‹ Relation véridique de la conquête du Pérou et de la province de Cuzco nommée Nouvelle-Castille, subjugée (volume 2)Chapitre 11 sur 75 · I I 3 RELATION · texte numérisé non relu

I I 3 RELATION

peintes d'un blanc aussi pur que la neige. Les deux autres parties servent pour les gens. La rivière passe devant cette résidence.

Nous avons rapporté la victoire des chrétiens y et comment Atabalipa fut fait prisonnier; nous avons parlé de son camp et de son armée , nous allons raconter comment le père d' Atabalipa se rendit puissant, et nous donnerons des détails sur ses forces et ses états , tels qu' Atabalipa lui-même les a racontés au gouverneur. Le père d' Atabalipa, nommé Cuzco , régnait sur toute cette contrée. On lui obéissait dans une étendue de trois cents lieues, et on lui payait tribut. Il était d'une province au delà de Guito : trouvant le pays qu'il habitait tranquille, fertile et riche, il s'y établit , et une grande ville où il se fixa prit le nom de Cuzco. Il était si redouté et si obéi qu'on le traitait presque comme une divinité. Plusieurs villes conservent des statues de ce prince : il avait cent fils ou filles, dont la plupart vivent encore II mourut

il y a huit ans en laissant pour héritier un de ses enfants qui portait le même nom que lui. 11 était né de sa femme légitime; ils nomment ainsi la première de leurs femmes ou la plus aimée du mari. Ce prince était plus âgé qu'Âtabalipa à qui Cuzco l'ancien laissa la souvei^aineté de la province de Guito, qui fut séparée de ses possessions les plus importantes. Les restes de Cuzco sont enterrés dans la province de Guito où il cessa de vivre. Cependant sa tète a été transportée dans la ville de Cuzco où on la conserve avec un grand respect. Elle est enfermée dans l'or et l'argent; car le parquet, la muraille et le plafond de la maison où elle est déposée sont tout couverts de plaques d'or et d'argent arrangées en compartiment.

On compte dans cette ville une vingtaine de maisons dont les murailles sont garnies de feuilles d'or dans l'intérieur et au dehors.

Elle possède beaucoup de riches édifices où

Cuzco conservait son trésor, qui se compose 4- 8

1 1 4 helatiov

de troia petites chambres remplies de mpr* ceau¥ d'or, cinq autres, d'argent, et de cent mille tejuehs ( lingots dor circulaires ) qu'on ay^it retirés des mines ; chacun de ces tejuelos pèse cinquante castellanos : c'était le produit des tributs des pays qu'il avait subjugués. Au delà de cette ville il y en a une autre nommée Collao , où passe une rivière qui roule une grande quantité d'or. A dix journées de marche de la province de Gaxamalca , on trouve dans une province, nommée Guaneso, une autre rivière aussi riche que celle-1^. Toutes ces contrées possèdent un grand nombre de mines d'or et d'argent.

Ce dernier métal s'exploite avec si peu de travail , qu'un Indien en retire chaque jour cinq ou six marcs. On le trouve mêlé avec du plomb, de l'étain et du soufre , ensuite on l'épure. Pour l'exploiter, les Indiens mettent le feu à la montagne , et à mesure que le soufre s'enflamme l'argent tombe par morceaux. Les

DE LA CONQUÉTB DU PÉROU. Il5

meilleures mines sont celtes de Guito et de

Ghincha.

De là Jusqu'à Guzco on compte quarante

journées de marche dlndien chargé : le pays est très-peuplé. Ghincha, qui est une

grande ville , est à moitié chemin. De nombreux troupeaux de lamas parcourent les campagnes; un grand nombre de ces animaux deviennent sauvages, car il est impôts sible de garder tous ceux qui naissent. Ghaque jour les Espagnols qui sont avec le gouverneur en tuent cent cinquante , et ils ne semblent pas diminuer , et il y en aurait toujours dans cette vi^Uée, quand mén)e on y resterait ail Jin. Tous les Indiens en général en Ibnt leur nourriture.

Atabalipa dit aussi que depuis la mort de son père il était resté sept ans en pai:( avec son fcére , chacun dans le territoire qu'il avait reçu en partage. Depuis à peu pràs un an Gu2co avait pris les armes dans l'intention de s'emparer des états d'Ataba-

Il 6 KELATIOlf

lîpa. Celui-ci lui avait envoyé dire de ne pas lui faire la guerre , et de se contenter de ce que son père lui avait laissé. Cuzco ne voulut pas y consentir. Alors Atabalipa quitta sa capitale , nommée Guito , avec le plus grand nombre de guerriers qu'il put rassembler , et il se rendit à Tomepomba , où il . combattit contre son frère , lui tua plus de mille hommes , et le força de prendre la fuite. Comme cette dernière ville s'était défendue, il Tavait brûlée, et il avait tué tous les habitants. Il voulait aussi ravager toutes les places de ce pays; mais il abandonna cette entreprise pour aller à la poursuite de son frère , qui s'était enfui dans ses états. Atabalipa conquit toute la contrée; chaque ville lui ouvrait ses portes, sachant le carnage qu'il avait fait à Tomepomba. Il y avait six mois que ce prince avait envoyé deux de ses officiers, gens très-braves, l'un nommé Quisquis et l'autre Chaliachin , à la tète de quarante mille hommes , contre la capitale

de son frère, et ils s'étaient rendus maîtres de tout le pays et même delà ville où Cueco résidait. Ils avaient tué un nombre considérable de gens, et* s'étaient emparés de sa personne et du trésor de son père. Ils le firent aussitôt savoir à Atabalipa, qui ordonna de lui envoyer le prisonnier. Il avait appris qu'ils arriveraient bientôt (i) avec un trésor considérable. Ses capitaines étaient restés dans la ville qu'ils avaient prise, pour garder le trésor qui s'y trouvait; ils commandaient une garnison de dix mille hommes choisis dans les quarante mille qu'ils avaient emmenés. Les trente mille autres étaient retournés se reposer chez eux , en emportant leur part du butin , et ce prince avait en sa puissance tout ce que son frère avait possédé.

Atabalipa et ses principaux chefs marchaient portés dans des litières. Depuis le commence-

(1) Con luie, dit la traduction italienne , c'est-a-dire avec Cuzco cl ,. . . ce qui rend le sens plus clair.

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mcDt de hi guerre , ils avaient tnë beaucoup de momie. Ce prince avait ejoetcé nombre de cruaufcéscDotre ses ennemis. 11 gardait près de lui tous les caciques des villes qu'il avait conquises , et des gouverneurs étaient placés pw ses ordres dans toutas les villes, autrement il n*aiirût pas pu conserver le pays en paix et soumis conune il est. Cestpar ces moyens qu^îl s'est fait craindre et obAr, et que ses gens de guerre étaient aidés et bien traités par les Mk

turels.

Ce prince avait le projet , s'il n'avait pas

été fait prisonnier, d'aller se reposer chez lui , et pendant la route d'achever la conquête de toutes les villes des environs de Tomepomba qui s'étaient défendues , et de les peupler de nouveaux habitants pris parmi ses sujets. Ses chefs devaient lui envoyer quatre mille hommes mariés pris à Cuzco pour peupler Tomepomba. Atabalipa ajouta qu il présenterait au gouverneur son frère Cuzco, que ses chefs avaient pris dans sa capitale , afin qu'il en fit

DE LA CONQUÊTE DU PÉROU. Iig

(^^u'il jugerait à propos. ComJGae il craignait ^'on ne le tuât lui-même^ il dffrit, aux Ekpk^ gûola qtti ravaieût instruit dans la religion (i)^ une grabde quantité d'or et d'argent. Le gou*^ voriieur lui demanda combien il en donnerait^ et àqilellè époque. Âtabalipa promit de remplir en Inoreeaux d'or, sceaux , vases, lingots et autres pièces semblables une grande salle lofi^ gue de Tingt-deux pieds dur dix-sept de large, jusqu'à une raie blanche qui est la moitié de la hauteur de la salle qui , siiivànt lui , avait une Mise et demie de haut De plus , en argent il livrerait deux fois la capacité de cette châtnbrë tout entière , et cela dans deux mois. Le gouverneur lui dit d'expédier des messagers pour celll^ et que, s'il tenait sa parole, il n'avait rieù à cmndre^ Aussitôt ce prince envoya dès exprès à ses officiers qui étaient dans la

(i) Predicado, J*ai traduit littéralement cette exprettion. J'a- Vodé liëaiimoins que je préfère la yersion de Tédition de Veniie, che Vaçevano preto qui Tayait pris, car il est éyidént qa' Atabalipa pensait plutôt au salut de son corps que de son âme.

ville de Cuzco pour qu'ils lui envoyassent dnix mille Indiens chargés d'or, et beaucoup. d'ar^ gent, outi^e ce qu'ils avaient déjà fait partir avec son frère. Le gouverneur lui demanda combien de temps les messagers emploieraient pour aller à la ville de Cuzco. Âtabalipa lui dit que , lorsqu'il envoyait en toute hâte porter un message en courant de ville en ville et en changeant les courriers, la nouvelle arrivait en cinq jours vjnais que si les gens qui en étaient chargés faisaient toute la route , quoique ce fussent des hommes agiles, ils restaient quinze jours pour aller. Pizarrelui demanda aussi pourquoi il avait fait tuer plusieurs Indiens que les chrétiens avaient trouvés morts dans le camp quand ils allèrent le reconnaître. Il répondit que le jour où le gouverneur lui avait envoyé son frère Ferdinand Pizarre pour lui parler, un des chrétiens ayant heurté plusieurs Indiens avec son cheval , il avait fait mettre à mort ceux-ci s'claut reculés.

Atabalipa était un homme de trente ans, d'une belle prestance, bien fait, plutôt replet, d'une figure très-belle, Tair cruel et les yeux remplis de sang. Il parlait avec lenteur et gravité comme un grand seigneur, il raisonnait fort bien. Les Espagnols, l'ayant entendu , le jugèrent un homme d'esprit. Quoique cruel, il était gai, il parlait aux siens avec dureté, mais il cachait alors son humeur enjouée.

Dans ses conversations avec Pizarre , il lui dit qu'à dix jours de Caxamalca, sur la route de Cuzco, il y avait dans certaine ville un tempie que les habitants regardaient comme leur métropole. Tous vont y ofiFrir de l'or et de l'argent. Son père avait beaucoup de vénération pour cet édifice, ainsi que lui. Il assura que de grandes richesses y étaient renfermées; car, bien que chaque endroit eût son temple où sont des idoles particulières, l'idole générale de tous les Indiens était dans cet endroit. Un grand sage qui, selon les Indiens, connaissait l'avenir, parce qu'il parlait

1 '22 RibAtlDlff

avee cette idole, habitait te teniple. Lëgdùterueur, ayant entendu nei»hter à Atabàlit^A ce fiùt qu il connaissait déjà , lui fit conbprendre comment toutes tes idoles n'étaient qu imposture , et qtie c'était le diable qUi parlait par leur bôuefae » pour léd ètitrainèr à leur perle , comme il a entraîné tous ceux qui OBt Ttctt et sont morts dans cette cfin^anee. U lui dit quHl ny avait qu'ùti Dieu . seul crëateur da cid , de la terre , de la niee . les choses visibles et invisibles, et tu qui les chrétiens croyaient, que uôu^ lie ilevians regarder que lui comme Dieu , t^beîr à ses commandements , et recevoir le èikpkètue : que ceux qui fonont ainsi gagneront :$Mà rv>\auttie. et que les autres souffriront les peui^ de 1 enfer où brûlent éternellement ^us i.vu\ qui ne l ont pas connu. « Vous avez ^H vi 1^ diable eii lui faisant des sacHfices, iXMiùuu^^l^i) ^ et en élevant des temples, tou- 1^ chiv»ess qui doivent cesser, parce que l'em- ^HMH^ur, qui est le ixii de tous les chrétiens et

de Vous tous, m'a envoyé vers vous. O'est parce que vous vivez et que vous avez toujours vëcb dans Tignorànce de Dieu, qUe le Seigneur a permis qu'avec toute votre nombreuse armée vous soyez vaincu et fait prisonnier par si peu de mondes Côhsidérez bien le peu d^ protection ï\}ie votre Dieu vous a accordé > et vous reconnaîtrez tpie e'«tle diable qui voua trotfiipe. » Atabalipa ayant rë|K>ndu que comme jtiHMfu'à présent ni lui ni ses ancêtres n'avaieiit vu les chl^tiéns» n ignorait tout cela, et c|u'il avait vécu comme ses pères, et il ajouta qu'il était àulrpris de ce qu'il venait d'entendre , qu'il voyait bien que eelui qui parlait dans les idoleâ tl*ëtait pas le vrai Dieu ^ puisqu'il lui avait été si peu secourable.

Quand les Espagnols 6e furent reposés des fatigues du voyagé et du combat , le gouverneur envoya des messagers à la ville de Sant- Miguelj pour apprendre aux colons ce qui s'était passé , s'informer de ce qu'ils faisaient , et

1 24 RBLATlOIf

s'il était arrivé des vaisseaux. Puis il <k>nna Tordre de construire au centre de la placede Caxamalca une église , où Ton célébrerait le saint sacrifice de la messe. Il commanda d'abattre le mur d'enceinte de la ville, parce qu'il était trop bas, et il en fit reconstc^îre

un autre en torchis, de la bauteur de deux toises sur cinq cent cinquante pas de long.

Il fit faire d autres travaux pour améliorer les fortifitiàtioiis. Chaque jour il 4^mandait s'il ne se formait pas des rassemblements de naturels y et ce qui se passait dans le pays. • >

Quand les caciques de cette contrée eurent appris l'arrivée du gouverneur et la captivité d'Atabalipa, un grand nombre vinrent avec des démonstrations d'amitié pour voir ce prince ; plusieurs commandaient à trente mille Indiens, tous sujets d'Atabalipa. Aussitôt qu'ils arrivaient devant leur souverain, ils faisaient des salutations respectueuses, lui boisaient les

-:^c tandis que celui-ci les rece-

vait sans les regarder. La sévérité d'Atabalipa, et robéissanee absolue de ses sujets étaient vraiment surprenantes. Chaque jour on lui apportait des présents. Tout prisonnier qu'il était, il avait un train de prince et paraissait très-gai. Ilest vrai que le gouverneur le traitait fort bien, quoique plusieurs fois il lui dit que des Indiens avaient rapporté aux Espagnols qu'il rassemblait des gens de guerre à Guamachuco et dans d'autres endroits. Atabalipa répondit qu'il n'existait personne dans tout le pays qui osât se mettre en marche sans ses ordres ; que si des gens de guerre se présentaient , c'était lui qui les avait appelés , et qu'alors on pouvait faire ce que l'on voudrait de sa personne, puisqu'on le tenait prisonnier.

Les Indiens faisaient beaucoup de faux rapports; cependant les chrétiens étaient fort inquiets. Parmi les nombreux messagers qui vinrent à Atabalipa , il en arriva un de ceux qui conduisaient son frère prisonnier. Il lui

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dit que Cuzeo était déjà tué , lorsqu'iU avaisnt eu connaissance de sa captivité. Le gouverneur, l'ayant appris, çn témoigna beaucoup de chagrin. 11 avait dit de ne pas le faire mourir et de l'amener en vie , qu'autrement il ferait mettre à mort Atabalipa, Gelui'Ci a£Brmait que ses chefs avaient agi ainsi sans qu'il le sût. Le gouverneur interrogea les œessagn^, et il apprît qu'effectivement on r«vait tué.

Quelques jours après, des gens d'Atabalipa, et un de ses frères, arrivèrent de Guzco. Ils conduisaient avec eux quelques-unes des sœurs et des femmes d'Atabalipa. Ils apporllùeat une grande quantité de vaisselle d'or , dfN sceaux, des vases, d'autres objela et beaucoup d'argent Us dirent qu'il y en avait «loore davantage en route, qu'attendu la longV*!"* du voyage, les porteurs Indiens étaient foit'L's df Jie reposer, et qu'ils ne pouvaient pa!>ari'i\ flr si vite. Que chaque Jour il vendrait Uliv iNirtti> ds l'or et de l'aident qui restait en

arrière. C'est ainsi que peu de temps après il sirriva vingt mille pesos fioi") un autre Jour trente, puis cinquante, et enfin soixante mille en yases , en grands bassins de deux à troi§ arrobes , en sceaux et en énormes bassins d'firgent, ainsi que beaucoup de vaisselle. Le gouverneur fit tout déposer dans une iQaisoj) où log^it la gar4e d'At^baUpa, jusr qu'à ce que cet or, joint avec celui qui devait arriver, çoqiplétàt la quantité prpmiae.

Le 20 4ç décembre de la piéme année, des Indiens, çnyoyés de S^nt-iVIiguel, vinrent avec une lettre qui apprit qu'il était arrivé, à un port de cette côte poqqipé Concebi, près dit Qqaquo , six vaisseau>f: dans lesquels étaient ççnt cinquante Espagnols et quatre-vingtqualâfi^ chevaux. Les trois plus grands de c^ bâtim^s (0 venaient de Panama; ils

(1) Les mots en italique manquent dans Tëdition de 1647 cpup j*ai sous les yeux ; on trouve dans la traduction italienne de Gaztelà li tre navili piu grandi , ce qui complète la phrase tronquée dans l'espagnol.

étaient montés par le capitaine Diego de Almagro et cent vingt hommes, trois autres étaient des caravelles parties de Nicaragua avec trente hommes. Ils arrivaient dans ce gouvernement dans l'intention d'y prendre du service. Dès qu'ils eurent débarqué les troupes et les chevaux pour s'acheminer par terre , un vaisseau était parti de Concebi pour apprendi^ où se trouvait le gouverneur.

Etant arrivés à Tumbez , le cacique n'avait pas voulu leur donner des nouvelles , ni reraetti^ la lettre que Pizarre avait laissée pour les vaisseaux qui arriveraient. Ce bâtiment était donc reparti sans nouvelles du gouverneur. Un autre , qui plus tard avait mis à la voile ,continua de suivre la côte jusqu'au port de Sant-Miguel. lÀ le capitaine du navire mit pieil à terre et se rendit à la ville, où l'on se réjouit beaucoup de son arrivée. Cet officier repartit aussitôt avec les lettres que le gouverneur avait envoyées dans cette ville , et dans lesquelles il racontait la victoire que

Dieu lui avait accordée , ainsi qu'à ses gens, e|;.riinme|i9a richesse du pays.

Pizarre et les siiens conçurent la plus grande joie de l'arrivée de ces vaisseaux. Il expédia àl|jp5tant des courriers , et écrivit au capitaine de Almagro et à d'autres personnes (jui J'accompagnaient , de venir , leur faisant savoir combien leur arrivée leur seraîtr^gréa- )||e. y> Aussitôt débarqués au port de Sant-Miguel,leur disait-il , vous vous rendrez chez les caciques des environs de Caxamalca, pour ne V

pas être à charge à la colonie; car ces chefs ont des vivres en abondance. J'aurai le soin de fjpiire fondre de l'or pour payer les nolis des transports, afin que vous repartiez promptement. »

'^IpjChaque jour des caciques se présentaient au gouverneur .'■'H en arriva un matin deux, qu'on nommait les chefs des voleurs, parce que leurs sujets atta^ent tous ceux qui traversent leur pays ; ils habitent sur la route de Cuzco. Il ,jj avait soixante jours qu'Ataba- 4- 9

1 3o mELATION

Upa était en captivité quand le eacique de la ville où était le temple principal^ et le gMk dien de cet édificCi se présentèrent au gouverneur. Gelui«ci ayant demandé à Atabalipa qui ils étaient , il repondit que l'un évS^^e chef de la ville du Temple , et que l'autre en était le gardien; qu*il était fort content de leur arrivée, pai^e qu'il leur ferait payer cher les mensonges qu'ils avaient fkits. U demanda une chaîne pour mettre aux fers le gardien , parce qu'il lui avait conseillé de faire la guerre aux chrétiens, et prétendait que l'idole lui avait dit qu'il les tuerait tous. Il avait aussi assuré à son père, pendant qu'il était au lit de mort, qu'il ne suceoraberait pas. Le gouverneur envoya chercher une chaîne : alors Atabalipa enchaîna cet homme, en disant qu'on ne le remit plàs en liberté tant qu'il n'aurait pas fait apporter tout l'or du temple ; il ajouta qu'il voulait donner cet or a\m chrétiens, puisque son idole était un imposteur : il dit ensuite au gardien : « Je veux voir si celui

DE LA COiNQUÊTE DU PÉBOU. l3f

-ri.

que tu appelles ton Dieu t'ôtera cette chaîne. » Pizarre et le chef, qui était venu avec le gardien ^ envoyèrent chercher For du temple et celui que possédait ce cacique. Les messagers promirent de revenir dans cinquante .jours avec tout ce qu il y avait. Le gouverneur apprit que des Indiens se rassemblaient , let que Guamachuco était occupé par des géM de guerre. Il envoya Hernando Pizarre, vingt cavaliers et quelques fantassins dans cette ville, qui est à trois journées de Caxamalca,

pojir s'informer de ce qui se passait, et pour feirè venir For et l'argent. Le capitaine Pizarre partit de Caxamalca le soir du jour des

rois i|i|3.

Quinze jours après, plusieurs chrétiens arrivèi^spt avec une quantité considérable d'or et d'argent. Il y avait plus de trois cents charges ds ces métaux en bassins, gran<ft5 vases et autres pièces. Le gouverneur ordonna de tout déposer dans la maison des gardés d*Atabalipa, avec ce que l'on avait

t33 nBLATlON

d^ifà apporté , disant qu'il garderait ce prince comme caution Jusqua ce qu'il eût tenu sa promesse; et, pour plus jde sûreté , il le confia à des chrétiens, qui deViient le surveiller jour et nuit. Au moment d'emmagasiner les objets, on les comptait tous pour qu'il n'y eût pas de fraude. Un frère d'Atabalipa était arnwéavec toutes ces richesses , il rapporta qu'il avait laissé à Xauxa une quantité d'or et d'argent encore plus considérable, qu'un chef d'Atabalipa, nommé Ghilicuchima raccompagnai t.

Ferdinand Pizarre fit savoir qu'il avaitfu^is des informations sur le pays, que l'on ne parlait pas de rassemblement : et il ajoutait qu'il était à Xauxa, avec un chefi qu*il désirait savoir quelles étaient les intentions de son frère, et s'il voulait qu'il continuât d avancer; car il ne marcherait pas sans avoir de réponse. Le gouverneur lui écrivit qu'il avait le gardien entre ses mains, de se porter vers le temple, parce qu'Atabalipa avait donné Tordre de prendre le trésor qui s'y

DE LA qpfiQUÊTE DU PÉROU. 1 33

trouvait^H^t qu'il se hâtât de Tenlever. Il lui recomnMnda de lui écrire de toutes les villes où il passerait p ce qu'il fit. . .^ ^Le^capitaine Ferdinand Piza|?ije, voyant «- l'iU^tiiiiêine lenteur ||ue lUuï mettait à apporter l'or , expéçlii^. trpis chrétiens pour faire venir celui qui était à Xauxa, et pour yiaiter la jfe ville de Cuzco. Il autorisa un d'entre eux à prendre possesai(fl| de cette içille et des envi- :^ rons, à sa place, et au nom de S. M. , devant un notaire qui le suivait. Il les fit accompagner d'un frère d'Atabalipa^ et leur défendit de maltraiter les naturels, de leur prendre de l'or et ^Miautres ôljets malgré eux, et de ne pas dépasr ser les ordres du chef qu'ils avaient avec eux , de peur qu'on ne les tuât. Il leur ordonna de tacher de voir la ville de Cuzco et d'écrire la relation de tout ce qui leur arriverait. Ils partirent de Caxamalca le 1 5 février de la même année.

Le capitaine Diego de Almagro arriva à

Caxainalca avec quelques troupes , le soir de Pâques Fleuri, le i4 du mois d'avril i533.

Ils furent bien reçus du gouverneur et de ceux qui Raccompagnaient. Un nègre, qui était parti avec le^ chrétiens qui se rendaient à Cuzco, retourna, le 23 avril, avec cent stf^t chaînes d'or et sept d argent. Il venait de" Xauxa , où Ton avait rencontré les Indiens qui arrivaient aveff^e For. Les autfres Espagnols avaient continué leur voyage vers Cuzco. Ce nègi^e dit que le capitaine Ferdinand Pizarre serait bientôt de retour , qu'il avait été à Xauxa pour avoir une entrevue avec Chilicuchima. Le gouverneur fît déposer cet or avec l'autre, et toutes les pièces furent comptées.

Le 25 mars, le capitaine Ferdinand Pizarre entra dans Caxamalca avec tous les chrétiens qu'il avait emmenés et le chef Chilicuchima; il fut fort bien reçu du gouverneur et des autres chrétiens. Il rapporta du temple vingt-

DE LA CONQUÊTE DU PÉROU. l35

cinq charges d'or et deux mille marcs d'argent; et il remit au gouverneur une relation rédigée par Miguel Stette , qui avait été de ce voyage en qualité d'inspecteur ( çeedor). C'est

la suivante.

' fc-

DU VOTAGK FUT P;IH LK SBICnBDR CAPITAINK

FERDmAND PIZARRE,

Mkrcbedi , jour de l'Epiphanie , vulgairement nommé la fête des rois mages , le 6 jan- '^ vier ]533 , le capitaine Ferainand Pizarre partit de CaxaiDaIca à la tète de vingt chevaux et de quelques fusiliers. Le même jour il alla passer la nuit dans certaines habitations, à cinq

lieues de cette ville/ MBÉidemain t il dîna dans un autre village SamSS^ Yehoca , et il y fut bien reçu ; on lui doqna tout ce dont il avait besoin, lui etsesgens. Il dormit ce jourlà dans un petit village appelé Guancasanga, et qui dépend de Guamachuco. Le jour suivant, de bonne heure, il ar^va dans cette grande ville , située dans une vallée entourée de montagnes. Elle est d'une belle apparence , les édifices sont bien construits ; le cacique se nomme Guamanchoro ; ce chef accueillit fort bien le capitaine et ses hommes. Un frère d'Atabalipa, qui avait été pour hâter Fenvoi de For de Cuzco, y arriva. Le capitaine apprit ïpar cet Indien que le chef Chilicuchima était en marche à vingt journées de là , et qu'il apportait toute la quantité qu'Atabalipa avait demandée.

Le capitaine, i^ant que l'or arrivait si lentement, envoya un exprès au gouverneur pour savoir lÉi qu'il devait faire, lui disant qu'il attenilt|t sa réponse pour se por-

.Ai

DE LA CONQUÊTE DU PÉROU. l^g

ter en avant. Il demanda dans cette ville, à des Indiens , si Chilicuchima venait de si loin ; et , ayant mis à la question quelques-uns des principaux habitants, il sut d'eux que ce chef était à sept lieues de là, dans la ville d*And|iiDarca , avec vingt mille hommes de guerre; qu'il venait pour tuer les chrétiens et délivrer son maître. L'Indien , qui fit cet aveu, dit qiiril avait diné avec lui la veille. Un ami

de ce chef, ayant été pris en panticulier, dît la même chose.

Dès que le capitaine en eut connaissance, il rëliolut de marcher à la rencontre de Chi^ lieuchima ; et , ayant rangé sa troupe en bon ordre, il se mit en route. Ce jour-là il alla passer la nuit dans un petit village nommé Tambo, sur le territoire di^ Guamachuco.

II prit de nouvelles informations, et tous les Indiens qu'on interrogea répondirent dans le même séhs que les premiers. Pendant la nuit on fit bonne garde. Le lendemain matin flj^e pfjrta en avant en très-*

l4o RELATION

bon ordre, et il arriva à Andamarca avant midi ; ce chef n'y était pas. Le capitaine ne put pas en" avoir d'autres nouvelles, sinon qu'il était dans une ville nommée Xauxa, ainsi que lavait dit le frère d'Atabalipa , et qu'il venait avec beaucoup d'or. Il reçut à Andamarca cette réponse du gouverneur :

« Vous savez que Chilicuchima et l'or viennent de loin , et que j'ai dans mes mmns le chef du tàDDple de Pachacama^ vous savez aussi quelle quantité d'or il a promise. Informez-vous du chemin qtû conduit dans cet endroit ; et si vous pensez qu'il soit convenable que vous y alliez^ allez-y, parce qu'en attendant, l'or de Cuzco arrivera. »

Le capitaine s'informa de la route du temple ; et malgré que ses gens étaient mal pourvus d'armes (i) et d'autres objets nécessaires pour

(i) C'est ainsi que j'ai rendu La gentg i\>a mal adereçada de herrage; ce dernier mot ugnifiant des objets en fer. Voilà comment Gaztelù traduit ce passage : La génie che portava andaça maie in ordine dicalciamenti.Qgsb gens n'avaient que de>

DE LA CONQUÊTE DU PÉROU. l4l

un voyage aussi long, considérant Timportant service qu'on rendrait à sa majesté en allant chercher cet or, il résolut de l'entreprendre dans la crainte que les Indiens ne l'enlevassent. Il voulait aussi examiner le pays , et voir s'il pouvait être colonisé par des chrétiens ; quoiqu'il sût que la contrée était coupée par des rivières nombreuses qu'il fallait passer sur des ponts de cordages , traverser de mauvais pas, et que la route était longue. Il emmena plusieurs chefs qui avaient été dans le pays, et il se mit en route le 1 4 janvier.

Le même jour il franchit plusieurs passages dangereux des rivières, et il alla passer la nuit sur la pente d'une montagne, dans un village nommé Totopamba. Les Indiens le reçurent fort bien , et lui donnèrent généreusement des vivres, ainsi que tout ce dont on eut

mauvaises chaussures, fferrage signifie quelquefois les fers d'un cheval qui en sont effeclivement la chaussure , calzamento ; mais ici ce mot se rapporte à gemte , et par conséquent je ne pense pas qu'il faille le prendre dans ce sens : sub Judiee lit eti.

1 43 KBLATlOïr

besoin pour la nuit , et le lendemain ils fournirent des porteurs pour le bagage.

Le jéiir suivant le capitaine quitta cet endrcMt, et fut coucher dans un autre petit village nommé Coronga. Au milieu de la route on trouva une montagne toute couverte de neige, et partout un nombre considérable de troupeaux avec leurs bergers qui habitent les montagnes comme en Espagne. Ce village fournit des vivres , des porteurs et tout ce qui fut nécessaire ; il dépend de Guamachoro.

Le lendemain , le capitaine , étant parti , alla passer la nuit à Pinga , endroit peu important ; l'on n'y trouva personne, la frayeur ayant fait fuir les habitants. La journée avait été très-pénible, à cause d'une descente d'escaliers en pierre fort rapide et dangereuse pour les chevaux. Le jour suivant , à la dînée , il parvint à une grande ville située dans une vallée. Une rivière très-rapide traverse la route; on la passe sur deux ponts réunis faits eu cordages, et de cette manière : on élève un gros pilier de-

DE LA OpNQUiTB DU PÉROl}. i/^i

puis le niveau de Teau jusqu'à une grande hauteur ; d'un rivage à l'autre passent des câbles de liannes semblables à de Fosier, gros comme la cuisse , gtfixés à de grandes pierres. Ces câbles sont ëfeignés entre eux de la largeur d'une charretft; ils sont traversés par de fortes cordes bien entrelacées ; en bas sont quelques rochers qui consolident ces ponts. Les gens du commun passent sur un pont; un portier y est placé pour percevoir le péa§^ : l'autre est réservé pour les principaux habitants et les chefs : ce pont est toujours fermé ; on l'ouvrit pour faire passer le capitaine et ses gens ; les chevaux traversèrent sans difficulté.

On se reposa deux jours , parce que le capitaine et son monde étaient fatigués de leur pénibl^ voyage. Les Espagnpls furent trèsbien reçus; les naturels leur fournirent des "^vres et tout ce dont ils avaient besoin. Le chef se nqpime Pumapaecha. Le capitaine Ferdinand Pizarre quitta cet endroit, et alla dîner dans un petit village, où les Indiens

l44 RELATION ^

apportèrent tout ce qui lui était nécessaire. On passa sur un autre pont de cordages semblable au premier y et Ton alla dormir dans un village à deux lieues de là. Les habitants vinrent recevoir les chrétiens avec des démonstrations d'amitié; ils fourniren^des vi-

ê >Tes, et ils donnèrent des Indiens pour porter

les bagages.

On marcha ensuite dans une vallée remplie de champs de mais, et de petits hameaux bâtis à dix>ite et à gauche de la route. Pizarre partit le lendemain dimanche » et il arriva le matin à un village, où il reçut le meilleur aixnuMl. Les Indiens lui donnèrent beaucoup de moutons, de la Chicha , et ce dont ils avaitMit lH*Si>in. Tout ce pays est très -riche eu mais et tMi troupeaux; les chrétiens en reneout raient un gi^nd nombre sur leur elieuiiu. Le capitaine quitta ce village le jour suivant : il suivit la vallée, et il gagna une grande ville qu'on appelle Guarax,et son chef Pumacapillay. Cet Indien et ses sujets

DE LA CONQUÊTE DV PÉROU. l45

(burnirent beaucoup de vivres et des porteurs. Guarax est dans une plaine près d'une rivière. On voit dans les environs d'autres vHles, riches en troupeaux et en mais. Il y avait dans un seul parc deux cents lamas destinés seulement à la nourriture dePizarre et de ses gens.

Le capitaine partit le soir, et il alla coucher dans un endroit nommé Sucaracoay, où il fut bien reçu. Le cacique se nommait Marcocana; nous nous y reposâmes un jour, car les gens et les chevaux étaient fatigués de la route. Cette ville était considérable; elle avait garnison. Chilicuchima occupait les environs avec cinquante mille hommes.

Le lendemain,' Ferdinand Pizarre partit de

Sucaracoav, traversa une vallée cultivée et

riche en troupeaux , et il alla passer la nuit

deux lieues plus loin, dans un hameau nommé

Pachicoto. Il quitta dans cet endroit la route

royale qui conduit à Cuzco, et il prit celle des

plaines. Le jour suivant il se remit en mar- 4. 10

1 46 RELATIOll

cbe, et il fut coucher à un village que Ton ap* pelle Marcara ; le chef se nommait Corcora.

Les habitants sont des propriétaires de troupeaux qui ont leurs bergers. A certaines époques de Tannée ils les conduisent dans la plaine pour les faire paître, comme c'est Fusage en Castille et dans TEstremadure. De ce pays, les eaux descendent à la mer et rendent le chemin dUfficile. L'intérieur des terres est très-froid , couvert de marais et de neiges ; la cote est fort chaude. Il pleut trop peu , pour nourrir les semences ; mais les eaux qui coulent des montagnes arrosent la terre, qui est très-fertile en fruits et en vivres de toute sorte.

Le lendemain , il marcha le long d'un fleuve bordé de vergers et de champs, et il alla passer la nuit dans un hameau nommé Guaracanga.

Il sarréta la nuit suivante dans un grand bourg, que les Indiens appellent Parpunga ; il est sur le rivage de la mer. On y voit une Ibrleresseetcinqcasemattes peintes de diverses

façons en dehors et dans Tintérieur; les portes sont d'un beau travail , suivant Fusage d'Espagne : Feutrée principale est ornée de deux tigres. Les habitants furent remplis de frayeur en voyant des gens nouveaux pour eux :

surtout les chevaux les étonnaient beaucoup.

Le capitaine les fit tranquilliser par Finterprète^et ces Indiens se rendirent fort utiles. En quittant ce bourg, on prit une autre route plus large, faite par les peuplades des environs ; elle est garnie de murailles de chaque côté.

Pizarre avait resté deux jours à Parpunga pour faire reposer son monde et pour attendre que les chevaux fussœt ferrés (i). A la sortie de cette ville , il passa une rivière avec ses gens , les hommes sur des radeaux et les chevaiix à la nage. Il alla coucher dans un village nommé Guamamayo, situé au-dessus d'un ravin , sur le bord de la mer. Près de cet en-

(i) Esperar herrage. Le traducteur italien dit tpettar viliovagiie , attendre des vivres. Cette fois, je crois positivement qu'il

a tort.

l48 RELATIOll

droit on traversa à la nage une autre rivière avec de grandes difficultés , car elle était trèsgrosse et très-rapide. Dans cette partie du pays on ne trouve pas de ponts, les fleuves étant très -larges et débordés. Le chef du village et les habitants lui prêtèrent secours pour Taider à passer le bagage. Ils fournirent une grande quantité de vivres et des porteurs. Pizarre et ses gens quittèrent cet endroit le 9 Janvier, et il alla passer la nuit trois lieues plus loin, dans un village soumis au ca-

cique de Guamamaya. Presque toute la route est bordée de terres en cultures d*arbres et de vergers , elle est unie, et de chaque côté règne un mur en torchis. Le soir on alla coucher dans une grande ville sur le bord de la mer, et que Ton appelle Guarva. Elle est bâtie dans une belle position , et possède de beaux édifices. Les chrétiens furent bien reçus des chefs et des Indiens; ceux-ci leur fournirent tout ce dont ils avaient besoin.

Dès la pointe du jour, le capitaine partit avec

son monde, et il alla au village de Llachu, où il coucha. On donna à cet endroit le nom du village des Perdrix, parce que dans chaque maison il y en avait en cage. Les habitants se présentèrent en amis, reçurent le capitaine avec des démonstrations de joie , et lui rendirent nombre de service. Le cacique ne se fit pas voir.

Le lendemain , le capitaine partit de grand matin , parce qu'on lui avait dit que ce jourlà la traite était très-longue. Il alla diner dans un grand village , nommé Siculacumbi , qui est à cinq lieues plus loin. Le chef du pays et les naturels vinrent avec des démonstra- • lions pacifiques , et donnèrent tous les vivres nécessaires pour la journée. Le capitaine se remit en marche à l'heure de vêpres , accompagné de ses gens, pour gagner la ville où était le temple. Il traversa à gué une rivière , et suivit une route bordée de murs en torchis, et il alla passer la nuit dans une ville à une lieue et demie plus loin. Le jour

t5l> RBLATIO!!

swTint, dimaïu^e 3o janvier, le capitaine continua son voyage ; et, sans quitter des bois et des habitations, il arriéra à Placalcami, qui est Fendroit où le temple est situe. A moitié chemin est un village où le capitaine dina. Le chef de Pacalcami et les prindpaux habitants vinrent le recevoir avec amitié , et témoignèrent aux Espagnols d'excellentes dispositions. Aussitôt le capitaine alla occuper de très-grands logements qui sont dans la ville. Sans plus tarder, il dit au dief , qu'il venait par ordre du seigneur gouverneur pour chercher Tor du temple , que le cacique lui avait promis , et qu'il fallait à Tinstant l'aller prendre et le lui livrer , ou bien le porter où était son frère.

Tous les principaux du pays et les prêtres de l'idole, s'étant consultés , répondirent qu'ils le donneraient; mais ils dissimulèrent et gagnèrent du temps. Enfin, ils en apportèrent une fort petite quantité , disant qu'il n'y en avait pas davantage. Le capitaine, caclia ses in-

DE LA CONQUETE DU PÉROU. l5l

tentions , demanda à yoir l'idole, et qu'on l'y conduisit, ce qui fut fait. Elle était dans une maison bien peinte , au milieu d'une bdle salle tres-obscure, fétide et bien fermée. Cette idole était en bois et fort laide, les gens dirent que c'était le Dieu qui les avait créés et qu'il faisait croître tous leurs vivres. A ses pieds étaient quelques bijoux d'or. Ils ont tant de respect pour ce Dieu , qu'il n'y a que les prêtres ou ses serviteurs, comme ils les appellent^ qui puissent le servir , les autres n'osent pas entrer, et ils pensent qu'ils ne sont pas dignes de toucher de la main les murs de sa maison.

On s'accc»rde à dire que le diable est dans cette idole, et qu'il parle avec ses suppôts, qu'ils ont ensemble des entretiens diaboliques qu'ils publient dans tout lepays. Ils la regardent comme un Dieu, et ils lui font de nombreux sacrifices. De trois cents lieues à la ronde on vient en pèlerinage près de ce diable avec de l'or, de l'argent et des richesses; ceux qui les apportent se présentent au portier qui leur réclame

l52 RELATION

leur ofirande, après quoi ils parlent à Tidole et lui demandent ce qu'ils désirent Les prêtres, avant de servir cette divinité, doivent jeûner pendant plusieurs jours et cesser tout commerce avec les femmes. Dans toutes lés rues de cette ville, aux portes principales et dans les environs du temple, on voit un grand nombre de ces idoles de bois que les Indiens adorent à l'imitation de leur diable. Il résulte des rapports de beaucoup de chefs du pays , que depuis la ville de Catamez, où commence ce gouvernement , tous les habitants de la côte apportaient à ce temple de l'or et de l'argent , et que chaque année ils payaient un certain tribut. Ils avaient des intendants et des maisons pour la perception du tribut ; on y trouva un peu d'or, et des indices qui prouvaient qu'il y en avait eu beaucoup plus. On sutpar les Indiens que le diable avait commandé qu'on enlevât ces trésors. On pourrait dire beaucoup de choses sur les idolâtries pratiquées à l'égard de celte fausse divinité;

niais je n'en parlait pas pour éviter d'être prolixe. Les Indiens prétendent surtout que l'idole leur dit qu'elle est leur Dieu , qu'elle peut les détruire s'ils lui déplaisent et ne la servent pas bien , qu'elle tient en sa puissance toutes les choses de ce monde. Les naturels étaient si troublés et si épouvantés d'avoir vu seulement le capitaine entrer pour la voir, qu'ils croyaient qu'aussitôt que les chrétiens seraient sortis de ce temple l'idole les fixait périr tous.

Les chrétiens firent comprendre aux Indiens la grossière erreur dans laquelle ils étaient, que l'être qui parlait dans cette idole^ c'était le diable qui les trompait, et ils les engagèrent dorénavant à ne plus y croire etè ne pas faire ce qu'il leur conseillait. Ils leur tinrent aussi d'autres discours sur leurs idolâtries. Le capitaine ordonna d'abattre la salle obscure où était l'idole, et de la briser devant tous les naturels ; il leur fit comprendre beaucoup de choses ayant rapport k notre sainte

1 34 RCLATIOff

religion y puis il leur indiqua le signe de la croix , afin qu'ils se défaMlissent du démon.

Xachacama est une ville ofmsidérable; près du temple on voit un édifice consacré au soleil j il est situé sur une éminence entourée de cinq murailles bien faites; il y a des maiscms avec des terrasses comme en Espagne; la ville parait ancienne, à en juger par les édifices en ruines que Ton y voit La plus grande partie du mur d'enceinte est écroulée; le principal chef de Fendroit se nomme Taurichumbi.

Les caciques des environs vinrent voir le capitaine, et lui offirirent en présent des produits de leur territoire , de Tor et de l'argent; ils s'étonnèrent beaucoup de ce qu'il avait osé pénétrer où était l'idole et la détruire. Le cacique de Malaque^ qui s'appelait Lincoto, vint faire acte de soumission à S. M., et il apporta un présent d'or et d'argent Celui de Noax, nommé, Alincay fit de même; celui deGualco, dont le nom était Guarilli , offrit paraillemcnt de l'or et de l'argent. Le cacique de Chiucba et

DE LA CONQUÊTE DU PÉROU. l55

dix de ses principaux sujets présentèrent aussi de For et de Targent; il dit que son nom était Tambianuea , celui de Goarva s'appelait Guaxchapaicho, celui de Colixa Aci, et celui de Sallicaimarca Yspilo. D'autres chefs des en*virons apportèrent leurs présents d'or et d'ar^ gent) qui, joint à ce que l'on avait enlevé du temple, formâ.quatreAfingt^x mille pesos. Le capitaine parla avec bonté à tous ces chefs, et les remercia de leur visite; il leur recommanda au nom de S. M. de toujours se conduire demême, et il les renvoya très-satisfaits. Ferdinand Pizarre apprit à Xachaçama que Ghiticuchima, le chef d'Atabalipa,étaità quatre jours de marche de la ville, avec beaucoup de monde et l'or, qu'il ne voulait pas venir plus avant. On disait aussi qu'il avait l'intention de combattre les chrétiens. Le capitaine lui expédia un messager avec une escorte, pour luicUre d'apporter l'or, puisqu'il savait que son souverain était prisonnier, qu'il l'attendait depuis longtemps , et que le gouverneur aussi

était mécontent de son retard , il ^le i*assura pour l'engager à venir, ne pouvant aller le trouver à cause des chevaux , car le chemin était mauvais. Il lui fit dire de se rendre à un village situé sur la route , et que là le premier arrivé attendrait Taut^e. Chilicuchima répondit qu*il ne manquerait pas de se conformer aux intentions du capitaine. Celui - ci partit donc de Xachacama pour rejoindre ce chef.

Le même jour le capitaine Ferdinand Pizarre arriva au village de Guàrva , situé dans une plaine , sur le bord de la mer. Là il quitta le rivage et il regagna Vintérieur des terres. Le 3 mars , il partit de Guarva, et il remonta pendant toute la journée un fleuve bordé de bois. Le soir il alla se reposer dans un village sur le bord de ce fleuve, et qui est soumis au village de Guarva, on le nomme Guaranga. Il en partit le lendemain, et il alla passer la nuit dans un hameau nommé Ayllon, bâti au pied d'une montagne: cet endroit, dépendant d' A-

ratambOy village plus considérable, fort riche en troupeaux et en mais.

Le jour suivant, 5 même mois, il fut coucher dans un village dépendant de Caxatambo {j4ratambo)y et que l'on nomme Chincha; on trouve dans la route une grande montagne de neige, très-escarpée. Les chevaux y enfonçaient jusqu'au ventre. Le bétail est trèsnombreux dans ce village ; le capitaine y séjourna deux jours. Il en repartit le samedi 7, et Ait passer la nuit à Caxatamba. C'est une grande ville, située dans une vallée profonde, et riche en troupeaux. On trouve sur toute la route beaucoup de porcs , de lamas. Le nom du cacique est Sachao : il se montra très-serviable aux Espagnols. On prit dans cette ville 'la grande route que Chilicuchima devait suivre; la distance est de trois journées de marche. Le capitaine Pîzarre s'informa si ce chef avait passé pour se rejoindre à lui comme il l'avait promis ; tous les Indiens lui dirent que oui , et qu'il conduisait tout l'or;

mais, comme on le vit par la suite, on leur avait fait la leçon pour qu'ils répondissent ainsi , si le capitaine venait; puisque Cbilicuchima restait à Xauxa , sans penser à se rendre à l'endroit convenu : on sait que les Indiens disent rarement la vérité. Quoique ce fût une entreprise pénible et dangereuse, le capitaine se décida à marcher par la grande route par où Ghilicuchima devait arriver, afin de le rejoindre , et s'il n'avait pas pris ce chemin , d'aller le trouver partout où il se* raity afin de s'emparer de l'or, dé&ire son armée, ou le gagner par de bons traitements; et s'il s'y refusait de l'attaquer et de s'emparer de l'or. Le capitaine prit donc le chemin d'une ville nommée Pomba , qui est sur la route royale. Le lundi , 9 du mois , il fut coucher dans le village d'Oyu , situé au milieu des montagnes. Le chef se présenta pacifiquement, et donna aux chrétiens tout ce dont ils avaient besoin pour la nuit. On en partit le matin , et le soir on se rendit à un

DE LA GONQUETC BU PEROU. iSq

hameau de bergers, près d'un petit lac d'eau douce de trois lieues de large, et dans une plaine riche en troupeaux de moutons de moyenne grandeur , comme ceux d'Espagne , et dont la laine est très-fine.

Le mercredi de bonne heure, le capitaine Ferdinand Pizarre et ses gens arrivèrent à Pombo. Tous les principaux de la ville , et quelques chefs d' Atabalipa qui s'y trouvaient réunis, vinrent le recevoir avec des guerriers. Il trouva dans cet endroit cent cinquante arrobes d or, que Ghilicuchima avait envoyés. Quant à lui , il restait à Xauxa avec son armée. Aussitôt que le capitaine se fut établi dans ses logements, il demanda aux officiers d' Atabalipa pourquoi ce chef envoyait cet or et ne venait pas lui-même, comme il l'avait

promis. Ils répondirent que c'était parce qu'il avait une grande frayeur des chrétiens,

qu'une quantité considérable d'or venait de

Guzco, et qu'il n'osait pas se présenter avec si

peu. Ferdinand Pizarre lui envoya de cette

i6o Relation

ville un messager pour le tranquilliser, et lui dire que, puisqu'il n'était pas venu, il irait

lui-même le trouver, mais qu'il vlmiï fut pas eflPrayé. Le capitaine fit reposer un jour les chevaux, qui étaient très-fatigués, pour qu'ils . pussent combattre en eas de besoin.

Le vendredi, i4 mars, il se mit en route avec tous ses gens de pied et les cavaliers pour se rendre à Xauxa. Le soir il fut reposer à Xacamalca, à six lieues de Pombo, en suivant une plaine : au milieu est un lac d'eau douce qui commence près de la ville , et qui a huit à dix lieues de tour. 11 est tout environné de villages; sur les bords paissent beaucoup de troupeaux, on y voit un grand nombre d'oiseaux aquatiques d'espèces trèsvariées, et de petits poissons. Le père d'Atabalipa et lui-même avaient fait venir de Tumbez beaucoup d embarcations pour leur <livertisscmenL Une rivière qui passe par Pombo sort du lac, et traverse un certain quartier de cette ville, elle est tortueuse et

DE LA CONQUÊTE DU PÉIIOU. l6l

profonde : on peut, en la descendant, venir débarquer à un pont près de Pombo. Ceux qui. le passent payent un droit comme en Espagne. L^s bords de cette rivière sont cou* verts de bétail; on. lui donna le nom de Guadianà, parce qu'elle ressemble beaucoup à ce fleuve. ,

Samedi, 1 5 du mois de mars, le capitaine partît de Xacamalca : il dîna dans une maison éloignée de trois lieues. Il y fut bien reçu et bien nourri. Il alla coucher à trois autres lieues plus loin, dans un village nommé Carma : il est bâti sur le penchant d'une montagne* On installa le capitaine dans une maison peinte 9 où son t. d'excellents logements. Le cacique lui fît une bonne réception, fournit des vivres et des podèurs. Le dimanche matin , il quitta ce village, car la journéedevait étreforte, et il commença à marcher, ses gens étant ran-

gésen bon ordre, dansf- la crainte que Chilicuchima .ne lui eût dressé des embûches, puisqu'il n'avait pas envoyé de messager. Vers 4* 1 1

l6a lELATIOV

rheure de vêpres ^ il arriva ckins un village noitiibé Yatiaymalca , d'où Ton vint à sa ren^ Contre. Il apprit que Chilicuehima avait quitté Xauxa , ce qui augmenta ses soiq>çons ; et comme il n*en était qu'à une lieue , aussitôt après avoir diné il se mit en marche. Lorsqu'on fut en vue de cette ville, on aperçut du haut d'une colline de nombreux rassemblements , sans distinguer si c'étaient des guer-

§ ntT% ou 4tu peuple. Etant arrivé sur la plaoe

principale, Pizarre vit que ces rassemble^ ments étaient composés d'habitants qui s'étaient réunis pour lui faire fête.

Avant de mettre pied à terre, le capitaine demanda Chilicuehima. On lui répondit qu'il s'était rendu dans une autre ville sous prétexte de quelques affaires^ et qu'il viendrait le lendemain. Ce chef s'était absenté jusqu'à ce qu'il eût connu , par les Indiens qui accompagnaient Pizarre , qudles étaient les intenlions des Espagnols; car voyant qu'il avait mal agi en ne tenant pas sa parole , et que le

DE LA CORQDÉTB DU PÉROU. t63

capitaine avait fait quatre-vingts lieues pour le veir, il soupçonnait qu'on arrivait pour le prendre et le tuer. Il craignait aussi les chrétiens et siïrtont les che\^ux. Le capitaine conduisait avec lui un fils de Guzco Tancien.

Dès que celui-ofi sut que Chilicuchima était parti; â voulut se rendre près de lui, et il y alla dans une litière.

' P^ndhint toute la nuit suivante les chevaux restèrent sellés et bridés. On défendit aux chefii du pays de laisser paralti^e aucun In*dieft sur la place , leur disant que les chenwaoc étaient mécontents et qu'ils les tueraient Le fils de Guzco revint le lendemain

0iVec Chilicuchima , tous deux dans des litièrea t^t bien accompagnés. En entrant dans la place ils mirent pied à terre , laissèrent tout ]e«r monde , et se rendirent au logement de Ferdinand Pizarre avec quelques personnes de leur suite. Chilicuchima s'excusa de n'èire pas venu selon sa parole au-devant de Hii, prétendant qu'il n'avait pu le faire à cause

de ses occupations importantes. Le capitaine lui ayantdemandé pourquoi il n'était pas venu au rendez-vous comme il Tavait promis ; il répondit que son maître Atabalipa lui avait défendu de bouger, Pizarre lui répliqua : « Je ne suis plus mécontent, allez vous reposer,

et vous viendrez avec moi près du gouverneur qui retient prisonnier votre maître Atabalipa : celui-ci ne sera mis en liberté qu'après avoir livré l'or qu'il a promis. Je sais que vous en gardez beaucoup ; il faut tout prendre , nous partirons ensemble et vous serez bien traité. » Chilicuchima lui dit que son maître lui avait commandé de ne pas se mettre en marche, que par conséquent s'il ne recevait pas de nouveaux ordres, il n'oserait pas y aller; car ce pays était nouvellement conquis, et s'il le quittait il pourrait se soulever.

Ferdinand Pizarre discuta longtemps avec ce chef; il finit par lui dire d'y penser la nuit, et de lui rendre réponse le lendemain

DE LA G0NQI3ÉTE DU PÉROU. l65

matin. Le capitaine voulut le persuader par de bonnes raisons, dans la crainte d'exciter une révolte dans le pays , et qu'il n'en advint malheur aux trois Espagnols qui étaient allés à Cuzco.

Le lendemain matin , de bonne heure , Chilicuchima se rendit au logement du capitaine, et lui dit : que puisqu'il voulait qu'il allât avec hii , il ne pouvait que se conformer à ses désirs; qu'il y consentait , et qu'il laisse* rait un chef avec ses gens de guerre.

Ce jour-là on recueillit trente charges d'or de bas aloi , et il fut convenu que l'on par^ tirait dans deux jours. Pendant ce tempslà, trente ou quarante charges d'argent furent apportées. Les Espagnols se tinrent sur leurs gardes ; les chevaux restèrent sellés jour et nuit , car ce chef d' Atabalipa commandait des forces si nombreuses, que si les chrétiens

avaient été attaqués de nuit il en serait résulté de grands malheurs.

La ville de Xauxa, bâtie dans une belle

|66 BELATION

vallée^ et sous un ciel tempéré, est trè%* fjjcandei une rivière considérable passe auprès ; le sol est très-fertile ; elle est construite comme celles d'Espagne, les rues sont bien tracées : dans les environs sont plusieurs vil* lages qui en dépendent. La population âe Xauxa €{t de son territoire est fort nombreuse ; car , suivant Testimation qu'en firent les Es* pagnols , chaque jour plus de cent mille hommes $e rassemblent sur la place; et, néan-r moins , les marchés et les rues sont si remplis, qu!il semble que tou$ les habitants y soient réunis. Il y avait des gens chargés de compter toute cette population, afin de savoir quels étaient ceux qui devaient servir les guerriers ; d'autres devaient inspecter ce que Ton apportait dans la ville.

Ghilicuchima avait des intendants chargés de pourvoir l'armée, des charpentiers qui travaillaient le bois; et, comme un grand prince , il tenait autour de lui beaucoup de gens pour le service ou pour la garde de sa

DE LA GONQUéTS DU pArOU. iGfJ

personne : sa maison aviût trois ou quatre portiez; enfin, il se frisait servir comme son maître , et il Tilnitait en tout On le redoutait dans toute la contrée à cause de sa grande iflilèur.il avait su gagder, d'après les ordres de son souverain , plus de six cents lieues de pays. Bendant ses csonquétes, il avait livré des batailles nombreuses en plaine et dans des passages dangereux, constamment il était resté vainqueur, et il avait soumis tout le

pays

Le vendredi 3o mars, le capitaine Ferdinand Piflsarre partit de Xauxa pour retourner àCsxamalca; il emmenait ayec lui Cbilicu* cbiina. Le même jour il alla jusqu'à Pombo »

où vient aboutir la route royale de Cuzco ; il y resta le jour de son arrivée et le lendemain. ht mercredi; en suivant des plaines riches en bétail t il alla loger dans de grandes maisons i cette nuit-là il neigea beaucoup. Le jour suivant il coucha dans un village au milieu des montagnes, et que Ton nomme

l68 EBiaTHMI

Tambo. Prés de là est une rivière profonde, trav^-sëe par un |K>nt ; on descend au bord de Teau par un escalier en pierre trés-dangereux:: si rennemi occupait la hauteur, il pourrait faire beaucoup de mal. Le capitaine reçut du cacique de cet endroit tout ce dont il eut besoin; et Von fit des réjouissances,, tant pour la venue de Ferdinand Pizarre que pour celle de Ghilicuchima : il était d'usage de lui donner des fêtes. Le vendredi suivant, on alla se reposer dans un village nommé. Tonsucancba ; le cacique s appelle Tillima. On y fut bien reçu; nombre de gens vinrent offrir leur service; car, bien que le village fut petit, une multitude d'habitants des environs accoururent pour voir les chrétiens. H y a dans cet endroit beaucoup de moutons petits, et dont la laine, fort bonne, ressemble à celle d'Espagne. Le lendemain on alla passer la nuit à cinq lieues plus loin dans une ville nommée Guaneso; la route est pavée, il y a des canaux creusés pour l'écoulement des eaux. On dit

qu'ils ifurent pratiqués à cause des neiges qui tombent dans ce pajfsà une certaine époque de Tannée. Guanesoest une grande ville, bâtie xlans une vallée entourée de montagnes ti^èsélevées : elle a trois lieues de tour. Du côté de Caxamalca on franchit une montée très-escarpée. Le capitaine et les chrétiens reçurent un trés*bon accueil ; et, pendant deux jours qu'ils y séjournèrent , on fit beaucoup de fêtes. Cette ville a plusieurs villages sous sa dépendance ; les troupeaux y sont très-nombreux.

Le dernier jour du même mois, le cajpîtaine quitta Guaneso avec ses gens , et ils arrivèrent à un pont qui traverse ime grande rivière. Il est construit en grosses poutres : un portier est chargé de recevoir le péage , comme c'est Tusage dans le pays. On coucha ce -soir-là dans un village à . quatre lieues dU'dernier endroit. Chilicfichima fit donner tout ce dont on avait besoin pour la route. Le premier d'avril on passa "la naît à Pincosmarca, village situé sur le penchant d'une

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