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un liquide éminemment toxique et suffirait à donner la mort à un individu de constitution moyenne.
Troisième scellé.— W porte l'étiquette suivante : « Affaire » Couty de la Pommerais. — Deux couvercles de gamelle, de » fer battu, trouvés dans la cellule de l'inculpé et déposés le » 16 janvier 1864. »
L'un de ces couvercles ne présente rien de particulier, sinon la présence de quelques grains de sel de cuisine qui y sont demeurés adhérents.
L'autre de ces couvercles porte la trace manifeste de \k petits cercles dessinés sur le fond intérieur. Le pourtour interne de ces cercles est nettement délimité et tranche fortement par sa couleur noire sur le fond blanc métallique du couvercle. Le pourtour extérieur se dégrade peu à peu et finit par se confondre avec le fond lui-même.
Ces cercles sont de deux grandeurs différentes, neuf d'entre eux ont un diamètre exact de 3 centimètres; les cinq autres ne mesurent que 25 millimètres de diamètre. La comparaison de ces mesures avec le diamètre des pièces de 10 et de 5 centimes de la monnaie française, laisse peu de doute sur leur origine. En effet les pièces de 10 centimes ont un diamètre légal et uniforme de 3 centimètres, tandis que celles de 5 centimes n'ont qu'un diamètre de 25 millimètres. Il est fort probable dès lors que ces divers cercles proviennent de la manipu' lation suivante : l'inculpé aura disposé dans le couvercle de la gamelle neuf pièces de 10 centimes et cinq pièces de 5 centimes et les aura aspergées d'une petite quantité de vinaigre ou d'eau salée. Sous l'influence de l'air ambiant, une portion du cuivre des pièces sera entrée en dissolution. A ce premier phénomène un autre aura succédé immédiatement; en vertu des affinités chimiques, une portion de cuivre dissous se sera déposée sur le couvercle métallique de fer battu et plus particulièrement sur le pourtour des pièces, attendu que le
rebord de ces dernières assure d'une manière plus intime leur contact avec le vase plat sur lequel elles reposent. Nous sommes d'autant plus fondés à invoquer cette explication toute naturelle et sanctionnée par la théorie, que les faits eux-mêmes viennent immédiatement la corroborer. Si l'on vient en effet à gratter une petite portion de ces cercles et qu'on y recherche la présence du cuivre, on la constate avecla plus grande facilité, tandis que si l'on répète cette expérience avec le produit d'un grattage effectué sur toute autre partie du couvercle, on ne peut déceler la moindre trace de cuivre.
Il résulte de ces faits la conclusion suivante : si l'inculpé a voulu préparer un breuvage toxique en mettant des pièces de monnaie de cuivre au contact du vinaigre dans le susdit couvercle de fer battu, il a pu s'apercevoir assez vite, qu'au fur et à mesure de la dissolution du cuivre, ce métal était précipité par le récipient métallique et qu'en conséquence il n'obtiendrait aucun résultat s'il ne changeait de vase et n'adoptait un pot de faïence, terre, verre, etc., lesquels n'ont aucune action sur les sels de cuivre formés. C'est ainsi que s'explique naturellement la présence des deux pots de terre vernissée, trouvés dans la cellule de l'inculpé, et l'usage qu'il en faisait pour la préparation plus sûre d'un breuvage toxique.
Conclusions. — Il résulte de l'examen chimique précédent et des considérations développées dans ce rapport :
1° Le scellé 11° 1 et le scellé n° 2 renferment plus de 200 grammes de dissolution d'acétate et de chlorure de cuivre, substances émiiiemment toxiques. Il résulte de l'inspection de ces vases et de l'analyse de leur contenu, que les sels cuivriques qu'ils renferment, ont été préparés par la macération au contact de l'air, de pièces de monnaie de cuivre, plongées dans du vinaigre mélangé de sel marin.
2° Un des couvercles de gamelle, saisi dans la cellule de
A. TARDIEU ET Z. HOUSSIN.
l'inculpé, porte encore les traces évidentes d'une tentative de préparation semblable.
XII. — Examen et analyse de diverses substances saisies eheas le sieur E..., pliarmacien, heau-frère de l'inculpé C. de la Pommerais.
L'un de nous a été chargé, le 6 lévrier 1864, de procéder à l'examen de diverses substances, livres, registres, factures^ etc., saisis au domicile du sieur E..., pharmacien, de rechercher la dose et la nature des substances renfermées dans les petits paquets que le sieur E... prétend avoir emportés du domicile de l'inculpé, de constater tout spécialement, dans les divers scellés, la présence, l'inscription à l'entrée ou à la sortie, ainsi que la vente ou l'achat de la digitaline entrée dans l'officine du sieur E...; de fournir sur l'ensemble des faits constatés tous les renseignements qu'il jugera convenables pour éclairer la justice, de constater enfin la véritable nature du liquide contenu dans le flacon saisi le 6 du courant au dispensaire de l'inculpé.
Scellé n° 1 . — Boîte rectangulaire de bois, parfaitement scellée et portant l'étiquette suivante :
« Scellé n° 1 . Affaire Couly de la Pommerais. Procès-verbal de » transport du 2 février 1864. — Une petite caisse contenant les » poisons et le paquet de préparations homœopalhiques, saisis chez » le sieur E..., pharmacien. »
A Touverlure de la caisse, nous trouvons tout d'abord le paquet que le sieur E..., prétend avoir emporté du domicile de son beaufrère. Ce paquet, du volume d'un œuf environ, renferme 27 paquets plus petits contenant les préparations et médicaments ci-dessous indiqués :
1"' Ipéca pur en poudre, 1 gramme; 2° noix vomique pure en poudre, 06'', 80; 3° belladone en poudre, O^^iO; silice pure, 4 gram.; 5<* charbon végétal, O^^SO. Substances pures et non préparées homœopalhiquement.
6" Phosphore, 1 gramme. Préparation homœopalhiquc.
7° Arsenic, 1 gramme. Ce petit paquet renferme un mélange de
EMPOISONNEMENT fÀU LA. DlGlTALINR.
sacro de lait et d arseiiic, ce dernier en très-petite proportion. Préparation homœopathique.
8° Poudre d'arnica pure, O^^GO ; 9" poudre d'aconit pure, 08^55; 10<» poudre de pulsalille pure, QK'.SO. Substances pures, non préparées homœopalhiquement.
■11° Mercure solubie d'Hahnemann, 08^25. Employé enhomœopalhie.
4 2° Poudre de camomille pure, O^^eo. Substance pure.
13° Foie de soufre, O^^TO. Préparation homœopathique.
14° Fleur de soufre, 08^80; 15° sépia, 1 gramme; 16° rhus toxicodendron, O^^SO; 17° veralrum album, 1 gramme; 18° thuya, 08^80; 19° douce-amère, 0^^,90; 20° bryoïie, 0''''',80. Substances pures non préparées homœopalhiquement.
Tous les paquets précédents sont de la même forme, du même papier et de la même écriture. Il est impossible de n'être pas frappé de la ressemblance complète qui existe entre eux.
21° Silicœa, 1° D. Mélange d'une très-grande proportion de sucre de lait et d'une très-petite quantité de silice pure: Préparation véritablement homœopathique.
22° Yerairum, 1° D. Mélange d'une très-grande proportion de sucre de lait et d'une très-petite quantité de poudre de veralrum. Préparation véritablement homœopathique.
23° Graphite; 24° graphite, 1° D. Ces deux paquets sont un mélange d'une quantité énorme de sucre de lait et d'une proportion infinitésimale de graphite. Préparation véritablement homœopathique.
25° Lycopode. C'est une poudre pure, non préparée homœopathiquement.
26° .\urum, n° 1. Préparation homœopathique.
27° Digitaline 50 (s/c). Ce paquet, du poids de O'^'.GO, est exclusivement composé de sucre de lait. Contient-il une petite proportion de digitaline? L'analyse chimique ne permet d'en déceler aucune trace. S'il en contient une proportion quelconque, cette dernière doit être tout à fait homœopathique et impondérable. La poudre blanche qui est renfermée dans ce paquet, présente une saveur sucrée bien franche sans aucun mélange d'amertume.
Ces sept derniers paquets ont une forme et une grandeur différentes des vingt précédents. L'écriture et le papier ne présentent également aucune analogie avec les premiers.
Les autres flacons saisis chez le sieur E. .., sont au nombre de 62, et renferment diverses substances vénéneuses journellement employées dans la pratique de la pharmacie ordinaire.
Scellé n° 2. — Registres-carnets, factures et papierâ divers. Il est