrations, ont déployé avec des ressources en personnel et des moyens matériels que les circonstances ont trop souvent rendus insuffisants. Ils se sont multipliés à l'envi poup remplir des grands devoirs, et se sont toujours trouvés -au-dessus de leur tâche.

Les regrets que je donne à ceux de nos camarades que nous avons perdus, et qui sont morts dignement à leur poste de combat, sont tempérés par la satisfaction que j'éprouve de me voir entouré de tant de braves gens. Je sais que je puis tout attendre d'eux, et j'envisage avec une sécurité profonde les efforts qu'il me reste à leur demander pour mettre fin à notre grande entreprise.

Au quartier général, à Varna, le 8 août 1854.

Le maréchal, commandant en chef,

Signé : A. de Saint-Arnaud.

Vu les circonstances exceptionnelles et particulières dans lesquelles les troupes de l'année d'Orient se trouvent placées, la ration de viande est portée, momentanément, à 350 grammes parliomine et par jour.

Par les mêmes motifs, et la réduction des approvisionnements existant en magasin, la ration de vin allouée aux troupes trois fois par semaine, à titre hygiénique, par Fordre général du 3 juillet dernier (o° 69), sera remplacée par une ration de sucre et de café, dont la distribution -aura lieu également tous les dimanches, lundis et jeudis.

Varna, le 6 août 1854. r

Le maréchal de France,

Signé : À. de Saint- Arnaud.

Sur la proposition de M. l'inspecteur, chef du service médical, et de l'intendant de l'armée, il est alloué^ à paitir de ce jour et jusqu'à nouvel ordre., une ration extraordinaire de sucre et de café, par homme et par jour.

Cette allocation, qui a pour but de prémunir les troupes contre les atteintes de l'épidémie régnante, cessera en même temps que les circonstances qui y donnent lieu, et ne pourra, par conséquent, avoir qu'une courte durée. MM. les chefs de corps ne perdront pas de vue qu'elle est spéciale-

ment destinée à améliorer la boisson de la journée, celle qui est renfermée dans le bidon du soldat, et ils tiendront la main à ce que cette prescription soit rigoureusement observée.

Dans sa sollicitude jour tout ce qui concerne la santé des troupes, le maréchal, commandant en chef, leur a déjà fait allouer,, par application de l'instruction ministérielle du 1er décembre 1853, deux centimes pçtr homme et par jour, pour l'amélioration de l'ordinaire; en outre, l'ordre général du 6 courant, n°~ $0, a porté la ration de viande à 350 grammes, et en même temps la ration hygiénique du vin, distribuée trois fois par semaine , a été remplacée au même titre par une ration de sucre et. café. Ces diverses allocations, et celle qui fait l'objet du présent ordre, venant en augmentation de la ration habituelle, ne peuvent manquer de produire de prompts et salutaires effets;

A Van», te S août 1854.

Le maréchal de France,

Signé : À. de Saint-Arnaud.

Ordre général.

L'amélioration considérable survenue dans l'état sanitaire de l'armée, et les pertes éprouvées par l'administration dans l'incendie, justifient suffisamment une modification aux allocations de sucre et de café dont jouissent en ce moment les troupes, en vertu de l'ordre général du 8 août.

En conséquence, et d'après la proposition de l'intendant

de l'armée, il ne sera plus distribué' aux troupes que la ration réglementaire de sucre et de café. La ration journalière, qui a été accordée par l'ordre précité, et la ration qui, en vertu du même ordre, remplace le vin, dont la distribution avait lieu les dimanche, mardi et jeudi, cesseront d'être allouées; mais elles seront remplacées par une ration, journalière d'eau-de-vie, qui devra être mélangée avec l'eaii que boivent les soldats.

Les troupes s'abstiendront, jusqu'à nouvel ordre, de toucher du sucre et du café à titre de remboursement. Cette restriction n'est que momentanée, et cessera aussitôt que les approvisionnements auront pu être reconstitués, c'està-dire dans un avenir prochain .

A Varna, le 20 août 1854.

Le maréchal de France,

Signé : A. de Saint- Arnaud*.

LISTE DU PERSONNEL DES OFFICIERS DE SANTÉ DÉSIGNÉS ET EMBAR- QUÉS POUR L'EXPÉDITION DE CRIMÉE.

Quartier général. — Réserve et ambulance.

MM. Scrive, médecin principal, chef du service. Cabrol , médecin-major de 1" classe.

Mestre , id.

Marmy, id.

Definance* médecin aide-major de 1" classe. Liard , id.

Delaiïaye, id.

Râteau , pharmacien aide-major de 1" classe. 1

Roger, id*

Détachés des ambulances,

MM. Gabion , médecin aide-major, 1" division (artillerie). Perrin, td., 39e de ligne.

Ambulance de la 1" division d'infanterie.

MM. Thomas , médecin principal , de 2* classe. Andrieu , médecin-major de 2e classe.

Qoeskoy, médecin aide-major de 1" classe. Waghette,. id.

Raoolt, médecin aide-major de 2* classe. Bailly, te?.

Ving, id*

BlLLON, id. ,

Cassaigne, pharmacien-major de 2* classe.

Ambulance de la 2e division d'infanterie»

MM. Sécourgeon , médecin principal de 2* classe. Pallier , médecin-major de 2e classe.

Beaugamp, médecin aide-major de 1" classe. Fratin i , id.

GiLLiif , médecin aide-major de 2e classe. Roustans, t"3.

Lapeyre, id.

Imbert, te?.

Ambulance de la 3* division d'infanterie.

MM. Perier (Napoléon) , médecin-major de 1" classe. Bourgcillon , médecin-major de 2* classe. Fournier, médecin aide-major de if • classe. ^

Mercier , id.

Buschaert, id.-

Riolacci , médecin aide-major de 2e classe. PÉRÊOK, id.

Herbecq , id.

Ambulance de la A* division d'infanterie.

MM. Malapert, médeda principal de 2* classe. Colmant, médecin-major de lr* classe»

Leroy, médecin aide-major de 1" classe.

Verjus, id.

Tassaad, médecin aide-majôr de 2* cluse, Roudet, id.

C0CM0RIER, id.

MÉDECINS ET PHARMACIENS DÉCÈDES DANS LEUt SERVICE

Page 1