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e^k^oyé dans ce pays pour répandre pariiii;jks habitaDts la connaissance de Dieu et poinC les soumettre. Avec ce petit mmbre de chrétiens qui m'accompagnent, j'ai vaincu des rois plus redoutables qu'Atabalipa. S'il veut être laoa ami et me recevoir comme tel , ainsi que d'autres princes Font fait » je serai son ami , je l'aiderai dans ses conquêtes, et j affermirai sa puissance , car je traverse cette contrée jusqu'à ce que j'^ie gagné l'autre mer. S'il veut la guerre , je la lui ferai comme je l'ai faite au cacique de Sanctiago, à celui de Tumbez, et à tous ceux qui ont voulu me la faire ; mais je ne combattrai personne » et je ne ferai de mal à qui que ce soit, si personne n'est mon eimemi. »
Les envoyés ayant entendu ce discours, restèrent quelque temps stupéfaits et sans proférer une parole, en apprenant que si peu d'Espagnols avaient accompli de si hmts faits.
Quelque temps après ils dirent qu'ils désiraient porter la réponse à leur maître , et le
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prévenir qiié le^ chrétiens allaient bientèt arriver, $fîn qu'il leur énvoj^ât des vivres pont la route. Le gôti^ernetir les eongëdia.
Le lendemain matin il se remit en marché,, toujours dans la montagne j et le soir it prit ses quartiers dans quelques habitations qu^il trouva dans une vallée. Dès qu'il y fut arrivé,
le principal envoyé qu'Atabalipa avait expédié le premier avec le Cadeau des forteresses, sur la route de Caxôs se présentât Le gouverneur parut beaucoup se réjouir de sa venue , et lui demanda quelles étaient les intentions de son maître^ Celui - ci répondit qu'elles étaient bonnes > et que ce prince l'envoyait avec dix moutons qu'il amenait pour les^ chrétiens. Il s'exprimait avec aisance^ et il semblait à ses discoure un homme spirituel.
Aussitôt qu'il eut fini de parler^ Pizarre demanda aux interprètes ^e qu'il avait dit ; ils répèMirént que Ses expressions étaient les mêmes que celles de lautre envoyé de la veille j qu'il avait aussi beaucoup parlé de la
grande puissance de son maître et de la force considérable de son armée; certifiant toujours, et protestant que le gouverneur serait reçu avec amitié, et qu'Atabalipa le traiterait en ami et en fi%pe. Pizarre lui fit une réponse flatteuse comme à l'autre ambassadeur. Celui-ci avait un train de grandseigneur, il possédait cinq ou six vases d'or fin , et offrait à boire aux Espagnols de la chicha (i) qu'il avait apportée avec lui : il dit qu'il désirait voyager avec te gouverneur jusqu'à Caxamalca.
Pizarre se remit en route le lendemain matin , et marcha dans les montagnes ,comme auparavant. Il gagna des villages d'Atabalipa, où il se reposa un jour. Le surlendemain , l'envoyé qu'il avait expédié à ce prince , et qui était un des chefs indiens de la province de Sant-Miguel , arriva dans ces villages : voyant l'ambassadeur d'Atabalipa
( i) Cesl ime boisson fermentée , faite avec du maï&.
qui était présent, il se précipita sur lui, le saisit par les oreilles , et le tira avec force. Le gouverneur lui ordonna de le lâcher , car si OH les eut laissé faire, cette rixe aurait été fort sérieuse; puis il lui demanda pourquoi il avait traité de cette façon Tambassadeur de son frèrjÇi.Atabalipa. « C'est , répondit notre envoyé, que cet homme est un grand coquin, un espion d'Atabalipa , qui vient ici dire des mensonges et se faire passer pour un* chef.
Atabalipa se dispose fortement à la guerre dans la plaine de Caxamalca , il a avec lui une armée nombreuse, et j'ai trouvé la ville abandonnée. De là je me suis rendu au camp, j'ai vu qu'il avait des troupes considérables , des bestiaux, beaucoup de tentes, et que tous ses gens sont prêts à combattre : ils ont même voulu me faire mourir, et ils l'auraient fait, si je ne leur eusse dit que s'ils me tuaient on tuerait leurs ambassadeurs, et qu'on ne les laisserait pas partir jusqu'à ce tjue je fusse de retour. Voilà comment ils m'ont laissé
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aller : ils n*otit pas voulu me fournir gratis des aliments; j'ai étë obligé dé donner d'autreâ objets en échange (i). Je demandai à Voir Âtàbalipa et à lui exposer le sujet de lîion ambassade ; ils s'y sont opposés , disant qu'il observait le jeûne, et qu'il ne Voulait parler à personne. Un de . ses oncles vint me recevoir t je lui dis que j'étais ton envoyé, et tout ce que tu m'avais chargé dé lui fkire savoir. Il demanda quels gens étaient les chrétiens^ quelles étaient leurs armes; je lui répondis que c'étaient des hommes braves , très-belliqueu^, et qui possédaient dés chevaux qui Couraient comme le vent, que ceux qui les montent ont dés lanced fort longues, avec lesquelles ils tuent tous ceux qu'ils veulent, parce qu'ils les atteignent en deux ^auts. Les chevaux, leur did-je , fôtit un grand carnage avec leur bouche et leurà pieds. Les
(0 Comme il était d'asage ches les peuplades du Pérou » de défrayer les ambassajdeurs , c'était méconnaître le caractère «de celui de Pizarre que de lui refuser des aliments.
chrétiens qui vont à pied, sont trèsnagiles; ils portent au bras un bouclier rond, en bois, avec quoi ils se défendent, et des pourpoints épais , rembourrés dé coton. Us ontdesëpée»
très-tranchantes, qui d'un seul coup fendent un homme en deux , et courent la tête d'un lama. Avec ces épées ils coupent toutes les armes dont les Indiens se servent. D'autred ont des arbalètes qu'ils tirent de loin , et chaque coup tue un homme. Ils ont aussi des armes à poudre qui chassent des balles de feu et tuent une grande multitude d'hommes. Us répondirent que tout cela n'était rien , que les chrétiens étaient peu nombreux, que les chevaux n'étaient pas armés, et qu'ils les tue^ raient avec leurs lances. Je leur répliquai qu ils avaient la peau dure , et que Ifeurs lances ne pourraient fentamer. Les armes à feu , dirent-ils , ne les eflFrayaient pas, car lés chrétiens n'en avaient que deux. Au moment dé partir, je demandai d'être présenté à Atabalipa , puisque ses envoyés voVaient le gou-
verneur , et lui parlaient, à lui qui est plus puissant qu'eux : ils ne voulurent pas y consentir, c'est pourquoi je suis revenu. Tu peux voir si j'ai raison de voul€>ir tuer cet homme; car c'est un espion d'Atabalipa, comme on me l'a dit. Il te parle et il mange avec toi , et moi qui suis un cacique , ils n'ont pas daigné me laisser parler à Atabalipa, ni me donner à manger , et ce n'est que par les bonnes raisons que je leur ai données, que j'ai pu échapper à la mort. »
L'envoyé d'Atabalipa parut tout épouvatuté de voir avec quel feu Tautre Indien s'exprimait; il répondit que s'il n'y avait personne dans la ville de Caxamalcâ , c'était afin que les maisons fussent libres pour que les Espagnols pussent s'y loger ; qù'Atabalipa tenait la campagne parce que tel était son usage depuis le commencement de la guerre. « Si l'on t'a empêché de parler à Atabalipa , ajouta -t-il , c'est ce que , selon son usage , il jeûnait, et on n a pas voulu te le laisser voir, parce que
quand il observe le jeûne , il vît en retraite, on ne peut alors lui parler, et personne n'a osé lui faire savoir que tu étais venu. S'il l'avait su , il t'aurait fait entrer, et t'aurait oflFert à manger. » Il ajouta beaucoup d'autres raisons, certifiant qu'Atabalipa attendait dans de bonnes intentions. S'il fallait écrire tout l'entretien qui eut lieu entre cet Indien et Pizarre, on en ferait un livre. Je dirai donc en somme, que le gouverneur lui répondit qu'il pensait bien qu'il en était ainsi ; et qu'il n'attendait rien moins de son frère Atabalipa. Il ne cessa de le traiter aussi bien qu'IÉ^ paravant , et il faisait mauvaise mine à l'Indien son envoyé j donnant à entendre à celui d'Atabalipa qu'il en voulait à ce chef de ce qu'il l'avait maltraité en sa présence ; mais en secret il était persuadé que son Indien avait dit vrai , car il connaissait les perflftiies des
naturels.
Le jour suivant , Pizarre partit, et alla passer la nuit dans des savanes , afin d'arriver
le surlendemain à midi à Caxamaica qui , disait-on, n'en était pas éloigné. Les messagers d'Atabalipa s'y rendirent avec des vivres pour les chrétiens. A la pointe du jour il se remît en marche avec ses troupes rangées en bon ordre , et il avança jusqu'à une lieue de Caxamaica où il attendit son arrière^arde. Le gouverneur disposa son armée à entrer dans la ville ; il fit trois corps de sa cavalerie et des piétons , marcha dans cet ordre , et envoya des messagers à Atahalipa pour lui dire de venir de Caxamaica , afin d'avoir une en trevue. Quand on fut à 1 entrée de cette ville , on vit le camp d'Atabalipa qui était assis sur le flanc d'une montagne à une lieue de Caxamaica.
Pizarre entra dans cette ville un vendredi^ à l'heure de vêpres, le i5 novembre de l'année té32 de Notre Seigneur Jésus-Christ: Au centre est une grande place environnée de murs en torchis et de maisons habitables.
Le gouverneur n'ayant trouvé personne s'é-
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tablit dans cette place , et il expédia un exprès à Atabalipa pour lui apprendre son arrivée, et l'engager k venir le voir et à lui montrer où il fallait qu'il se logeât. Pendant que cet homme était en route, Pizarre fit examiner la ville pour voir s'il n'y avait pas une position plus forte pour s'y retrancher. Il donna l'ordre que tout le monde restât dans la place , et défendit que les cavaliers missent pied à terre, jusqu'à ce que l'on sût sj Atabalipa venait
Quand on eut observé la ville, on reconnut qu'il n'y avait pas de position plus avantageuse que la placer Cette ville , la plus considérable de la vallée, est bâtie sur le penchant d'une montagne ; elle a une lieue de surface, Deux rivières traversent la vallée ; elle est unie, très-peuplée d'un côté et environnée de montagnes de l'autre. Caxamalça a deux mille habitants; à l'entrée sont deux ponts, et les deux rivières passent de ce côté. La place est plus grande qu'aucune d'Espagne, tant en-
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tourée de constructions ; deux portes y donnent entrée et correspondent avec les rues de la ville. Les maisons ont plus de deux cents pas de large ; elles sont très-bien faites et environnées de murs de torchis de trois toises; les toits sont couverts de paille et de bois qui s'appuient sur les murs. Il y a des maisons qui ont dans l'intérieur, des appartements divisés en huit parties ; elles sont mieux disposées que les autres. Les murailles de ces maisons sont en pierres de taille très -bien travaillées; les appartements sont séparés par des murs en moellons, et ont chacun leur porte ; dans les cours , sont des bassins d'eau ammenée de loin dans des canaux pour le service des habitations.
En avant de la place , dans la direction de la campagne , est une forteresse en pierre ; un escalier aussi en pierres de taille mène» de cette place à la forteresse ; une petite porte secrète et un escalier dérobé sont établis du côté de la campagne , afin que l'on puisse monter à la
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forteresse sans passer par la place. Au-dessus de la ville, du côte de la montagne où commencent les maisons, s'élève une autre forteresse construite sur un rocher taillé à pic presque tout autour. Plus grande que la première, elle a une triple enceinte , et l'on y parvient par un escialier en escargot. On n'a pas encore vu chez les Indiens de pareilles forteresses. Entre la inontagne et la grande place il y en a une plus petite , tout environnée de logements ; ils étaient remplis de femmes au service d'Atabalipa. Avant d'arriver dans la ville on voit Une maison ai^tourée d'une enceinte de muratflès en torchis, avec une cour plantée d'arbres. Les habitants disent que c'est la maison du soleil : cet astre a des temples dans tous lesl villages. Il y a encore beaucoup d'autres temples dans cette ville et dans tout ce pays ; ils sont en si grande vénération , que quand les Indiens y entrent ils quittent leurs chaussures.
Une fois que Ton est parvenu dans les 4. 6