RELATION SUR ONE ÉPIDÉMIE
beaucoup d'autres influences, celle déjà indiquée des mariages entre consanguins.
La différence que je signalais tout à l'heure entre les femmês, dans l'aptitude à contracter les convulsions, serait-elle donc lo résultat d'une sorte de dégénérescence successive et graduelle, affectant en définitive spécialement le système nerveux, ou plutôt, pour ne point employer un mot dont la signification va peut-être au delà de ce que je veux exprimer, cette différence serait-elle le résultat d'une prédisposition héréditaire?
Je suis porté à le croire, et les notes suivantes paraissent le démontrer :
T... (Sylvie), tT Essert - Ro- La mère a une forte déviation de man, treize ans, déclarée pos- la colonne vertébrale, survenue, dit sédée trois ou quatre ans avant celte femme, à vingt ans ; un frère la maladie de Morzines. de la possédée est mort à dix-huit ans,
d'une carie vertébrale. '
Quatre enfants T..., âgés de La mère, d'après sa propre déclaonze, treize, quinze, dix-sept ration, avait, bien avant sa lille Perans. ronne, qui a été la première malade
connue à Mor/.ines, des crises que l'on ne peut guère rapporter qu'à l'hj Btérie.
T... (Claude), cinquante ans Mort lypémaniaque, avait un couenviron, père des précédents, sin germain fou encore enfermé à
Bassens depuis dix-sept ou dix-huit, ans. La mère de ce cousin, la tante, par conséquent, de Claude T..., n'était connue que sous ce nom : la Gaudine, ce qui, dans le pays, est synonyme de nigaude, imbécile.
Trois fdles P. Guérin, neuf, Le père a un cousin fou; la mère onze, quinze ans. est épileptique depuis sa jeunesse.
Deux filles R... (Laurent), La grand'mère paternelle a été
D'HYSTÉRO-DÉMONOPATHIE EN 1861.
treize, dix-huit ans, encore manies depuis un et trois ans.
B.'. . (Angélique), vingt-six ou vingt-sept ans, et sa sœur, B... (Claudine), vingt-huit ans, malades depuis un et quatre ans.
B... (Jeanne), quarante-quatre ans; sa sœur, B... (Marie), trente-quatre ans, mariée et enceinte, malades depuis trois ans l'une et l'autre.
Femme B... (Nicolas), née B... (Françoise), trente-huit ans , enceinte , malade depuis trois ans.
B... (Marie), dix- sept ans, malade depuis le commencement de la maladie, près de cinq ans.
B... (Anne), dix-huit ans, malade depuis six mois.
folle, ainsi que l'un de ses frères, grand-oncle des malades. Le sieur Laurent B..., leur père, est un vrai type de scrofuleux : il est atteint d'une tumeur blanche ulcérée à un poignet, et l'articulation tibio- tarsienne gauche est aussi menacée.
Leur grand'mère, morte à moins de soixante ans, était comme une enfant deux ou trois ans avant sa mort; leur cousine, Françoise B. .., vivante et âgée de trente-huit ans, est idiote.
Leur père était un homme très violent et tout extraordinaire; leur oncle paternel. François B..., était imbécile. Claudine B..., leur tante paternelle, était timbrée : tantôt elle Ira vaillait, tantôt elle courait les champs. Un autre François B..., frère de leur mère, s'est cru ensorcelé il y a une trentaine d'années.
Fille du précédent François B..., qui s'est cru ensorcelé; cousine germaine de Jeanne et de Marie B..., et nièce de François B..., imbécile.
Sa mère porte à l'un des seins une énorme tumeur de nature très suspecte; son père a eu un cousin, Antoine B..., qui était timbre; il a luimême des ulcères variqueux aux deux jambes.
Deux oncles maternels du nom de L..., dont l'un, Jean, a été pendant deux ans comme timbré; l'autre, mort enfant, ne connaissait encore rien à douze ans.
Elle a un frère idiot au dernier degré, âgé de quinze ans, qui ne parle ni ne marche ; a eu un oncle paternel épileplique, qui s'est noyé en tombant dans la rivière au
RELATION su; UNE ÉPIDÉMIE
moment d'une do ses attaques, et une cousine, fille d'une sœur de son père, qui habitait le Faucigny, morte folle et épileptique.
B... (Josephte), femme Pierre B..., trente-six ans, malade depuis quatre.
Cousine de Jeanne B.
parenté.
môme
(Claudine), femme Lau-\
Appartiennent toutes aux diir
La sœur de G... (Pierre- Joseph) est morte folle, après être restée deux ou trois ans renfermée dans son grenier ; un autre G... est idiot ; une fille G... est scrofuleuse.
rent B..., vingt-neuf ans, malado depuis deux.
B... (Claudine), femme François B..., trente-neuf ans, malade depuis trois.
B .. (Julienne), femme Claude (rentes branches de la famille rs. B..., trente-six ans, malade depuis trois.
B... (Jeanne), femme Antoine , B..., quarante ans, malade de- / puis quatre. /
Quatre filles G..., appartenant à doux branches de la môme famille, âgées de huit, dix-huit, vingt, vingt ans, malades depuis six mois, trois, deux et deux ans.
Claudine B..., veuve T...
(François), quarante ans, malade depuis près de cinq ans.
Sa sœur, la femme M..., malade aussi depuis environ cinq ans.
T... (Claudino), dix-huit ans, malade depuis quatre.
T... (Euphrosine), dix-huit ans, malade depuis quatre.
T... (Pauline); trente ans, malade depuis un an.
T... (Françoise), trente-huit ans, malade depuis quatre.
T.... veuve Laurent, cinquante-huit ans, malade depuis quatre.
T... (Adélaïde), vingt-six ans, malade depuis deux.
Appartiennent toutes à la famille Br... ou à la famille R. ..
Dans la famille Br..., la bisaïeule, après l'avoir tenté plusieurs fois, s'est noyéo volontairement.
Un oncle n'était jamais appelé que le fou de Jean Br. . . , pour dire le fils.
Guérin R... père a un fils fou qui court les rues à Thonon .
Un oncle, Jean-François T..., a été forcé de renoncer à tout ce qu'il a entrepris, parce qu'il a été fou pendant sept ou huit ans.
R. .. (Jeanne), dix-neuf ans, Nièce du fou qui est à Thonon. malade depuis trois.
Femme B..., quarante -qua- De la famille Guérin R..., fou viire ans, malade depuis un an. vant déjà cité.
M... (Madeleine), dix-sept Le cousin germain de sa mère, ans. malade depuis trois. Jean-Claude P..., est mort fou : il
voulait toujours se noyer.
B... (Jeanne), dix-huit ans, malade depuis six mois-
Un frère de son père n'a vécu que dix-huit ans et a passé toute sa vie dans son lit ; par moments il sautait comme les filles aujourd'hui.
Femme et fille B... (Fran- Même famille que la précédente;
çois), quarante et dix-sept ans, il existe encore une fille Victoire B... ,
malades depuis trois et deux âgée de quarante-sept ans, qui est
ans. imbécile.
B... (Suzanne), vingt-deux Nièce du côté paternel de la veuve ans, malade depuis quatre. R..., vieille maniaque actuellement
en démence.
B... (Pauline), dix-neuf ans, Par sa mère, de la famille G..., ! malade depuis trois. dans laquelle il y a une folle déjà
citée, et il y a encore une fille scrofuleuse.
Ch... (Marie), trente ans,) : malade depuis cinq. J Ch... (Josephte), trente-qua- f lire ans, malade depuis cinq. ; Un oncle limbré. Ch..., femme B. . (Pierre), 1 neeinte, trente- sept ans, ma- \ ade depuis deux. j
Gr... (Marie), dix-huit ans, } , .
alade depuis deux. f Un parent, qui s'appelait Guenn
Gr... (Rosalie), trente ans, t G. .., était fou. alade depuis trois. ]
Femme T..., née Sch..., A eu un cousin qui avait la Me /ingt-six ans, malade il y a cassée.
|uatre ans.
M... (Perronnc),dix-huitans, malade depuis quatre.
M... (Célestine), vingt et un ans, malade depuis trois.
Br... (Perronne), vingt ans. Elle-môme imbécile, ou tout au malade depuis quatre. moins très simple ; il y a eu plusieurs
fous ou imbéciles dans sa famille ; un B... encore vivant, âgé de quarante ans, est imbécile.
P. .. (Françoise), trenle-huil Un frèro idiot, elle-môme simple; ans, malade depuis quatre. un autre frère peu intelligent, peutêtre épileptique et devenu dipsomane.
P... [Joseph), trente-cinq Frère de la précédente et du dians, malade depuis deux. psomano dont il vient d'être parlé.
Gr... (Jeanne), trente-sept La sœur de son père infirme et ans, malade depuis trois. imbécile ; on croit, sans l'affirmer,
qu'il y a eu du côté de sa mère un idiot.
P... (Jo-ephte). onzo ans, Son père est mort fou, et elle est, malade depuis sept mois par sa mère, nièce de Jeanne B..., la
plus furieuse de toutes les malades; appartient, par conséquent, à la famille B... Samèro, qui a été malade aussi, est une femme très exaltée.
Br... (Jeanne), quarante-huit C'est une très vieille hystérique, ans, malade depuis cinq ans. Le frèro de son père était fou; elle a
ou a eu un frère qui n'avait pas la tôte solide.
Th... (Mario), dix-neuf ans, Un grand oncle et une tante étaient malade depuis un an. comme fous.
L... (Célestine), seize ans, ApparlientencoreàlafamilleB...; malade depuis trois. parente d'Anne B .., les oncles ma-
ternels de celle-ci étaient ses cousins : l'un a été désigné comme timbré et l'autre comme idiot.
Par leur mère, cousines germaines do Anne B..., mômes parents; oncle épileptique. cousin idiot, etc., etc.
D'HYSTÊRO-DÉMONOPATHIE EN 1861. 83
Ne voulant ni augmenter ni diminuer leur valeur, j'ai reproduit ces notes dans les termes mêmes où je les ai recueillies : elles sont en général assez précises pour ue laisser aucun doute. Ainsi, sur 120 malades, 59 ont qu ont eu des parents généralement atteints de divers états névropathiques mal définis, mais réels, ou d'affections qui peuvent exercer sur les descendants une influence analogue, et, sur ces 59 malades, /j? le sont devenues dès les premiers temps de l'invasion, ou n'ont , pas dépassé, avant de le devenir, la première moitié du temps écoulé de cette invasion à ce jour.
Les souvenirs auxquels je me suis adressé n'ont pu retrouver d'autres filiations entachées de prédispositions héréditaires; mais l'absence de. renseignements sur i l'ascendance de 60 malades ne prouve point absolument absence chez ces malades de tout vice originel : cette reuve pût-elle exister, il n'en demeurerait pas moins tabli que si d'autres causes peuvent agir et ont agi, hérédité a le plus souvent préparé, facilité leur ction.
J'ai eu bien de la peine à obtenir ces renseignements t je n'ai pu les pousser plus loin ; mais je suis convaincu ue beaucoup d'états pathologiques pouvant transmetne aux descendants diverses prédispositions n'ont pas •té remarqués, que beaucoup de malades qui ne compnt pas d'aliénés dans leurs familles pourraient y trouver es affections nerveuses, scrofuleuses, dont le souvenir est effacé.
Si aux 59 malades dont j'ai retracé la parenté j'avais u rattacher tous les membres de leurs familles qui,
sans avoir de convulsions, éprouvent des symptômes do l'épidémie, le nombre de ces prédestinés ou prédisposés serait bien autrement considérable : ainsi le sieur L..., qui est si voisin de lalypémanie, et sa sœur Julienne L..., femme François P..., sont frère et sœur de la femme Guérin Pl..., épileptique; une femme T..., autre que celles déjà nommées, appartient encore à la famille R. . . ; une femme P..., née B..., est sœur de Jeanne B..., et ainsi de beaucoup d'autres. Cependant, si l'hérédité paraît avoir fait le plus de victimes, il est à croire qu'il s'est rencontré aussi des prédispositions toutes personnelles, que j'appellerais volontiers initiales, c'est-à-dire dégagées de tout levain héréditaire.
Le nombre des individus privés à divers degrés de leur raison, el cités comme ascendants ou parents de personnes atteintes par l'épidémie, justifie ce que jo disais en commençant de la fréquence do l'aliénation dans cette contrée. Treize sent encore vivants dans la commune : six idiots plus ou moins complets, cinq imbéciles, une ancienne maniaque devenue, démente et une convulsionnairc actuellement en état complet de lypémanie.
Sur une. population de 2000 âmes, c'est 1 sur moins de 200, et je ne compte que ceux dont la situation est bien tranchée, laissant de côté quelques simples d'esprit, très voisins de l'imbécillité.
Pour compléter le tableau, il faut à ces infirmités morales ajouter les infirmités physiques apportées eu naissant ou survenues peu après ; elles sont représentées par :
D'HYSTÉRO-DÉMONOPATHIE EN 18C1. 85
Trois rachiliques bossus ou plus ou moins contrefaits, deux pieds bots, et un boiteux.
Malgré la fréquence des mariages consanguins, je n'ai vu ni un sourd -muet, ni un aveugle de naissance; les effets de cette cause de dégénérescence semblent donc se modifier selon le milieu dans lequel ils doivent se développer, et se traduire ici principalement, en s'ajoutant à d'autres causes, par une extrême susceptibilité du système nerveux.