‹ Relations de la mission de Nan-kin [microform] confiée aux religieux de la Compagnie de JésusChapitre 17 sur 81 · MAISON DE CHANG-HAI · texte numérisé non relu

MAISON DE CHANG-HAI

Désigiiiie soHS le nom iV Imtitutûm de Sin'nt Joseph," cctto maison a été établie pour l'éducation des jeunes filles Europt'ennes et Américaines, dont les familles résident ù Chang-hai, ou dans les autres ports de commerce de l'Empire. Le cours des études comprend toutes les branches enseignées dans les meilleurs établissements de France.

Au début de l'année 1873, les Eeligieuses Auxiliatrices étaient assez connues pour qu'on parlât d'elles, pas assez pour qu'on osât les approcher. Peu à peu la curiosité leur procura des visites. Une des premières dames protestantes de Chang-hai franchit enfin le seuil.du leur demeure. Charmée de l'accueil plein de politesse et de chanté dont elle fut l'objet, elle (îbntinua ses visites. Dans l'intimité de la conversation elle avoua aux Eeligieuses, que jusqu'au jour ou elle était venue les voir, elle avait considéré les Catholiques comme des gens odieux et méprisables, et que tout ce qu'elle avait aperçu de cette religion ou de ceux qui la soutenaient lui inspirait du dégoût ; mais que tous ses préjugés étaient tombés depuis ses visites à l'Institution S. Joseph. Vous réalisez pour moi, disait-elle aux Religieuses, un rêve impossible : une réunion de femmes qui portent wi air de bonheur et de sympathie mutuelle, auquel on ne iieut se méprendre. " Cette dame est une Ministress et jouissait de la réputation d'être la protestante la plus acharnée contre le Catholicisme. Aujourd'hui ses préventions sont tombées ; l'Institution S. Joseph a toutes ses sympathies ; et quand l'occasion s'en présente, elle ne manque pas d'en faire l'éloge. L'œuvre de la grâce est commencée dans cette âme, et nous espérons qu'un jour elle s'achèvera.

Au commencement de l'année, dix-huit élèves fréquentaient la nouvelle école ; vers la fin de l'année on en comptait quarante. Un concours de circonstances providentielles permit aux Religieuses de réaliser un projet, qu'elles ambitionnaient vivement, celui de se mettre

en rapport .ivec les mères de leurs élèves et les dames de la société <Ie Chang-hai. L'une de ces dames vint demander des leçons de français pour l'une de ses amies, et dit qu'elle désirait elle-même y prendre part. On lui répondit que la méthode la plus efficace pour apprendre une langue étrangère était un cours composé de plusieurs personnes. Elle se mit alors :i la recherche de compagnes d'études; et le cours commença avec cinq dames. Après un mois de travail, l'une d'elles dirlara qu'elle avait appris, dans ce seul mois, plus de français que pendant les huit années oii elle s'était livrée à l'étude de cette langue. L'austérité de la vie des Religieuses, la simplicité de leur costume, Irur dévouement, leur charité, la joie qui brillait sur li'ur front, excitaient l'aduiiration et le respect de ces dames; elles ne purent refuser leur affection à celles qu'elles regardaient autrefois avec défiance, parce qu'elles ne les connaissaient pas. LTne grande aisance s'établit alors dans les rapports mutuels. Entre les cours il se Ht un échange de correspondances et de visites dans lesquelles les lieligieuses purent saisir les sentiments intimes qui commençaient à renmer quelques-unes de ces âmes, étrangères jus(]u'aIors aux heureuses influences du catholicisme. O/i .' Je ne puis vous n-oire dinis Tareur disait à une Religieuse l'une de ces dames, en tHiyant votre déroueineut, le bien que vous faites et In (/r((iuîe bonté avec laque/le vous vous dépensez pour tout le monde ; mais ce qui me convainc surtout, c'est votive air de bonheur. Vous paraisse: vraiment Iieui-euses. " Cette pauvre protestante semblait croire que le bonheur est chose inconnue au sein du catholicisme.

Vers le milieu de l'année, ce premier cours compta huit dames. De nombreuses demandes de leçons particulières de musique et de français furent adressées aux Religieuses ; mais elles ne jnirent y faire droit ; leurs occupations trop multipliées ne leur laissaient pas assez de temps pour donner semblables leçons.

Cependant elles purent établir un second cours de français pour les dames anglaises qui parlaient déjà cette langue. Ce cours fut ouvert sur les instances d'une femme qui tient le plus haut rang dans

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la socît'té de Chang-litii et qui veuuit l'ilo-inôine confier aux Tlt'lîpjjuiiscs sa petite-fille, protestante eonune elle. (îette enfant s'adectioiina tellement h ses nouvelles maîtresses (jue le mauvais temps, et les indispositions, auxquelles elle était sujette, n'étaient pas eapahles, de l'enipêeher de venir en classe. La volonté de son père devait inter\enir pour l'obliger à garder la maison, quaiid sa santé l'exigeait. Les sentiments de la fille passèrent bientôt au cœur de la mère, et comme nous venons de le dire, elle demanda pour elle-même des leçons de français ; sur l'assentiment des Keligieuses elle recruta cinq dames pour former un second cours, qui prit le nom de cours de littérature. Pendant l'année, il se composa de sept personnes.

Il y a à Chang-hai plusieurs jeunes filles de seize à dix-huit ans, appartenant à des familles honorables ; elles connaissaient les Keligieuses et désiraient se mettre en rapport avec elles. Elles furent introduites a l'Institution S. Joseph par les dames du cours de littérature. Parmi elles se trouve la fille d'un ministre protestant. Sa mère l'amena un peu en tremblant; dès la seconde visite toutes les a])préhensions avaient disparu, et cette jeune fille est une des élèves les plus affectionnées aux Religieuses. L'année prochaine, deux de sessceurs doivent fréquenter l'école, avec la permission de leur mère qui se plait à faire de nombreuses visites à l'Institutitm S. Joseph.

Deux autres sœurs, l'une âgée de dix-sept ans, l'autre de quatorze, toutes deux soi-disant protestaotes, mais vérital)lement païennes, puisqu'elles n'ont jamais été baptisées, font concevoir des espérances de conversion. Leur mère, femme du monde dans toute l'acception du mot, ne songe guère à tourner ses regards vers le ciel ; mais elle témoigne en toute occasion son estime, son resiKJCt et sa confiance pour celles à qui elle a confié le soin de ses filles. Elle et son mari n'ont pas craint de dire hautement que si leurs enfants désiraient se faire catholiques, ils ne s' o])2X)seraient jamais à leur désir. Grâce à Dieu la disposition de ces jeunes filles est excellente. -

L'enseignement des arts, à l'Institution S. Joseph, ne le cède point à celui des lettres ; et la musique surtout y est en honneur.

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Une premiôre séance nnisîcale laborieusement prepart-e ent un succès complet et fut sympathiqnement accueillie. Enhardies par ce premier succès, les Keligieusos en préparèrent une seconde, au mois de février dernier, et des invitations furent envoye'es aux familles. Les femmes seules étaient admises. Soixante-dix dames de la meilleure société de tliang-hai rc'pondirent à cette invitation. Quinze élèves, dont l'âge variait de six à dix-sept ans, firent les frais de cette séance qui dépas- St^ toutes les espérances des Religieuses et produisit iine vive impression sur les parents. On était charmé de voir des enfants de six h sept ans jouer et chanter avec un aplomb et une précision remarquables.

Dieu, qui sait trouver les âmes quand il veut et où il veut, permit qu'une pré<licante protestante retirât de l'une de ces séances un fruit qu'elle ne s'attendait guère à y cueillir. Cette femme, qui a déjà passé vingt-cinq années en Chine, est toute dévouée aux œuvres de sa secte, et les soutient avec ardeur. Amenée à l'Institution S. Joseph pour y apprécier le talent musical des élèves, elle écoutait et examinait tont avec un étonnement marqué, et admirait sans partialité. Le lendemain, elle fit paraître dans un journal anglais de Chang-hai un article flatteur sur la séance et sur les Eeligieuses qui l'avaient si heureusement préjjarée. Rien ne lui avait échappé. Elle parlait en termes louangeurs du talent des élèves, du bon ordre qui régnait parmi elles et de l'air de bonheur, qu'wi se plaisait à reconnaître sur le visage de ces enfants, tout affectionnées à leurs maîtresses. Quelques jours après, elle vint faire une visite aux Religieuses Auxiliatrices ; et montra à leur endroit une politesse et une affabilité exquises. Des rapports plus intimes s'établirent alors entre elle et ces femmes catholiques que d'abord elle se contentait d'admirer : il y eut réciprocité de visites. La pré<licante tomba malade; elle pria les Religieuses de venir la voir. Celles-ci se rendirent à son invitation. Elle leur «adressa maintes questions sur leur genre de vie, leur fit part de l'extrême solitude qu'elle éprouvait dans le sien et des peines profondes qu'elle ressentait ; puis: elle ajouta: Je comprends que ce qui alimente votre

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rie c'est ' la méditation ; voudriez-vons vCappre^idre A médita' ? " La réponse se devine d'elle-même. Les Religieuses lui expliquèrent les principes fondamentaux de la méditation, et lui donnèrent des livres de piété. Espérons que Notre-Seigneur retirera de l'erreur ime ûme qui semble le chercher avec une désir sincère de le trouver.

Beaucoup de familles demandent avec instance l'établissement d'un pensionnat. Mais le petit nombre des Religieuses est insuffisant pour songer à donner actuellement à l'Institution St. Joseph un plus grand développement, et nous devons nous contenter d'une école externe. ' V

Jusqu'ici nous n'avons parlé que des élèves protestantes. Les catholiques, bien qu'en grande minorité à Chang-hai, ont env()y(; quinze petites filles à l'école ; et c'est sur elles que les Religieuses ix>uvent exercer la plus salutaire influence.

L'une d'elles a fait, cette année, sa première communion. Les dames et les élèves protestantes ont voulu assister à cette cénîmonie, bien qu'elle ne fût pas publique. La prudence fait un devoir aux Religieuses de ne point inviter les élèves protestantes à ces solennités ; on les accuserait sans doute de faire une propagande inopportune ; et elles compromettraient leur œuvre. Elles doivent donc sonder le terrain sur lequel elles se placent et y marcher avec précaution. Vers répotpe de Noël, trois enfants catholiques auront encore le bonheui de recevoir pour la première fois le corps de Notre-Seigneur ; toutes les protestantes, qui manifesteront le désir de prendre part à cette fête, y seront admises. Il y aura messe chantée et bénédiction du Saint- Sacrement. Si les élèves étrangères à notre Religion, pour rehausser l'éclat de ce beau jour, demandent à mêler leurs voix à celles de leurs compagnes catholiques et des Religieuses, leur proposition sera accueillie avec bonheur, mais le temps n'est pas encore venu de leur suggérer pareille idée. Ne hâtons rien, et notre oeuvre n'en sera que plus solide et plus féconde en fruits de salut.

Les élèves catholiques, malgré leur grande jeunesse, sentent déjà

au fond de leurs cœurs le zèle des âmes; et portent le plus vif intérêt

à leurs compagnes protestantes. Plusieurs d'entre elles, dans des conversations intimes, racontent naïvement aux Keligieuses les mortifications et les sacrifices spontanés qu'elles s'imposent pour obtenir de Notre-Seigneur et de la Sainte Vierge la conversion de telle ou telle élève étrangère au Catholicisme.

Tels sont les commencements de l'Institution St. Joseph, à qui la providence semble ménager un avenir prospère. Puissent Jésus, Marie et le glorieux Patriarche qui lui donne son nom, la prendre sous leur protection spéciale, nous permettre d'assister à son développement, et de voir les œuvres de salut que pourront y opérer les Keligieuses à qui elle a été confiée.

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