‹ Relation véridique de la conquête du Pérou et de la province de Cuzco nommée Nouvelle-Castille, subjugéeChapitre 9 sur 12 · FERDINAND PIZARRE · texte numérisé non relu

FERDINAND PIZARRE

d'après les ordres du seigneur gouverneur

son frère, de la ville de càxamalca

a parcama, et de la a zauza.

Mercredi, jour de TEpiphanie, ^Msfi^v^^ ment nommé la fête des rois mages , te 6 janvier 1 533 , le capitaine Ferdinand Pizarre partit de Caxamalea à la tête de vingt chevaux et de quelques fusiliers. Le même jour il alla passer la nuit dans certaines habitations , à cinq

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lieues de cette villç. Le lendemain, il dîna dans un autre village nommé Yehoca , et il y fut bien reçu ; on lui donna tout ce dont il avait besoinyJui etsesgens. Il dormit ce jourlà dans un petit village appelé Guancasanga, et qui dépend de GuamachucQ. Le jour suivant, de bonne heure, il arriva dans cette grande-ville , située dans une vallée entourée de montagnes* Elle est d'une belle apparence , les édifices sont bien construits ; le cacique se nomme Guamanchoro ; ce chef accueillit fort bien le capitaine et ses hommes. Un frère d*Atabalipa, qui avait été pour hâter l'envoi de l'or de Guzco, y arriva. Le capitaine apprit par cet Indien que le chef Chilicuchima était en marche à vingt journées de là , et qu'il apportait toute la quantité qu'Atabalipa avait demandée.

Le capitaine^ voyant que l'or arrivait si lentement, envoya un exprés au gouverneur pour savoir ce qu'il devait faire, lui disant qu'il attendait sa réponse pour se por-

ter en avant. Il demanda dans cette ville, à des Indiens, si Chilicuchima venait de si loin^ et, ayant mis à la question quelques-uns des principaux habitants, il sut d'eux que ce chef était à sept lieues de là, dans la vilk d'Andamarca , avec vingt mille hommes de guerre; qu'il venait pour tuer les chrétiens et délivrer son maître. L'Indien , qui fit cet aveu , dit qu'il avait diné avec lui la veille. Un ami de ce chef, ayant été pris en particulier, dit la même chose.

Dés que le capitaine en ^ut connaissance^^ il résolut de marcher à la rencontre de Ghir licuchima ; et , ayant rangé sa troupe en bon ordre, il se mit en route. Ce jour-là il alla passer la nuit dans un petit village nommé Tambo, sur le territoire de Guaâjtlicbaco.

Il prit de nouvelles informations, et tous les Indiens qu'on interrogea répondirent dans le même seijs que les premiers. Pen-r dant la nuit on fîF boiine garde. Le lendemain matin il se porta en avant en très-

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bon ordre, et il arriva à Andamarca avant midi ; ce chef n'y était pas. Le capitaine ne put pas en avoir d'autres nouvelles, sinon qu'il était dans une ville nommée Xauxa, ainsi que lavait dit le frère d'Atabalipa, et qu'il venait avec beaucoup d'or. Il reçut à Andamarca cette réponse du gouverneur : '

<( Vous savez que Chilicuchima et l'or viennent de loin, et que j'ai dans mes mains Iç chef du temple de Pachacama ; vous savez aussi quelle quantité d'or il a promise. Informez-vous du chemin qui conduit dans cet endroit ; et si vous pensez qu'il soit convenable que vous y alliez, allez-y, parce qu'en attendant, l'or de Cuzco arrivera. »

Le capitaine s'informa de^la route du temple ; et malgré que ses gens étaient mal poun^us d'armes (i) et d'autres objets nécessaires pour

(i) C'est ainsi que j'ai rendu Latente it>a mal adereçada de herrage; ce dernier mot signifiant des objets en fer. Voilà comment Gaztelù traduit ce passage : La génie che portava andava maie in ordine di calciamenti,(jQi gens n'avaient que de

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un voyage aussi long, considérant l'important service qu'on rendrait à sa majesté en allant chercher cet or, il résolut de l'entreprendre dans la crainte que les Indiens ne l'enlevassent. Il voulait aussi examiner le pays, et voir s'il pouvait être colonisé par des chrétiens ; quoiqu'il sut que la contrée était coupée par des rivières nombreuses qu'il fallait passer sur des ponts de cordages , traverser de mauvais pas , et que la route était longue. Il emmena plusieurs chefs qui avaient été dans le pays, et il se mit en route le 1 4 janvier.

Le même jour il franchit plusieurs passages dangereux des rivières, et il alla passer la nuit sur la pente d'une montagne, dans un village nommé Totopamba. Les Indiens le reçurent fort bien , et lui donnèrerit généreusement des vivres, ainsi que tout ce dont on eut

mauvaises chaussures. Herrage signifie quelquefois les fers d'un cheval qui en sont effectivement la chaussure , calzamento ; mais ici ce mot se rapporte agente , et par conséquent je ne pense pas qu'il faille le prendre dans ce sens : sub judice lis est.

besoin pour la nuit, et le lendemain ils fournirent des porteurs pour le bagage.

Le jour suivant le capitaine quitta cet en-* droit, et fut coucher dans un autre petit village nommé Coronga. Au milieu de la route on trouva une montagne toute couverte de neige, et partout un nombre considérable de troupeaux avec leurs bergers qui habitent les montagnes comme en Espagne. Ce village fournit des vivres , des porteurs et tout ce qui fut nécessaire; il dépend de Guamachbro.

Le lendemain , le capitaine , étant parti , alla passer la nuit à Pinga , endroit peu important ; l'on n'y trouva personne, la frayeur ayant fait fuir les habitants. La journée avait été très^pé* nible, à cause d'une descente d'escaliers en pierre fort rapide^ et dangereuse pour les chevaux. Le jour suivant , à la dinée , il parvint à une grande ville située dans une vallée. Une rivière très-rapide traverse la route; on la passe sur deux ponts réunis faits en cordages, et de cette manière : on élève un gros pilier de-

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puis le niveau de l'eau jusqu'à une grande hauteur ; d'un rivage à l'autre passent des cables de liannes semblables à de l'osier, gros comme la cuisse, et fixés à de grandes pierres. Ces câbles sont éloignés entre eux de la largeur d'une charrette; ils sont traversés parade fortes cordes bien entrelacées ; en bas sont quelques rochers qui consolident ces ponts. Les gens . du commun passent sur un pont; un portier y est placé pour percevoir le péage : l'autre est réservé pour les principaux habitants et les chefs : ce pont est toujours fermé ; on l'ouvrit pour faire passer le capitaine et ses gens ; les chevaux traversèrent sans difficulté*

On se reposa deux jours , parce que le capitaine et son monde étaient fatigués de leur pénible voyage. Les Espagnols furent trèsbien reçus; les naturels leur fournirent des vivres et tout ce dont ils avaient besoin. Le chef se nomme Pumapaecha. Le capitaine

Ferdinand Pizarre quitta cet endroit, et alla

dîner dans un petit village, où les Indiens

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apportèrent tout ce qui lui était nécessaire.- On passa sur un autre, pont de cordages semblable au premier, et l'on alla dormir dans un village à deux lieues de là. Les habitants vinrent recevoir les chrétiens avec des démonstrations d'amitié; ils fournirent des vivres, et ils donnèrent des Indiens pour porter .les bagages.

On marcha ensuite dans une vallée remplie de champs de mais, et de petits hameaux bâtis à droite et à gauche de la route. Pizarre partit le lendemain dimanche, et il arriva le matin à un village, où il reçut le meilleur accueil. Les Indiens lui donnèrent beaucoup de moutons, de la Chicha , et ce dont ils avaient besoin. Tout ce pays est très -riche en maïs et en troupeaux; les chrétiens en rencontraient un grand nombre sur leur chemin. Le capitaine quitta ce village le jour suivant : il suivit la vallée, et il gagn^ une grande ville qu'on appelle Guarax, et son chef Pumacapillay. Cet Indien et ses sujets

Iburnirent beaucoup de vivres et des porteurs. Guarax est dans une plaine près d'une rivière. On voit dans les environs d'autres villes, riches en troupeaux et en maïs. Il y avait dans un seul parc deux cents lamas destinés seulement à la nourriture de Pizarre et de ses gens.

Le capitaine partit le soir,«t il alla coucher dans un endroit nommé Sucaracoay, où il fut bien reçu. Le cacique se nommait Marcocana; nous nous y reposâmes un jour, car les gens et les chevaux étaient fatigués de la route. Cette ville était considérable; elle avait garnison. Chilicuchima occupait les environs avec cinquante mille hommes.

Le lendemain , Ferdinand Pizarre partit de

Sucaracoay, traversa une vallée cultivée et

riche en troupeaux , et il alla passer la nuit

deux lieues plus loin, dans un hameau nomme.

Pachicoto. Il quitta dans cet endroit la route

royale qui conduit à Cuzco, et il prit celle des

plaines. Le jour suivant il se remit en mar- 4. 10

che, et il fut coucher à un village que l'on appelle Marcara ; le chef se nommait Çorcora.

Les habitants sont des propriétaires de troupeaux qui ont leurs bergers. A certaines époques de l'année ils les conduisentdansla plaine pour les faire paître , comme c'eàt l'usage en Castille et dans l'Estremadure. De ce pays, les eaux descendent à la mer et rendent le

chemin difficile. L'intérieur des terres est *

très-froid, couvert de marais et d<e neiges; la

côte est fort chaude. Il pleut trop peu , pour nourrir les semences ; mais les eaux qui coulent des montagnes arrosent la terre, qui est très-fertile en fruits et en vivres de toute sorte.

Le lendemain , il marcha le long d'un fleuve boi^é de vergers et de champs, et il alla passer la nuit dans un hameau nommé Guaracanga.

Il s'arrêta la nuit suivante dans un grand bourg, que les Indiens appellent Parpunga ; il est sur le rivage de la mer. On y voit une Ibrteresseetcinq casemattes peintes de diverses

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façons en dehors et dans l'intérieur; les portes sont d'un beau tMvail , suivant Tusage d'Espagne : i'cntrée principale est ornée de deux tigres. Les habitants furent remplis de frayeur en voyant des gens nouveaux pour eux :

surtout les chevaux les étonnaienirbeaucoup.

Le capitaine les fit tranquilliser par l'interprète , et çe^^jb^iens se rendirent fort utiles. En quittant €*v^bourg, on prit une autre route plus large, faite par les peuplades des environs ; elle est garnie de murailles de chaque côté.

Pixarre avait resté deux jours à Parpunga pour faire reposer s»n monde et pourattendre que les chevaux fussent ferrés (i)- A la sortie de cette ville , il passa une rivière avec ses gens , les hommes sur des radeaux et les chevaux à la nage. Il alla coucher dans un village nommé Guamamayo, situé au-dessus d'un ravin , sur le bord de la mer. Près de cet en-

(i) Esperar herrage. Le traducteur italien dit speUar viltovaglie , attendre des vivres. Cette fois, je crois positivement qu'il a tort.

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droit on traversa à la nage une autre rivière . avec de grandes difficultés , car elle était très- . grosse et très-rapide. Dans cette partie du pays on ne trouve pas de ponts, les fleuves étant très -larges et débordés. Le chef du village et les habitants lui prêtèrent secours pour laider à passer le bagage. Ils fournirent une grande quantité de vivres et des porteurs. Pizarre et ses gens quittèrent cet endroit le 9 janvier, et il alla passer la nuit trois lieues plus loin, dans un village soumis au cacique de Guamamaya. Presque toute la route est bordée de terres en cultures d arbres et de vergers , elle est unie, et de chaque côté règne un mur en torchis. Le soir on alla coucher dans une grande ville sur le bord de la mer, et que l'on appelle Guarva. Elle est bâtie dans une belle position, et possède de beaux édifices. Les chrétiens furent bien reçus des chefs et des Indiens; ceux-ci leur fournirent tout ce dont ils avaient besoin.

Dès la pointe du jour, le capitaine partit avec

son monde, et il alla au village de Llachu, ou il coucha. On donna à cet endroit le nom du village des Perdrix, parce que dans chaque maison il y en avait en cage. Les habitants se présentèrent en amis , recurent le capitaine avec des démonstrations de joiè^et lui rendirent nombre de service. Le cacique ne se fit pas voir.

^ Le lendemain , le capitaine partit de grand

matin, pai^ce qu'on lui avait dit que ce jourlà la traite était très-longue. H alla dîner dans un grand village , nommé Siculacumbi , qui est à cinq lieues plus loin. Le chef du pays et les naturels vinrent avec des démonstrations pacifiques , et donnèrent tous les vivres nécessaires pour la journée. Le capitaine se remit en marche à l'heure de vêpres , accompagné de ses gens, pour gagner la ville où était le temple. Il traversa à gué une rivière , et suivit une route bordée de murs en torchis , et il alla passer la nuit dans une ville à une lieue et demie plus loin. Le jour

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