‹ Relation véridique de la conquête du Pérou et de la province de Cuzco nommée Nouvelle-Castille, subjugéeChapitre 5 sur 12 · RELATIONS · texte numérisé non relu

RELATIONS

avec lui quarante cavaliers et soixante piétons ; il confia le reste à un capitaine , avec ordre de le suivre en bon ordre, en disant qu'il aviserait à ce qu'il y avait à faire. Il commença à gravir la montagne dans cette disposition ; les cavaliers conduisaient leurs chevaux par là bride. A midi ils arrivèrent dans une forteresse palissadée , située au sommet d'une hauteur, dans un passage si difficile , que peu de chrétiens pourraient y tenir tête à une armée nombreuse. La route était si escarpée, que dans certaines parties on inontait comme par des escaliers , et il n'y avait pas d'autre ch^ min pour tipyerser la montagne.

L'on franchit ce passage sans que personne le défendit La forteresse est entourée d'iyi mur de pierres assises sur une hauteur environnée de rochers taillés. Le gouverneur s'y arrêta pour s'y reposer et dîner ; le froid qui se fait sentir dans cette montagne est si grand, que les chevaux étant accoutumés à la chaleur des vallées, plusieurs furent malades.

De cet endroit, Pizarre alla passer la nuit dans un village; puis il envoya un ex-, prés à l'arriére-garde , pour dire à ceux qui la composaient qu'ils pouvaient franchir le passage dangereux en toute sûreté, et qu'ils fissent leurs efforts pour venir prendre leurs logements à la forteresse. Cette nuit-là il s'établit dans une forteresse bâtie en pierres de taille, et aussi forte que quelque place d'Espagne que ce fût; les portes et les murs étaient aussi bien faits que s'il y avait eu dans ce pays les ouvriers et les outils que l'on a en Espagne. Les habitants s'étaient enfuis , excepté quelques femmes et quelques Indiens.

Le gouverneur envoya prendre deux des principaux par un capitaine; il les fit interroger chacun en particulier sur le pays, et il s'informa de l'endroit où était Atabalipa, s'il l'attendait pacifiquement ou avec des projets hostiles. Le capitaine apprit par ces gens que ce prince était à Caxamalca, depuis trois

jours, et qu'il avait avec lui beaucoup de monde , mais ils ne connaissaient pas ses in tentions; ils avaient toujours entendu dire qu'il voulait faire la paix avec les chrétiens. Les habitants de ce village étaient soumis à Atabalipa.

Comme le soleil allait se coucher, il arriva un Indien de la suite de celui que le gouverneur avait envoyé à Caxamalca. Cet homme dit que son chef l'avait expédié pftrce qu'il avait rencontré deux messagers d' Atabalipa , qu'il avait laissés en arrière, que dans deux jours ils seraient près de Pizarre ; qu' Atabalipa était à Caxamalca; qu'il ne prendrait pas de repos jusqu'à ce qu'il eût parlé à ce prince, et qu'il reviendrait avec une réponse. Pendant la route il n'avait pas vu de gens de guerre. Le gouverneur écrivit à l'instant toutes ces nouvelles au capitaine qu'il avait laissé avec les bagages , lui disant aussi qu'à partir du jour suivant il s'avancerait à petite journée pour l'attendre, et qu'ensuite

ils marcheraient ensemble. Le lendemain matin Pizarre continua de gravir la montagne ; puis il s'arrêta au sommet , sur un plateau près de quelques ruisseaux pour attendre ceux qui le suivaient. Les Espagnols se reposèrent sous des tentes de coton qu'ils emportaient avec eux , et ils firent du feu pour dissiper le grand froid que l'on éprouvait sur ces hauteurs , car en Castille, dans les

plaines /^mais il ne fait aussi froid que dans cette montagne. Le sommet en est uni et tout couvert d'une plante semblable k de ia sparte courte ( esparto corto ) ; il y vient quelques arbres clair-semés. Les eaux sont si froides qu'on ne peut les boire sans les faire chauffer.

Il y avait peu de temps que le gouverneur s'était arrêté pour se reposer, quand l'arrièregarde arriva , et d'un autre côté des messagers envoyés par Atabalipa, qui conduisaient avec eux dix lamas. Lorsqu'ils furent en présence du gouverneur, et qu'ils l'eui^ent salué , 4. 5

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ilâ dirent qu'Atabalip^ envoyait ces animaux aux chrétiens, et qu'il désirait savoir quel jour ceuxHçi seraient à Caxamalca, afin de leur procurer des vivres le long de la route. Tizarre leur fit un bon accueil , çt dit qu'il se réjouissait du présent , puisque c'était son frère Atabalip^ qui le lui envoyait, qu'il se rendrait prçs de lui le plus tôt qu'il pourrait. Quand ils ce forent reposés et qu'ils eurent mangé , le gouverneur les interrogea sur les aOaires du pays et sur les guerres de leur nifiître. I^'un deux répondit que depuis cinq joiir3 ce prince attendait Pizarre k Caxamalca, et qu'il -n'avait avec lui que peti de monde, ^yant envoyé le reste de ses forces contre son frère Guzco. Le gouverneur

* leur demanda des détails sur tontes les guerres quAtabalipa avait eues, et comment il avait commencé ses conquêtes* Llndien lui répondit : a Mon maître est fils de Cuzco l'ancien , qui déjà est mort, et qui gouvernait toute cette contrée. Il laissa à son fils Ataba-

DE LA COPKÎfUÊTE' DU PÉROU. H^

lipa la souveraineté d'une grande piH>vince au delà de Tomipunxa, et qui se nomme Guito; et il légua à son fils aine toutes se6 autres possessions et la souveraineté princî^ pale. Comme ee dernier succédait au souverain, il prit le nom de Guzco que portait son père. JNfon content des états qu*il possédait, il fit la guerre à son frère Âtabalipa. Gelui-<îi lui envoya des ambassadeurs pour le prier de le laisser en paix dans les biens que son père lui avait légués en héritage. Guzco ne voulut pa$ y consentir, il tua les fils de son frère et )è frère d'un des deux ambassadeurs. Atabalipa l'ayant appris , marcha contre lui à la têtç d'unenombreusearmée jusqu'à J^i province de Tumepomba , qui faisait partie des états de Guzco ; et, comme les habitants avaient pris les armes, il incendia la principale ville et il les tua tous. Il apprit dans cet endroit que son frère avait péijiétré dans ses possessions les armes à la main; il marcha contre l4ii. Dès que Guzco sut qu'il arrivait, il s'enfuit du pays.

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Alors Atabalipa poursuivit ses conquêtes dans les états de son frère sans trouver de résistance dans aucune ville , car on savait le châtiment qu'il avait infligé à Tumepomba.

Dans toutes les provinces qu'il subjuguait il grossissait son armée. Etant parvenu à Caxamalca il trouva le pays riche et fertile ; il s'y reposa afin de continuer la conquête de tous les états de son frère ; puis il expédia un chef avec deux mille hommes de guerre pour assiéger la ville où il résidait. Gomme celui-ci avait une armée nombreuse, les deux mille hommes furent tués. Atabalipa envoya de nouveau , il y a six mois, deux chefs et un plus grand nombre de guerriers. Depuis peu de jours il a reçu des nouvelles : les deux chefs ont codquis tout le territoire de Cuzcô jusqu'à la ville qu'il habitait , et ce prince a été défait avec son armée : on s'est emparé de *sa personne , et on lui a pris une quantité considérable d'or et d'argent. » Le gouverneur répondit à ce messager : « Je suis très-satisfait de ce que tu

viens de me raconter , et de la victoire de ton maître ; puisque sçn frère , non content de ce qu'il possédait , voulait le dépouiller de son héritage. Il arrive aux ambitieux ce qui est arrivé à Cuzco; non-seulement ils n'acquièrent pas ce qu'ils convoitent méchamment, mais ils perdent leurs biens et leur personne. »

■■ Pizarre pensa que tout ce que l'Indien venait de raconter lui avait été suggéré par Atabalipapour épouvanter les chrétiens, et pour faire connaître sa puissance et son adresse.

« Je crois, » dit-il au messager, « que ce que tu m'as rapporté est vrai : Atabalipa est un puissant souverain , et je sais que c'est un grand guerrier; mais tu sauras que mon maître l'empereur, roi d'Espagne, de toutes les Indes et de là terre ferme , est souverain du monde entiélr. Il a un grand nombre de serviteurs puis grands princes qu' Atabalipa, et ses généraux ontpris et vaincu des rois plus puissants que lui et que son frère. L'empereur m'a

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