X» RELATION
>ui\anty dimanche 3o janvier, le capitaine continua son voyage; et, sans quitter des bois et des habitations, il arriva à Pacalcami, qui est l'endroit où le temple est situé. A moitié chemin est un village où le capitaine dîna. Le chef de Pacalcami et les principaux habitants vinrent le recevoir avec amitié , et témoignèrent aux Espagnols d'excellentes dispositions. Aussitôt le capitaine alla occuper de très-grands logements qui sont dans la ville. Sans plus tarder, il dit au chef, qu'il venait par ordre du seigneur gouverneur pour chercher l'or du temple , que le cacique lui avait promis , et qu'il fallait à l'instant l'aller prendre et le lui livrer, ou bien le por^ 1er où était son frère.
Tous les principaux du pays et les prêtres de l'idole, s'ctant consultés, répondirent qu'ils le donneraient; mais ils dissimulèrent et ga* gnèrent du temps. Enfin , ils en apportèrent une fort petite quantité , disant qu'il n'y eo avait pas davan I i hiine, cacha ses in-
DE LA CONQUÊTE DU PÉROU. l5l
tentions , demanda à voir l'idole, et qu'on l'y conduisît, ce qui fut fait. Elle était dans une maison bien peinte , au milieu d'une belle salle très-obscure, fétide et bien fermée. Cette idole était en bois et fort laide, les gens dirent que c'était le Dieu qui les avait créés et qu'il faisait croître tous leurs vivres. A ses pieds étaient quelques bijoux d'or. Ils ont tant de respect pour ce Dieu , qu'il n'y a que les prêtres ou ses serviteurs, comme ils les appellent, qui puissent le servir , les autres n'osent pas entrer, et ils pensent qu'ils ne sont pas dignes de toucher de la main les murs de sa maison.
On s'accorde à dire que le diable est dans cette idole, et qu'il parle avec ses suppôts, qu'ils ont ensemble des entretiens diaboliques qu'ils publient danstout lepays. Ils la regardent comme un Dieu, et ils lui font de nombreux sacrifices. De trois cents lieues à la ronde on vient en pèlerinage près de ce diable avec de l'or, de l'argent et des richesses; ceux qui les apportent se présentent au portier qui leur réclame
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'"'^J^'' fcfv de ces idoles de bois que ' .</*' Jurent à l'imitation de leur diayss'^ ' i^des rapports de beaucoup de ^' oafs ' 1"^ depuis la ville de Catamez, <^ fgeïice ce gouvernement , tous les ha- ^ is de la <^ôte apportaient à ce temple de et de l'argent , et que chaque année ils .paient un certain tribut. Ils avaient des in- ^ndants et des maisons pour la perception du tribut ; on y trouva un peu d'or, et des indices qui prouvaient qu'il y en avait eu beaucoup plus. On sut par les Indiens que le diable avait commandé qu'on enlevât ces trésors. On pourrait dire beaucoup de choses sur les idolâtries pratiquées à l'égard de cette fausse divinité;
mais je n'en parlerai pas pour éviter d'être prolixe. Les Indiens prétendent surtout que l'idole leur dit qu'elle est leur Dieu , qu'elle peut les détruire s'ils lui déplaisent et ne la servent pas bien, qu'elle tienÉ^n sa puissance toutes les choses de ce monde. Les naturels étaient si troublés et si épouvantés d'avoir vu seulement le capitaine entrer pour la voir, qu'ils croyaient qu'aussitôt que les chrétiens seraient sortis de ce temple l'idole les ferait périr tous. * ^
Les chrétiens firent comprendre aux In~ diens la grossière erreur dans laquelle ils étaient, que l'être qui parlait dans cette idole, c'était le diable qui les trompait, et ils les engagèrent dorénavant à ne plus y croire et à ne pas faire ce qu'il leur conseillait. Ils leur tinrent aussi d'autres discours sur leurs idolatries. Le capitaine ordonna d'abattre la salle obscure où était l'idole, et de la briser devant tous les naturels ; il leur fit comprendre beaucoup de <îhoses ayant rapport à notre sainte
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religion, puis il leur'wdiqua le signe de la croix , afin qu'ils se défendissent du démon.
Xachacama est une ville considérable ; prés du temple on#yoit un édifice consacré au soleil , il est àitué sur une éminence entourée de cinq murailles bien faites; il y a des maisons avec des terrasses comme en Espagne; la ville paraît ancienne, à en juger par les édifices en ruines que l'on y voit. La plus grande partie du mur d'enceinte est écroulée; le principal chef de l'endroit se nomme Taurichumbi.
Les caciques des environs vinrent voir le capitaine, et lui offirirent en présent des produits de leur territoire , de l'or et de l'argent; ils s'étonnèrent beaucoup de ce qu'il avait osé pénétrer où était l'idole et la détruire. Le ca-;^ cique de Malaque , qui s'appelait Lincoto, vint faire acte de soumission à S.^M., et il apporta un présent d'or et d'argent Celui de Noax, nommé, Alincay fit de même; celui de Gualco, dont le nom était Guarilli , offrit pareillement de For et de l'argent. Le cacique de Chincha et
DE LA CONQUÊTE DU PÉROU. l55
dix (le ses principaux sujets présentèrent aussi de l'or et de l'argent; il dit que son nom était Tambianuea , celui de Goarva s'appelait Guaxchapaicho, celui de Colixa Aci, et celui de Sallicaimarca Yspilo. D'autres chefs des environs apportèrent leurs présents d'or et d'argent, qui, joint à ce que Ton avait enleva du tfemple, formai quatre-^i^ingt-dix mille pesos. Le capitaine parla avec bonté à tous ce3 chefs, et les remercia de leur visite; il leur recommanda au nom de S. M. âat toujours se con-
^ duire de même, et il les renvoya très-satisfaits.
Ferdinand Pizarre apprit à Xachacama que
Ghilicuchima, le chef d'Atabalipa,étaitàquatre
jours de marche de la ville, avec beaucoup de
^ monde et l'or, qu'il ne voulait pas venir plus avant. On disait aussi qu'il ayait l'intention de combattre les chrétiens. Le capitaine lui expédia un messager avec une escorte, pour lui dire d'apporter l'or, puisqu'il savait que son souverain était prisonnier, qu'il l'attendait depuis longtemps , et qilfe le gouverneur aussi
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était mécontent de son retard, il Je rassura pour l'engager à venir, ne pouvant aller le trouver à cause des chevaux , car le chemin était mauvais. Il lui fit dire de se rendre à un village situé sur la route, et que là le premier arrivé attendrait l'autre. Ghilicuchima répondit qu'il ne manquerait pas de se conformer aux intentions du capitaine. Celui - ci partit donc de Xachacama pour rejoindre ce chef. . .
Le même jourÀle capitaine Ferdinand Pizarre arriva au village de Guarva , situé dans^ une plaine , sur le bord de la mer. Là il quitta le rivage et il regagna l'intérieur des terres. Le 3 mars , il partit de Guarva , et il remonta pendant toute la journée un fleuve bordé de • bois. Le soir il alla se reposer datis un village sur le bord de ce fleuve, et qui est soumis au village de Guarva, on le nomme Guaranga. Il en partit le lendemain, et il alla passer la nuit dans un hameau nommé Ay lion, bâti au pied d'une montagne: cet endroit, dépendant d' A-
DE LA CONQUÊTE DU PÉROU. l5']
ratambo, village plus considérable, fort riche en troupeaux et en mais.
Le jour suivant, 5 même mois, il fut coucher dans un village dépendant de Caxatambo (y4 ratambo), Jdt que l'on nomme Chincha ; on trouve dans la route une grande' montagne de neige, très-escarpée. Les chevaux y enfonçaient jusqu'au ventre. Le bétail est trèsnombreux dans ce village ; le capitaine y séjourna deux jours. Il en repartit le samedi 7, et fut passer la nuit à Caxatamba. C'est une grande ville, située dans une Vallée profonde, et riche en troupeaux. On trouve sur toute la route beaucoup de porcs , de lamas. Le nom du cacique est Sachao ; il se montra très-serviable aux Espagnols. On prit dans cette ville la grande route que Chilicucbima devait suivre; la distance est de trois journées de marche. Le capitaine Pîzarre s'informa si ce chef avait passé pour se rejoindre à lui comme il l'avait promis; tous les Indiens lui dirent que oui, et qu'il conduisait tout l'or;
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mais, comme on le vit par la suite, on leur avait fait la leçon pour qu'ils répondissent ainsi , si le capitaine venait ; puisque Chilicuchima restait à Xauxa , sans penser à se rendre à l'endroit convenu : on sait que les Indiens disent rarement la vérité. Quoique ce fût une entreprise pénible et dangereuse, le capitaine se décida à marcher par la grande route par où Ghilicuchima devait arriver, afin de le rejoindre, et s'il n'avait pas pris ce chemin , d'aller le trouver partout où il serait, afin de s'emparer de l'or, défaire soa armée, ou le gagner par de bons traitements; et s'il s'y refusait de l'attaquer et de s'emparer de l'or. Le capitaine prit donc le chemin d'une ville nommée Pomba , qui est sur la route royale. Le lundi , 9 du mois, il fufcoucher dans le village d'Oyu, situé au milieu des montagnes. Le chef se présenta pacifiquement, et donna aux chrétiens tout ce dont ils avaient besoin pour la nuit. On en partit le matin , et le soir on se rendit à un
CONQUETE DV PKRI
IJt)
hameau de bei-gers, près d'un petit lac d'eau douce de trois lieues de large, et dans une plaine riche en troupeaux de moutons de moyenne grandeur, comme ceux d'Espagne, i«t dont la laine est trcs-flne.
Le mercredi de bonne heure, le capitaine Ferdinand Pizarre et ses gens arrivèrent à Pombo. Tous les principaux de la ville , et quelques chefs d'Atabalipa qui s'y trouvaient réunis , vinrent le recevoir avec des guerliers. Il trouva dans cet endroit cent cia- ■lobes dor, que Chilicuchima avait Quant à lui il reslait à Sauxa avec
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ville un messager pour le tranquilliser, et lui dire que , puisqu'il n'était pas venu , il irait
lui-même le trouver, mais qu'il n'en fut pas effrayé. Le capitaine fît reposer un jour les chevaux, qui étaient très-fatigués, .pour qu'ils pussent combattre en cas de besoin.
Le vendredi , 1 4 mars , il se mit en route avec tous ses gens de pied et les cavaliers poi9' se rendre à Xauxa. Le soir il fut reposer à Xacamalca, à six lieues de Pombo, -^ en suivant une plaine : au milieu est un lac d'eau douce qui commence près de la ville , et qui a huit à dix lieues de tour. Il est tout environné de villages; sur les bords paissent beaucoup de troupeaux, on y voit un grand nombre d'oiseaux aquatiques d'espèces trèsvariées, et de petits poissons. Le père d'Atabalipa et lui-même avaient fait venir de Tumbez beaucoup d'embarcations pour leur divertissement. Une rivière qui passe par Pombo sort du lac, et traverse un certain quartier de cette ville, elle est tortueuse et
DE LA CONQUÊTE DU PÉllOU. 'ifil
profonde : on peut, en la descendant, venir débarquer à un pont près de Pombo. Ceux qui le passent payent un droit comme en Espagne. Les bords de cette rivière sont couverts de bétail ; on lui donna le Jiom de Guar diana , parce qu'elle ressemble beaucoup à ce fleuve.
Samedi, 1 5 du mois de mars, le capitaine partit de Xacamalca : il dina dans une maison Jj?, éloignée de trois lieues, 11 y fut bien reçu et bien nourri. Il alla coucher à trois autres lieues plus loin, dans un village nommé Carma : il est bâti sur le penchant d'une montagne. On installa le capitaine dans une maison peinte, où sont d'excellents logements. Le cacique lui fît une bonne réception, fournit des vivres et des porteurs. Le dimanche matin , il quitta ce village, car la journée devait être forte, et il commença à inarcher, ses gens étant rangés en bon ordre, jlans la crainte que Chiliciichima ne lui eût dressé des embûches, puisqu'il n'avait pas envoyé de messager. Vers 4- II
1 6a RELATION
rheure de vêpres, il arriva dans un viHage nommé Yanaymalca , d où Fon vint à sa rencontre, n apprit que Chilicuchima avait quitté Xauxa, ce qui augmenta ses soupçons; et comme il n'en était qu'à une lieue , aussitôt après avoir diné il se mit en marche. Lorsqu'on fut en vue de cette ville, on aperçut du haut d'une colline de nombreux rassemblements, sans distinguer si c'étaient desguerriers ou du peuple. Etant arrivé sur la placé \ principale, Pizarre vit que ces rassemblements étaient composés d'habitants qui s'é* taient réunis pour lui faire fête.
Avant de mettre pied à teiTC, le capitaine demanda Chilicuchima. On lui répondit qu'il s'était rendu dans une autre ville sous prétexte de quelques affaires , et qu'il viendrait le lendemain. Ce chef s'était absenté jusqu'à ce qu'il eût connu , par les Indiens qui accompagnaient Pizarre , quelles étaient les intentions des Espagnols; car voyant qu'il avait mal agi en ne tenant pas sa parole, et que le
DE LA CONQUÊTE DU PÉïlOU, ï63
capitaine avait feit quatre-vingts lieues pour le voir, il soupçonnait qu'on arrivait pour le prendre et le tuer. ïl craignait aussi les chrétiens et surtout les chevaux. Le capitaine conduisait avec lui un fils de Cuzco l'ancien.
Dès que celui-ci sut que Chilicuchima était parti, il voulut se rendre près de lij^, et il y alla dans w^ litière.
Pendant tduté la nuit suivante les chevaux restèrent sellés et bridés. On défendit aux chefs du pays de laisser paraître aucun Indieiï sur la place , leur disant que les chevaux étaient mécontents et qu'ils les tueraient. Le fils de Cuzco revint le lendëmaîn avec Chilicuchima , tous deux dans des litières et bien accompagnés. En entrant dans la place ils mirent pied à terre , laissèrent tout leur monde , et se rendirent au Logement de Ferdinand Pizarre avec quelques personnes de leur suite. Chilicuchima s'excusa de n etre pas venu selon sa parole au-devant kIc lui, prétendant qu'il n'avait pu le faire à cause
de ses occupations importantes. Le capitaine lui ayant demandé pourquoi il n'était pas venu au rendez-vous comme il l'avait promis ;. il répondit qu€ son maître Atabalipa lui avait défendu de bouger. Pizarre lui répliqua : « Je ne suis plus mécontent, allez vous reposer, et vous viendrez avec moi près du gouverneur qui retient prisonnier votre maître Atabalipa : celui-ci, lie sera mis en liberté qu'après avoir livré l'or qu'il a promis. Je sais que vous en gardez beaucoup; il faut tout prendre , nous partirons ensemble et voua serez bien traité. » ChilicucMma lui dit que son maître lui avait commandé de ne pas se mettre* en marche, que par conséquent s'il ne recevait pas de nouveaux ordres, il n'oserait pas y aller; car ce pays était nouvellement conquis, et s'il le quittait il pourrait se soulever.
Ferdinand Pizarre discuta longtemps avec ce chef ; il finît par lui dire d'y penser la nuit, et de lui rendre réponse le lendemain
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matin.' Le capitaine voulut le persuader par de bonnes raisons, dans la crainte d'exciter une révolte dans le pays , et qu'il n'en advînt malheur aux trois Espagnols qui étaient ailes à Guzco.
Le lendemain matin , de bonne heure , Ghilicuchima se rendit au logement du capitaine, et lui dit : que puisqu'il voulait qu'il allât avec lui , il ne pouvait que se conformer à ses désirs ; qu'il y consentait , et qu'il laisserait un chfaf avec ses gens de guerre. , i
Ce jour-là on recueillit trente eharges d'or de bas aloi , et il f(^t convenu que l'on partirait dans deux jours. Pencfant ce tempslà, trente ou quarante charges d'argent; furent apportées. Les Espagnols se tinrent sur leurs gardes ; les chevaux restèrent sellés jour et nuit, car ce chef d'Atabalipa commandait des forces si nombreuses , que si les chrétiens
avaient été attaqués de nuit il en serait résulté de grands malheurs.
La ville de 3^uxa , bâtie dans une belle
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vallée, et sous un ciel tempéré, est trèsgrande; une rivière considérable passe auprès; le sol est très-fertile; elle est construite comme celles d'Espagne , les rues sont bien tracées : dans les environs sont plusieurs villages qui en dépendent. La population de Xauxa et de son territoire est fort nombreuse ; car, suivant l'estimation qu'en firent les Espagnols , chaque jour plus de cent mille hommes se rassemblent sur la place; et» néanmoins 1 les marchés et les rues sont si remplis, qu'il semble que tous les habitants y soient réunis. Il y avait des gens chargés de co]iq)ter toute cette population , afin de savoir quels étaient ceux qui devaient servir les guerriers ; d'autres devaient inspecter ce que l'on apportait dans la ville.
Ghilicuchima avait des intendants chargés de pourvoir l'armée, des charpentiers qui travaillaient le bois; et, comme un grand prince , il tenait autour de lui beaucoup de gens pour le service ou pour la garde de sa
DE LA CONQUi^TE DU PÉROU. «67
personne : sa maisoQ avait trois ou quatre portiers; enfin, il se ffiisait servir comme son mQ.itre , et il Fimitait en tout. On le redoutait dans toute la conlrée à cause de sa grande valeur. Il avait su gagner, d'après les ordres de son souverain, plu& de six cents lieues de pays. Pendant jses conquêtes, il avait livré des batailles nombreuses en plaine et dans des passages dangereux , constamment il était resté vainqueur, et il avait soumis tout Je
Le vendredi 20 mars, le capitaine Ferdinand Pizarre partit de Xauxa pour retourner àCaxamalca; il emmenait avec lui Chilienchima. Le même jour il alla jusqu'à Pombp, où vient aboutir la route roy^e de Guzco ; il y resta le jour de son arrivée et le lendemain. Le mejxredi, en suivant des plaines riches en bétail, il alla loger dans de grandes maisons ; cette nuit-là il neigea beaucoup. Le jour suivant il coucha dans un village ^u milieu des montagnes, et que Ton nopame
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Tambo. Près de là est une rivière profonde , traversée par un pont ; on descend au bord de Teau par un escalier en pierre très-dangereux : si l'ennemi occupait la hauteur, il pourrait faire beaucoup de mal. Le capitaine reçut du cacique de cet endroit tout ce dont il eut besoin; et Ton fit des réjouissances, tant pour la venue de Ferdinand Pizarre que pour celle de Chilicuchima : il était d'usage de lui donner des fêtes. Le vendredi suivant, on alla se reposer dans un village nommé Tonsucancha ; le cacique s'appelle Tillima. On y fut bien reçu; nombre de gens vinrent offrir leur service; car, bien que le village fût petit, une multitude d'habitants des environs accoururent pour voir les chrétiens. Il y a dans cet endroit beaucoup de moutons petits, et dont la laine, fort bonne, ressemble à celle d'Espagne. Le lendemain on alla passer la nuit à cinq lieues plus loin dans une ville nommée Guaneso; la route est pavée , il y a des canaux creusés pour l'écoulement des eaux. On dit
qu'ils furent pratiqués à cause des neiges qui tombent dans ce pays à une certaine époque de l'année. Guanesoest une grande ville, bâtie dans une vallée entourée de montagnes trèsélevées : elle a trois lieues de tour. Du côté de Caxamalca on franchit une montée très-escarpée. Le capitaine et les chrétiens reçurent un très-bon accueil ; et, pendant deux^jours qu'ils y séjournèrent , on fit beaucoup de fêtes. Cette ville a plusieurs villages sous sa dépendance ; les troupeaux y sont très-nombreux.
Le dernier jour du même mois, le capitaine quitta Guaneso avec ses gens , et ils arrivèrent à un pont qui traverse une grande rivière. 11 est construit en grosses poutres : un portier est chargé de recevoir le péage , comme c'est l'usage dans le pays. On coucha ce sioft^-là dans, un village à , quatre lieues du dernier endroit. Chilicuchima fit donner tout ce dont on avait besoin pour la route^ Le premier d'avril on passa la nuit à Pincosraarca, village situé sur le penchant d'une
haute montagne : le cacique se nomme Parpay. On logea le jour d'après à Guari , jolie ville où passe une autre rivière large et profonde , traversée par un pont. Cet endroit est trèsnforty à cause des fondrières profondes qui Fentour^at de deux cotés. Chilicuchima dit qu'il s'y était battu contre l'armée de Guzco, qui avait attendra les siens dans cette place , et qu'elle s'y était défendue deux ou trois jours. Quand les gens de Cuzco furent vaincus , ils passèrent le pont , et y mirent le feu ; mais Chilicuchima et son armée traversèrent à la nage ^ et tuèrent une giwidepar* tie des ennemis.
Ferdinand Pizarre partit de cette ville le lendemain , et il alla coucher à Guacai^go , à cinq lieues au delà : puis le jour suivant , à Piscobamba , grande ville bâtie sur le flanc d'une hauteur. Le cacique se nomme Tan-* guame. Cet Indien et ses sujets le reçurent très-bien, et rendirent beaucoup de services aux chrétiens. A moitié chemin dç cette ville ,
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à Gyacabamiba, €3t une rivière trèfr*ptofonde ^ sur laquelle est un pont double, en ^^ordages, tel que ceux que Ton a déjà décrits ; c'est^-* dire qu'il est consti*uit de cette façoxi : on élève un pilier de pierre, tout près de Feau. D'un côté du fleuve à l'autre, sont des câbles gros eomme la cuisse ^ faits en osier : de fortes cordes bien entrelacées traversent ces câbles ; les parapets «ont très-élevés. £n ba^ sont de grandes pierres fixées pour consolider le pont: Les «chevaux passèrent très-»facile^ ment , quoique le pont tremblât quand on traversait, ce qui est très - effrayant loraqu'on n'y est pas accoutumé ; mais il n'y a pas de danger, car ces ponts sont très^solide s. Tous ont des gardi^is comme en Espagne, et cela est organisé ainsi que nous l'avons déjà dit.
Le capitaine ayant quitté cette viUe, alla loger dans des habitations qui sont à cinq lieues plus loin. Il repartit le jour suivant de cet endroit 9 noitinÉÉAgoa, et qui dépend
de Piscobamba. C'est un riche village, abondant en maïs , et bâti au milieu des montagnes. Le cacique et les siens fournirent ce qui" fut nécessaire pour la route , et le matin ils procurèrent les gens dont on eut besoin. Le lendemain soir, le capitaine fut loger à Lonchucho , village à quatre lieues . d'Agoa ; le chemin est très-difficile. Lonchucho est placé dans un fond ; une demi-lieue avant d'y arrir ver, on trouve une route très-large, taillée dans le roc ; des marches sont pratiquées dans la pierre , et il y a des passages très-dangereux et très-forts pour qui voudrait s'y défendre.
Ferdinand Pizarre se rendit ensuite à Andamaca , d'où il partit pour Pachamaca. Lés « deux routes royales qui conduisent à Cuzco se réunissent dans cette ville. Depuis Pombo on compte trois lieues de chemins très-difficiles : les descentes et les montées ont des escaliers de pierre. Du côté du penchant de la montagne sont des murs en pierre pour
empêcher de tomber; car il y a des endroits où , si Ton glissait on se briserait en morceaux : c'est très-utile pour les chevaux, qui sans cela sç précipiteraient. On trouve à moitié chemin un pont de pierre et de bois construit entre deux rochers avec beaucoup d'art. D'un côté de ce pont sont des logements fort bien bâtis et une cour en pierre, où, suivant leis Indiens, on donnait des festins et des fêtes
aux souverains du pays quand ils passaient par-là. . ;
Depuis cet endroit , Ferdinand Pizarre suivit jusqu'à Caxamalca la même route quil avait prise en. allant, et il entra dans cette ville avec Chilicuchima , le ^5 du mois de mai i533. On vit alors une chose inouie depuis la découverte des Indes^ et c'est un fait à faire remarquer aux Espagnols^ Au moment où Chilicuchima passa la porte de la ville où son souverain était prisonnier, il prit à un porteur indien de sa suite une charge moyenne , et 'la mit sur ses épau-
les. Uq grand nombre de principaux chefs qui l'accompagnaient suivirent son exemple; et y chargés de cette façon , ils entrèrent où était leur maître. Aussitôt qu'il le vit, il leva les mains vers le soleil, et il rendit grâce à cet astre de ce qu'il lui avait permis de le voir encore. Puis , s'approchant de son souverain avec beaucoup de tendresse et en pleurant , il lui baisa la figure , les mains et les pieds : les autres chefs qui étaient venus avec lui firent de même. Atabalipa montra tant de fierté , que bien qu'il n'y eût dans ses états personne qu'il aimât davantage , il ne le regarda même pas, et il ne fit pas plus de cas de lui que du dernier des Indiens qui étaient présents. Cette coutume déporter un fardeau pour se présenter devant Atabalipa était en usage auprès de tous les souverains qui ont régné dans ce pays.
La relation ci-dessus est faite par moi Miguel Es tête 9 inspecteur (yeedor), qui ai accompagné le capitaine Ferdinand Pizarre, et j'ai rap-
DE LA CONQtlâtE DU PÉROU. 1 «^S
porte tous les fûits tels (|u'ils se sont passés.
MIGUEL ESTETE.
Le prièmier auteur continue :
Le gouverneur pensa que les six navires qui étaient dans le port de Sant-Miguel ne pouvaient y séjourner plus longtemps^ et que, si on retardait leur départ , ils finiraient par se perdre* Les capitaines de ces bâtiments lui avaient demandé d'être payés et expédiés.
Pizarre convoqua donc un conseil pour qu'ils fussent congédiés, et qu'une relation de ce qui s'était passé fût envoyée à S. M* Il fut convenu avec les officiers, que l'on fondrait tout l'or qu'il y avait dans la ville, et qu'Atabalipa y avait fait transporter, et tout ce qui arriverait , pendant que l'on serait occupé à cette opération; qu'une fois terminée et le partage fait, le gouverneur irait coloniser, suivant les ordres de S. M.