A. TARDIEU ET Z. ROUSSIN
soigneusement lié par une ficelle et le cachet est intact. Il porte pour étiquette :
« Scellé n° 2. Affaire Couly de la Pommerais. Procès- verbal de » transport du 2 février 4 864. — Livre de poisons, livre-journal, » trois registres , diverses factures et autres , saisis chez le » sieur E..., pharmacien. »
1° Un gros registre relié et portant un titre imprimé ainsi conçu : a Livre copie des ordonnances magistrales, servant en même temps » de livre de poisons. Aux termes de l'ordonnance du 29 octo- » bre 1 846, la tenue de ce registre est obligatoire. »
Ce registre commence ses inscriptions au mois d'août 4 863 et les poursuit jusqu'en février 4 864. Il est rempli jusqu'à la 28* page inclusivement et renferme la copie de plus de 200 ordonnances. Le nom du sieur E... y flgure un grand nombre de fois en qualité de médecin, et s'y trouve avec la désignation D"" E,.., à la place ordinaire où sont inscrits les noms des médecins qui prescrivent les ordonnances.
Il résulte du dépouillement attentif de ce registre et de la lecture de chacune des prescriptions indiquées, que la digitaline n'y figure pas une seule fois. Le nom même de cette substance ne s'y trouve pas.
2" Un registre allongé où figure au fur et à mesure de la vente, à chaque heure du jour, l'inscription des médicaments de toute sorte délivrés sur ordonnance de médecin ou sans ordonnance. L'inscription commence au 17 juillet 4 863 et se termine au 2 février 4 864. Le dépouillement de ce livre nous prouve qu'aucune préparation de digitaline n'a été effectuée ni vendue.
3° Un pelitcahier recouvert de papier gris fort, et portant inscrit en gros caractères le mot crédit. Ce registre, commencé le 9 décembre 1863, renferme la transcription d'un certain nombre d'ordonnances dans aucune desquelles ne figure la digitaline.
4" Un petit cahier semblable pour la forme et la dimension au précédent, et portant en gros caractères les mots : articles manquants. Ce petit registre est fort utile dans les pharmacies, attendu qu'il sert exclusivement à inscrire les divers articles dont on prévoit avoir besoin et qui viennent à s'épuiser par suite de la vente.
La lecture attentive .de chacun des articles qui y sont inscrits prouve que le mot digitaline n'y figure pas une seule fois.
5° Un petit cahier relié, format in-12, rempli de formules diverses colligées et extraites d'un grand nombre de traités spéciaux. Elles ont trait au plus grand nombre des maladies connues, et constituent par leur réunion un recueil pratique, tant à l'usage d un médecin que d'un pharmacien. L'une de ces formules est ainsi conçue : « Pilules hydragogues : digitaline, 5 centigrammes ; poudre de
» scille, 5 grammes; poudre de scammonée, 5 grammes; sirop de » gomme, q. s. pour 4 00 pilules. »
C est le seul cas de mention de la digitaline dans un recueil qui comprend presque tous les médicaments connus.
6° Une collection de 120 factures de médicaments dont la presque totalité vient de la maison Dorvault et C''% rue de Jouy, 7. Les premières remontent au mois de janvier 1863 Du dépouillement de ces diverses factures, il résulte que le sieur E... n'a reçu aucun atome de digitaline pure ; mais, seulement à la date du 3 juin 1 863, trois flacons de granules de digitaline, et à la date du 5 septembre 1863, trois autres flacons de granules de digitaline.
C'est en efi"et sous cette forme que la digitaline est généralement employée. Il est fort rare que les médecins eux-mêmes la prescrivent par ordonnance spéciale où la dose soit indiquée, tant cette substance est active, et tellement ils redoutent une erreur de dosage < ou de pesée. La digitaline ne se prescrivant guère qu'à la dose de 4 à 6 milligranuTies par jour, les pharmaciens eux-mêmes, qui ne possèdent pas ordinairement de balances assez délicates pour peser d'aussi faibles doses, sont fort heureux de trouver tout préparés, par des hommes très-compétents et très-dignes de confiance, des granules de digitaline dosés de telle sorte que chaque granule renferme ifort exactement 1 milligramme de matière pure. Toute erreur de dosage se trouve alors évitée; chaque granule compté équivaut à ■1 milligramme pesé.
Chaque flacon de granules de digitaline renferme 60 de ces grarnules, correspondant à 6 centigrammes ou 60 milligrammes dedigiilaline pure. Les six flacons réunis correspondent en conséquence ïà 0°'',36 de digitaline pure, environ un tiers de gramme.
Flacon saisi au dispensaire du sieur Couly de la Pommerais. — iCe flacon, de 500 centimètres cubes, renferme environ 200 grammes (Id'un liquide clair, inodore, incolore, insipide, ne laissant à l'éva- [ooralion aucun résidu appréciable et ne précipitant par aucun réacitif spécial.
L'examen de ce liquide nous a prouvé qu'il est exclusivement onstitué par de l'eau ordinaire, ayant laissé déposer un peu de cari Donate de chaux. ^
Des faits matérieLs précédents ainsi que des documents mis il notre disposition par M. le juge d'instruction, il ressort iivec évidence :
1" Que le docteur Malhaire n'avait demandé à l'inculpé la ^''ommerais et n'entendait recevoir de lui que les principaux