RELATION SI R UNE ÉPIDÉMIE
elïet, si les malades supposent qu'ils le sont: l'expérience en a été faile maintes fois. La femme du docteur Tavernier, se trouvant à Morzines, proposa à une malade de la toucher avec une relique d'une grande vertu qui lj avait été apportée de Rome et qui pourrait la guérirla malade ayant accepté, cette dame lui posa sa montre sur le front (c'était la prétendue relique), et à l'instant même une crise des plus violentes se manifesta.
Les malades sont d'ailleurs toujours en garde contre les attouchements avec des objets bénits ; dès qu'elles croient que l'on peut en essayer, elles ont des crises. Sur dix crises, si neuf tombent à faux, il n'en est pas question ; mais si la dixième arrive à point, on eu fait grand bruit.
Elles ne peuvent réellement passer devant une croix sans avoir des crises, cependant toutes portent au cou des croix et des médailles de l'Immaculée Conception, qu'elles ne porteraient point si elles n'étaient bénites et qu'elles conservent très bien pendant leurs crises.
Pendant leurs crises, elles parlent le français avec une étonnante facilité, même celles qui n'en savent que quelques mots... Nulle part peut-être les écoles ne sont aussi assidûment fréquentées que dans ce pays, et à l'école les leçons ne se donnent pas en patois; je n'ai rencontré aucun enfant ou jeune fille qui, à partir de sept ou huit ans, ne parlât très couramment le français.
Elles ont donné des réponses exactes à des questions faites en allemand, en latin.. .
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Pour l'allemand, il faut d'abord établir le fait dans sa réalité, il n'a point été adressé de questions en cette langue. Un jeune enfant étranger avait été, assez imprudemment, soit dit en passant, conduit par un ecclésiastique, son précepteur, chez des malades : une d'elles prononça quelques mois qu'aucun des assistants ne comprit; l'enfant, qui savait l'allemand, dit que ces mots appartenaient à cette langue, mais on ne paraît pas lui en avoir demandé la traduction, et personne n'a pu me Ja donner.
S'en rapporter si complètement à la sincérité d'un enfant de dix à douze ans pour un fait auquel on devait tccorder tant d'importance, et vouloir que le public soit lussi confiant, peut paraître une prétention qui n'a pas e cachet de la plus mûre réflexion.
Pour le latin, on cite deux circonstances. La première, c'est M. le curé qui la rapporte : il exorcisait une malade qui lui répondit en français à l'exorcisme qu'il ■récitait en latin, de manière à ne pas le laisser douter qu'elle avait compris les paroles de l'exorcisme. Ici encore on ne dit pas quelles ont été ces paroles. Tous les exorcismes sont des adjurations au démon flll'avoir à sortir du corps des possédés, toutes les malades [lté savent très bien. Si les paroles dont il est question Rivaient été de celles-ci : Adjuro te, ut exeas ab hac fainula, quam omnipotens Deus ad imaginem suam fe- | it, etc., et la réponse : « Non, je ne sortirai pas de cette femme faite à l'image de Dieu, etc.,» serait- il bien nécessaire d'invoquer l'intervention d'une puissance suri'iaaturelle pour se rendre compte de la traduction ?
Je ne puis pas affirmer que ce fait se soit ainsi passe, mais j'ai des motifs pour le croire; les magnétiseurs l'expliqueraient, ainsi que tous ceux qui lui sont analogues, par ce qu'ils appellent h suggestion, influence qui aurait été exercée par M. le curé, ou les autres interlocuteurs, ou môme par la seule idée dominante des malades.
La seconde séance de latinité avait eu le vicaire pour auditeur; il adressa à une malade cette question : — Quœ sunt sacramentel? Elle répondit sans hésitation :
— Numéro septem sunt.
Il y a dans le texle :
Septem sunt numéro.
On s'est extasié sur l'intelligence parfaite que révélait cette transposition du dernier mot; on peut croire aussi bien que c'est précisément parce que .la malade l'avait entendu le dernier, qu'elle le répétait le premier, parce qu'il était resté dans sa mémoire comme un signe, un son mnémonique qui l'a aidée à retrouver les autres.
Le savoir des malades, en allemand, en latin, n'est pas allé au delà; ont-elles ainsi satisfait aux indications du Rituel, qui dit :
« Ignola lingua loqui pluribus verbis, vcl loqualem intelligere »
Ces faits, il est bon de le noter, remontent au début de la maladie, et ne se sont pas renouvelés.
Quand bien môme les mots allemands et latins auraient été plus nombreux, il n'y avait pas à s'en étonner
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comme on l'a fait : on leur aurait donné une autre interprétation si l'on avait réellement cherché à s'éclairer. N'y a-t-il pas dans la commune des ouviers qui \ont tous les ans travailler en Suisse, dans les cantons allemands, aussi bien que dans les autres; d'un autre côté, les prédicateurs n'ont-ils pas l'habitude de faire dans leurs sermons des citations latines? Il suffisait tout simplement que les malades eussent entendu ces mots allemands ou latins, pour se les rappeler pendant un accès: dans cet état, tout comme dans le rêve, on voit très souvent se réveiller des souvenirs depuis longtemps effacés.
Les auteurs sont remplis de faits semblables, de ces retours de mémoire sur des choses ou des paroles qui avaient à peine effleuré l'esprit, et ils en citent de bien autrement remarquables :
Un boucher qui n'avait vu jouer la Phèdre de Racine qu'une seule fois, se mit, dans un accès de délire, à en réciter des passages entiers; après son accès comme lavant, il n'en savait pas un mot.
La servante d'un ministre anglican, devenue hystéirique, répéta, clans un accès, des sentences grecques qu'elle avait une fois entendu lire par son maître.
C'est encore un fait d'observation, que les fous religieux font souvent preuve d'une connaissance étonnante les textes sacrés. Les mots qu'ils ont entendus ou lus leur reviennent subitement à l'esprit.
Ces quelques mots empruntés par les malades à des langues qui leur sont inconnues, ne sont donc que des •"éminiscences de mots longtemps oubliés, mais certai-