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bres iijférieurs; la respiration devient haletante; les malades redoublent de fureur, deviennent agressives, déplacent les meubles, et lancent chaises, tabourets, tout ce qui leur tombe sous la main, sur les assistants; se précipitent sur eux pour les frapper, aussi bien leurs parents que les étrangers ; se jettent à terre, toujours continuant les mêmes cris; se roulent, frappent les mains sur le sol, se frappent elles-mêmes sur la poitrine, le ventre, sur la partie antérieure du cou, et cherchent à arracher quelque chose qui semble des gêner en cepoinl. Elles se tournent et se retournent d'un bond ; j'en ai vu deux qui, se relevant comme par la détente d'un ressort, se renversaient en arrière, de telle façon que leur tête reposait sur le sol en même temps que leurs pieds.
Cette crise dure plus ou moins, dix, jvingt minutes, une demi-heure, selon la cause qui Ta provoquée. Si c'est la présence d'un étranger, d'un prêtre surtout, il est très rare qu'elle finisse avant que la personne se soit éloignée : dans ce cas, les mouvements convulsifs ne sont cependant pas continus ; après avoir été très violents, ils s'affaiblissent, et s'arrêtent pour recommencer immédiatement, comme si la force nerveuse épuisée prenait un moment de repos pour se réparer.
Pendant la crise, le pouls, les battements du cœur, ne sont nullement accélérés, c'est même le plus ordinairement le contraire; le pouls se concentre, devient petit, lent, et les extrémités se refroidissent ; malgré la violence de l'agitation, les coups furieux frappés de tous côtés, les mains restent glacées.
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Contrairement ace qui s'est vu souvent dans des cas analogues, aucune idée erotique ne se mêle ou ne paraît s'ajouter à Tidée démoniaque; j'ai même étéfrappé de cette particularité, parce qu'elle est commune à toutes les malades : aucune ne dit le moindre mot ou ne fait le moindre geste obscène : dans leurs mouvements les plus désordonnés, jamais elles ne sedécouvrent, et si leurs vêtements se relèvent un peu quand elles se roulent à terre, il est très rare qu'elles ne les rabattent presque aussitôt.
Il ne paraît donc point qu'il y ait ici lésion de la sensibilité génitale ; aussi il n a jamais été question d'incubes, do succubes ou de scènes du sabbat; toutes les malades appartiennent, comme démonomanes, au second des quatre groupes indiqués par M. Macario ; quelques-unes entendent la voix des diables, beaucoup plus généralement ils parlent par leur bouche.
Après le grand désordre, les mouvements deviennent peu à peu moins rapides, quelques gaz s'échappent par la bouche, et la crise est finie. La malade regarde autour d'elle d'un air un peu étonné, arrange ses cheveux, ramasse et replace son bonnet, boit quelques gorgées d'eau, et reprend son ouvrage, si elle en tenait un quand la crise a commencé; presque toutes disent n'éprouver aucune lassitude et ne pas se souvenir de ce qu'elles ont dit ou fait.
Cette dernière assertion n'est pas toujours sincère, j'en ai surpris quelques-unes se souvenant très bien, seulement elles ajoutaient : « Je sais bien qu i/ a (le diable) dit ou fait telle chose, mais ce n'est pas moi; si
ma bouche a parlé, si mes mains ont frappé, c'était lui qui les faisait parler et frapper; j'aurais bien voulu rester tranquille, mais il est plus fort que moi, etc., etc. »
Ce que les malades disent dans leurs accès ne se borne pas toujours aux paroles insignifiantes que je viens de rapporter, mais alors c'est qu'elles sont provoquées ; les parents, les voisins, ont la sotte habitude de leur faire des questions absurdes qui leur ont évidemment été apprises, au moins dans leur forme, par les exorcismes, dont on leur a certainement traduit quelques paroles ; les curieux étrangers renchérissent encore sur ces questions; les plus ordinaires, toujours adressées aux diables, et les réponses sont celles-ci :
« Qu'est-ce qui lient la fille ?
— C'est moi, le bûcheron, ou le curé, ou le Français, le Suisse, etc. , etc. » Il y en a de toutes les professions et de tous les pays, mais seulement des professions et des pays dont les malades ont entendu parler : ainsi il n'y a jamais eu d'Indiens, de Chinois, de mécaniciens, de sculpteurs, etc., etc., parce qu'elles ne connaissent pas ces mots.
« Qui t'a mis dans la fille?
— C'est B..., ouC..., etc., etc.
— Quand déprendras-tu la fille?
— Dans un quart d'heure.
— La fille mangera-t-elle aujourd'hui?
— Non, elle ne mangera pas.
— Pourquoi ne veux-tu pas qu'elle mange?
— Parce que la fille ne doit pas manger de ton s.... pain, de ton s..., fromage; donne-lui du bon café, h la
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fille, du bon pain de boulanger, de la bonne viande, et elle mangera. Etc., etc. »
Ces réponses pourraient bien être dictées par un sentiment, un besoin instinctif.
J'ai plusieurs fois remarqué que les crises étaient plus fréquentes quand souflflait le vent du nord ou nord-est, dont l'action produit en ce pays, bien plus qu'ailleurs, une impression pénible, une sorte d'agacement nerveux dont j'ai parlé déjà.
Cette description est celle de l'état le plus fréquent ; mais, entre les extrêmes, il existe plusieurs degrés, depuis la malade qui n'a que des crises de douleurs gastralgiques, jusqu'à celle qui arrive au dernier paroxysme de la fureur. Celle réserve faite, je n'ai trouvé, sur toutes les malades que j'ai visitées, des différences dignes d'être notées que chez quelques-unes seulement.
L'une, la nommée Br... (Jeanne), quarante-huit ans, non mariée, très vieille hystérique, sent des bêtes qui ne sont autres que des diables qui lui courent sur la figure et la piquent.
Une autre, la femme B... (Nicolas), âgée de trentehuit ans, malade depuis trois ans, aboie pendant ses crises ; elle attribue sa maladie à un verre de vin qu'elle a bu en compagnie d'un de ceux qui donnent le mal.. Pendant et hors des crises, elle a de fréquents vomissements, qu'elle prétend avoir toujours eus depuis qu'.elle est iralade; et bien qu'elle ne boive pas de vin habituellement, ses vomissements le sentent et en coutiennent toujours; elle le reconnaît bien au goût et à
l'odeur : c est toujours le môme vin qu'elle a bu il y a trois ans et que les diables (elle en a sept) renouvellent sans cesse.
G... (Jeanne), âgée de trente-sept ans, non mariée, est celle dont les crises diffèrent le plus. Elle n'a point de ces mouvements cloniques généraux qui se voient chez toutes les autres, et elle ne parle presque jamais. Dès qu'elle sent venir sa crise, elle va s'asseoir et se met à balancer la tête d'arrière en avant ; les mouvements, lents el peu étendus d'abord, vont toujours s'accélérant, et finissent par faire parcourir à la tète, avec une incroyable rapidité, un arc de cercle de plus en plus étendu, jusqu'à ce qu'elle vienne alternativement et régulièrement frapper le dos et la poitrine. Par intervalles, le mouvement s'arrête un instant, et les muscles contractés maintiennent la tète fixée dans la position où elle se trouvait au moment du temps d'arrêt, sans qu'il soit possible, même avec des efforts, de la redresser ou de la fléchir.
Une quatrième malade, mais que je n'ai point vue, parce qu'elle avait quitté le village avant mon arrivée, après avoir éprouvé les mêmes symptômes que les autres, a, dans les derniers temps de sa maladie, offert des phénomènes particuliers qui ne se sont présentés chez aucune.
Son père décrit ainsi sa maladie :
« V... (Victoire), âgée de vingt ans, devint malade l'une des premières, à l'âge de seize ans; elle n'avait jamais rien senti, quand le mal la prit un jour à la messe; pendant les deux ou trois premiers jours, elle ne faisait
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que sauter un peu. Un jour elle m'apportait mon dîner à la cure, où je travaillais; TAngelus sonna comme elle arrivait sur le pont, elle se mil aussitôt à sauter, et se jeta par terre en criant et gesticulant, jurant après le sonneur. Le curé de Monlriond se trouva là par hasard, ellerinjuria, l'appela s.... ch... de Monlriond.
» M. le curé de Morzinesvint aussi près d'elle au moment où la crise finissait, mais elle recommença aussitôt, parce qu'il lui fit un signe de croix sur le front.
)i Une autre fois, je travaillais encore à la cure, on a voulu lui donner un verre de vin; elle n'a pu le porter à ses lèvres, il a fallu la faire boire : elle n'était pourtant pas en crise à ce moment. On lui en présenta un second, mais elle le trouva si mauvais, qu'elle le cracha, M. l'abbé F... m'a dit après, que c'était parce qu'il y avait ajouté quelques gouttes d'eau bénite.
» Pendant un an le mal la prit tous les jours et plusieurs fois par jour, depuis TAngelns du matin jusqu'à dix heures du soir ; dès que dix heures sonnaient, elle allait se coucher tranquillement. Une fois j'ai voulu l'obliger à se coucher à neuf heures ; elle ne le voulait pas, disant que le diable le lui avait défendu et qu'il ne la laisserait pas dans son lit; j'insistai, et elle obéit, mais en me disant : Tu vas voir... Elle ne put, en effet, rester au lit, elle y eut une crise très violente qui la jeta en bas... Alors sa crise cessa, et à dix heures elle se rcfcit dans son lit aussi tranquillement que d'habitude.
» On l'avait exorcisée souvent; mais voyant que rien ne la guérissait, pas plus les exorcismes qu'autre chose, je la conduisis à Genève chez M. I^afontaine (le magné-
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liseur); elle y est resiée un mois, et est revenue bien guérie : elle a été tranquille près de trois ans.
» Il y a six semaines, vers le milieu d'avril, elle a été reprise, mais elle n'avait plus de crises; elle ne voulait voir personne et s'enfermait à la maison; elle ne mangeait que quand j'avais quelque chose de bon à lui donner, autrement elle ne pouvait avaler.
» Pendant les dix derniers jours elle était forcée de se tenir toujours couchée, mais pas dans son lit; quand elle voulait s'y mettre, elle était renversée par terre; elle se couchait sur des bancs qu'elle avait placés près du lit.
» Elle ni pouvait se tenir sm^ ses jambes^ ni à peine remuer les bras; ] ni essayé plusieurs fois de la mettre debout, mais elle ne se sentait pas, et tombait dès que je ne la tenais plus.
» Je me suis décidé à la reconduire chez M. Lafontaine. Pour partir, il m'a fallu l'habiller comme un enfant; je ne savais comment l'emmener, elle médit: «Quand je serai sur la commune de Montriond, je marcherai bien. *►
(11 a été généralement remarqué que dès qu'elles sont hors de la commune, les malades n'ont que très rarement des crises.)
« Un de mes voisins m'aida, nous lui donnâmes chacun un bras;- nous Tavons portée plutôt qu'elle n'a marché jusqu'à Montriond. Mais aussitôt de l'autre côté du pont, elle a marché toute seule et ne se plaignit plus que d'un goût horrible dans la bouche, disant qu'elle était perdue si nous ne trouvions pas de caramel à Saintr
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Jean, que ce mauvais goût allait rempoisonncr. N'ayant point trouvé de caramel, je lui ai acheté du sucre à la place, et elle a bien été jusqu'à l'oratoire de Saint- Guérin. Là, elle me dit qu'elle ne pouvait passer devant l'oratoire, qu'elle ne pouvait plus avancer; mais il n'y a pas moyen de passer ailleurs, je l'ai soutenue, et notre voyage s'est terminé sans aucun accident, et jusqu'à Thonon (32 kilomètres), elle a marché comme moi.
» Après deux séances chez M. Lafontaine, elle était mieux, et maintenant elle est placée comme domestique. »
Une autre, la jeune Marie B...., dont les crises n'avaient d*ordinaire rien de particulier, fut un jour, en ma présence, prise d'une crise sans convulsions, qui ne se traduisit que par un besoin irrésistible de marcher. Elle partit d'un pas précipité, s'en alla très loin pour trouver un pont qui lui permît de traverser la rivière, et continua sa course sur la rive opposée, disant à ceux qu'elle rencontrait, qu'elle allait voir ses champs, ce qu'elle fit en effet ; et elle revint toujours avec la même vitesse et par le même chemin, au point d'où elle était partie. A son arrivée, la crise finit.