‹ Relation sur une épidémie d'hystéro-démonopathie épidémieChapitre 8 sur 12 · REUTION SUR UNE ÉPIDÉMIE · texte numérisé non relu

REUTION SUR UNE ÉPIDÉMIE

I«a «eiMllilllCc. — Les sens en général.

Visitant ces malades à toute heure et quand je pouvais les joindre, dehors aussi bien que dans les maisons, en présence de leurs parents ou voisins et quand elles étaient seules; obligé d'ailleurs, par des motifs inutiles à redire, à une extrême réserve, il m'était difficile, le plus souvent impossible, de me livrer à toutes les investigations qui auraient pu avoir de l'intérêt ; je n'ai cependant négliguéaucuue de celles qui m'ont été permises.

Je n'ai que rarement rencontré des hyperesthésies ; la plus fréquente, l'épigastralgie, n'est même pas constante. Ce n'est que chez les anciennes hystériques que j'ai pti constater quelques-unes de celles indiquées par M. Briquet, mais je n'ai pu établir que ces douleurs affectassent plus particulièrement un côté que l'autre.

Les seuls symptômes qui ne manquent jamais, sont la céphalalgie, et surtout la gastralgie : celle-ci est souvent permanente, ou s'exaspère au moment des crises et pendant leur durée ; si les crises cessent de se produire, elle disparaît avec elles, mais ce n'est que momentanément. Des malades guéries, c'est-à-dire n'ayant plus de convulsions depuis longtemps, éprouvent encore des douleurs gastralgiques; il est vrai, comme je l'ai indiqué en commençant, que c'est une affection très commune,

d'hystérodémonopathie; en isei. 63

presque générale, et que beaucoup de malades en étaient probablement atteintes avant de devenir convulsionnaires.

Chez quelques-unes, la plupart même, ces douleurs devenant plus vives sous Tinfluence d'une cause morale ou physique, provoquent des rechutes successives ; les malades, guéries de leurs crises, mais non de leur idée fausse, attribuant toujours ces douleurs à une nouvelle irruption des démons dont elles avaient été délivrées, donnant ainsi toujours la même interprétation fausse à une sensation réelle.

L'anestbésie ne fait jamais défaut ; mais ici elle ne précède pas l'accès convulsif et ne lui survit pas, comme Vojii vu MM. Briquet et Gendrin chez les simples hystériques; elle commence et finit avec la crise, n'a que la durée de celte crise, et même si deux crises se succèdent, si court que soit l'intervalle, la sensibilité reparaît pendant cet intervalle chez les plus anciennes comme chez les plus nouvelles malades.

L'insensibilité de la peau, et des muscles superficiels au moins, est générale ou partielle, selon que tout le corps ou quelques parties seulement participent aux convulsions; mais, je le répète, elle ne dure que le temps seulement que dure la convulsion de chaque partie.

J'ai pu pincer, piquer avec une épingle les malades, enfoncer cette épingle sous les ongles, ou de toute sa longueur dans les bras, les jambes ou sur toute autre partie, sans provoquer l'apparence d'une sensation douloureuse»

Les auteurs qui ont écrit sur les possédés^ les sorciers

des derniers siècles, ont aussi note leur insensibilité, qui était toujours une preuve à charge; mais ils ne disent pas si cette insensibilité était ou non permanente : elle a pu paraître telle, parce qu'elle n'était constatée que pendant les épreuves auxquelles on soumettait ces malheureux. Il est à croire qu'ils étaient comme les malades de Morzines, conservant leur sensibilité pendant le calme, mais cessant d'être calmes dès qu'une circonstance les ramenait à leur idée; les interrogatoires, les visites corporelles, l'appareil do la justice, étaient de ces circonstances qui devaient rarement manquer leur effet : il n'en faut pas tant pour provoquer des crises à Morzines.

Chez les malades dont l'agitation était bornée aux parties supérieures, la douleur était vivement sentie dès que je piquais les jambes, tandis qu'elle ne l'était point aux bras, dans le dos.

Chez la fille G..., qui n'agitait que la tête, dès que l'épingle agissait plus bas que la partie supérieure du tronc, ou dépassait en arrière les régions dorsales proprement dites, la malade témoignait d'une façon non équivoque que je lui faisais mal.

L'aneslhésie ne se produit donc, dans ces cas, que dans les muscles convulsés ou dont la fonction physiologique se trouve dépassée, exagérée, et dans la peau qui les recouvre ou les avoisiné.

L'insensibilité de la plupart de ces malades n'est que de l'analgésie, car les sensations de contact, de température ne sont point abolies. J'ai dit le soin qu'elles mettent à rabattre leurs jupons quand ils se relèvent; elles ne peuvent cependant le plus souvent voir qu'ils

l>*HTSTÈRO.ft£llONOPATHlK EN* ift61. e&

sOQt relevés : ce u^esldouc que parriropression de Tair ou l'absence d'un contact habituel qu'elles s'en aperçoivent. Dans ces cas, quelques parliesde la peau conservent donc ou reprennent successivement leur sensibilité.

Je n'ai pu expérimenter reffet d'une haute température,* mais celui du froid est ordinairement vivement senti; de Teau froide lancée au visage pendant la crise, loin d'amener du calme, augmente Tagitatiou, et il n'y a pas à se tromper sur Timpression sentie.

Un jour, pourtant, une malade à laquelle j'avais prescrit (Jes lotions froides sur le dos, et qui les trouvait fort désagréables, partit de chez elle pendant une crise, en disant que ses diables se moquaient bien de Teau, qu'on allait bien le voir, et elle se précipita dans une auge pleine d'eau très froide. Quand elle en sortit, elle ne pa^ raissait pas s'apercevoir qu'elle était mouillée ; ce ne fut que quand la crise finit, qu'elle sentit le froid et se montra fort étonnée de se trouver en pareil état.

ï^a muqueuse nasale, les lèvres, conservent leur sensibilité ; la barbe d'une plume promenée sur ces parties, l'ammoniaque, produisaient toujours leur effet ordinaire ; le chloroforme était lui-même vivement repoussé, et je n'ai jamais pu obtenir la cessation d'une crise par son usage : il est vrai que je n'ai jamais pu l'employer très convenablement, et que la crainte de quelque accident m'a toujours arrêté dans mes essais.

Les organes des sens, l'ouïe, la vue, loin de perdre de leur activité, paraissent quelquefois acquérir une finesse, une impressionnabilité inaccoutumée, sou-

«a RSLATION SUR UNE ÉPIDÉMIE

vent remarquée d'ailleurs chez les hystériques en général.

Le goût et Todorat m'ont paru à l'état normal ; deux bu trois malades seulement font exception : la femme B... (Nicolasj, qui vomit et sent toujours du vin bu il y a trois ans, et la fille V..., qui, sans le spécifier, accuse un goût horrible. Mais ce n'est chez ces malades qu'une perversion, et non une abolition de ces sens; chez toutes c'est bien plus souvent la sensibilité que les sens qui est lésée.

Il est quelques malades (toutes sont très friandes) dont on arrête les crises en leur donnant un morceau de sucre.

Le nommé Pierre B... hâte la fin des crises de sa femme en lui mettant dans la bouche un morceau de caramel qu'elle aime beaucoup.

Chez aucune je n'ai observé ni paralysies ni contractures des membres, ou de ces profondes anesthésies musculaires qui momentanément équivalent à des paralysies.

La fille V..., que j'ai citée, a seule présenté des accidents qui pourraient avoir tenu à cet état particulier du système musculaire.

Plusieurs, a-t-on dit, perdaient complètement connaissance ; à lexception des deux enfants premières malades, le fait n'a été absolument justifié pour aucune, et je n'en ai pas vu dans cet état.

Elles entendent et voient parfaitement, puisqu'elles répondent aux questions ou reconnaissent les personnes qui les approchent quand leur crise est commencée, et

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ferment les yeux dès qu'elles les croient menacés par un objet quelconque. En généml, quand elles se jettent à terre, elles savent très bien choisir l'endroit où elles vont tomber, et j'ai souvent répété rexpérience sui* vante : je feignais de poser mon pied par mégarde sur une de leurs main^, ou bien, quand elles frappaient le sol à coups redoublés, je poussais une pierre à l'endroit où elles frappaient ; jamais aucune n'a manqué de retirer sa main ou de frapper à côté de la pierre, et les femmes grosses ont grand soin de ne pas se donner de coups sur le ventre.

Un jour, le maire, qui m'accompagnait, fut surpris par une malade et violemment frappé au visage avec une pierre ; presque au même instant une autre malade se précipitait sur lui, armée d'un gros morceau de bois, pour le frapper aussi; voyant venir celle-ci, il lui présenta le bout aigu de son bâton ferré, la menaçant de l'en percer si elle avançait ; elle s'arrêta, laissa tomber son morceau de bois et se contenta de dire des injures.

Malgré les courses, les sauts, les mouvements violents et désordonnés des malades, malgré les coups qu'elles se donnent, leurs terreurs ou leurs divagations, on ne cite point d'exemple de tentative de suicide ou d'accident grave arrivé à aucune d'entre elles ; elles ne perdent donc point toute conscience, l'instinct de la conservation au moins subsiste.

Si au commencement d'une crise une femme lient son enfant dans ses bras, il arrive souvent qu'un diable moins méchant que celui qui va la travailler lui dise :

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« Laisse cet enfant, il (l'autre diable) lui ferait du mal.» Il en est de môme quelquefois, quand elles tiennent un couteau ou tout instrument susceptible d'occasionner une blessure.

D'UYSTÉRO-DËMONOPATHIE EN 1861. 69

MaCH hmnineA nuiMulc»* — mfféreBees des aeeUtenUi.

Les hommes ont subi comme les femmes Tinfluence de la croyauce qui les déprime tous à divers degrés; mais chez eux les effets ont été moindres et assez différents.

Plus souvent encore que les femmes, de tout temps atteints de ces dérangements des voies digestives dont j'ai parlé, ils ont seulement vu leurs souffrances augmenter ; peut-être pour beaucoup n'est-ce que parce qu'ils y pensent, y font attention plus qu'autrefois.

Mais il n'est pas moins certain que la crainte commune, la peur du diable, a aidé à la multiplication de ces affections, les a rendues plus fréquentes.

Il serait également difficile de ne pas reconnaître que cette peur, cause de l'épidémie régnante, a donné à ces affections un cachet emprunté au génie hystérique qu'elles n'avaient point antérieurement ou n'avaient pas au même degré chez les malades de ce sexe. Il en est, en effet, qui ressentent absolument les mêmes douleurs que les femmes; comme elles, ils ont des suffocations, éprouvent un sentiment de strangulation et accusent la sensation de la boule hystérique, mais aucun n'est allé jusqu'aux convulsions; et s'il y a eu quelques rares

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exemples d'accidents convulsifs, ils peuvent presque toujours être attribués à un état morbide antérieur et différent. L'unique représentant du sexe masculin qui paraisse avoir eu réellement des crises de la même nature que celle des filles, est le jeune T. . .

Ce sont généralement les jeunes filles de quinze à vingt-cinq ans qui ont été atteintes; dansTautré sexe, au contraire, à l'exception de cet enfant T..., ce ne sont à peu près, dans la mesure que je viens de-dîre, que des hommes d'un âge mûr, auxquels )es vicissi* tildes de \â vie ont bien pu apporter d'autres préoccu*pations préexistantes, ou à ajouter à celles causées par la maladie.

l^eot-Ôlre cette différence est-elle due à ce qae tes bommefide cet âge n'émigrent pas, tandis que les jeunes gens sont absents, en grande majorité, pendant les deux tiers de l'année ; les seuls hotnmes sur le compte desquels l'opinion s'accorde pour les considérer comme ayant été ou étant prt^ comme les filles^ sont les nommés Claude T. . . , Joseph P. . . , Louis B. . < et Antoine L. . •

Claude T.-., de l'aveu de sa îetnme, n'a jamais eu de crises ; atteint de gastrite ou de gastralgie hystérique, m peut-être de quelque dégénérescence de l'estomac, on A vu qu'il est mort dans un état de lypémanie confirmée.

P-.. (Joseph) raconte lui-même ce qui le concerne :

<( Ma sœur était déjà malade depuis un an ; avant

d'avoir la maladie, elle avait presque toujoura été ma-

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lade (elle a eu une ascite); tout mon bétail était malade aussi. J'avais été trouver M. le curé, qui m'avait dit qu'il ne pouvait combattre à la fois le mal de ma sœur et celui de mes bestiaux; je me suis alors décidé à les vendre, mais j'en étais bien contrarié.

» Le jour de la foire j'ai bu beaucoup et j'ai été pris d'une crise ; on m'a ramené chez moi, mais je voulais toujours me sauver, m'en aller courir; peu après j'ai commencé à avoir mal à l'estomac et je n'eus plus goût à rien, je n'avais jamais faim et n'avais envie que de vin ou d'eau-de-vie.

» Chaque fois que ces envies me prenaient, tous les mois, tous les deux mois, je ne pouvais pas y résister, et je buvais tant que je pouvais, vin et eau-de-vie, mais chaque fois j'avais des crises après.

» Je suis allé chez un homme à Genèye, je ne sais ce qu'il m'a fait, parce que j'ai eu une crise chez lui; il m'a dit que j'irais mieux, et en effet depuis cet hiver je n'ai pas eu de crises elje n'ai plus envie de boire^ mais j'ai toujours mal à l'estomac.

» Autrefois j'étais mal à mon aise à l'église, je ne pouvais pas prier, ça me serrait le cou; mais on ne s'apercevait de rien, je me retenais.

» Maintenant que je n'ai plus de crises, je n'éprouve plus rien à l'église; je travaille, mais quand je n'ai pas de bonnes choses à manger, je ne puis pas avaler. »

P... n'est donc qu'un véritable dipsomane, qui habille sa narration avec tes idées et les mots en vogue. Biais qui ne dit pas, ce que l'on m'a assuré, qu'il est épileptiqiie depuis sou enfance ; les attaques étaient

d'abord rares, mais s'étaient rapprochées sous l'influence des alcooliques, et se sont éloignées de nouveau dès qu'il a cessé de boire. Je ne l'ai pas vu dans ses crises et n'ai pu faire contrôler le renseignement qui m'a été donné sur son épilepsie; en admettant que ce renseignement ne soit pas exact, on peut croire au moins à une ivresse convulsive.

B... (Louis), âgé de quarante et quelques années, n'est qu'un ivrogne ordinaire dont l'intelligence s'affaiblit et se déprave de plus en plus ; d'après ce qui m'a été dit, il me paraît probable qu'il a eu dans les derniers temps une attaque de delirium Iremens.

Quand il a bu, ce qui lui arrive souvent, il casse tout chez lui, bat sa femme, a voulu la tuer et l'a poursuivie un couteau à la main.

C'est dans ces occasions que l'on dit qu'il a des crises.

L... (Antoine) a cinquante -huit ans; il est petit, débile, d'une intelligence peu développée, et sa physionomie porte l'empreinte d'une profonde tristesse. 11 a été fort éprouvé dans ses affections : il a perdu sa femme et quatre de ses enfants ; son fils aîné est militaire, ce qui contribue à l'attrister encore. 11 s'ennuie, a un grand dégoût du travail, ne pense pas à ce qu'il a à faire, n'a pas la moindre force, est indifférent à la perte comme au gain, croit ne jamais payer assez cher ce qu'il achète, et craint de tromper involontairement les vendeurs. Il lui semble toujours qu'il a fait un mau-

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vais coup, il a peur. Il est malade depuis la mort de sa femme, il y a quatre ans; il peut à peine manger, son pain noir lui inspire de l'horreur, il ne vit que de lait.

L'an dernier il est allé à Genève consulter une vieille femme qui lui a fait des signes de croix avec une racine, lui a ordonné d'aller faire des dévotions à Saint- Guérin et de faire bénir une chemise ; il a fait tout cela, et s'est trouvé mieux pendant six mois, mais petit à petit il est retombé dans la même situation qu'auparavant.

Ce pauvre homme est encore un lypémaniaque, ou bien proche de l'être, qui peut-être finira comme Claude T.. .

Un autre homme vint un jour me consulter, et me rendit ainsi compte de ce qu'il avait éprouvé :

« J'ai quarante ans, je suis marié, j'ai des enfants. Je me portais très bien, quand tout à coup je fus pris, il y a six mois, de grands maux d'estomac, d'un ennui extraordinaire, je ne pouvais plus rien faire, je n'avais aucun désir de manger ; quand je voulais y essayer, il me prenait envie de vomir : je pensai que fêtais pris aussi comme les filles,

» Après quelques jours je sentis mal à la tête, aux reins et j'éprouvai un besoin irrésistible de dormir. Un jour je me couchai, je voulais dormir, mais je ne pouvais pas ; je sentais que je m'engourdissais, j'avais froid ; je finis par ne plus pouvoir ni parler ni remuer, sans ressentir aucune douleur. On me parlait, on me secouait, j'entendais bien, je voyais, je sentais ce qu'on

7d RELATIOU SUR UNE ÉPIDÉMIE

me faisait; on m'a mis aux jambes de la moutarde qui m'a même fait grand mal, mais je ne pouvais ni répondre ni faire un mouvement : on crut que j'allais mourir^ et je fus administré.

» Je restai trois jours dans cet état ; au bout de ce temps, je m'endormis réellement pendant cinq ou six heures. Quand je me réveillai, je parlais, je me levai et me mis à manger ; je ne sentais plus de mal, mais j'étais très fatigué, et cette fatigue dura plusieurs jours.

» Pendant tout un mois j'allai très bien, mais un jour je retombai absolument dans le même état, et depuis c'est tous les mois la même chose.

» Quatre ou cinq jours d'avance, j'ai mal à l'estomac, je ne puis manger, je me sens lourd, j'ai mal tout le long du dos, et dans ce moment je commence à éprouver tout cela : c'est dans trois ou quatre jours que ma crise doit venir. »

Cet homme n'avait pas une de ces constitutions débiles si communes, il paraissait d'une force ordinaire, avait le visage assez coloré et les yeux injectés.

Je l'engageai à se mettre douze sangsues au siège, et à prendre matin et soir pendant trois jours 50 centigrammes de sulfate de quinine.

Il habitait fort loin et dans la partie la plus diflBcile des montagnes ; je ne pus le revoir et il ne vint point me rendre compte comme je le lui avais recommandé. Mais à la fin du mois, il vint pendant une courte absence que je fis, et ne me trouvant pas, il alla chez le médecin de la localité lui demander de cette poudre qui avait empêché sa crise de reparaître. Il ne ressentait

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rien de ce qu'il avait coutume de sentir d'avance, bien que l'époque fût près d'arriver ; il voulait reprendre de la poudre pour mieux assurer sa guérison, et promit, si son accès revenait, de le faire savoir. On n'eu a plus entendu parler, d'où j'ai dû conclure qu'il n'a plus rien eu, car il avait témoigné un grand désir de se guérir.

Peut-être faof-il noter comme ayant pu aider à sa guérison probable cette circonstance, que le malade vit en ce moment sur un point absolument isolé, où il ne voit, n'entend parler de rien de ce qui se passe ou se dit dans le village.

Plusieurs femmes reconnaissent que quand elles sont dans leurs chalets des montagnes, sans voisins, elles sont beaucoup plus calmes et ont bien moins de crises.

76 RELATION SUR UNE ÉI>IDÊMIE

Pourquoi toile personne e«l-«lle malade plntèft que toile antre t — Prédispositions héréditaires.

S'il est curieux de voir une pareille épidémie à notre époque, il est peut-être tout aussi étonnant qu'elle n'ait pas fait plus de victimes ; que le symplôme le plus fréquent, les convulsions, ne se soit pas plus généralisé.

Toute la population est soumise aux mêmes influences, a les mêmes habitudes, partage la même croyance, et cependant sur 2000 habitants, en plus de quatre ans, 120 seulement ont eu des convulsions, les autres n'éprouvant que des malaises plus ou moins sérieux, le mal s'arrêtant [chez eux à ses premiers symptômes.

La prédisposition plus grande, et de tout temps reconnue, du sexe féminin pour les accidents hystériques, explique pourquoi ce sexe seul a présenté toute la série des phénomènes constatés dans cette épidémie, comme dans plusieurs de celles anciennement observées; mais cette aptitude n'explique pas assez pourquoi cent vingt femmes se sont trouvées plus susceptibles que les autres, dont les conditions d'existence sont absolument les mêmes.

Il faut remarquer, en passant, que les malades récem-

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ment atteintes sont relativement peu nombreuses ; que Télat de presque toutes date d'une époque plus rapprochée du début de la maladie que du moment actuel; que la plupart de celles qui ont encore des crises les ont toujours eues depuis ce début, ou en ont été reprises après des intervalles de calme.

I^s unes, bien que toutes soient également convaincues de la réalité de la possession, ont donc su ou pu résister plus que les autres aux effets de cette croyance et à toutes les excitations qui en sont dérivées; à la longue, cette force de résistance s'affaiblit, s'épuise : aussi trouve-t-on un certain nombre de femmes qui n'ont rien éprouvé encore, mais qui disent qu'elles se sentent moins sûres d'elles-mêmes, qu'elles s'ennuient, etc.

M. Morel, dans son Traité des dégénérescences^ et d'après le docteur Magnus Huss, parle du régime alimentaire d'une partie des habitants de la Suède, et des affections gastriques réunies sous le nom de gastrite chronique, qui en sont la conséquence.

Suivant M. Morel, cette maladie, ou plutôt, pour remonter de l'effet à la cause, cette alimentation est une cause active de dégénérescence.

Dans ce qu'il écrit sur ce sujet, il semble avoir pris les habitants de Morzines pour modèle de son tableau : c'est que le climat de cette partie de la Savoie n'est pas sans analogies avec celui de la Suède, et, au poisson près, la nourriture est la même.

A ces actions réunies du climat, de l'alimentation, des habitations, il faut encore ajouter icf, à côté de

78 RELATION 8fm fJKE ÉPIDÉMIE

beaucoup d'autres influences, celle déjà indiquée des mariages entre consanguins.

La différence que je signalais tout à Theure entre les femmes, dans laptitude à contracter les convulsions, serait-elle donc le résultat d'une sorte de dégénérescence successive et graduelle, affectant en définitive spéciale* ment le système nerveux, ou plutôt, pour ne point employer un mot dont la signification va peut-être au delà de ce que je veux exprimer, cette différence serait-elle le résultat d'une prédisposition héréditaire?

Je suis porté à le croire, et les notes suivantes paraissent le démontrer :

T... (Sylvie), d'Essert-Ro- La mère a une forte dévia tiop de man, treize ans, déclarée pos- la colonne vertébrale, survenue, dit sédée trois ou quatre ans avant cette femme, à vingt ans ; un frère la maladie de Morzines. de la possédée est mort à dix-huit ans,

d'une carie verlë)rale.

Quatre enfants T..., âgés de La mère, d'après sa propre déclaonze, treize, quinze, dix-sept ration, avait, bien avant sa fille Perans, ronne, qui a été la première malade

connue à Morzines, des crises que roQ ne peut guère rapporter qu*à rhystérie.

T... (Claude), cinquante ans Mort lypémaniaque, avait un couenviron, père des précédents, sin germain fou encore enfermé à

Bassons depuis dix-sept ou dix-huit ans. La mère de ce cousin, la tante, par conséquent, de Claude T..., n'était connue que sous ce nom : la Gaudwtf, ce qui, dans le pays, est synonyme de nigaude, imbécile.

Trois filles P. Guérin , neuf. Le père a un cousin fou ; la mère onze, quinze ans. est épileptique depuis sa jeunesse.

Deux filles B... (Laurent), La grand'mère paternelle a été

D'HYSTÉRO-DÉMONOPATHIE EN 1861.

treize, dix-huit ans, encore ma- folle, ainsi que Tun de ses frères, i^des depuis un et trois ans, grand-oncle des malades. Le sieur

Laurent 6..., leur père, est un vrai type de scrofuleux : il est atteint d'une tumeur blanche ulcérée à un poignet, et l'articulation tibio- tarsienne gauche est aussi menacée.

B . . . (A ngélique ) . vingt- six ou vingt-sept ans, et sa sœur, B... (Claudine), vingt-huit ans,

Leur grand' mère, morte à moins de soixante ans, était comme une enfant deux ou trois ans avant sa

malades depuis un et quatre mort; leur cousine, Françoise B..

ans.

vivante et âgée de trente-huit ans, est idiote.

B . . . (Jeanne) , quarante-quatre ans; sa sœur, B... (Marie), trente-quatre ans, mariée et enceinte, malades depuis trois ans Tune et l'autre.

Femme B... (Wicolas), née B... (Françoise), trente-huit ans , enceinte , malade depuis trois ans.

B... (Marie), dix-sept ans, malade depuis ie commence^ ment de la maladie, près de cinq ans.

B... (Anne), dix-huit ans, malade depuis six mois.

Leur père était un homme très violent et tout extraordinaire ; leur oncle paternel, François B..,, était imbécile. Claudine B..., leur tante paternelle, était timbrée : tantôt elle tra vaillait, tantôt elle courait les champs.

Un autre François B. . . , frère de leur mère, s'est cru ensorcelé il y a une trentaine d'années.

Fille du précédent François B..., qui s'est cru ensorcelé ; cousine germaine de Jeanne et de Marie B. .. , et nièce de François B..., imbécile.

Sa mère porte à Tuo des seins une énorme tumeur de nature très suspecte; son père a eu un cousin. Antoine B..., qui était timbré; il a luimême des ulcères variqueux aux deux

Deux oncles maternels du nom de L..., dont Tun, Jean, a été pendant djdux ans comme timbré; l'autre, mort enfant, ne connaissait encore rien à douze ans.

Elle a un frère idiot au dernier degré, âgé de quinze ans, qui ne parle ni ne marche ; a eu uo oncle palierael épileptique, qui s'est noyé en tombant dans la rivière au

RELATION SliR UNE ÉPIDÉMIE

moment d'une de ses dltâques, et une cousine, fillç d'une sœur de son père, qui habitait le Faucigny, morte folle et épileptique.

B. . . (Josephte). femme Pierre B..., trente-six ans, malade depuis quatre.

B... [Claudine) , femme Laurent B..., vingt-neuf ans, malade depuis deux.

B... (Claudine), femme Fran- i çois B. . . , trente-neuf ans, ma- ( lade depuis trois.

B . . (Julienne), femme Claude 1 B..., trente-six ans, malade depuis trois.

B. . . (Jeanne), femme Antoine B..., quarante ans, malade de< puis quatre.

Quatre filles G..., appartenant à deux branches de la même famille, âgées de huit, dix-huit, vingt, vingt ans, malades depuis six mois, trois, deux et deux ans.

Claudine B..., veuve T.

(François), quarante ans, malade depuis près de cinq ans.

Sa sœur, la femme M...

malade aussi depuis environ cinq ans.

T... (Claudine), dix-huit ans,!

malade depuis quatre.

T... (Euphrosine), dix-huit | ans, malade depuis quatre.

T... (Pauline); trente ans,!

malade depuis un an.

T... (Françoise), trente-huit 1 ans, malade depuis quatre.

T..., veuve Laurent, cinquante-huit ans, malade depuis quatre.

T.:. (Adélaïde), vingt-six ans, malade depuis deux.

Cousine de Jeanne B...

parenté.

même

Appartiennent toutes aux difl'érentes branches de la famille B...

La sœur de G... (Pierre- Joseph) est morte folle, après ôtre restée deux ou trois ans renfermée dans son grenier ; un autre G... est idiot ; une fille G... est scrofuleuse.

Appartiennent toutes à la famille Br... ou à la famille R. ..

Dans la famille Br..., la bisaïeule, après ravoir tenté plusieurs fois, s'est noyée volontairement.

Un oncle n'était jamais appelé que le fou de Jean Br.. . , pour dire le fils.

Guérin R... père a un fils fou qui court les rues à Thonon.

Un oncle, Jean-François T..., a lété forcé de renoncer à tout ce qu'il a entrepris, parce qu'il a été fou pendant sept ou huit ans.

D'HYSTÉRO-DÉMONOPATHIE EN 1861. 8i

R. . . (Jeanne], dix-neuf ans, Nièce du fou qui est à Thonon. malade depuis trois.

Femme B..., quarante-qua- De la famille Guérin R... , fou vitre ans, malade depuis un an. vant déjà cité.

M... (Madeleine), dix-sept Le cousin germain de sa mère, ans, malade depuis trois. Jean-Claude P..., est mort fou : il

voulait toujours se noyer,

B... (Jeanne), dix-huit ans, Un frère de son père n'a vécu que malade depuis six mois. dix-huit ans et a passé toute sa vie

dans son lit ; par moments il sautait comme les filles aujourd'hui.

Femme et fille B... (Fran- Même famille que la précédente;

çois) , quarante et dix-sept ans, il existe encore une fille Victoire B . . . ,

malades depuis trois et deux âgée de quarante-sept ans, qui est

ans. imbécile.

B . . . (Suzanne) , vingt- deux Nièce du côté paternel de la veuve ans, malade depuis quatre. R..., vieille maniaque actuellement

en démence.

B... (Pauline), dix-neuf ans, Par sa mère, de la famille G..., malade depuis trois. dans laquelle il y a une folle déjà

citée, et il y a encore une fille scrofuleuse.

Ch... (Marie) , trente ans, \ malade depuis cinq. J

Ch... (Josephte), trente-qua-f tre ans, malade depuis cinq. ) Un oncle timbré.

Ch..., femme B. . (Pierre),!

enceinte, trente- sept ans, ma- \ lade depuis deux. j

Gr... (Marie), dix-huit ans, ^ malade depuis deux. f Un parent, qui s'appelait Guérin

Gr... (Rosalie), trente ans, iG. .., était fou. malade depuis trois. j

Femme T...y née Sch..., A eu un cousin qui avait la /^(^ vingt-six ans, malade il y a; cassée, quatre ans,

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