D'HYSTÉRO-DÉMON'OPATHIE EN
nièro qu'elle se manifestât, tout malade était possédé, bien que, chez tous, les phénomènes ne fussent pas les mêmes et n'eussent pas les caractères étranges observés seulement chez quelques-uns.
Sans attaquer le principe de la possession qui n'est ipas en cause, il est facile de voir qu'il a fallu singulièrement forcer le sens des mots qui la définissent, pour les rappliquer aux malades de Morzines.
De tous les faits qui ont servi de points d'appui aux j partisans de la possession, les uns sont très probablement faux, et ceux qui sont vrais au fond, ou peuvent l'être, ont été exagérés ou expliqués même de très bonne foi, pour les besoins de la thèse que l'on soutenait.
Je dis qu'il y a des faits probablement faux. Je suis (»ut naturellement amené à cette affirmation relative, m comparant ce que j'ai vu et entendu, à tout ce qui u été cité, en me rappelant l'esprit inventif des habiaants, leur crédulité et la ténacité qu'ils mettent à soutenir ce qu'ils ont une fois avancé.
Les exemples ne sont pas rares :
Un homme avait imaginé de faire allaiter un jeune lhevreau par une chienne dont il avait tué les petits; omme cette bête avait parfaitement adopté ce nouveau ourrisson et en prenait autant de soins qu'elle aurait u le faire d'un de ses chiens, il répandit le bruit que il; chevreau était le produit de la chienne et un nouvel Tet des maléfices.
Invité par moi k mettre fin à cette plaisanterie, moins [Innocente ici qu'elle n'eût pu l'être partout ailleurs, il f l'avoua qu'î'/ \j-avait bien déjà une vingtaine d'imbéciles
qui y croyaient et l'affirmaient partout comme un fait certain.
Le bruit se répandit un jour, dans les communes voisines, et jusqu'à Thonon, qu'une petite fille de huit ans m'avait, pendant une crise, fait rénumération de tous les membres de ma famille, dit la position de chacun et retracé tous les incidents de ma vie ; que j'étais convenu de la vérité de tout ce qu'elle avait dit, et l'on ajoutait : «Il faut que ce monsieur soit bien incrédule pour nier encore la possession ; des gens ont affirmé avoir entendu ces révélations.... » Et il n'y avait pas un mot de vrai, la petite fille elle-même était de pure invention.
Une fois, on me conduisit chez une malade qui parlait arabe, en nie prévenant que comme elle était très capricieuse, elle ne voudrait peut-être pas parler en ma présence. Elle eut sa crise, mais refusa en effet de parler sa langue favorite, en disant que j'étais trop curieux ; ce que toutes répondent souvent aux spectateurs qui ne leur paraissent pas disposés à les croire sur parole. M adressant alorsàmon introducteur, je lui dis : « Est-ce bien vrai que celle fille parle arabe?» Sur sa réponse affirmative, appuyée par les autres assistants, parents et amis, je demandai si quelqu'un d'entre eux ou tout autre habitant savait l'arabe. «Oh! non, me répondit-on, il n'y a qu'elle (la malade) qui parle cette langue. »
Personne n'avait prévu l'objection; mais la fille n'en continua pas moins de parler arabe.
D'HYSTÉRO-DÉMONOPATHIE KN 18G1. 89
Une autre fois, je venais de quitter la nommée Pauline B... à la fin d'une crise; on me rappela en me disant : « Sa crise vient de la reprendre, mais elle change. Pauline ne parlait presque jamais, et la voici qui parle auvergnat. » Je trouvai en effet la malade en proie aune nouvelle crise, parlant parfaitement français, mais donnant à sa voix l'accent auvergnat.
Depuis ce jour tout le monde sait et certifie que Pauline a parlé auvergnat.
D'autres, toujours de la même façon et par le môme procédé, ont parlé anglais, italien, etc.
La nommée Se..., femme T..., âgée alors de vingtdeux ans et nourrice, étant allée à une foire dans les environs, à plusieurs lieues, éprouva quelque chose à un certain moment qui la convainquit qu'on venait de lui donner le mal, mais elle ne put voir qui ; fort troublée, elle revint bien vite chez elle, croyant qu'elle allait avoir une crise. En arrivant, elle donna le sein à son enfant, âgé de six mois; à mesure qu'il telait, elle sentait que le démon la quittait pour entrer dans l'enfant. Elle n'eut donc pas de crise, mais l'enfant s'agita aussitôt, et fut pris de convulsions comme les filles; dans cet état il s'écria : «Papa, maman ! Ah ! mon Dieu ! que je souffre ! » La mère et le grand-père, qui étaient près du petit malade, ont entendu et affirment ces paroles; des voisins qui étaient dans une pièce à côté ne sont pas moins aflBrmatifs.
M. le curé, prévenu, reconnut, dit-on, la possession, exorcisa l'enfant ; mais les convulsions continuèrent, et
il mourut élouifé par le diable, car il devint tout noir.
Le grand-père, que j'ai interrogé plusieurs fois, a fini, après bien des détours, par me dire : « Je jure que l'enfant a dit papa, maman; le reste est vrai aussi, mais je n'en ferais pas serment. »
On sait que la prétention de parler des langues étrangères, quand ils n'en connaissent aucune, n'est point rare chez les aliénés, et même chez de simples hystériques; ils articulent des sons qui ne sont des mois en aucune langue, et fout ainsi de prétendus discours qu'ils déclament avec les gestes qui pourraient accompagner des paroles réelles : c'est ce que faisait la jeune fille qui parlait arabe, et celles qui parlaient anglais, italien. Des personnes auxquelles ces dernières langues étaient familières les ont interpellées, sans jamais, bien entendu, recevoir de réponse.
Peut-être ceux qui tiennent au merveilleux pourrontils dire qu'il est arrivé à ces malades ce qui arrive a certaines somnambules lucides : l'incrédulité des interrogateurs paralyse leurs moyens.
L'histoire racontée par la jeune femme Sch. .. n'a pas besoin d'explication ; — tout le monde connaît l'influence des affections morales sur le lait des nourrices, et les funestes effets que peut avoir pour le nourrisson un lait ainsi vicié.
Pour le fait capital, les paroles prononcées par l'enfant, on a vu tout à l'heure à quoi, malgré ses restrictions, les réduit en réalité le grand-père; dans cette mesure, le fait est fort acceptable, car les cris d'enfants
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de cet âge, et même plus jeunes, simulent souvent l'articulation de ces deux mots : papa, maman.
Les malades, a-t-on dit, ont révélé à des personnes leurs pensées; je n'ai jamais pu savoir quelles avaient été les pensées ainsi révélées : tout le monde en parle, mais personne n'en peut citer une. A moi aussi, elles m'ont souvent révélé ma pensée, quand à mon approche elles s'écriaient : «Tu crois que nous sommes malades, tque nous sommes des folles, etc. >>
Elles ont raconté des choses anciennes, des événements accomplis avant qu'elles fussent nées et qu'elles ignoraient complètement; dans ce genre, je n'ai pu découvrir que le récit d'épisodes de la bataille d'Austerlitz fait à un vieux soldat, qui n'en avait jamais parlé.
Elles faisaient des prédictions ; elles ont annoncé que telle ou telle personne aurait la maladie tel jour. — (Cette prédiction, qui s'est souvent renouvelée, a été fort «heureusement loin de se réaliser toujours; et quand ■l'événement semblait la justifier, ce n'était pas la clairïwoyance des malades qu'il aurait fallu admirer, mais le jjlpeu de résistance morale de ceux qui en étaient l'objet, [u'il fallait déplorer.
La prétendue prédiction, loin d'être, si l'on peut ainsi mire, un reflet anticipé du fait futur, donnait elle-même ilnaissance au fait, en augmentant les inquiétudes, les erreurs qui existaient déjà.
La vue de tout ce qui rappelle la religion, le moindre ulcontact, même ignoré, des choses bénites, mettent les [malades en convulsion; le fait est vrai, mais 0:1 aurait flou ajouter que les objets non bénits produisent le môme