‹ Relation sur une épidémie d'hystéro-démonopathie épidémieChapitre 10 sur 12 · RELATION 6UR «NE ÉPIDOIIE · texte numérisé non relu

RELATION 6UR «NE ÉPIDOIIE

la maladie comparativement bien récente : ce serait étendre à un état général et fort complexe ce que le savant M. Parchappe et M. Brierre de Boismont ont dit seulement de Thallucination, ce qu'ils n'ont certainement pas entendu appliquer à des cas de ce genre. .

S'il peut exister des hallucinations chroniques plus ou moins continues, regardées par l'halluciné comme des sensations vraies, qui soient compatibles avec une raison complète, ce ne peut être quand ces sensations provoquent un état physique, des paroles, des actes qui s'éloignent autant de Tétat, des paroles et des actes qui étaient habituels avant leur apparition ; la raison ne saurait donc être entière pendant la durée de cet état, quand se disent ces paroles, se consomment ces actes.

MM. Esquirol et Calmeil, dans les descriptions qu'ils ont faites des épidémies de môme nature, observées dans les siècles passés, n'ont point hésité à considérer les malades de ce temps-là comme des aliénés.

Les malades de Morzinespeuvent-ellesêtre autrement classées? Je ne le pense pas, puisque chez elles on retrouve tous les caractères principaux de la maladie décrite par les hommes éminenls que je viens de nommer.

Les phénomènes remarqués n'ont pas tout Téclat de ceux de Loudun par exemple, mais le mal est le même, et la cause des quelques difTéreuces dans les effets est facile à saisir : d'un côté étaient des femmes instruites, de l'autre ne sont que de pauvres paysannes fort ignorantes.

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Inutilité ûem «ipento pharmiiceatlqaes. — Moyemi moraux. Intimidation. — Dlspenilon des malades. — Résultat.

« Une maladie morale à guérir, c'est une éducation à refaire. »

Jamais ce principe n'a été d'une application plus nécessaire.

Ce n'est donc point à la pharmacopée qu'il faut demander les moyens de faire disparaître la maladie dont je viens de retracer le tableau.

J'ai cependant voulu expérimenter quelques médicaments, mais ma tentative a été sans succès; les malades étaient tellement persuadées que tout médicament devait leur être plus nuisible qu'utile, leur conviction était si bien arrêtée, que celles qui consentaient à essayer quelque chose accusaient des souffrances atroces après la moindre cuillerée d'une simple potion calmante : j'en ai vu auxquelles je n'avais donné, pour les éprouver, que de l'eau sous les apparences d'une potion, se plaindre et se tordre sous l'étreinte de la douleur gastralgique provoquée par une cuillerée de cette eau, ou plutôt par l'idée que son ingestion ramenait.

L'administration de tout médicament était d'ailleurs très difficile; il n'était pas possible de laisser des substances actives en de pareilles mains : ou les malades

n'auraient rien pris, ou elles l'auraient fait tout autrement qu'il ne leur aurait été prescrit, et Ton se serait exposé à des accidents toujours fâcheux , qui auraient eu ici une portée bien autrement grave encore que dans toute autre circonstance.

Pour faire prendre des médicaments de manière à en mesurer et constater les efiFets, à éviter tout danger, il aurait fallu pouvoir les administrer soi-même; mais les habitudes, Téloignement, les courses perpétuelles des malades, rendaient matériellement impossibles ces précautions pourtant indispensables.

Chez quelques-unes, celles que je pouvais voir plus souvent et plus régulièrement, j'ai bien obtenu un amendement momentané dans la fréquence et la violence des crises; mais je n'ai jamais pu réussir à les faire persévérer assez longtemps pour savoir si je serais arrivé à un résultat plus satisfaisant, plus complet, ni même pour être bien sûr que c'était aux médicaments qu'elles devaient l'amendement survenu.

J'ai employé tous les moyens connus dont j'ai pu disposer, mais je crois que rien ne pouvait réussir, et j'avais, je l'avoue, tout tenté sans conviction, sans rien espérer : impuissants à détruire la causé du mal, les remèdes ne pouvaient le guérir; eflScaces dans d'autres conditions, dans un hôpital approprié peut-être, leur action devait être nulle au foyer de Vinfection ou insuffisante.

Les seuls malades auxquels un traitement a été profitable, malheureusement le nombre de ceux qui ont voulu s'y soumettre n'a pas été grand , sont ceux qui,

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sans avoir de convulsions, éprouvaient tous les autres symptômes de la maladie.

Dans ce cas, des vomitifs, Témétique en lavage, des purgatifs associés aux vermifuges pour les enfants principalement, ont produit de bons effets, surtout quand j'ai pu soumettre après les malades à l'usage des toniques, du vin de quinquina ou de gentiane et à une meilleure nourriture.

La gentiane serait, pour les habitants de ce pays, un excellent médicament contre l'apparition de la plupart des affections gastro-intestinales qui les tourmentent, et elle croît partout en abondance.

L'atmosphère morale au milieu de laquelle vivent les malades est pernicieuse. Un seul homme, le curé, s'il eût été dans une autre situation vis-à-vis de la population, aurait pu exercer une influence salutaire en faisant entendre à tous le langage de la raison ; il l'a tenté dans les derniers temps, mais ses convictions antérieures lui avaient enlevé tout crédit dans ce sens.

Les contes de faits merveilleux continuaient, l'irritation contre les prétendus sorciers ne se calmait point; il était indispensable pourtant de chercher à y mettre fin et d'empêcher le renouvellement des scènes du mois d'avril, car elles étaient un péril pour les uns et une cause de surexcitation de plus pour tous.

Les seuls moyens qui eussent jusque-là arrêté les crises étaient des moyens moraux : l'intimidation paternelle chez les enfants, les exorcismes, des pèlerinages chez les autres, le magnétisme pour quelques-unes;

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