‹ Relation médico-légale de l'affaire Couty de la PommeraisChapitre 8 sur 12 · IX. — Autopsie après exhumation de la veuve Dubizj · texte numérisé non relu

IX. — Autopsie après exhumation de la veuve Dubizj

(Au cimetière de Belleville le 29 décembre 1865, l'identité ayant été constatée. — Décédée le 10 octobre 1861.) — Le cadavre s'est offert à nous dans un état de conservation apparente véritablement extraordinaire eu égard au long temps qui s'est écoulé depuis l'inhumation remontant actuellement à deux ans et trois mois environ. A part la couleur brunâtre du tégument externe et le gonflement de la face, les différentes parties, soit externes, soit internes, ont conservé leurs formes et leurs rapports. Cependant des modifications profondes se sont opérées dans la texture intime des organes, et nos investigations ne parviennent pas à retrouver partout Tétat dans lequel ils ont dû se présenter au moment de la mort. En effet, pour la plupart des viscères, ils ont subi une transformation graisseuse et sont devenus tellement adhérents entre eux et avec les parois des cavités viscérales qu'on ne les en détache qu'avec beaucoup de difficultés. Tout le tube digestif est réduit à une lame très-mince mais pari'ailerLent intacte; il! est facile de reconnaître que l'estomac et l'intestin n'ont tété le siège d'aucune lésion grave, d'aucune inflammation itilcéreuse, ni de gangrène, ni de perforation, La substance tùérébrale est réduite à l'état compacte et où toute texture est raaéconnaissable. Les poumons, très-amincis et adhérents aux

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côles, ne paraissent avoir été le siège d'aucune lésion. Quant au cœur, il est aussi intact que s'il avait été soumis à une conservation artificielle; et nous constatons qu'il est absolument sain et exempt de toute altération organique ancienne ou récente.

Nous ne trouvons non plus aucune lésion dans les autres viscères abdominaux ni dans les organes sexuels. En résumé, de l'examen qui précède, nous concluons que :

1» Bien que les résultats de l'autopsie cadavérique n'aient pu être complets, l'intégrité des principaux organes rend difficilement explicable par une cause naturelle la mort delà dame Dubizy.

2° L'analyse chimique pouvant apporter d'utiles éclaircissements, nous extravons du cadavre l'estomac et les intestins d'un côté, et de l'antre les poumons, le cœur, le foie et les reins, qui sont placés séparément dans deux bocaux de verre scellés et pourvus d'étiquettes sur lesquelles nous apposons notre signature.

X. — Examen et analyse cSiImique des organes extraits da cadavre de la veuve Dubify.

A l'ouverture des bocaux, on constate une absence presque complète d'odeur fétide. Les divers organes qu'ils renferment présentent, malgré leur inhumation prolongée, un état de conservation vraiment extraordinaire. L'estomac, les, intestins et le cœur sont particulièrement remarquables à ce dernier point de vue. Il est encore possible de découvrir les replis naturels de l'estomac ainsi que les diverses cavités du cœur. La. majeure partie du tissu cellulaire et fibreux est détruite ou absorbée; il reste à la place une masse blanchâtre de nature graisseuse, fort analogue à cette matière connue sous \e mm d'adipoci7'e. Ces divers organes répandent une odeur spéciale que nous comparons à celle de la souris, bien qu'elle soit plus complexe et plus pénétrante.

EMPOISONNEMENT l'AU LA DIGITAMNE.

Le papier de tournesol indique une réaction légèrement alcaline.

Il n'est pas douteux qu'après une inhumation aussi prolongée et la décomposition lente qu'ont dû subir les matériaux organitjues, toute recherche d'un poison végétal serait infructueuse et illusoire. Après de mûres réflexions, nous avons dû borner notre travail à la recherche minutieuse des poisons minéraux proprement dits.

A cet effet, nous avons introduit dans une cornue toutes les portions de l'estomac et des intestins qui présentaient la déformation la moins avancée. Après addition de 150 centigrammes d'acide sulfurique pur et concentré, la cornue est munie d'une allonge et d'un ballon récipient et mise à chautfer sur un bain de sable. Après quatre heures d'une chaleur régulièrement croissante et lorsque tout le contenu de la cornue paraît transformé en charbon à peu près sec, on arrête le feu et on laisse refroidir. Le produit de la distillation, d'une couleur jaunâtre, présente une réaction fortement acide et une odeur d'acide sulfureux ; soumis à l'ébuUition dans une large capsule de porcelaine jusqu'à volatilisation de toute trace d'acide sulfureux, il est soumis à toutes les recherches propres à y faire découvrir les plus légères traces d'une substance métallique. Tous les essais tentés dans cette voie sont demeurés infructueux, La recherche spéciale de l'arsenic et du mercure n'a conduit à aucun résultat.

Le résidu charbonneux de la cornue, est arrosé d'acide azotique pur et maintenu en digestion avec cet acide pendant environ deux heures. Au bout de ce temps, la bouillie noirâtre est étendue de son volume d'eau distillée chaude, et jetée sur un filtre de papier Berzelius. L'épuisemeni de la matière a lieu sur le filtre lui-même, par l'addition successive de diverses portions d'eau distillée, jusqu'à réaction neutre au papier réactif. Toutes les liqueurs réunies sont mises à évaporer au bain-marie, jusqu'au volume de 50 cen-

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timètres cubes, puis soumises en cet état aux recherches méthodiques de l'analyse.

Il est inutile d'entrer ici dans les détails nombreux et théoriques de cette analyse chimique. Le résultat est le suivant :

Les seuls éléments minéraux dont l'analyse ait révélé l'existence sont le fer, le phosphate de chaux et le chlorure de sodium; or tous les trois existent normalement dans l'économie.

Il résulte en conséquence de ces analyses, qu'il n'existe aujourd'hui aucune trace d'un poison minéral dans l'estomac et les intestins delà dame Dubizy.

Pareille opération pratiquée avec les mêmes précautions, sur la moitié des organes renfermés dans l'autre scellé, nous a fourni des résultats identiques et légitime une conclusion analogue.

La transformation graisseuse qu'avaient subie tous les tissus, même dans la trame des organes, en apparence les mieux conservés, ne nous a permis d'obtenir, soit en nature, soit en extrait, aucun poison végétal, aucun principe toxique dont nous ayons pu expérimenter les effets sur les animaux.

Conclusions. — En présence de ces résultats négatifs et des données incomplètes de l'autopsie cadavérique, il nous est impossible de nous prononcer avec certitude sur la cause de. la mort de la dame Dubizy.

Il est permis seulement de faire remarquer, d'après les témoignages recueillis dans l'instruction et dont nous avons reçu communication, que cette dame a succombé à une maladie très-rapide, développée au milieu de la plus florissante santé et qui n'était, quoiqu'on en ait dit, ni une apoplexie, ni un choléra, ni unanévrysme.

Enfin il importe de relever à l'occasion de cette dernière maladie de la dame Dubizy, les doses véritablement excès-

sives de morphine et de digitaline, prescrites dans les ordonnances exécutées par le sieur Labainville, pharmacien à Belleville.

XI. — Exameu et analyse des substances saisies dans la cellule de l'inculpé à Mazas*

Nous avons été chargés, le 17 janvier 186/i, de soumettre à l'analyse différentes substances saisies dans la cellule de l'inculpé, Couty de la Pommerais, et paraissant destinées à une tentative de suicide, de nous prononcer sur leur degré d'activité et de fournir à la justice tous les renseignements qui pouvaient l'éclairer.

Premier scellé . — Pot de terre vernissée, portant l'étiquette suivante : « Affaire Couty de la Pommerais, 1. — Pot de » terre, contenant un liquide exhalant une odeur de vinaigre » et kl piècesde monnaie de cuivre, trouvé dans la cellule de » l'inculpé et déposé le 16 janvier 1864. »

A l'ouverture du scellé on constate en effet que kl pièces de monnaie française de cuivre, sont baignées dans un liquide bleu verdâtre un peu trouble, présentant encore l'odeur caractéristique du vinaigre. Les pièces de monnaie sont pour la plupart des pièces de 10 et de 5 centimes; on constate cependant la présence de quelques pièces de 1 et de 2 centimes. Toutes les pièces sont recouvertes extérieurement d'un enduit bleuâtre, assez peu adhérent, en partie soluble dans l'eau. L'examen du liquide surnageant révèle les faits suivants :

Ce liquide, du poids de 128 grammes, est fort acide, d'une saveur métallique presque insupportable, et laisse pour résidu à l'incinération une masse noirâtre incombustible.

L'examen de ce liquide par les procédés ordinaires de l'analyse chimique, prouve qu'il renferme de l'acétate de cuivre,

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dissous dans une eau acidulée par l'acide acétique, plus une petite proportion de sel de cuisine.

Il précipite en effet par la potasse et l'ammoniaque en bleu verdâtre ; le précipité se dissout intégralement dans un excès d'ammoniaque et colore le liquide en bleu intense.

L'acide sulthydrique donne naissance à un précipité noir. Le prussiate jaune occasionne le dépôt d'un abondant précipité brun marron, très-caractéristique.

Une lame de fer introduite dans le liquide, se recouvre presque immédiatement d'un enduit métallique rouge qui prend l'éclat du cuivre par la dessiccation et le frottement sur un corps dur.

L'addition d'acide sulfurique provoque instantanément le dégagement de vapeurs piquantes et acides. L'analyse de ces vapeurs condensées prouve qu'elles sont constituées par l'acide acétique et l'acide chlorhydrique.

Un dosage de cuivre pratiqué sur 20 grammes de ce liquide a fourni les résultats suivants :

20 grammes du liquide précédent sont précipités par un excès de solution de potasse caustique ; le mélange, porté à l'ébuUition, laisse déposer une poudre noire qui, lavée d'abord par décantation, puis sur un petit filtre de papier Berzelius, est ensuite incinérée après dessiccation et pesée à une balance de précision. Le poids de l'oxyde trouvé est de 52 centigrammes, correspondant à 1^%33 d'acétate de cuivre ordinaire. 11 résulte de cette analyse que les 128 grammes de liquide total renferment plus de 8 grammes d'acétate de cuivre.

Or tous les toxicologistes s'accordent à reconnaître à ce sel une puissance toxique considérable. Il est connu dans lepublic sous le nom de vert-de-gris et détermine la mort à dose peu élevée. Pour en donner une idée, nous affirmons que le liquide précédent tuerait presque certainement deux individus de constitution moyenne.

Quant au mécanisme de sa formation, il est tort simple. Chaque t'ois que le cuivre se trouve au contact de l'air et d'un liqwide acide ou d'un chlorure en dissolution, il entre eu combinaison et forme un sel toxique. Or dans le cas présent, toutes les conditions ont été réalisées : 1" pièces de monnaie dans la composition desquelles il entre 95 pour 100 de cuivre; T vinaigre fort, c'est-à-dire acide acétique, dissous dans l'eau; 3" présence de sel de cuisine (chlorure de sodium) qui produit le même effet que l'acide : 4° vase fort large où l'air a l'accès le plus commode. Il n'est pas surprenant que, dans ces conditions, le vinaigre se soit transformé en une dissolution éminemment vénéneuse d'acétate de cuivre.

Deuxième scellé.— Vol de terre vernissée, un peu plus grand que le premier et portant l'étiquette suivante : « Affaire » Gouty de la Pommerais, 2. — Pot de terre, contenant un » liquide verdâtre avec un mélange de sel, trouvé dans la )) cellule de l'inculpé et déposé le 16 janvier 1864. »

A l'ouverture du scellé on constate la présence d'un liquide verdâtre au fond duquel est une petite quantité de poudre blanche cristalline. Ce liquide, du poids de 80 grammes, est d'une réaction acide énergique, d'une saveur métallique trèsmanifeste et présente l'odeur caractéristique du vinaigre ordinaire.

L'analyse de ce liquide faite par la méthode précédente, prouve qu'il renferme un mélange de cuivre, de chlorure de cuivre et de chlorure de sodium. La poudre blanche indissoute qu'on observe au fond du vase, consiste exclusivement en chlorure de sodium (sel ordinaire de cuisine). En résumé, la composition de ce liquide est tout à fait identique avec celle du précédent, sauf que la proportion du cuivre est légèrement inférieure et celle du chlorure de sodium notablement supérieure. Il paraît avoir été préparé de la même manière que le précédent; quoi qu'il en soit, il constitue encore

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