‹ Relation sur une épidémie d'hystéro-démonopathie en 1861Chapitre 8 sur 18 · RELATION SIR UNE ÉPIDÉMIE · texte numérisé non relu

RELATION SIR UNE ÉPIDÉMIE

L» sensibilité — t.oa sons en général.

Visitant ces malades à toute heure et quand je pouvais les joindre, dehors aussi bien que dans les maisons, en présence de leurs parents ou voisins et quand elles étaient, seules; obligé d'ailleurs, par des motifs inutiles à redire, à une extrême réserve, il m'était difficile, le plus souvent impossible, de me livrer à toutes les investigations qui auraient pu avoir de l'intérêt : je n'ai cependant néglignéaucuue de celles qui m'ont été permises.

Je n'ai que rarement rencontré des hypereslhésies ; la plus fréquente, l'épigastralgie, n'est môme pas constante. Ce n'est que chez les anciennes hystériques que j'ai pu constater quelques-unes de celles indiquées par M. Briquet, mais je n'ai pu établir que ces douleurs affectassent plus particulièrement un côté que l'autre.

Les seuls symptômes qui ne manquent jamais, son 1 la céphalalgie, et surtout la gastralgie : celle-ci est souvent permanente, ou s'exaspère au moment des crises cl pendant leur durée; si les crises cessent de se produire, elle disparaît avec elles, mais ce n'est que momentanément. Des malades guéries, c'est-à-dire n'ayant plus de convulsions depuis longtemps, éprouvent encore des douleurs gastralgiqu es ; il est vrai, commejel'ai indiqué en commençant, que c'est une affection très commune,

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presque générale, etquebeaucoup de malades en étaient probablement atteintes avant de devenir convulsionnâmes.

Chez quelques-unes, la plupart môme, ces douleurs devenant plus vives sous l'influence d'une cause morale ou physique, provoquent des rechutes successives ; les malades, guéries de leurs crises, mais non de leur idée fausse, attribuant toujours ces douleurs à une nouvelle

i irruption des démons dont elles avaient été délivrées,

i donnant ainsi toujours la même interprétation fausse à

unie sensation réelle.

L'anesthésie ne fait jamais défaut; mais ici elle ne précède pas l'accès convulsif et ne lui survit pas, comme

ll'ont vu MM. Briquet et Gendrin chez les simples hystériques; elle commence et finit avec la crise, n'a que la

(durée de celte crise, et même si deux crises se succèdent, si court que soit l'intervalle, la sensibilité reparaît

ipendant cet intervalle chez les plus anciennes comme

Lchez les plus nouvelles malades.

L'insensibilité delà peau, et des muscles superficiels m moins, est générale ou partielle, selon que tout le :orps ou quelques parties seulement par ticipent aux concisions; mais, je le répète, elle ne dure que le temps

tieulement que dure la convulsion de chaque partie. J'ai pu pincer, piquer avec une épingle les malades,

Iinfoncer cette épingle sous les ongles, ou de toute sa lon-

rueur dans les bras, les jambes ou sur toute autre partie,

( ans provoquer l'apparence d'une sensation doulou-

i^euse.

Les auteurs qui ont écrit sur les possédés, les sorciers

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des derniers siècles, ont aussi noté leur insensibilité, qui était toujours une preuve à charge; mais ils ne disent pas si cette insensibilité était ou non permanente : ellé a pu paraître telle, parce qu'elle n'était constatée que pendant les épreuves auxquelles on soumettait ces malheureux. Il est à croire qu'ils étaient comme les malades de Morzines, conservant leur sensibilité pendant le calme, mais cessant d'être calmes dès qu'une circonstance les ramenait à leur idée; les interrogatoires, les visites corporelles, l'appareil de la justice, étaient de ces circonstances qui devaient rarement manquer leur effet : il n'en faut pas tant pour provoquer des crises à Morzines.

Chez les malades dont l'agitation était bornée aux parties supérieures, la douleur était vivement sentie dès que je piquais les jambes, tandis qu'elle ne l'était point aux bras, dans le clos.

Chez la fille G..., qui n'agitait que la tète, dès que l'épingle agissait plus bas que la partie supérieure du troue, ou dépassait en arrière les régions dorsales proprement dites, la malade témoignait d'une façon non équivoque que je lui faisais mal.

L'anesthésie nese produitdonc, dans ces cas, quedans les muscles convulsés ou dont la fonction physiologique se trouve dépassée, exagérée, et dans la peau qui les recouvre ou les avoisine.

L'insensibilité de la plupart de ces malades n'est que de l'analgésie, car les sensations de contact, de température ne sont point abolies. J'ai dit le soin qu'elles mettent à rabattre leurs jupons quand ils se relèvent; elles ne peuvent cependant le plus souvent voir qu'ils

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sont relevés: ce n'est donc que parl'impression do l'air ou l'absence d'un contact habituel qu'elles s'en aperçoivent. Dansées cas, quelques parties de la peau conservent donc ou reprennent successivement leur sensibilité.

Je n'ai pu expérimenter l'effet d'une haute température, mais celui du froid est ordinairement vivement senti; de l'eau froide lancée au visage pendant la crise, loin d'amener du calme, augmente l'agitation, et il n'y I a pas à se tromper sur l'impression sentie.

Un jour, pourtant, une malade à laquelle j'avais prescrit des lotions froides sur le dos, et qui les trouvait fort (désagréables, partit de chez elle pendant une crise, en disant que ses diables se moquaient bien de l'eau, qu'on allait bien le voir, et elle se précipita dans une auge I pleine d'eau très froide. Quand elle en sortit, elle ne paraissait pas s'apercevoir qu'elle était mouillée ; ce ne fut que quand la crise finit, qu'elle sentit le froid et se montra fort étonnée de se trouver en pareil état. La muqueuse nasale, les lèvres, conservent leur senilsibilité; la barbe d'une plume promenée sur ces parties, il 'ammoniaque, produisaient toujours leur effet ordiftuaire ; le chloroforme était lui-même vivement repoussé, [lut je n'ai jamais pu obtenir la cessation d'une crise par tLon usage : il est vrai que je n'ai jamais pu l'employer élirès convenablement, et que la crainte de quelque accident m'a toujours arrêté dans mes essais.

Les organes des sens, l'ouïe, la vue, loin de perdre lie leur activité,, paraissent quelquefois acquérir une nesse, une impressionnabilité inaccoutumée, sou-

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vent remarquée d'ailleurs chez les hystériques en général.

Le goût et l'odorat m'ont paru à l'état normal ; deux ou trois malades seulement font exception : la femme B... (Nicolas), qui vomit et sent toujours du vin bu il y a trois ans, et la fille V..., qui, sans le spécifier, accuse un goût horrible. Mais ce n'est chez ces malades qu'une perversion, et non une abolition de ces sens; chez toutes c'est bien plus souvent la sensibilité que les sens qui est lésée.

Il est quelques malades (toutes sont très friandes) dont on arrête les crises en leur donnant un morceau de sucre.

Le nommé Pierre B... hâte la fin des crises de su femme en lui mettant dans la bouche un morceau de caramel qu'elle aime beaucoup.

Chez aucune je n'ai observé ni paralysies ni contractures des membres, ou de ces profondes aneslhésies musculaires qui momentanément équivalent à des paralysies.

La fille V..., que j'ai citée, a seule présenté des accH dents qui pourraient avoir tenu à cet état particulier du système musculaire.

Plusieurs, a-t-on dit, perdaient complètement connaissance; à l'exception des deux enfants premières malades, le fait n'a été absolument justifie pour aucune, et je n'en ai pas vu dans cet état.

Elles entendent et voient parfaitement, puisqu'elles répondent aux questions ou reconnaissent les personnes qui les approchent quand leur crise est commencée, el

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ferment les yeux dès qu'elles les croient menacés par un objet quelconque. En général, quand elles se jettent à terre, elles savent très bien choisir l'endroit où elles vont tomber, et j'ai souvent répété l'expérience suivante : je feignais de poser mon pied par mégarde sur une de leurs mains, ou bien, quand elles frappaient le sol à coups redoublés, je poussais une pierre à l'endroit où elles frappaient ; jamais aucune n'a manqué de retirer sa main ou de frapper à côté de la pierre, et les femmes grosses ont grand soin de ne pas se donner de coups sur le ventre.

Un jour, le maire, qui m'accompagnait, fut surpris par une malade et violemment frappé au visage avec une pierre; presque au même instant une autre malade se précipitait sur lui, armée d'un gros morceau de bois, pour le frapper aussi; voyant venir celle-ci, il lui présenta le bout aigu de son bâton ferré, la menaçant de l'en percer si elle avançait ; elle s'arrêta, laissa tomber son morceau de bois et se contenta de dire des injures.

Malgré les courses, les sauts, les mouvements violents et désordonnés des malades, malgré les coups qu'elles se donnent, leurs terreurs ou leurs divagations, on ne cite point d'exemple de tentative de suicide ou d'accident grave arrivé à aucune d'entre elles ; elles ne perdent donc point toute conscience, l'instinct de la conservation au moins subsiste.

Si au commencement d'une crise une femme tient son enfant dans ses bras, il arrive souvent qu'un diable moins méchant que celui qui va la travailler lui dise :

« Laisse cet enfant, il (l'autre diable) lui ferait du mal.»

Il en est de môme quelquefois, quand elles tiennent un couteau ou tout instrument susceptible d'occasionner une blessure.

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le. hommes mulnucs. — IMiTérences «les accidents.

Les hommes ont subi comme les femmes l'influence de la croyance qui les déprime tous à divers degrés; mais chez eux les effets ont été moindres et assez différents.

Plus souvent encore que les femmes, de tout temps atteints de ces dérangements des voies digestives dont j'ai parlé, ils ont seulement vu leurs souffrances augmenter ; peut-être pour beaucoup n'est-ce que parce qu'ils y pensent, y font attention plus qu'autrefois.

Mais il n'est pas moins certain que la crainte commune, la peur du diable, a aidé à la multiplication de ices affections, les a rendues plus fréquentes.

Il serait également, difficile de ne pas reconnaître que

• cette peur, cause de l'épidémie régnante, a donné à

• ces affections un cachet emprunté au génie hystérique

• qu'elles n'avaient point antérieurement ou n'avaient pas au même degré chez les malades de ce sexe. Il en est, en effet, qui ressentent absolument les mêmes douleurs

ueles femmes; comme elles, ils ont des suffocations, prouvent un sentiment de strangulation et accusent la nsation de la boule hystérique, mais aucun n'est allé squ'aux convulsions; et s'il y a eu quelques rares

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