‹ Relation véridique de la conquête du Pérou et de la province de Cuzco nommée Nouvelle-Castille, subjugée (volume 2)Chapitre 10 sur 75 · I04 RELATION · texte numérisé non relu

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êtes fatigués}^ que chacun aille donc se reposer dans son logement , et, quoique Dieu nous ait fait vaincre, ne cessons pas d'être sur nos gardes ; car ces gens sont en déroute , il est vrai;.maisv^8 sont artificieux et aguerris, et ce firince , vous le savez, est craint et oiiéi. Us essaieront toutes les perfidies et toutes les ruses pour le tirer dTentre nos mains. Que cette nuit et toutes les suivantes il y ait une bonne garde et des patrouilles , afin que nous puissions être avertis. » Après cette allocution ils allèrent souper. Pizarre fit asseoir Atabalipa à sa table , et le traita avec bonté. Ce chef fut servi comme lui ; ensuite il envoya chercher pour le servir celles de ses femmes que l'on avait prises , le prince lui-même en choisit une. Le gouverneur ordonna qu'on fît un bon lit pour Atabalipa dans la chambre où il dormait. Une simple garde surveillait le prisonnier sans qu'il fût enchaîné.

La bataille avait duré un peu plus d'une demi-heure, car le soleil était déjà couché

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quand Vaction avait commencé. Si la nuit n'était pas arrivée, de trente mille ennemis et plus ( des gens qui avaient vu des armées en rase campagne , furent d'avis qu'il y en avait plus de quarante mille ) , fort peu auraient échappé. Il y avait dans la place plus de deux mille morts sans les blessés. On remarqua dans cette affaire un fait merveilleux ; les chevauxi qui la veille ne pouvaient se remuer à cause des douleurs provenant du froid qu'ils avaient souffert , galoppèrent ce jour-là avec tant d'ardeur, qu'ils semblaient n'avoir pas été malades.

La nuit, le capitaine commandant en chef inspecta les sentinelles et les postes , et les plaça dans des endroits convenables. Le lendemain matin le gouverneur envoya un capitaine avec trente cavaliers pour battre toute la plaine, et fit briser les armes des Indiens. Pendant ce temps-là , ceux qui étaient restés au camp firent ôter de la place, par les Indiens prisonniers, les cadavres qui s'y trou-

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vaient. Le capitaine et les cavaliers ramassèrent tout ce qu'il y avait dans le camp et dans les tentes d'Atabalipa , et retournèrent avant midi dans les retranchements des dirétiens avec un convoi d'hommes , de femmes , de moutonsy de For, de Fargent et du butin. Cette incursion produisit 80,000 pesçs dJoVy 7,000 marcs d'argent et quatorze ëmeraudes : For et l'argent étaient en morceaux énormes , en plats grands et petits , en seaux , en vases , brasiers , grandes coupes , et autres pièces de différentes formes. Atabalipa dit que tous ces vases étaient à son usage , et que les Indiens qui s'étaient enfuis en avaient emporté une quantité très - considérable. Le gouverneur ordonna de lâcher tout le bétail parce qu'il y en avait beaucoup trop , et que cela embarrasserait , de tuer chaque jour ce qui serait nécessaire , et de conduire dans la place le» prisonniers que l'on avait faits la veille pour que les chrétiens prissent ceux dont ils avaient besoin pour se servir. Il fit met-

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tre les autres en liberté afin qu'ils se i^n** dissent chez eux. Ils étaient de différents pays , d'où Atabalipa les avait fait venir pour faire la guerre y et pour le service de MO armée.

Plusieurs Espagnols furent d'avis de tuer tous>les gens de guerre , ou tout au moins de leur couper les. mains. Le gouverneur ne voulut pas y consentir, disant qu'il n'était pas bien d'être aussi cruel : qu'Al||||ii|p était puissant , qu'il pouvait , il est vrai , réunir de grandes forces ; mak f ii#.to pouvoir de Dieu étaitrMDs compard<iaiJbien supérieur : que le Seigneur protégeait les siens, par sa bonté infinie , et qu'ils devaient être certains que ce- : lui qui les avait préservés du danger de la veille I les soutieiKlrait dans les périls futurs» Puisque les chrétiens avaient le louable projet de conquérir ces sauvages infidèles au service de Dieu , et de les instruire dans la sainte foi catholique , ils ne devaient pas , disait- il , imiter ces gens-là dans les cruautés qu'il

exercent /et les sacrifices qu'ils font de leurs prisonniers. « La mort de ceux qui ont péri pendant Taction suffit , ajouta-t-il : ces gens ont été conduits comme à la boucherie, il n'est pas bien de les tuer et de leur faire du mal. » Cest ainsi qu'ils furent mis en liberté.

On trouva dans cette ville de Caxamalca des maisons pleines du haut en bas d'étoffes liées ea ballots ; on disait qu'ellosravaient été rassemblées pour les besoins de l'armée d' Atabalipa. Les chrétiens prirent tout ce qu'ils voulurent/ et cependant ils laissèrent ' ces maisons si remplies, qu'il ne paraissait pas qu'on y eût touché. Ces étoffes étaient les meilleures que l'on eût vues aux Indes. La plus grande partie était d'une laine très-fine et choisie; d'autres, de coton de diverses couleurs et très-bien tissues.

Voici leurs armes de guerre , et comment ils s'en servent Des frondeurs , qui lancent des pierres de la grosseur d'un œuf, rondes

comme des cailloux de rivières , et travaillées à la main, marchent à Tavant - garde. Ces gens portent dés boucliers qu'ils font avac des planches minces et très-fortes. Ils ont au9si des plastrons rembourrés de coton. Après ceux-ci viennent d'autres guerriers armés de haches d'armes et de massues; ces .dernières sont de la longueur d'une brasse et demie, et de la force des lances de nos capitaines d'infanterie. La masse qui est à l'extrémité est en métal et grosse comme le poing ; elle a cinq ou six pointes, aiguës , chacune de la grosseur du doigt: ils manient cette arme à deux mains. Leurs haches sont de la même grandeur ou plus grandes, la partie coupante est de métal , longue d'une palme , et fait à peu près comme le fer d'une hallebarde. Plusieurs de ces haches et de ces massues sont en or et en argent, ce sont celles des chefs. Ces guerriers sont suivis de gens qui ont de petites lances pointues comme des dards. L'arrière-garde est formée de piquiers

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armes de piques de trente palmes de long. Ils portent au bras gauche un brassard matelifisé en coton , à faide duquel ils manient leur arme. Tous sont divisés en compagnies , qui ont leurs étendards et leurs chefs , avec autant d'ordre que les Turcs. Plusieurs ont des casque^ de bois qui leur couvrent la télé jusqu'aux yeux : ils sont rembourrés en coton , et aussi solides que du fer. Tous les guerriers qu'Atabalipa avait dans son armée étaient des hommes fort adroits et aguerris , comme des gens qui combattaient sans cesse.

Ils étaient .jeunes et de haute stature : mille de ces guerriers avaient suffi pour conquérir cette ville, qui compte vingt mille habitants. La maison où résidait Atabalipa , située au milieu de s^n camp, est la plus belle que l'on ait vue chez les Indiens. Quoique petite, elle est divisée en quatre apparte* ments : au milieu est une cour dans laquelle Teau arrive par un conduit ; cette eau est si chaude , que la main ne peut en supporter la

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température* Elle sort toute bouillante d'une montagne des environs. Un autre conduit amène de l'eau froide qui se joint à la première» et toutes deux se jettent dans le même bassin. Quand on veut n'en avoir qu'une on bouche l'autre canal. Le bassin est grand et construit en pierre. En dehors de la maison , dans la cour, est un autre bassin qui n'est pas aussi bien fait que le premier. Il est garni d'escaliers en pierre pour y descendre quand on va se baigner. La chambre où Atabalipa se tenait pendant le jour a une terrasse qui donne sur un jardin : celle où il dormait près de là a une croisée qui s'ouvre sur la cour et le bassin* La terrasse donnait aussi sur la cour, les murs étaient enduits d'un bitume rouge très-brillant et plus beau que la rubrique. Les poutres qui supportent les toitures font peintes de la même couleur; un autre appartement sur le devant est composé de quatre chambres rondes comme des cloches, elles sont toutes quatre réunies ensemble , et

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