‹ Relations de la mission de Nan-kin [microform] confiée aux religieux de la Compagnie de JésusChapitre 18 sur 81 · NÉCROLOGE · texte numérisé non relu

NÉCROLOGE

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P. ViCTOK Laperrelle, Français, né le 31 mai 1843 ù Biéville, diocèse de Coutances; entré dans la Compagnie, le 13 août 1863; arrivé dans la Mission de Nan-kin, le 13 janvier 1871 ; mort à Zi-ka-wei, le 14 janvier 1874.

P. Henri du Fort, Français, né le 17 mai 1838 à Coulommiers, diocèse de Meaux ; entré dans la Compagnie, le 4 octobre 1806 ; arrivé dans la Mission de Nan-kin. le 7 janvier 1869 ; mort à Zi-ka-Avei, le 31 janvier 1874.

P. François Adinolfi, Napolitain, né le 5 juin 1831 à Salerne; entré dans la Compagnie, le 10 août 1847 ; arrivé dans la Mission de Nan-kin, le 27 septembre 1848; mort à Zi-ka-wei, le 4 février 1874.

P. Arthur Piiarazyn, Belge, né le 15 mars 1842 à Poperinglie, diocèse de Bruges; entré dans la Compagnie, le 7 septembre 1860; arrivé dans la Mission de Nan-kin, le 17 décembre 1869 ; mort à Zi-ka-wei le 5 février 1874.

Les dépouilles mortelles de ces quatre Religieux reposent dans le cimetière de la Compagnie de Jésus, au ' Sen-Mou tang," près

Cliang-hai.

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p. VICTOR LAPEREELLE.

Né à Biéville, au diocèse de Contance«, le 31 mai 1843, Victor Loperrelle appartenait à uue pieuse famille, au sein de laquelle il puisa, dès l'enfance, ces principes religieux qui plus tard le de'terniinèrent à embrasser l'état ecclésiastique. Jeune encore, il entra au grand séminaire; c'était là que Dieu l'attendait pour lui inspirer l'idée de s'enrôler sous la bannière de son Fils; et, le 13 août 1863, il était admis au Noviciat d'Angers. Ses deux années d'épreuves écoulées, il fut envoyé à S. Acheul, où il étudia la rhétorique. De 1867 à 1870 il suivit à Laval le cours de philosophie, exerça ensuite pendant quelques semaines les fonctions de surveillant au Collège de r Immaculée-Conception, à Vaugirard, et fut en même temps chargé d'enseigner la géométrie aux élèves du cours d'humanités.

Le manque de documents nous oblige à ne mentionner ici que les noms et les dates des stations où il fut appelé avant son départ pour la Chine ; il y vécut sans doute avec cet esprit religieux dont il a donné tant de preuves au milieu de nous.

L'année 1870 laisse peser sur Rome et sur la France de tristes et sanglants souvenirs. Pie IX, voyant l'invasion piémontaise menacer les portes de la Ville éternelle, dut suspendre le Concile du Vatican et permettre aux évoques, accourus à son appel, de quitter un séjour qui ne leur offrait plus de sécurité. Mgr. Languillat, Vicaire- Apostolique de Nan-kin, fut obligé, comme ses frères dans l'Episcopat, de dire un dernier adieu au Chef suprême de l'Eglise et il reprit le chemin de la France. II n'y rencontra que la guerre, le désordre, la tristesse et le deuil ; les joies du retour lui furent inconnues, et ce fut dans ces pénibles circonstances qu'il s'embarqua à Marseille, le 28 novembre 1870, pour revenir en Chine. Le P. Laperrelle fut un des trois Missionnaires qui eurent le bonheur de l'accompagner, et qui arrivèrent avec lui à Chang-hai, le 13 janvier 1871.

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Les nouveaux venus furent aiipliqués à l'étude de la théologie. Mais celui, dont nous écrivons la notice, ne tarda pas à se trouver aux prises avec la maladie de poitrine qui devait le conduire au tombeau, et ses forces défaillantes ne lui permirent plus d'étudier au gré de ses désirs.

Le 29 décembre 1872, il eut le bonbeur de recevoir la const^cration sacerdotale, à Zi-ka-wei, des mains de Mgr. Languillat, et, le lendemain, il célébra pour la première fois le saint sacritice de la messe. Depuis cette époque, sa vie ne fut vouée qu'à la souffrance ; et, le 14 janvier 1874, il s'endormit dans le Seigneur pour aller recevoir au ciel la récompense de ses vertus. La veille était le troisième anniversaire de son arrivée dans la Mission de Nan-kin.

Si les années qu'il passa en Chine ne furent pas nombreuses, le P. Laperrelle sut au moins les utiliser pour la gloire de Dieu et le bien des âmes. Animé d'un zèle tout apostolique, il sentait le besoin, de concourir à la conversion des païens, à la sanctification des chrétiens et aux œuvres capables d'étendre le royaume de Jésus-Christ. 11 se disait que, dans les Missions, les Scolastiques ne doivent pas se contenter d'étudier la philosophie, la théologie et les langues, mais que, les yeux fixés sur le prêtre qui chaque jour est aux prises avec le paganisme et le démon, ils doivent demander pour lui la grâce du triomphe, et exercer ainsi l'apostolat de la prière, si celui de la jxirole ne leur est pas toujours possible.

Cette belle pensée, si conforme à l'esprit de l'Eglise, ne demeura point chez lui à l'état de simple théorie. Homme d'initiative, il s'en fit le propagateur dans le Scolasticat, et organisa parmi ses frères une œuvre d'apostolat en l'honneur et sous la protection du Sacré-Cœur de Jésus, n dessina lui-même et fit exécuter un tableau, où il inscrivait chaque jour l'intention pour laquelle les Scolastiques devaient prier ; tous les besoins de la Mission du Kiang-nan et même ceux de l'Eglise entière se déroulaient ainsi peu à peu sous l'œil de Notre- Seigneur, dont l'image occupe la place d'honneur au milieu du tableau.

Outre cette intention quotidienne, le P. Laperrelle en de'termînait une autre pour le mois ; puis le petit socle qui supporte la statuette du Sacré-Cœur s'ouvrait à tout venant, et chacun pouvait y déposer une su2)plique et compter sur les prières de ses frères.

Cette œuvre apostolique n'a point disparu avec celui qui en fut l'auteur. Le jour où, retenu sur un lit de douleur, il n'eut plus la force d'inscrire les demandes, un autre le remplaça ; et le Scolasticat de Zi-ka-wei ne laissera point tomber en désuétude ces pratiques si capables d'entretenir et de stimuler le zèle des hommes qui sont appelés à faire connaître aux peuples infidèles la religion de Jésus-Christ.

Le P. Laperrelle aimait sa nouvelle patrie. Après la Compagnie dont il était membre, elle tenait la première place dans son cœur et il le disait bien haut. Ses instants de loisir et les quelques moments de répit, que lui laissait parfois sa dernière maladie, il les employait en partie à lire l'histoire de la Chine et les relations des anciens Missi(.)nnaires. Il se livra avec une ardeur peu commune à l'étude de la langue chinoise ; la perspicacité de son esprit lui aplanissait les difficultés, et il eût pu devenir un habile sinologue, si la mort ne l'avait frappé à la fleiu* de l'Age.

Quand on lui annonça que le terme de sa vie approchait rapidement, il n'en continua pas moins ses travaux linguistiques. Rien ne l'y obligeait. Il semble, au contraire, qu'en face de l'éternité qui allait s'ouvrir devant lui, il aurait dû oublier les choses de la terre pour ne songer qu'à celles du ciel. Mais il comprenait que la meilleure 2)réparation à la mort consiste dans l'exercice de l'amour de Dieu et 'du prochain; il poursuivit donc l'étude de la langue chinoise pour témoigner h Notre-Seigneur son désir de lui plaire, et rendre quelque service à ses frères. En effet, ses travaux n'ont point été inutiles ; les Scolastiques les possèdent dans leuï bibliothèque et les consultent avec fruit.

Doué d'un jugement (boit, il ne sépara jamais dans son affection la Compagnie d'avec ceux qui la gouvernent ; et, s'il aimait l'Institut de S. Ignace, il aimait également les Supérieurs chargés d'en maintenir

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l'esprit. La critique de leurs actions lui e'tait pe'nîble à entendre > il la considérait non seulement comme la violation d'une de nos Eègles , selon lui, elle heurtait le plus simj)le bon sens : son appréciation était juste. Quand une parole à l' encontre des Supérieurs venait frapper son oreille, il ne se sentait pas toujours maître de retenir une réplique, et dans sa franchise, parfois un peu brusque, il lui arriva uii jour de dire à un délinquant : Vous feriez beaucoup mieux de vous taire que de parler ainsi, par la raison bien simple que les Supérieurs ont au moins autant cVesprit que nous."

Ce langage ne lui était point familier; et si dans une conversation il avait cru offenser quelqu'un de ses frères, il en ressentait une peine profonde, et allait implorer son pardon. Sa gaîté, la franchise de son caractère donnaient aux récréations un ton joyeux qui les rendait attrayantes, et lors même que, sans violer la règle, U aurait pu n'y point assister, il ne laissait pas de s'y rendre exactement : il était vraiment homme de communauté.

Sa charité bien connue de tous, et son habileté peu commune lui valurent mUle demandes de petits services qu'il ne savait point refuser. Il regrettait de dérober ainsi à l'étude de la langue chinoise des moments précieux ; mais ce regret ne l'empêcha jamais d'accueillir avec bonté ceux qui avaient recom's à lui et de satisfaire leurs dcisirs.

Un trait, et ce sera le dernier que nous citerons, nous peint toute son âme et donne la mesure de sa vertu. Le P. Laperrelle en^ isageait d'un œil calme la gravité de sa maladie et il l'acceptait des mains de Dieu avec une résignation parfaite, mais il ne croyait pas qu'elle dût le conduire au tombeau. La conversion des infidèles était la grande préoccupation de son cœur d'apôtre ; et il appelait de ses vœux le jour où, sorti du Scolasticat, il ferait partie de cette phalange de Missionnaires qui ne connaît plus d'autre travail que celui de la conquête des âmes. Une guérison miraculeuse pouvait seule lui procurer le bonheur qu'il ambitionnait ; cette guérison il la demandait chaque jour au Sacré-Cœur de Notre-Seigneur et il espérait l'obtenir.

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Le jour même de sa mort, un de ses frères trouva aux pieds de la statuette du tableau de l'Apostolat un billet e'crit avec du sang : c'était la dernière prière que le P. Laperrelle adressait au divin Maître ; il le SHj)pliait de lui accorder la vie, pour se vouer corps et âme à la conversion des païens. Sa prière ne fut point exaucée ; mais ses de'sirs, si conformes à ceux dont brûle le cœur des apôtres, ont sans doute reçu leur récompense dans la céleste patrie.

P. HENEI DU FORT.

Né à Coulommiers, dans le diocèse de Meaux, le 17 mai 1838, Henri du Fort était le quatrième enfant d'une famille composée de trois frères et de deux sœurs. En 1850, il perdit sa mère ; l'année suivante, la mort de son père le rendait orphelin et venait ajouter une nouvelle peine à la première doiileur, que le temps n'avait encore pu calmer : son début dans la vie fut inauguré par les larmes. Ces rudes épreuves exercèrent sans doute sur son cœur une salutaire influence, car, quelques années après, il sentit le désir de se consacrer à Dieu dans la vie religieuse. Il se trouvait alors à Paris, où il achevait le cours de ses études, à la pension Maury. Auditeur assidu des conférences de Notre-Dame, il vouait une grande estime au P. Félix, et il lui confia dans une lettre les pensées qui agitaient son cœnr. Le P. Félix lui conseilla d'aller faire une retraite chez les Capucins de Versailles pour étudier, sous l'œil de Dieu, la résolution qu'il convenait de prendre. Henri du Fort suivit ce conseil dicté par la sagesse, et se mit pendant quatre ou cinq jours sous la direction du F. Philippe. Mais le moment de renoncer au monde n'était pas encore venu pour lui ; et il ne quitta Versailles que pour se rendre à Nantes, ou habitaient plusieurs membres de sa famille. Admis alors dans des bureaux d'administration, il n'enràageait son avenir qu'avec tristesse. La vie sédentaire, qui est un des apanages de la bureaucratie, souriait peu à son caractère ardent et généreux ; il rompit promptement avec elle, et en 1859-1860 il étudiait la philosophie, au collège ecclésiastique de Senlis. Cette date nous rappelle un des plus grands souvenirs de ce siècle. Tous les Catholiques avaient alors les yeux siu" Rome, et se demandaient quelle puissance enverrait ses légions au secours du Père commun des fidèles, à qui le Piémont voulait ravir les Etats- Pontificaux. Mais les gouvernements contemplèrent d'un œil impassible la détresse de Pie IX, et l'honneur du Catholicisme ne fut sauvé que par quelques milliers de jeunes gens, partis de tous les coins du

monde pour marclier, sous la conduite de La Moricière, à la rencontre des envahisseurs. Henri du Fort se sentait au cœur trop de di'vouement à la cause de l'Eglise et de Pie IX pour no pas s'enrôler dans cette phalange sacrée, à qui la mort s'offrait avec les palmes du martyre : il fut un des premiers à se diriger vers Rome.

La ca&pagne à laquelle il prit part ne fut pas de longue durée. Les étapes glorieuses en sont connues : Pérouse, Spolète, Caslelfidardo et Ancône. Elles rappelleront aux âges futurs le courage héroïque déployé par les soklats de la petite armée pontificale, que les Piemontais ont écrasée, mais qu'ils n'ont pas vaincue. Parmi les noms des Zouaves qui se distinguèrent à la défense de Spolète, l'histoire a conservé celui du futur missionnaire de la Chine ; et c'est au P. Bresciani que nous empruntons le récit de ce brillant fait d'armes.

Le 16 septembre 1860, le major O'Reilly, retranché dans Siiolète, avec 600 hommes, vit s'avancer contre lui une armée de 16,000 Piemontais commandés par le général Biignone. Brignone crut qu'il n'avait qu'à parler pour devenir maître de la i)lace ; il envoya des parlementaires au major O'Reilly, l'engagea à se rendre et à ne pas entreprendre une défense inutile. Le vaillant Irlandais répondit que lui et les siens se défendraient jusqu'à la mort. Le général ennemi, comparant ses forces avec celles de la garnison de la ville, envoya de nouveau des parlementaires et fit observer au major que chaque soldat pontifical aurait à lutter contre vingt-six Piemontais, que de plus les murs de la citadelle s'écrouleraient dans une heure sous le feu de l'artillerie ; et il lui conseillait de ne pas verser inutilement le sang de ses hommes. " Je iCaime pas à me répéter" répondit froidement O'Reilly aux parlementaires ; puis il leur tourna le dos et rentra dans la citadelle.

Le 17 septembre, l'attaque commença. En face de la principale tour située au centre de la place se trouvait une petite masure, percée de plusioui-s fenêtres et donl la 2)orte était masquée par une paillasse, pour amortir les balles. Seize Zouaves français s'y étaient retranch(''s, et pendant douze heures ils soutinrent une lutte acharnée et à jamais

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mémoraUe . Henri du Fort faisait i)artie do celto poignoo de braves, (l)

La maisonnette fut bientôt criblée de balles, et la paillasse qui en prote'geait l'entre'e ne tarda pas ti dis])araît,rc sous les coups du canon. Cloués aux embrasures des fenêtres, les Zouaves chargeaient et déchargeaient sans cesse leurs fusils, dont tous les coujis portaient. Sur les autres points de la citadelle les Piémontais étaient également repoussés.

Irrité de cette vigoureuse résistance, le général Brignone fit avancer immédialcnient une gTosse colonne de troupes, pour envelopper la citadelle sur tous les points accessibles. L''avenue étroite qui conduisait à la porte, près de laquelle vinrent alors se grouper les Zouaves, fut envahie par les Piémontais. Ils s'y engouffrèrent en masses serrées et se croyaient sur le point d'entrer dans la ville, lors que les balles et des grenades enflanimc'es commencèrent à pleuvoir sur eux sans interruption. Ils ne s'attendaient pas à pareille réception, et s'enfuirent épouvantés devant les seize Zouaves. Pour accélérer leur marche, le capitaine de Baye leur envoya dans le dos un coup de canon chargé à mitraille et leur îuit quatorze hommes hors de fuite. Quant aux valeureux défenseurs de la porte, pas un ne fut blessé.

Vers quatre heures de l'après-midi, Brignone revint à l'attaque avec 9,000 hommes de troupes fraîches. Le feu des batteries et de la mousqueterie piémontaise pleuvait sur la petite garnison de Spolète 8ans faire fléchir son courage, et le drapeau pontifical remporta un

(1) "Nous allons, dit le P. Bresciani, en commençant son récit, nommer " CCS seize héros dont l'histoire aura soin d'immortaliser les noms. C'étaient " M M. Thoumelet, vicomte d'Aigncau, Crespin, le baron de Forstener, Terrier, "Margcric, le comte de Gissac, de Gonttepagnon, Alzon, le marquis Galbaud • du Fort, Grof, Vallée, Pesset, J. Martin, Gabillet, Lacroix, le capitaine d'ar- <'tillerie de Baye." —

Le Zouave Pontifical. XI. Les assauts, page 192.

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nouveau triomphe : les Piémontais, cette fois encore, ne purent entrer dans la ville. Une suspension d'armes eut lieu vers sept heures et demie du soir; et on laissa l'ennemi approcher pour recueillir ses morts.

Le major O'Reilly fit alors la revue de sa troupe. Toutes les cartouches étaient épuisées, et il ne restait plus aucun moyen de défense. Il était inutile de songer à recommencer une lutte devenue désormais impossible ; une capitulation fut signée avec le général piémontais dans la nuit du 17 septembre. Il fut stipulé que la garnison pontificale évacuerait la place avec les honneurs militaires ; et qu'elle serait traitée avec tous les égards dus à sa valeur. Le 18, au point du jour, les défenseurs de Spolète défilèrent devant l'armée piémontaise qui les salua mihtairement. Le général Brignone rendait à chaque compagnie le salut de l'épée ; mais lorsque les seize Zouaves français, qui formaient l' arrière-garde, arrivèrent devant son étatmajor, il se découvrit et garda son chapeau à la main jusqu'après le passage du dernier d'entre eux. Considérés comme prisonniers de guerre, les Zouaves furent dirigés sur Foligno ; et, peu de temps après, Henri du Fort rentra en France. Son séjour n'y fut pas long. En décembre 18G9, il arrivait à Kome et y signait un nouvel engagement de six mois.

La délicatesse de son tempérament lui rendait pénibles les fatigues inhérentes au métier des armes ; mais il sut les supporter avec un mâle courage ; et toujours prêt à rendre service, il gagna par l'amabilité de son caractère l'affection de ceux qui le connurent. Il comptait pour amis les officiers les plus distingués du bataillon des Zouaves: MM. du Reau, de Gouttepagnon, du Fournel, du Ranquet, Wyart et plusieurs autres entretenaient avec lui d'affectueuses relations.

Mais des circonstances particulières l'obligèrent bientôt à reprendre le chemin de la patrie; et eu 18G1 il vint habiter Nantes, l'iusieurs membres de sa famille songèrent alors à lui ménager une alhance honorable ; Notre-Seigneur, qui lui réservait de plus nobles

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destinées, fit écliouer deux fois les projets de ses parents, au moment même où ils allaient se réaliser.

La vie désœuvrée que Henri menait l\ Nantes ne lui apportait qne des ennuis et l'exposait aux dangers inhérents à l'oisiveté. Il ne tarda pas à y mettre fin, aclieta un domaine en Limousin et fixa sa demeure dans un modeste ehâteau. Les habitants du village voisin avaient abandonné la pratique des devoirs religieux ; et, comme tous les hommes qui suivent une autre voie que celles des commandements de Dieu, ils n'aimaient pas leur curé : la présence du prêtre devient toujours odieuse là où Notre-Sciigneur n'est plus aimé.

Le nouveau châtelain porta la tête haute au milieu de cette population dévoyée; le dimanche, il se rendait à l'église avec ses domestiques afin d'y entendre la messe ; et, pour montrer à tous le respect qu'il vouait au caractère sacerdotal, il tint à . honneur de recevoir le curé dans son château et de lui donner maintes preuves de son estime.

Témoins de cette pieuse et noble conduite, les paysans se prirent à aimer la religion et le prêtre dont ils s'étaient éloignés par ignorance plutôt que par malice. Pour consolider cet heureux changement, Henri du Fort fonda une école de Keligieuses, auxquelles il confia l'éducation des jeunes filles de la paroisse et il eut sans doute établi d'autres œuvres, s'il n'avait repris une troisième fois le chemin de l'Italie. Malgré son absence, les paysans ne l'avaient point oublié. Il avait su gagner leur affection par l'affabilité de ses manières et la cordialité des rapports qu'il entretenait avec eux; ils voulurent le choisir pour maire et prièrent le curé de lui transmettre leurs vœux. Henri portait de nouveau l'uniforme des Zouaves ; il remercia les paysans des marques de sympathie qu'ils voulaient bien lui donner; mais, malgré leurs instances, il resta dans l'armée pontificale où il obtint bientôt le grade de sergent.

La vie militaire n'était point celle que Dieu lui réservait; il sentit encore une fois son cœur agité par le désir d'entrer en religion; et les conversations sérieuses de ses amis ne firent que le confirmer

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dans cette pensée. Il se pronien.iit un jour, à Eome, avec l'un d'eux, aujourd'hui Jésuite, mais alors soldat comme lui, et ne songeant guère à quitter l'étendard des Zouaves pour s'enrôler sous celui de S. Ignace. Ils arrivèrent au pont S. Sixte. Du Fort avait l'air pensif et rêveur. Son couipagnoif, lui montrant les eaux du Tibre, se prit à dire que les choses du monde liassent comme elles et qu'ici-bas, sans le service de Dieu, tout n'est que vanité. Ces paroles ne s'échappaient point au hasard des lèvres de celui qui les prononça ; Dieu leur donna une vertu, et au jour marqué par sa jjrovidence, elles produisirent leur effet.

Quand un homme travaillé par l'action de l;i grâce sent la main de Dieu qui cherche à le conduire dans une autre voie que celle où il marche, le monde et les choses d'ici-bas cessent de lui apparaître sous leur premier aspect; il en mesure d'un œil sûr la fragilité et le néant, et ne cherche plus qu'à leur dire un éternel adieu. Tout ce qui retarde cette rupture suprriue ne lui cause [ilus que du dégoût, et il comprend alors la vérité de celte belle parole de S. Augustin : '" Jeciati nos ad te, J)oi»)ne^ et ivrcquictiim est cor iiostnim, doncr reqinescat in te. " Du Fort, comme tous ceux que le Seigneur appelle à un état plus parfait, connut cette épreuve qui sauve les unies. Ije métier des armes et les mille distractions qu'oflre la Ville éternelle, n'avaient plus pour lui les charmes d'autrefois; le vide se faisait dans son cœur, et il se sentait appelé à de plus grandes choses.

A trois lieues de Tivoli, du côté du nord, et sur la rive droite du Teverone, se trouve le village de Vicovaro, dont l'église est devenue célèbre par une image mii-aculeuse de la Sainte Vierge, devant laquelle venaient ])rier d'innombrables pèlerins. Le visnge de Marie pfdissait tout-à-conp ; ses yeux se levaient sujipliants vers le ciel, et sa physionomie i)renait alors une expression de si profonde tristesse que la foule, saisie d'émotion, éclatait en gémissements et en sanglots. Plus d'une fois des officiers et des soldats français de l'armée d'occupation, venus devant la Vierge de Vicovaro pour narguer la crédulité populaire, se sont prosternés la face contre terre à la vue du miracle

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qu'autrefois ils se plaisaient à nier, et se sont relevés convertis.

Pressé de connuîtro la voloiitcî de Dieu pour la suivre sans retard, du Fort fit avec le capitaiue du Banquet le pèlerinage de Vicovaro; son désir était d'obtc'uir de Mario un signe sensible qui lui démontrât la réalité de sa vocal ion. C'était vers l'année 18G5. Il eut le bonlieur d'être témoin du miracle que tant d'autres avaient vu avant lui ; et il resta longtemps agenouillé devant l'image miraculeuse. Sa prière fut exaucée, et lu Vierge, que l'on n'invoque jamais en vain, lui accorda le signe tant désiré.

Il se rendit alors à Eome auprès du R. P. de Villefort et lui communiqua son désir d'entrer dans la Compagnie de Jésus, vocation à laquelle autrefois, disait-il, il n'avait jamais pensé. Le Père lui conseilla d'aller faire une retraite ù S. Eusèbe. Il suivit cet avis; et les exercices spirituels changèrent son désir en une résolution bien arrêtée de se consacrer à Notre-Seigneur dans la milice religieuse qui porte son nom. Il sollicita auprès du R. P. Rubillon, Assistant de France, la faveur d'y être admis, et elle lui fut accordée. Toutefois le R. P. Rubillon lui conseilla de passer une année dans un séminaire dirigé par les Religieux de la Compagnie, avant d'entrer au noviciat. Du Fort se rendit à celui de Blois, et y étudia la philosophie. L'année achevée, le moment était venu pour lui de mettre à exécution le saint projet qu'il avait formé. Sûr de l'appel de Dieu, il y répondit sans retard et sans regret. Un dernier pèlerinage souriait à son cœnr; il voulut, avant de s'enrôler sous la bannière de S. Ignace, visiter le château où naquit celui qu'il choisissait pour chef, et partit pour Loyola. Il s'agenouilla dans la chambre oîi coulèrent les premières larmes du guerrier converti et transformée aujourd'hui en une splendide chapelle ; après avoir mis sous la protection d'Ignace son avenir religieux, il reprit le chemin de la France, et le 4. octobre 18GG, il franchissait le seuil du noviciat d'Angers.

Je vous envie voire double vocation, celle de Zouave et surtout celle de Jésuite" lui écrivit alors M. Louis Veuillot, qui lui vouait une sincère aflection. Ces deux vocations étaient d'autant plus enviables

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que celui qni les reçut du Ciel sut y correspondre en vrai soldat et en fervent religieux.

Après une anne'e d'épreuves courageusement passe'e sous la direction du P. Fréchon, de sainte mémoire et son Maître des novices, le Frère du Fort quitta Angers, et alla remplir les fonctions de surveillant des élèves au Collège de l' Immaculée-Conception, à Vaugirard.

Il y (;tait à peine arrivé que la place, qu'il laissait vide au noviciat, fut remplie par un de ses anciens compagnons d'armes, celui-là même qui, en voyant couler les eaux du Tibre sous le pont S. Sixte, songeait à le vanité du monde et à la fin rapide des choses de cette triste vie.

Les deux nouveaux religieux reçurent de Dieu, dans la même Compagnie, des destinées diverses ; le plus jeune est resté sur la terre de la patrie ; le F. du Fort dit bientôt à la France un irrévocable adieu; vers la fin de l'année 18G8 il s'embarquait à Marseille, et, le 7 janvier 1869, il arrivait à Chang-hai, dans laMission de Nan-kin, terme de son voyage.

Les souvenirs du pays natal ne vinrent jajnais ébranler son courage et il sut maintenir intact le sacrifice qu'il avait voulu lui-même oô'rir à Dieu : je veux dire que son dévouement ne recula devant aucun des moyens qui pouvaient l'aider à procurer la conversion des infidèles.

L'étude de la langue chinoise offre peu d'attraits. Les milliers de caractères dont elle se compose se groupent péniblement dans la mémoire, et abandonnent facilement la place qu'on a pu leur ménager. Le F. du Fort connut comme beaucoup d'autres cette rude épreuve ; mais elle n'abattit point son courage. Il était avant tout l'homme du devoir, et jusqu'aux derniers jours de sa vie il se livra avec une constance admirable à l'étude du Chinois.

Ses études de théologie achevées, il reçut le sacerdoce des mains ■de Mgr. Languillat, le 14 septembre 1872, dans l'église de notre Collège S. Ignace, à Zi-ka-wei. Le temps de l'apostolat était arrivé pour lui ; et il partit avec joie pour Nan-kin.

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Le missionnaire et lu soldat ont plus d'un trait de ressemblance : le respect de l'autorité et le courage sont nécessaires à l'un et h l'autre pour se maintenir à la hauteur de la vocation (jue le Ciel leur a départie. L'ancien Zouave de Spolcte, en se faisant religieux, avait conservé dans toute leur plénitude ces deux grandes qualités qui firent l'honneur de ses jeunes années. La voie nouvelle, où il venait d'entrer, s'offrait à lui parsemée de fatigues et de peines. Il citait heureux de les affronter; et dans une lettre écrite, le 14 janvier 1873, il exposait à -son Supérieur général la noble ambition qu'il nourrissait au fond du cœur : Je fais, lui disait-il, la promesse solennelle, et, si je ne connaissais votre peu de goût pour les moyens extraordinaires, je ferais le vœu de me distinguer parmi ceux qui vous seront le plus soumis et le plus dévoués. Mon intention, mon Eévérend Père, est de faire sous votre Supériorat au delà de ce qui est nécessaire pour l'accomplissement de mon vœu d'obéissance. Je m'engage à ne jamais murmurer, à ne jamais me plaindre, et à toujours défendre les actes de votre administration. Je vous demande de me compter parmi vos enfants les plus dévoués, si, par hasard, il ne devait par y avoir égalité dans le dévouement. Veuillez donc, mon Rêvé" rend Père, penser à moi, quand il s'agira de postes inférieurs qu'il vous coûtera de donner, et quand il vous faudra imposer quelques fatigues extraordinaires."

Ces quelques lignes suffisent pour faire connaître la vertu du P. du Fort. Elles renferment les dispositions que S. Ignace demande des Religieux qui veulent se signaler dans le service de Dieu et devenir des hommes d'élite, sur le dévouement desquels les Supérieurs peuvent toujours compter. Heureux le Jésuite qui, méprisant ainsi l'estime des hommes, ne recherche pour soi que le poste où il vivra inconnu et où ses jours s'écouleront à supporter des peines et des fatigues, dont Dieu seul sera le témoin ; il parcourt d'un pas assuré le chemin de la vie religieuse, parce qu'il marche sur les traces de Notre-Seigneur.

La Chrétienté de Nan-kin ne suffisait point au zèle du nouveau missionnaire ; et, désireux de répandre la bonne nouvelle de l'Evangile.

il faisait de longues excursions jusque dans les contrées de Kiu-iong bien et de Ning-ko fou, quelquefois à cheval, mais plus volontiers à pied, car ce mode de voyage lui rappelait ses marches prolongées dans la campagne de Kome. Il allait instruire les chrétiens dispersés en mille endroits divers et parlait aux païens du royaume de Dieu. La fatigue et la difficulté des routes ne pouvaient l'arrêter ; et cependant, il avait déjà senti les premières atteintes de la maladie qui le conduisit au tombeau ; mais, grâce à l'énergie de son caractère, il triomphait de tous les obstacles.

Vers la fin du mois de juillet, il quitta Nan-kia et vint à Zi-kawei prendre quelques jours de repos. La phthisie pulmonaire, dont il était attaqué, avait fait de rapides progrès ; et, au dire du médecin, il ne restait aucun espoir de guérison. Le P. du Fort ignorait la gravité de son mal.

La mort est un gain, a dit S. Paul, et c'est ainsi que l'envisagent les Eeligieux. Ils ont renoncé aux joies de la terre, pour trouver plus douce la dernière heure de la vie. Et, quand cette heure suprême est arrivée, ils contemplent d'un œil serein l'aurore de l'éteïnité qui commence à luire pour eux ; Us attendent dans la paix le moment où ils seront réunis à Dieu ; et on peut leur annoncer sans crainte que ce moment ne se fera plus beaucoup attendre.

Le P. du Fort reçut avec calme les paroles qui lui faisaient pressentir sa fin prochaine, mais elles lui paraissaient exagérées. Il comptait encore sur la vie ; et, nommé missionnaire à Ning-ko fou, il appelait de ses vœux le jour où il pourrait évangéliser les populations pauvres de ces contrées. Ce jour ne devait pas venir pour lui ; et il ne put jamais atteindre le poste que l'obéissance lui avait confié. Vers la fin du mois d'août, il s'embarqua pour Nan-kin. Arrivé dans cette ville, des symptômes alarmants lui firent comprendre toute la gravité de sa maladie ; les forces lui manquaient, et il dut reprendre la route de Chang-hai, puis revenir à Zi-ka-wei. C'était sa dernière étape.

Parvenu au terme de la vie, il put jeter un regard joyeux sur le chemin qu'il avait parcouru. Ses premières années s'étaient écoulées

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dans l'innocence, et son front n'avait point à rougir des jours de sa jeunese. Dès que son bras eut acquis assez de force pour seconder les désirs de son cœur, il le consacra à la défense de l'Eglise et de son Chef. Puis, heureux de répondre à l'appel du Ciel, il avait quitté pour Dieu le monde et la patrie, et allait mourir sur une terre païenne, ou il venait apporter la bonne nouvelle de Jésus-Christ.

Les soufi'rances de ses derniers jours n'abattirent point son courage, et il les sanctifia en les oflfrant au Dieu du Calvaire. Aux douleurs qui l'acheminaient vers la tombe vint s'ajouter une surdité pénible; il la reçut avec une inaltérable patience qu'il allait puiser dans les Cœurs sacrés de Jésus et de Marie, et dont ses frères furent les heureux témoins. Sa chambre était ouverte à tous et il accueillait avec une aflfabilité reconnaissante ceux qui venaient le visiter. Lui-même exerçait cette œuvre de miséricorde auprès des autres Pères malades comme lui ; le reste de son temps était consacré à la lecture de quelque livre de piété, aux visites du Saint-Sacrement et à la récitation dn Kosaire.

Le 22 janvier, il commença avec les autres Missionnaires les exercices de la retraite annuellle ; et le troisième jour son confesseur lui proposa de descendre dans sa chambre pour le confesser. Cette proposition alarmait l'humilité du P. du Fort ; il refusa nettement de l'accepter. JVoii jamais ; répondit-il. Ce n'est jms à vous à descendre; c'est à moi à monter jusqu'à votre cîtanïbrc; le contraire ne convient i^as, et je n'y consentirai iwint." Il gravit péniblement, en s' appuyant sur la rampe, les escaliers qui conduisaient à la chambre de son confesseur.

Le 30 janvier, jour même de sa mort, il disait au E. P. Supérieur, qu'il désirait descendre le lendemain à la chapelle pour y renouveler ses vœux. Mais il fait trop froid, lui objectait le E. P. Supérieur, et vous pouvez les renouveler dans votre chambre." — ''Non ; inon Révê-end Père, répondit le pieux malade, cela n'est point dans V ordre, il convient que je descende."

Durant la matinée il éprouva un surcroit de fatigues ; cependant il resta levé jusqu'à midi et demi et prit même un léger repas.

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Sa faiblesse était grande et le médecin lui conseilla de ae mettre au lit ; il fut décidé que dans la journée on lui administrerait les derniers sacrements. A une heure le R. P. Supérieur vint le voir et lui trouvant les pieds froids : Cho' Père, lui dit-il, on va vous apporta- une bouteille (Teuu chaude jiour vous réchauffer les pieds. Mais ne ddsira-iez-vous pas atissi quelque chose pour V âme 1 — V Extrêine-Oncliou ? poursuivilaloi*s le P. du Fort. Mais oui; lien volontiers" — JÎJh bien; ce soir, à quatre heures; reprit le R. P. Supérieur. Préparez-vous d^ici là; à trois heures moins un quart vous ferez votre confession."

Le Frère infirmier demeura dans la chambre du P. du Fort depuis une heure trois quarts jusqu'à deux heures et demie ; et en sortit après avoir tout disposé pour la cérémonie de l'Extrêrae-Onction. A trois heures moins un quart, le P. Chauvin entra, et adressa quelques paroles au malade qui avait alors le visage tourné du côté de la muraille et ne répondit rien. Le cœur battait encore. Le P. Chauvin se hâta de donner au mourant l'absolution et l'indulgence plénière, et il lui fit sur le front une onction générale avec les saintes huiles. Ce fut alors que le P. du Fort rendit son ûrae à Dieu, qui lui épargnait les angoisses de l'agonie.

Une dépêche télégraphique courut en France annoncer cette nouvelle et demander pour le défunt les prières de ses frères en religion.

Il comptait aussi d'autres frères qui ne l'oublièrent pas ; c'étaient les Zouaves de Spolète et de Castelfidardo. Le général de Charette leur envoya i\ tous la circulaire suivante, où se révèle la vraie fraternité d'armes entée sur les principes les plus purs du christianisme.

Paris, le 4 Février 1874. '" Le P. Galbaud du Fort, missionnaire en Chine et notre ancien camarade, vient de mourir d'épuise- '" ment et de fatigues dans l'exercice de son apostolat. Nous, qui com- " prenons et admettons la communion dans l'esprit de sacrifice, devons '' nous unir aujourd'hui dans un souvenir commun. Je viens donc vous " demander de faire dire, le 28 de ce mois, une messe afin de payer un '' hommage et un tribut à notre frère d'armes tombé glorieusement au ''champ d'honneur." .

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Au récit de cette belle vie et de la sainte mort qui en fut le couronnement et la récompense, nous n'ajouterons que quelques lignes ; elles feront connaître plus intimement encore la vertu du Religieux qu'il a plu à Dieu d'enlever à la Mission de Nan-kin.

Le P. du Fort ne comprenait point l'obéissance à demi. Plein de respect pour les vœux qu'il avait prononcés au pied des autels, pour les règles de la Compagnie et la discipline religieuse, il se fit toujours un devoir de les observer fidèlement. Sa charité était constante, et il sut gagner l'aftection de ses frères par la douceur et la bienveillance des rapports qu'il entretenait avec eux.

L'œil fixé sur le portrait du Jésuite que S. Ignace dépeint dans le sommaire de ses constitutions, il cherchait à en reproduire en lui tous les traits. A la dernière page d'un livret intitulé ^ Messe des Zouaves" qui l'a suivi jusqu'en Chine, il traça eu quelques lignes le degré de I)erfection auquel il voulait atteindre. Il se proposait d'être " un homme de la 11^ règle du Sommaire des Constitutions," de marcher sérieusement sur les traces de Notre-Seigneur, et de se revêtir, par amour pour lui, de la robe et des livrées qu'il a lui-même portées ; serio Chrisium Doudimiiinostrum sequi. . .inchii ninàrmii eadein vefte oc insiynihus Domini sni . . . , c'est-à-dire de désirer et de rechercher les souffrances, les humiliations et tout ce qui est contraire ù rcKj)rit du mcmde. Puis, après s'être fait ainsi à lui-même la part qu'il .ambitionnait, il demandait quelle mesure de dévouement il accorderait au prochain. La méditation du règne de Jésus-Christ; une des plus belles que S. Igiiace ait composées, lui traçait sans ambages l.a conduite qu'il avait à suivre dans ses ti'avaux apostoliques, et il prenait la résolution de se distingiicr au ser^■ice de son Dieu : insiyuem se c.vJnhcrc in omni serritio Jie//is a'/eriii ac ])omini unirersali,^." C'est appuyé sur ces deux grands principes qu'il écrivit à son Supérieur la lettre du 14 janvier 1873, dont nous ^enons déparier. r

On apercevait parfois sur son visage une expression passagère de tristesse, il s'appliqua à la faire disparaître ; et s'étudiait aussi ù donner à ses gestes et aux divers mouvements de son corps cette gravité

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religi'^use qui impose le respect. Les ^'preuves que Dieu avait semées sur ses pas, à diverses époques de sa vie. en lui révélant le néant des choses humaines, donnèrent à son âme ces allures sérieuses dont elle ne se départit jamais : l'Eglise, le Souverain-Pontife, la Compagnie, la France et le Prince, à qui appartient le droit de la gouverner, se l)artageaient les élans de son cœur et il en parlait avec amour.

Des contrées de la Chine aux rivages de la première patrie bien longue est la distance ; mais, si le P. du Fort ne pouvait plus revoir cette patrie, il n'en gardait pa.s moins le souvenir des parents et des amis qu'il y avait laissés ; et de nombreuses lettres parties pour la France allaient leur redire que son affection pour eux durerait autant que sa vie. Ce souvenir n'était point une pensée stérile qui se reporte inutilement vers les hommes et les choses du passé. Le religieux se souvient devant Dieu et prie pour ceux qu'il aime. Le P. du Fort paya à tous ceux qui lui étaient unis par les liens du sang ou de l'amitié ce charitable tribut de la prière qui sauve les âmes et leur assure la possession du ciel. A côté des noms des membres de sa famille venaient se grouper sur ses lèvres ceux de Charette, Le Chauffj du Reau, de Villèle, de Gouttepagnon et enfin celui de cette héroïque Comtesse d' Héliand qui, en apprenant la mort de son fils unique, tué par uTie balle piémontaise à Castelfidardo, écrivait à une de ses amies de Rome : " J'en avais fait le sacrifice à Dieu, et Dieu a daigné ' l'accepter. Je dois donc le remercier d'avoir permis que mon fils mourût à son service. " Pour tous il avait une prière, et de plus à chaque jour de la semaine il rattachait une intention, que son cœur n'oubliait jamais. Ces intentions, il les a écrites de sa main sur ce même livret de la Messe des Zouaves. " Nous n'en citerons que quelques-unes: La Sainte Eglise et Xotvc Saint-Pire le Pape Pie IX. La Compagnie et Notre T. 11. Pire Général. Les Missions et nos Siq^érieurs dans les 3Pissions. Les Zouaves PontiJicau.c et leurs familles. Les défenseurs de V Eglise. M. Veinllot. I^es bienfaiteurs de la Compagnie et des Missions. Ma famille, mes frères, mes sœurs, vies neveux. La France, etc

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Lorsque, revêtn du caractère sacerdotal, il reçut le pouvoir de consacrer le Corps et le Sang de Notre-Seigneur, il offrit souvent le saint sacrifice de la messe aux diverses intentions qui nous ont révélé la charité dont son âme était embrasée.

Ainsi s'écoulèrent les années religieuses du P. du Fort. Tous ses jours étaient partagés entre l'amour de Dieu et le dévouement au prochain. Daigne Notre-Seigneur lui accorder promptement au ciel la récompense de ses vertus.

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p. FRANÇOIS ADINOLFI.

François Adinolfi naquit, le 5 juin 1831, à Saleme dans le royanme de Naples. La Compagnie de Jésus possédait autrefois un collège dans cette ville ; il y fut admis comme pensionnaire et y fit ses études. L'amour de la règle ne le dominait pas au point de ne lui permettre aucune espièglerie; la faute commise, il mettait en œuvre pour en éviter les conséquences et la faire oublier un tel talent de persuasion, que ses maîtres se voyaient parfois forcés de lui donner gain de cause ; et le P. de Cesare, recteur du Collège, en pareille circonstance refusait de l'entendre, pour ne pas subir l'ascendant de sa parole. L'élève de Salerne laissait déjà paraître cet esprit lucide et fécond en ressources, qui lui permit d'exercer en Chine une incontestable influence sur les chrétiens soumis à son autorité ou à sa direction.

Dès ses jeimes années il reçut du ciel le désir de consacrer sa vie à la conversion des infidèles dans les missions lointaines ; et, pour parvenir plus sûrement à son but, il prit la résolution de ne jamais entrer dans la Compagnie de Jésus ; Les Jésuites, disait-il, vUenfoncet'aient datis XLiie classe; et je ne set-aïs jamais missiommire."

Un jour cependant ses plans furent changés ; il aborda joyeusement un de ses maîtres, le P. Lanzilli, et ils eurent ensemble le dialogue suivant:

— Savez-vous % Je serai Jésuite.

— Et vos missions?

— J'irai en mission.

— Vous irez tout simplement dans une classe.

— Non, certainement.

— Mais, prenez bien garde, mon enfant ; pour être Jésuite, il faut avant tout obéir. Votre vocation n'est pas sérieuse.

— Entendons-nous. Si l'on me dit de faire une classe, eh bien I je la ferai. Mais on ne me le dira jamais.

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Il prononça ces clernicrcs paroles d'un ton si assuré, qnc le P. Lanzilli lui demanda s'il était prophète- Je ne prétends pas être prophète, reprit Adinolti ; mais rappelez-vous ce que je viens de vous dire, vous en verrez plus tard la réalisation."

Un mois s'était à peine écoulé depuis cette singulière confidence, que le P. Lanzilli fut appelé subitement auprès d'un élève qui crachait le sang et dont l'état inspirait de sérieuses inquic'tudes. C'était Adinolfi. Etendu sur son lit, il ne laissait apercevoir aucune émotion pénible et jouissait de son calme ordinaire. Le Père, enhardi par cette bonne disposition du malade, dont il connaissait d'ailleurs la piété, l'aborda d'un air souriant et lui dit par manière de plaisanterie :

— C'est vraiment parfait. V^oiKi votre vocation et vos prophéties bien assurées!

— Et pourquoi pas ?

— Parce que la Compagnie n'a pas besoin de poitrinaires.

— Mon Père, vous vous moquez de moi, reprit Adinolti. Eh bien ! je vous répète que je serai Jésuite et que j'irai dans les missions. n prononça ces p.aroles avec une assurance que sa maladie ne pouvait lui inspirer. Il était alors en rhétorique et âgé seulement de quinze ans.

Quelques mois plus tard, il quitta le collège de Salerne ; et, le 12 novembre 184G, le R. P. Fava, provincial de Naples, l'admit au noviciat de la Compagnie de Jésus, établi h Sorrento.

Son séjour n'y fut pas de longue durée. Sa santé si chancelante pendant le cours de ses études s'affaiblit de plus en plus ; et les Supérieurs, le jugeant incapable de soutenir les fatigues inhérentes aux ministères de la Conq^agnie, durent, quoique à regret, le prier de retourner dans sa famille.

Le P. Lamilli étudiait alors la théologie au collège de Naples ; Adinolfi l'y rencontra en revenant de Sorrento, et lui fit ses adieux. — Oïl allez- vous donc ? demanda le Père. "

— On me chasse; repondit le novice avec tristesse, mais sans

rien perdre de .son calme.

Quand arriva le moment, où il dut quitter l'habit de Jésuite je me trouvais à ses côtés, e'crit le P. Lanzilli, à qui nous emprnn- ■ tons ces pages. Les larmes coulaient de ses yeux avec abondance. " Puis, lors qu'il eut pris ses vêtements séculiers, son air devint joyeux. " Mon Père, me dit-il alors, vous le voyez, je quitte l'habit de la " Compagnie ; mais c'est la dernière épreuve que le bon Dieu, m'en- " voie. Eappelez-vous bien ce que je vous dis ; un jour viendra où "je reprendrai cette soutane, et j'irai en Chine."-" Je vous le sou- " haite répliquai-je. " ' C'est certain, ajoiita-t-il ; il n'y a pas à "en douter."

" Etait-ce une prophétie ? je ne le crois pas, remarque le P. Lanzil- " li ; mais, sans supposer une révélation proprement dite, je pense qu'il "y avait là du surnaturel. " (l)

De retour à Salerne Adinolfi ne perdait pas de vue le noviciat de Sorrento ; et, dès qu'il sentit un peu d'amélioration dans l'état de sa santé, il sollicita la ftiveur d'y être admis de nouveau. Avant de l'obtenir, il dut subir maintes épreuves dont il triompha heureusement ; et, le 10 août 1847, après avoir revêtu pour la seconde fois l'habit de la Compagnie, il se retrouvait au milieu de ses frères. Quelques mois s'étaient à peine écoulés qu'il disait à Sorrento un dernier adieu.

Les Jésuites du royaume des Deux-Siciles avaient des torts que le radicalisme ne pardonne pas. Ils exerçaient avec fruit le ministère des confessions ; leurs prédications ramenaient à Dieu des hommes qui depuis longtemps semblaient ne plus le connaître ; les enfants des premières familles du royaume venaient leur demander une éducation toute chrétienne, et plus de douze cents externes suivaient, à Naples, les classes du Collège des Nobles, tandis qu'à quelques pas de là le lycée universitaire del Salvatore en coifiptait à peine cinquante. Ces enfants aimaient leurs maîtres, et restaient fidèles ù Dieu ; devenus

fl) Cc^ (li'tails poiit extraits d'une lettre écrite de Yals, en 1874, par le P. LaiiziUi et adre.-sée à un missionnaire du Kianir-nau.

iiiUiB»«4i.J)Wli;iai|^WMJBg^^B!igllBpil^g^gg''*^^'Wit' -J'i-, ■ ^ ^-!ip|^,p»^i|'J-.?w;^ui.J8'iM.Mtf^.p;jlijn^^jWLuw.MWLui!i[jjBiijiiiii«iii]yiliu«^

grands, ils refnsnîent d'entrer dans les Socie'te's secrètes et persistaient à croire que les rois méritent bien quelque respect. La Compagnie de Jésus par toutes ces manoeuvres menaçait évidemment la sûreté de l'Etat ; le radicalisme s'en émut ; et, jwur sauver la patrie, il se vit contraint de frapper un grand coup. Les Jésuites furent chassés, et ceux de Naples, escortés d'une double haie de gardes-nationaux, durent s'embarquer sur un navire h vapeur qui avait mission de les conduire à Malte. Les novices de Sorrento ne pouvaient prendre sans de graves inconvénients la route de l'exil, et une décision du R. P. Fava ne leur permettait pas de s'embarquer : ils n'étaient jjas encore Ecligieux. '. ,;

Ces événements se passaient au commencement de l'année 18J8.

Le F. Adinolfi prit alors une résolution qui décida de son avenir. Au lieu de demander au R. P. Fava une permission qui lui serait probablement refusée, il monta de lui-même sur le navire et alla immédiatement se cacher à fond de cale. Quand il parut sur le pont, les côtes d'Italie commençaient à disparaître ; gi-fice à son innocent stratagème il fut admis dans le groupe d'exilés, et débarqua avec eux à Malte.

Sur ces entrefaites arrivait le P. René Massa. Parti de Chine, l'année précédente, pour accompagner en Europe Mgr. de Besi, administrateur du diocèse de Nan-kin et Vicaire-Apostolique du Chantong, il retournait à Chang-hai et passa par Malte, où le R. P. Fava lui permit de choisir quelques Religieux et de les emmener avec lui au Kiang-nan. Le F. Adinoltî, à force de prières et de demandes, obtint du R. Père Provincial la permission de suivre le P. Massa, et, le 27 septembre 1848, il arrivait avec six autres Missionnaires sur la terre de Chine, heureux moment qu'il appelait depuis longtemps de ses vœux. Il n'était âgé que de dix-sept ans et trois mois.

Le 3 juin 1850, le grand séminaire de la Mission fut transféré de la chrétienté de Ouang-dang à celle du Tsang-ka-leu, et Mgr. Maresca en confia la dù-ection au P. Gotteland. Le F. Adinolfi y professa la philosophie pendant quatre ans, de 1850 à ISo-I, et il dut

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en mcMue temps exercer les fonctions de préfet de discipline. Les t^ilents qu'il deijloya dans ce double emploi lui acquirent l'estime et l'afli'ction des séminaristes. Devenus prêtres, ils faisaient le plus grand cas de son sentiment en matière de doctrine et d'administration, et, le jour oii Dieu nous l'enleva, ils ne furent pas les derniers à déplorer la perte qu'éprouvait la Mission. Le. P. Gotteland, de son côté, était heureux de l'avoir pour aide et ne craignait pas de dire que la SJigacité et la vigilance active du jeune missionnaire étaient en grande partie la cause du bon esprit qui régnait dans le S(îminaire de Tsang-ka-leu.

A son départ de Tsang-ka-ku, il fut envoyé au collège de Zi-ka-wci et y resta jusqu'en 18G2. En 18ôG il acheva son cours do tlu'ologie interrompu depuis quatre ans, et le moment était venn pour lui de recevoir le sacerdoce. La Mission de Nan-kin était alors privée d'évèque. Mgr. Maresca, à qui sa santé délabrée n(î permettait plus de remplir les obligations de sa charge, avait quitté la Chine au mois d'avril de l'année précédente pour retourner en Europe. Son succes.seur, Mgr. Spelta, venait d'être nommé Vicaire-Apostolique du Hou-nan ; et un décret de la Congrégation de la Propagande confiait à la Compagnie de Jésus le Vicariat-Apostolique du Kiang-nan, dont le P. Borgniet prit l'administration, le IG août, avec le titre de Pro-vicaire. Le F. Adinolfi ne pouvait donc être ordonné prêtre dans notre Mission ; au mois d'octobre il fut envoyé îi Ning-po, et y reçut le sacerdoce des mains de Mgr. Delaplace, Lazariste, et Vicaire- Apostolique du Tché-kiang. De retour à Zi-ka-Avei, il y célébra sa première messe, le 1^"^ novembre.

Les ministères qu'il remplit à Zi-ka-wei pendant huit ans auprès des élèves et des chrétiens furent bénis de Dieu. Sa connaissance de la langue chinoise, qu'il maniait avec une facilité peu commune, lui permettait d'exposer les vérités chrétiennes à l'église et au collège d'une manière ;i la fois simple et claire. Les auditeurs aimaient à l'entendre et se disaient : ' De telles prédications en si beau langage sont fort rares en Chine. "

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Les occupations auxtiuclli's il se livrait ('t aient nonilirorscs, et auraient suffi pour absorber t(nis les instants d'un homme moins actif que lui; et cependant il trouvait encore du temps pour s'adonner aux œuvres extérieures. Ia'S jours de promenade, il emmcJiait a\ec lui deux ou trois élèves de la première division, parcourait les villaf^cs voisins de Zi-ka-wei et allait dans les familles païennes annbiicer la bonne iu)uvelle de Je'sus-Christ. Sa pn'sence et ses paroles n'('taient accneillies (lu'avec iVoideur ; tout concourait h lui faire comj)rendro que ses visites ne souriaient à jK'rsoinie et (ju'on lui saurait gré do ne pas les renouveler. D'autres i\I:ssiouuaires, avant lui, avaient t'choué en de semblables tentatives d'apostolat; il ne fut pas ])lus heureux que ses devanciers ; et, après trois mois d'inutiles efforts, il se \ it obligé de renoncer ù ses courses et d'employer ù d'autres travaux le temps qu'il leur consacrait.

Mais il est. une anivre que Xotre-Seigncur fit prospérer entre ses mains et qui le dédounnagea amplement des échecs que lui faisait subir l'endurcissement des païens. Zi-ka-wei se vit, à l'époque de r invasion des Ivebelles, de 18G0 à 18G3, environné d'une foule d'émigrés sans .asile et sans pain, en proie à la plus affreuse misère. On rencontrait alors, couelu's sur les chemins ou h la porte des maisons, des enfants mourant de faim, et les Missionnaires en baptisaient chaque jour un grand nombre. Ceux-là n'étaient pas à plaindre, car la mort ne tardait pas à leur ouvrir les portes du ciel. Mais il y en avait d'autres qui n'étaient qu'au début de leurs souffrances, et à qui leur santé promettait encore quelques semaines ou (]uel(]ues mois d'existence. Un missionnaire apercevait un jour une petite fille, à peine âgée de quatre à cinq ans, assise près du cadavre de samère et ne sachant oîi trouver un asile; des parents disparaissaient, et leurs enfants en pleurs les cherchaient inutilement sur les routes. Trois pauvres orphelins, dont le plus Agé semblait avoir une dizaine d'années, attii-èrent entre tous l'attention d'un Père. Ils étaient accroupis près d'un mur, tristes et silencieux, la nuit approchait et ils ne savaient sous quel toit la passer. Tjc Père leur demanda pour

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quoi ils restaient pivs de ce mur et n'obtint aucune réponse. — Où sont vos i)(irc)it.< ? ajouta-t il. — Ils sont iiioi-fs — Où est votre maison ?

— Kllc est brûlée — N''arcz-vous personne (jui j^i'cnne soin de fOus?

— Personne. Semblables rencontres étaient fretjuentes. Le P. Adinolfi rést)liit de venir en aide à cette foide d'enfants que le paganisme ne songeait point à secourir ; il les recueillit dans deux chambres qui leur furent exclusivement destinées et les confia aux soins de quelques femmes chrétiennes. Telle fut l'origine du petit orphelinat de Zi-ka-Avei. Cette œuvre de charité ne resta point inconnue; de nondtreux enfants furent apportés dans le nouvel asile qui bientôt ne suffit plus il les contenir; et le 1'. Lemaître, pour recueillir une abondante moisson d'âmes, fit construire sur un terrain, voisin du collège, une maison composée de sejjt chambres, exposée au midi, avec cour et jardin potager. Depuis le mois de mai 18G2 jusqu'au 31 juillet de l'année suivante 690 enfants furent reçus dans cet orphelinat et baptisés, 309 y moururent; 247 furent envoyés à l'Orphelinat des petites filles, 34 à celui des garçons et 47 furent adoptés par des familles chrétiennes.

Eu 1862, le P. Adinolfi quitta Zi-ka-wei pour se rendre à Tong-ka-dou, oii il remplit les fonctions de ministre, de directeur du grand et du petit séminaire ; il était aussi charg(i de l'administration de la paroisse S. François-Xavier. Les jeunes gens, dont la plupart appartiennent <à des ftimilles d'armateurs et de commerçants, devinrent l'objet de sa sollicitude ; il sentait le besoin de les soustraire aux dangers qu'ofire la ville de Chang-hai ; et, pour parvenir à son but, il établit parmi eux cette Congrégation de "l'Immaculée-Conception" aujourd'hui si florissante et si féconde en fruits de salut. Quelques anciens élèves de Zi-ka-vvei étaient autrefois membres de la même Congrégation en honneur dans le collège ; le P. Adinolfi les rassembla, choisit parmi eux un préfet et des assistants ; et, le 3 décembre 1862, la nouvelle Congrégation de Tong-ka-dou eut sa première réunion, à laquelle assistèrent une quinzaine de jeunes gens. La fréquentation des sacrements ne tarda pas ù être en usage au sein de

'^?tSi^^^s^^ï'^w^v^'pTïs^?^?^«ïB^^r

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cette troupe choisie ; le Corps de Notre-Seigneur et la protection de Marie lui fournirent les armes nt-cessaires pour triompher des attaques du inonde et du démon. Que de jeunes gens he'niront à jamais le jour ou leurs noms furent inscrits sur le registre de cette Congn'gation, devenu pour eux le livre de vie!

Il est une autre œuvre, non moins importante, dont le P. Adinolfi fut encore le promoteur à Tong-ka-dou : nous voulons parler de l'Apostolat de la Prière. Le début en fut bien modeste. Quchpies pieuses femmes sollicitaient avec instance la faveur d'être revêtues du scapulaire bleu ; le Père, témoin de leurs boinies dispositions, fit au milieu d'elles un premier essai pour établir l'Apostolat. 11 leur en ex2)liqua le but et l'organisation, les exhorta h former une ou deux séries de douze personnes, et s'engagea, dans le cas où elles réussiraient, à leur donner le scapulaire qu'elles demandaient. Quelques jours s'étaient à peine écoulés que le deux séries étaient formées. Le Sacré-Cœur de Jésus bénit ces humbles counncncements, et lein-s résultats dépassèrent bientôt toutes les espérances. Encouragé par ces premiers succès, le P. AdinolH résolut d'établir solennellement l'Œuvre de l'Apostolat dans l'église de Tong-ka-dou. Il fit part de son pieux projet aux chrétiens les plus fervents et les plus instruits, et leur expliqua conmie aux femmes le but, l'esjjrit et les avantages de la pieuse association de prières. IjCS chrétiens entrèrent pleinement dans ses idées et s'organisèrent en séries ; rQ^]uvre se constituait sans diflicultfcs, et il ne restait plus qu'à lui donner une publicité qui en assurerait le développement. Le quatrième dimanche de juin, 18G4, fut choisi pour la cérémonie tVinauguration ; et le mois employé à la préparer: outre les sermcms du dimanche, plusieurs instructions i)articulières et un triduum, pendant lequel la parole de Dieu était annoncée deux fois par jour, tels étaient les principaux moyens employés par le P. Adinolfi pour imprimer à cette œuvre une impulsion digne du Cœur de Notre-Seigneur. Le dimanche, 2G juin, la messe paroissiale à laquelle eut lieu la communion générale se célébra avec une solennité inaccoutumée 5 quand elle fut achevée, les nouveaux associés, tenant

nn c'ii'r2:c :\ la main, vinrent se ran<rer devant la balustrade du sanctiiaire et n'citèrent à haute voix la formule de consécration ; la cérémonie se termina par la prière ù Jésus agonisant que le Père désirait faire connaître et dont il voulait inspirer l'usage aux membres de rApostt)lat.

L'œuvre établie, le zélé missionnaire chcrclia les moyens d'eu régulariser la marclie ; il fit imprimer pour chaque mois des billets dans lesquels il indiquait l'intention générale qui devait anitner les actions méritoires des associés, et leur proposait deux patrons qu'ils honoreraient et dont ils imploreraient la protection. On distribuait ces billets en y ajoutant au pinceau quelcjue intention particulière. Puis, pour stimuler davantage encore la dévotion, il en distribua d'autres sur lesquels les membres de l'Apostolat de la Prière devaient inscrire le in)mbre de leurs diverses bonnes œuvres ; le chefs de série en fiiisaient la somme totale et la lui présentaient. Au mois de juillet, vingt-trois séries existaient déjà,, et le relevé des actes de vertus accomplis par dix-neuf d'entre elles, dans le courant de ce même mois, atteignait le chifirede 41,508.

Dix années se sont écoulées depuis le jour où l'Apostolat de la Prière a été établi dans la paroisse de Tong-ka-dou ; le pieux élan des Associés ne s'est point ralenti ; il a même angnjenté ; et, ponr s'en convaincre, il suffit de jeter les yeux sur le compte -rendu de l'Œi;vre en 1873-1874. (l)

Si le P. Adinolfi déployait un zèle actif pour aider les chrétiens îi marcher généreusement dans les sentiers du bien, il ne mettait pas moins d'ardeur à éloigner d'eux les obstacles capables de leur nuire. Les navires Chinois de Chang-hai font de continuels voyages eu Mandchourie, où ils se rendent à Clneou-tchang l'un des plus grands centres connnerciaux de l'Asie septentrionale; ils vont également ù Tien-tsin pour y transporter le riz offert en tribut à l'Empereur. A Gneou-tchang, à Tien-tsin, comme à Chang-hai, mille dangers les

(1) Voir ci-Jossus page 40.

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attendent : les maisons de jeu, d'<)i)ium et d'autres pires encore y sont toujours ouvertes. Tels étaient les obstacles qui pouvaient paralyser l'action du missionnaire sur les marins de Tong-ka-dou. Le P. Adinolfi usa, pour les écarter, de l'influence que lui avaient acquise son dévouement et son amour pour les chrétiens; il s'adressa aux armateurs et leur fit promettre de ne jamais conserver à bord de leurs navires un homme, dont la conduite et les mœurs seraient un objet de scandale. Cette promesse, ils l'e'crivirent, la signèrent, et la déposèrent entre ses mains ; et il sut la leur ra{)2)cler quand les circonstances l'obligeaient à user de ce moyen pour le bien des unies.

La direction des œuvres établies dans la paroiese de Tong-kadou et la présence au tribunal de la péin'tcnce n'étaient point les seules occupations du P. Adinolfi ; il exerçait d'autres ministères dont la Mission ne conserve plus aujourd'hui que le souvenir ; ils ont disparu avec les calamités qui leur donnèrent naissance;

Chang-hai offrait alors un s})cctacle, dont il serait difficile de se faire une idée exacte aux jours de paix où nous vivons. Lorsque, en 18G0, les Echelles aux grands cheveux s'avancèrent vers le midi du Kiang-sou, ils mirent tout à feu et à sang sur leur jiassage ; les populations efl:rayées énn'grèrcnt alors en masse devant eux et vinrent cliercher un refuge sous les murs de Chang-hai. Le Ouang-jxni et les canaux qu'il alimente regorgeaient de barques chargées de fugitifs. Les faubourgs, les rues , les clierains , les jardins , les champs , tout était rempli d'une multitude innombrable abritée sous de niisiirables huttes en bambous recouvertes de pailles, que des ouragans et parfois même l'incendie ne réussirent que trop souvent à détruire. La population de ces immenses campements était si considérable qu'on n'a pas craint de dire qu'elle s'élevait h trois millions. Jamais, de mémoire d'homme, Chang-hai ne vit semblable misère ; la faim et des maladies de toute espèce décimaient les émigrés; les cadavres étaient souvent charriés par les eaux du Ouang-pou et des canaux adjacents ; on en rencontrait dans les rues, sur les chemins, et devant les cabanes qui les avaient abrités ; les vivants venaient (lr[iouilk'r les

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morts de leurs habits jioiir s'en revêtir eux-mêmes ; et des mendiants, qui n'avaient jamais connu la pau\Teté, demandaient en rougissant quelques sapèques pour échapper à la famine et à la mort. Environ quinze mille chrétiens étaient venus chercher un refuge au quartier de Tong-ka-dou ; les deux tiers d'entre eux, privés de ressources, attendaient des Missionnaires les secours que la charité chrétienne ne sait jamais refuser.

Quand le P. Adinolfi quitta Zi-ka-wei au mois d'août 18G2, pour venu" à Chang-hai, toutes ces misères étaient loin de toucher à leur fin, et il trouva un vaste champ ouvert à l'exercice de son zèle et de sa charité. La Mission donnait alors asile à une foule de chrétiens et de païens ; des pagodes, des magasins, des tentes en toiles et en roseaux, tout était utihsé pour abriter les émigi-és ; les âmes n'étaient point négligées, et grande était la sollicitude des Missionnaires pour ne laisser mourir personne sans sacrements. Les privations et la maladie exercèrent d'étranges ravages au milieu de ces infortunés ; le P. Adinolfi les visitait souvent, les encourageait; et montrait aux païens l'avenir de l'autre \ie et les félicités éternelles qui leur seraient données en échange de leur souffrances, s'ils voulaient jeter un regard vers le Ciel et croire au Dieu qui les y attend. Que de cœurs ont accueilli avec joie ses consolantes paroles ; et que de fronts se sont courbés pour recevoir l'eau sainte du baptême, dont il leur avait foit connaître le prix ! Il avait sous ses ordres plusieurs séraniaristes, des catéchistes et de fervents chrétiens chargés de visiter chaque jour les asiles des émigrés, de donner des soins aux malades, de les disposer au baptême et de faire couler l'eau régénératrice sur le front des enfants moribonds. D'autres parcouraient les rues, faisaient placer sur des paniers en bambou les pauvres étendus sur le sol, oii ils attendaient la mort, et les conduisaient dans les maisons destinées à les recevoir. Grande était la joie du P. Adinolfi quand on venait lui raconter que des adultes et des enfants étaient morts après avoir reçu le baptême ; et il souriait de plaisir en entendant le sobriquet que les païens donnaient à un catéchiste, quand ils le voyaient entrer au milieu

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d'eux: Fo?7à, disaient- ils, ce sié-saiu/ qui fuît îa chasse aux nuics.^* Cette chasse le catéchiste la faisait si fréquente et si bonne qu'il ouvrait le ciel à de nombreux mourants. Telles furent les œuvres extérieures auxquelles se voua le P. Adinolfi pendant près de deux années.

Les chrétiens de Tong-ka-dou surent apprécier le zèle et l'habileté qu'il déploya dans l'administration de leur paroisse et son souvenir s'est religieusement conservé parmi eux.

En 18G5 et ISGG il exerça le saint ministore, comme simple missionnaire, ou comme Siipérieiu-, dans les districts désignés, h. cette époque, sous les noms de Secticm de Kien-sè et de Vong-ié. Les Kebelles avaient séjourné dans ces contrées ; et, \\i comme ailleurs, sous leur affreux régime, le i)illage et l'incendie étaient venus désoler les populations. Les Européens, pour protéger Chang-hai contre une attaque qui ne jjouvait plus longtemps se faire attendre, avaient pris eux-niémcs l'ottensive, et s'étaient emparés de Tsing-pou, Ka-din et de sept camps fortifiés. Puis, après avoir refoulé vers le nord les hordes nombreuses, dont ils croyaient n'avoir plus rien à craindre, ils s'étaient dirigés sur Né-kiao, gros bourg situé à environ dix lieues au sud-est de Chang-hai. C!'était le quartier général de la rébellion dans les i)arages du Or.ang-pou. Le 17 mai 18G2, à cinq heures et demi du soir, l'amiral Protêt de la marine française, donna le signal de l'attaque ; à six heures la brèche était ouverte ; mais une fusillade terrible accueillit les Européens. L'amiral reçut une balle en pleine poitrine, et tomba entre les bras de l'aumônier et de quelques ofliciers qui se trouvaient auprès de lui. On eut le temps de lui administrer les derniers sacrements et il rendit son âme à Dieu. Né-kiao fut pris ; le lendemain Tso-lin tombait au pouvoir des Eurojjéens ; les trois mille rebelles qui le défendaient furent passés au fil de l'épée et leurs cadavres ensevelis sous les ruines des maisons dévorées par le feu : telles furent les représailles exercées j)our venger la mort de l'amiral Protêt. Efl'rayés par ces succès, les Rebelles commençaient à quitter le pays et à se mettre en marche vers le Tehé-kiang. Malheureusement

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les Européens durent quitter les positions conquises pour aller secourir d'autres contrées. Les Rebelles considérèrent cette retraite comme une fuite, ils se répandirent de nouveau sur le Pou-tong, sur les territoires de Vong-ié et de Kien-sè, et portèrent partout le pillage, le meurtre et l'incendie. Nous n'avons point à faire le récit de leurs tristes exploits ; qu'il nous suffise de dire que la prise de Sou-tseu — 5 décembre 1863 — vint y mettre fin et nous délivra de leur odieuse présence.

Deux ans ne s'étaient pas encore écoulés depuis ces jours de deuil, lorsque le P. Adinolfi fut envoyé dans les chrétientés de la Section de"" Kien-sè et de Vong-ié. Un triste spectacle s'offrit alors à ses yeux. Il ne rencontra parfois que des ruines l;i où s'élevaient jadis des églises et des chapelles construites, au prix de généreux sacrifices, par des chrétiens vivant du fruit de leur pénible travail.

Des familles qui. avant la rébellion, jouissaient d'une fortune considérable avaient vu disparaître en grande partie et leur argent et leurs terres pour faire face aux besoins de toutes sortes qui surgirent à l'époque de l'émigration ; puis, rentrées dans leur pays, elles ne retrouvaient que des monceaux de briques calcinées et de poutres brûlées, à la place où elles avaient laissé de spacieuses demeures. Des maisons nouvelles, reconstruites avec les débris des anciennes et couvertes en chaume, leur servaient d'abri ; et l'ameublement, dont elles pouvaient disposer, ne leur rappelait guère celui qu'elles possédaient autrefois. Riches et pauvres, tous avaient souffert ; et quand, après la rcîbellion, les émigrés reprirent le chemin de leur pays, ils y rentrèrent moins nombreux qu'ils n'en étaient sortis. La mort avait fauché dans leurs rangs ; les Rebelles, de leur côté, avaient entraîné à la suite de leurs bandes des hommes, des femmes et des enûints qui ne fuyaient pas devant eux : la captivité et la mort étaient venues décimer les familles. Souffrir et consoler, telle était la part échue au missionnaire en ces jours malheureux. Le P. Adinolfi, comme tous ceux qui exercèrent alors le ministère sacerdotal au milieu des chrétiens, fut initié à leurs peines et à leurs malheurs : il entendit le récit de bien des misères et

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vit couler des lannes dont il serait difficile de redire raincrtnnie . Son cœnr soniFrait de se trouver en face de ces infortunes qu'il ne pouv.ait soulager an gré de ses désirs. Mais si les modiques auniôiics, que ses ressources lui permettaient de distribuer, étaient impuissantes à faire revivre la prospérité au sein des familles, les paroles consolatrices qui tombaient de ses lèvres rendaient moins pénibles .aux âmes les épreuves du temps, en leur laissant apercevoir les jours de réternit(?, et la couronne que Dieu réserve au ciel îi ceux qui ont pleuré sur la terre dans la patience et la n'signation. '<f^'--:r'<r^:':''"

Ce fut ^K'ndant son séjour daus la Section de Kien-sè et de Vong-ié, que fut achevée la construction de l'église de Né-kiao. Conuuencée en 18G3 sous l'administration du F. Olive, pour honorer la mémoire de l'Amiral Protêt, mort en délivrant la contrée du joug des Kebelles, cette église était terminée en 18GG; elle fut bénite, le 11 janvier de l'année suivante, par Monseigneur Langiiillat.

L'œuvre de la Sainte-Enfance existait dans le district de Né-kiao, mais le P. Adinolfi lui donna un élan nouveau en nniltipliant les moyens d'action. Né-kiao est la patrie d'une famille chrétienne nommée Kio, dont la branche ainée n'est représentée aujourd'hui que par la vierge Kio-teu-kou, digne héritière des vertus de ses j)icux parents. Kio-teu-kon par son intelligence et son dévouement pouvait seconder le missionnaire dans ses projets, dont le but était de multiplier le nombre des baptêmes d'enfants païens et de recueillir ceux qui sont abandonnés par leurs parents. Deux moyens se pnîsentaient pour obtenir ce double résultat. La vierge devait apprendre la médecine, traiter les maladies des enfants et baptiscir secrètement ceux dont la mort ne se ferait pas attendre ; en même temps elle recueillerait ceux que les païens voudraient bien lui donner, au lieu de les porter à l'Orphelinat païen établi h Né-kiao. Le P. Adinolfi lui fit part de son plan; elle promit de s'y dévouer et il lui associa une autre vierge nommée Sen-ia-kou, qui vivait avec elle sous le môme toit et partageait son zèle. 11 ne restait plus qu'à demander la bénédiction de Dieu pour obtenir le succès d'une œuvre qui intéressait sa gloire

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et le salut des âmes ; cette bénédiction ne se fit point attendre. Les deux vierges eurent bientôt acquis les notions nécessaires pour donner aux enfants malades des soins efficaces ; et des guérisons me'nagées par la providence leur acquirent une réputation, dont le Père Adinolti était le premier à se rejouir. On aimait à venir les consulter. Dans leurs entretiens avec les femmes païennes elles annoncèrent qu'elles accepteraient volontiers les enfants, dont les familles tiendraient à se débarrasser, et qu'elles se chargeraient de les faire élever. Cette nouvelle ne tomba point dans l'oubli. De pauvres enfants leur furent apportés ; elles en gardèrent quelcjues-uns auprès d'elles; le plus grand nombre furent confiés à des nourrices, et l'Orphelinat se trouvait ainsi fondé. Encouragées par les succès obtenus à Né-kiao, et stimulées par les conseils zélés du P. Adinolfi, plusieurs autres vierges, appartenant à diverses chrétientés, se mirent aussi à étudier la médecine et elles eurent la consolation d'ouvrir par le baptême les portes du ciel à une foule d'enfants moribonds.

Quelques mois plus tard, le P. Adinolfi cessait d'être Supérieur de la Section de Kien-sè et de Vong-ié ; mais son œuvre était fondée sur des bases solides, et le tenqis ne fit que la développer. Cette année le district de Né-kiao complait 401 baptêmes d'enfants et 17G orphelins nourris aux frais de la Sainte- Enfance.

Nommé missionnaire h Tsang-ka-leu en 18CG, le P. Adinolfi n'ocupa ce poste que pendant quelques mois, et le 12 juin 18G7, l'obéissance le plaçait à la tête du collège de Zi-ka-wei dont il fut Eecteur jusqu'aux vacances de 18G8.

Un souvenir cher au cœur de tous les Missionnaires se rattache à cette époque de sa vie. C'est lui qui fit bâtir au pied du monticule du jardin le kiosque de Mate?- Adtnivahilts Le 14 mai 18G8, il organisa une procession solennelle à laquelle prirent part les Scolastiques de Tong-ka-dou, les élèves du Collège S. Ignace, les Orphelins de Tousai-vai et plusieurs Missionnaires. La statue de Marie, portée en triomphe par vingt hommes, pendant que le chant des litanies retentissait dans les allées du jardin, fut ensuite placée sur son piédestal,

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et de pieuses paroles redirent alors a tous les assistants le culte qui devait désormais lui être rendu. Le dernier jour du mois de mai, fête de la Pentecôte, une nouvelle cérémonie réiniissait aux pieds de Marie le élèves du Collc'ge. Le P. AdinolH les avait engagc'S h composer des bouquets de fleurs spirituelles pour honorer dignement Celle que Dieu nous a donnée pour Mrro. Son appel fut entendu ; une corbeille rempli de feuilles de papier, sur lesipielles chaque élève avait inscrit pendant le mois de nombreux actes de vertu, fut offerte à 3fater Adniv-ahilis et déposée à ses i)ieds ; le chant des litanies se fit ensuite entendre et le feu consuma ces fleurs plus dignes encore des regards de Marie que celles qui s't'panouissent autour de sa statue.

Le culte de Mido- Aihurnihilis si solennellement inauguré au Collège de Zi-ka-wei ne s'est jamais ralenti depuis ces jours de douce mémoire, et ceux qui parcourent le jardin aperçoivent souvent les pieux serviteurs de la Reine du Ciel agenouillés devant elle pour lui payer un tribut d'hommage ou lui adresser quelque fervente prière. Le Souverain-Pontife Pie IX, heureux de fîivoriser cette dévotion et do la rattacher à l'œuvre de la propagation de l'Evangile, a déclaré, le 18 février 1870, sur la demande du T. lî. P. Pierre Beckx, Général de la Compagnie de J(îsus, qu'il accordait 300 jours d'indulgence à tous ceux qui, agenouillés devant la statue de Muter Adinirubilis, prieraient pour la conversion des Chinois. ■

Après avoir dirigé le colIc^ge de Zi-ka-wci comme Recteur, le P. Adinolfi y exerça ensuite jK'ndant un an les fonctions de Préfet des études; puis, en 18G9, il fut nommé Supérieur de la Section de Songkang qui comptait plus de 20,000 chrétiens ; c'était le derniei' poste qu'il devait remplir sur cette terre. Avant de le suivre dans les travaux qui signalèrent son administration il est nécessaire de mentionner ici un fait, acccmipli, il est vrai, en dehors du territoire de sa juridiction, mais auquel il eut cependant une large part. Les pêcheurs chrétiens de Tse-haong appartiennent à la Section de Song-kang ; mais, éloignés de leur église pendant la plus gi*ande partie de l'année, ils stationnent, le dimanche et les jours de fête, près du grand bourg de

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Tong-tin-sè, situé sur les bords du Ta-hou. A l'époque oii le P. Adiuolfi arrivait à Song-kang, Tong-tin-sc n'avait jamais entendu parler de la religion clu'étienne: y envoyer une personne dévouée pour exhorter les païens à embrasser le christianisme, puis établir une chapelle, où les prcheurs pourraient venir célébrer le dimanche et les jours de fête, tel était le projet dont il méditait l'exécution. Dieu lui vint en aide. Pendant son séjour à Zi-ka-wei il avait connu une pieuse veuve, nommée Anne Tseu-lieu-ze, néophyte, et originaire de Kouen-sè. Elle exerçait la médecine avec succès et jouissait d'une rc^putation de piété justement méritée : son habileté à guérir les maladies des enfants ferait agréer sa présence au milieu de la population païenne du Tahou ; et la pureté de ses mœurs offrait les garanties, que réclamait l'honneur de la religion qu'elle devait annoncer. Elle semblait doTic désignée par la providence pour faire briller la lumière de l'Evangile à Tong-tin-sè. Le P. Adinolfi lui communiqua son projet ; elle l'agréa. La question de territoire ne pouvait créer une difficulté ; il fut décidé que la chrétienté une fois fondée appartiendrait à la Section de Soutseu, et l'initiative était laissée à celui qui avait conçu le projet. Tseu lieu ze abandonna le séjour paisible qu'elle habitait depuis j^lusieurs années, et fit, pour l'amour de Notre-Seigneur, le sacrifice du bonheur que goûte une âme chrétienne dans la réception fréquente des sacrements. A Zi-ka-Avei, elle s'approchait souvent de la table sainte ; à Tong-tin-sè , elle ne verrait le missionnaire et ne recevrait la communion qu'à de rares intervalles ; cette privation lui était sensible, mais ne l'empêcha pas de répondre à l'appel de Dieu. Le 2 septembre 1871, assise sur une barque découverte au milieu de son mobilier, elle quitta Zi-ka-wei par un temps pluvieux et se rendit à Tsi-pao. Le P. Adinolfi l'y rencontra et voulut l'empêcher de continuer son voyage afin de lui faire préparer une autre barque capable de la prémunir contre les injures de l'air ; mais elle refusa cette offre de service. Elle avait promis de voir une vierge dont la demeure n'était pas éloignée de Tsi-pao et à laquelle elle vouait une grande affiection ; elle se priva de cette dernière consolation. Je viens ih faire la sainte

coni'iiunion, diL-cUe au 1'. Adiuolfi, je mis partir arec Notrc-Sci<jiicur. Une visite de simple amitié ne ferait que me dissiper. Lorsque je nie trouverais avec- la Vicr</e de Nè-zic, nous verserions des larmes et ces larmes ne seraient pas j^our Dieu, car la imture seule nous les ferait répandre" .

Arrivée à Tong-tin-sè, elle eut à subir une épreuve pénible et bimiliante, car les païens, en la voyant venir sur une barque chargée de meubles, s'imaginjrent qu'elle avait quitté furtivement sa famille et personne ne voulut l'aider à louer une maison. Après avoir fait inutilement elle-même maintes démarches pour trouver un abri, elle se préparait à reprendre la route de Zi-ka-wei, lorsqu'elle fut invitée à se rendre dans une des plus riches familles pour y visiter un enfant malade et désespéré des médecins. Elle hésita un moment ; car, si après avoir pris ses remèdes, l'enfant venait à mourir, cette circonstance rendrait plus difficile encore les tentatives qu'elle pourrait faire plus tard pour fixer son s/jour au milieu d'une population qui ne l'agniait pas. Cependant elle céda à de nouvelles instances; Dieu bJnit sa visite, et donna de l'efficacité au traitement qu'elle prescrivit. L'enfant revint à la vie; et la famille reconnaissante usa de son influence pour procurer à Tseu-lieu-zc une habitation qu'elle désirait si vivement.

Le maire de Tong-tin-sè, apprenant que la nouvelle venue était chrétienne, voulait lui refuser le droit de cité, elle le laissa pérorer et s'installa dans la maison qui lui était oôérte. Informé de ce premier succès, le P. Adinolti se rendit au Ta-hou. Tseu-lieu-ze eut la consolation de se confesser, de recevoir la communion et d'écouter les avis de celui qui l'avait envoyée. ■^; v

Sa position était encore trop précaire pour qu'elle pût s'en contenter ; et le P. Adinolti lui conseilla d'acheter une maison. Les passions haineuses d'un propriétaire pourraient facilement la contraindre à quitter une demeure qu'elle n'habiterait que par droit de location; mais il serait beaucoup plus difficile de la renvoyer d'une maison

qu'elle aurait payée de ses propres deniers. Le conseil était manjuiî

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au coin de la prudence et il fut suivi. Au mois de janvier 1872. une maison composée de cinq chambres devenait la proprie'té de Tseulieu-ze, et elle en prit possession d'une manière qui mérite d'être signalée. Les païens l'aidèrent dans son déménagement, le défilé ressemblait à une procession. La pieuse veuve, qui tenait h être connue comme chrétienne, ouvrait la marche et portait une petite statue de Marie- Immaculée richement ornée ; à côté d'elle marchaient des hommes qui brûlaient des parfums ; puis suivaient deux files de païens et dé païennes avec des bougies à la main. La Sainte Vierge entra triomphalement dans l'une des chambres destinée h devenir son sanctuaire; quelque temps après les voisins vinrent y vénérer sa statue et cinq familles se déclarèrent catéchumènes. Les pêcheurs du Ta-hou ne furent pas les moins assidus à se réunir dans la nouvelle ' Maison du 3Iaître du Ciel" et le P. Adinolfi fut heureux de voir son entreprise couronnée de succès. Les développements de la chrétienté de Tong-tin-sè appartiennent à l'histoire de la Section de Sou-tseu, et ici finit l'action de celui à qui Dieu inspira la pensée de la fonder.

Le P. Adinolfi passa dans la Section de Song-kang les quatre dernières années de sa vie. Il s'y fit remarquer par son dévouement à l'Œuvre de la Sainte-Enfance, et par son zèle pour le développement du pèlerinage de Notre-Dame-Auxiliatrice à Zô-sè. C'est aussi sous son administration que fut bâtie l'église de Song-kang.

A Zi-ka-wei, à Tong-ka-dou, à Né-kiao et dans les autres districts de la Section de Kien-sè et de Vong-ié, il s'était montré partout l'homme de la Sainte-Enfance ; dans le nouveau poste que la Providence venait de lui confier, son zèle pour cette belle oeuvre ne se refroidit pas. A Se-king, une vierge de la famille Ouang s'était acquis, par les succès qu'elle obtenait en traitant les maladies des enfants, une réputation justement méritée. Habile à utiliser tous les moyens qui s'oftiaient à lui pour procurer le salut des âmes, le P. Adinolfi conçut le projet de fonder une école où des femmes se formeraient an traitement de ces maladies, et il proposa à Ouang-si-kou de leur

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donner les leçons d'une scîence qu'elle posse'dait mieux que personne. La proposition fut acceptée et l'e'cole ouverte. Les élèves n'y manquèrent pas ; et plus d'un missionnaire, étranger à la Section de Song-kang, sollicita la faveur d'y envoyer des vierges qui, rentrées plus tard dans leurs chrétientés, se vouèrent comme celles des districts dirigés par le P. Adinolfi, à l'œuvre du baptême des enfants païens.

Dans les visites qu'il faisait aux Missionnaires le zélé Supérieur s'informait du nombre d'enfants baptisés au moment de la mort et se réjouissait de l'abondante moisson d'âmes recueillie par les vierges et autres femmes qui exerçaient la médecine. Quand il rencontrait ces chrétiennes dévouées, il aimait à entendre le récit de leurs jjrouesscs spirituelles, il les encourageait, louait leur zèle, leur accordait des récompenses et leur inspirait une ardeur nouvelle pour ce ministère de charité. S'il lui avait été donné de vivre quelques mois de plus, il aurait su que du 30 juin 1873, au l*^*"' juillet 1874, la Section, dont Dieu lui avait confié le soin, comptait 4,40G enfants païens baptisés, et 7G6 nourris avec les aumônes de la Sainte-Enfance.

Les anciens Missionnaires de la Compagnie de Jésus possédaient autrefois k Song-kang une Eésidence, et une église dont les ruines attestaient nos droits. Le P. Adinolfi tenait à faire briller la croix de Jésus-Christ sur le terrain même d'où le paganisme avait rfhifsi à la faire disparaître. Ses droits étaient incontestables; il les fit valoir, et malgré les vexations du préfet de la ville qui avait juré que, sous son administration, jamais église ne serait bâtie à Song-kang, la propriété des anciens Missionnaires fut rendue à leurs successeurs.

Eentré en possession du terrain qu'il avait réclamé, le P. Adinolfi y fit bâtir une Eésidence et une école. Un événement solennel ne tarda pas à signaler à l'attention publique le nouvel établissement.

L'Empereur Tong-ze, soumis depuis son enfance à un conseil de régence, devait prendre en main les rênes du gouvernement, le 2G février 1873. Un mandement de Monseigneur Langiiillat, communiqué à toutes les églises du Kiang-nan, avait ordonné des i nières publiques pour la personne du nouveau souverain et la prospérité de son règne ;

et le diraanclie de la Qiiinqnagésirae, 23 février, était le jour où Mis- Bioimâires et chrétiens devaient accomplir cet acte de respectueuse cliarite'. Le saint sacrifice de la messe n'avait pas encore été célébré dans la nouvelle Risidence de Song-kang; le P. Adinolfi voulut qu'il le fût ce jour-là. Une salle préparée pour cette auguste circonstance tint lieu de chapelle et Notre-Seigneur descendit sur l'autel en présence d'une foule nombreuse accourue des districts voisins.

Quelques jours après, une lettre écrite par le P. Adinolfi luimOme rendait compte de la cérémonie dans les termes suivants:

" Notre f "îte de dimanche dernier a été très-brillante et a produit

le meilleur eftet sur les païens. Ce jour où nous devions adresser

' au ciel nos prières pour le jeune empereur, était en même temps

celui où, pour la première fois , il nous était donné de célébrer la

messe sur le terrain dont, après un siècle et demi , Notre-Seigneur

reprenait possession. La salle qui nous sert de chapelle était de

proportions trop exiguës ; nous avions dressé, à cinquante pas en

avant, la façade du grand reposoir de Zi-ka-Avei, et couvert de toiles

■ tout l'espace intermédiaire. Des deux côtés de ce portail pro\ i-

" soire pendaient des inscriptions relatives au nouvel empereur, et, au

milieu, une troisième en l'honneur du Roi des Rois. Au sommet,

flottaient quatre drapeaux portant les saints noms de Jésus et de

Marie.

Le concours, à l'heure de la cérémonie, était immense ; et, ce qu'il y a de plus remarquable en Cliine, le silence parfait. Les chrétiens étaient accoums de tous les districts environnants. A eux s'étaient mêlés beaucoup de païens, parmi lesquels force lettrés et 'employés des tribunaux. Tout le terrain depuis la porte du midi jusqu'à la chapelle, y compris celui de la future église, était couvert d'une foule compacte. Du seuil de la chapelle, le P. Tsiang adressa à cet auditoire, aussi nombreux qu'attentif, un discours qui fut entendu et goûté de tous. Douze de nos principaux chrétiens, en chaj)eau rouge, récitèrent ensuite solennellement les prières prescrites par Monseigneur, puis je célébrai la grand'messe, et la cérémonie

^^ëm^^fm^s^fr^-v^: ir^'h-ri'

?TÎP'w^W=7!?''535ps^B»fJS^

Be termina par la bénédiction dn Saint-Sacrement. Les lettres

païens, venus à la fête, ont vouln lire le mandement de notre

■ Vicaire- Apostolique, afin de bien s'assurer qu'il s'agissait de leur

' empereur. En \'oyant l'empressement et la ferveur des clire'tiens,

" quelques-uns de ces lettrés s'étaient mis en tête que la cérémonie

'"avait lieu en l'honneur d'un prince étranger.

'Jusqu'à une heure très-avancée, la tente-chapelle n'a pas désempli de curieux. Beaucoup de dames païennes s'y sont fait porter en chaise, et ce n'étaient pas les moins empressées à poursuivre do questions notre vieux catéchiste Li-(eu-fang, resté là pour satisfaire la curiosité des visiteurs." :>...:• . ■

Tels sont les premiers souvenirs qui se rattachent à la nouvelle Eésidence de Song-kang.

Peu de temps auparavant, au mois de décembre 1872, le P. Adinolfi avait fait commencer les travaux de construction de la nouvelle église ; il eut la consolation de la voir terminée en octobre 1873, mais lorsqu'elle fut bénite en 1874, il avait quitté la terre pour une meilleure patrie.

L'année 1873, dont les grands souvenirs resteront gravés dans la mémoire et dans les coeurs des chrétiens du Kiang-nan, fut la dernière qu'il passa en ce monde ; et il l'employa presque tout entière à procurer la gloire de Marie. Le pèlerinage de Notre-Dame- Auxiliatrice, à Zô-sè, est aitué dans la Section de Song-kang. L'église, que la reconnaissance et la piété des fidèles y ont élevée, fut bénite le 15 avril, jour du mardi de Pâques ; la messe pontificale qui en inaugura l'ouverture fut fixée au 1°"^ mai ; et le 24, la fête patronale- devait être célébrée avec non moins de splendeur. C'était au Supérieur de la Section que revenait l'honneur de préparer ces deux grandes manifestations religieuses que les chrétiens attendaient avec une pieuse impatience. Le P. Adiuolfi ne faillit point à la tâche que lui imposaient les circonstances, et il sut trouver dans son amour pour la Sainte Vierge la mesure de dévouement qu'elles réclamaient de lui. Ce n'est point ici le lieu de faire le tableau de ces fêtes ; des pages ont été

('frites pour en conserver le souvenir. Qu'il nous snflise de dire que leur niagniticence est due en grande ])artie h celui qui en fut l'organisateur ; et le K. P. Foucault, Supérieur Géne'ral de la Mission, se fit vraiment l'interprète des sentiments de tous les Missionnaires, lorsqu'à Zù-sè il remercia publiquement le P. Adinolfi de l'intelligence et du dévouement dont il avait fait preuve pour rendre plus glorieux, en ces jours mémorables, le triomphe de Marie.

La Section de Song-kang qui, comme nous venons de le dire, a le bonheur de posséder sur son territoire la montagne de Zô-sè, ne pouvait manquer d'oftrir à Notre-Dame-Auxiliatrice un témoignage spécial de sa jiii'tr, et sou Supi-riour invita les Missionnaires et les chrétiens à faire, le dimanche 11 mai, un pèlerinage au sanctuaire de Marie. Malgré les nombreux travaux qu'exige à cette époque de l'année la culture du riz, environ quatre mille chrétiens répondirent à l'appel qui leur était cidressi^. Tous les Missionnaires se trouvèrent à Zô-sè. La journée du samedi fut employée à entendre les confessions. Le dimanche, à six heures et demie du matin, prêtres et fidèles firent solennellement le chemin de croix sur les flancs de la montagne. Entrés dans l'église, les Missionnaires vinrent s'agenouiller devant la statue de Notre-Dame-Auxiliatrice, et en ce moment la Seclion de Song-k.ang, par la voix des pèlerins qu'elle avait députés à Zô-sè se consacra tout entière à Marie. Le P. Adinolfi célébra ensuite le saint sacrifice de la messe et donna la bénédiction du Saint-Sacrement.

Il ne lui restait plus qu'une fête à célébrer dans ce sanctuaire; il la consacra à Pie IX. Véritable enfant de la Compagnie, il vouait au chef de l'Eglise une afîèction inaltérable et parlait souvent de ses malheurs. Il résolut de lui venir en aide, dans la mesure de son pouvoir et au mois d'octobre, il pria les Missionnaires, dont.il était le Supérieur, d'inviter les chrétiens à se réunir à Zô-sè le dimanche, 16 novembre, fête du Patronage de la Sainte Vierge, pour faire un pèlerinage et prier Notre-Dame- Auxiliatrice de mettre un terme aux souffrances du Vicaire de Jésus-Christ et aux épreuves de l'Eglise. De nombreux chrétiens accoururent à la montagne. Le E. P. Foucault,

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y célébra, le saint sacrifice de la messe, a[)rèf3 avoir présidt; h l'cxercice du chemin de croix, auquel {issistaient tous les Missionnairos. • Le P. Adinolfi était dt\jù attatjué de la maladie qui devait le conduire au tomljeau ; dans cette journée il lutta contre elle avec son énergie ordinaire pour prendre part à la fête que lui-même avait préparée; mais ses forces étaient épuisées et il reçut l'ordre de se rendre immédiatement à Zi-ka-wei, où des soins affectueux et un repos absolu pourraient lui rendre la santé. Il y arriva le 18 novembre ; et, comme tant d'autres avant lui, il ne devait en sortir que pour être transporté au cbamp du repos éternel. ; '

:■ La main de Dieu le toucha vigoureusement dans cette dernière épreuve et les souffrances ne lui furent point épargnées. Dès le début de son mal il en soupçonna la gravité, et comptant peu sur une guérison, que du reste il ne désirait pas, il mit en ordre ses papiers d'administration, détruisit les autres, et libre du côté de la terre, il n'eut plus de pensées que pour le ciel. Atteint d'une maladie de foie, il souftiait des douleurs dont la violence ne diminua jamais, et il les ressentit jusqu'au moment où les premiers symptômes de la mort vinrent le priver de l'usage de son intelligence. Tous ceux qui l'approchaient admiraient sa patience et sa douceur ; toujours calme au milieu de ses peines, il se remettait entre les mains de Dieu comme une victime résignée à subir les coups qui lui seraient portés.

La santé lui était depuis longtemps inconnue. Aux jours où ses migraines et d'autres infirmités lui laissaient quelque trêve, c'est à peine s'il pouvait prendre une chétive noun-iture ; durant sa maladie, son appétit, autrefois si peu sensible, disparut complètement et le Frère infirmier dut s'ingénier pour lui trouver un mets qu'il acceptât sans répugnance.

Aux fatigues du jour venaient s'ajouter de pénibles insomnies qui ne permettaient point au malade d'oublier son mal ; puis des crachements de sang et de matières fétides lui causaient d'insupportables dégoûts.

Telles furent les soutirances qui pendant deux mois assaillirent

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le P. Adinolfi. Mais si son corps était abattu, son ûine conservait une vigueur surliumaine. Tant que l'usage de la parole lui permit de le faire il se confessa cliatiue jour; chaque jour aussi il recevait la sainte communion, et cette union quotidienne, qu'il entretenait avec Notre- Seignenr dans la Sainte Eucharistie, le rendait victorieux de maintes difficulte's inséparables d'une longue et pénible maladie. En effet, il prenait avec résignation et sans témoigner la moindre répugnance les remèdes qui lui étaient présentés, recevait volontiers des visites et déguisait par sa gaîté les souffrances auxquelles il était en proie. Puis quand il était seul, son crucifix, un tableau du Sacré-Cœur et nne pauvre image de la Sainte Vierge devant laquelle le P. Gotteland rendit le dernier soupir, attiraient surtout ses regards et lui rappelaient toutes les affections de sa vie.

Cependant de nombreuses supplications s'élevaient vers le ciel pour obtenir la guérison du malade. Ses frères, les communautés religieuses et les chrétiens ne cessaient de prier à cette intention, mais Dieu réservait à son serviteur une récompense plus douce que des années mortelles, et il le laissa ajjprocher jeune encore du terme de la vie. Vers la fin de la première semaine de janvier 1874, la maladie présenta des symptômes alarmants, et le 8, il reçut l'Extrême- Onction. Peu de temps après, les Missionnaires partis de leurs districts revenaient à Zi-ka-wei pour y faire les exercices spirituels de la retraite. Le P. Adinolfi voulut les voir une dernière fois. On l'avertit que ces visites trop nombreuses lui causeraient des fatigues funestes ; mais arrivé sur le bord de la tombe il ne songeait point à retarder de quelques heures le moment d'y descendre, et sa chambre fut ouverte à tous pour un suprême adieu. Quelques jours après, il perdit l'usage de la parole, et le 4 février, à trois heures du matin, il quitta cette terre d'exil pour entrer dans la véritable patrie.

Les faits qui viennent d'être racontés n'ont fait connaître qu'imparfaitement le P. Adinolfi, ceux qui suivent vont nous révéler sa vie intérieure.

A tout homme échoit ici-bas un triple devoir, que le ciel lui

impose : il doit servir Dieu, aimer le procliain, et orner son âme des vertus dont Notre-Seignenr nous a donné l'exemple. Le P. Adinolfi accepta joyeusement ces grandes obligations en apparence si pe'nibles, mais si douces au cœur de celui qui les comprend.

Jeune encore, il sentit le besoin de se vouer au service de Dieu

par un triple lien, et jusqu'à son dernier moment il be'nit le jour où

Notre-Seigneur agTe'a ses i)remiers vœux; il e'tait heureux d'être

l'homme lige du monarque du ciel. Cette pense'e lui souriait, et il

déplorait le malheur de ceux qu'elle irrite. " Les hommes de notre

temps, disait-il un jour, ont une malice que l'on ne retrouve pas

dans les siècles passés. Autrefois la perversité venait des passions ;

on les aimait et le cœur offensait par faiblesse un Dieu dont il solli-

' citait plus tard le pardon. Aujourd'hui on conteste à Dieu le droit

de commander ou on l'accuse d'abuser de sa puissance pour nous

tyranniser. L'esprit de Satan s'est emparé des hommes ; ils déclarent

'qu'ils ne serviront pas Dieu;" Le P. Adinolfi gémissait en songeant

à ces doctrines qui ne sortent de l'enfer que pour y attirer des victimes,

et il ne se vouait qu'avec plus d'ardeur au service de Celui qu'il avait

choisi pour maître.

Malgré la faiblesse de sa santé, il affrontait avec ardeur le travail des missions, prêchait plusieurs fois par jour et tenait surtout à préparer lui-même les chrétiens à. recevoir dignement le sacrement de Pénitence.

Il lui arrivait souvent de quitter le confessionnal pour se soustraire aux violences d'une migraine que rien ne pouvait maîtriser; il s'enveloppait alors la tête d'un morceau d'étoffe, souffrait avec patience, et, quand la nuit lui avait procuré quelque repos, il se mettait le lendemain au travail avec une nouvelle énergie.

Grâce à ces douleurs et à d'autres qui, sans être aussi apparentes, n'en étaient pas moins vives, il n'en était que mieux préparé à comprendre les souffrances de Notre-Seigneur, et son amour infini pour les hommes. Aussi, en exhortant les chrétiens à la contrition au tribunal de la Pénitence, leur faisait-il une vive peinture des douleurs

que le Divin Maître a endurées sur le Calvaire ; et remuait-il j^rofonde'ment leurs âmes ; puis, quand il leur demandait s'ils consentiraient encore à olienser un Dieu, mort pour eux sur la croix, pour toute réponse il n'obtenait parfois que des larmes et avait la consolation d'offrir au Seigneur des cœurs repentants.

Ses journées se passaient en grande partie au confessionnal, ou il travaillait à réconcilier les hommes avec Dieu ; ce ministère de paix ne cessa pour lui qu'au moment où la maladie vint l'avertir de se préparer à la mort. Et cependant depuis plus de vingt années il éprouvait un désir qui ne fut point exaucé ; il demandait le martyre et voulait servir Dieu jusqu'à la complète effusion de son sang. Telle était l'ambition de son cœur. Elle ne fut connue que d'un Religieux qui la partageait avec lui, et tous deux signèrent à Zi-ka-wei, le 1 ^ septembre 1851, une pièce sacrée par laquelle ils s'engageaient à demander l'un pour l'autre la faveur insigne de sceller de leur sang la foi de Jésus-Christ. Dieu n'oublia pas ce noble élan d'un cœur qui l'aimait ; et il fit don à son serviteur d'une abondante mesure de souffrances aux derniers jours de sa vie.

L'amour du prochain fut encore un des traits caractéristiques de la vertu du P. Adinolfi : il était heureux de trouver l'occasion d'exercer la charité. Lors de la rébellion qui fit aflSiuer à Chang-hai ces masses d'émigrés dépourvus souvent des choses les plus nécessaires à la vie, il mit tout en œuvre pour les secourir dans la mesure de son pouvoir. Les Scolastiques habitaient alors la Résidence de Tong-kadou ; aux jours de promenade il leur donnait à tous des sapèques pour faire l'aumône aux pauvres qui la leur demanderaient. Il ne sortait jamais lui-même sans prendre quelque argent et rentrait souvent, la bourse vide. En se rendant un jour de Chang-hai à Zi-ka-wei, il rencontra une foule nombreuse agglomérée sur les bords du canal près d'une station de la douane, dont les agents interdisaient le passage H une barque occupée par une famille de pauvres émigrés. Il s'arrêta, prêta une oreille attentive aux paroles des spectateurs et s'aperçut que la barque était arrêtée parceque ceux qui la montaient ne

pouvaient fournir une piastre exiguë comme droit de passage. Témoin de la de'solation de ces infortunes que les passants se contentaient de plaindre, il ne se sentit pas le courage de continuer sa route sans leur venir en aide ; il leur fit imme'diatement l'aumône d'une piastre, qu'ils reçurent avec les démonstrations d'une sincère reconnaissance, et il eut la consolation de les voir partir pour Chang-hai, terme de leur voyage.

A l'époque où il était Supérieur de la Section de Ivien-sè et de Vong-ié, une vierge désirait se procurer un peu d'argent en vendant quelques arpents de terre. Plusieurs membres de sa famille s'opposaient injustement à cette vente. Incapable de triompher de leurs menées odieuses, elle eut recours au P. Adinolfi et le pria de lui venir en aide. Pareille cause souriait au dévouement du Père ; il trouvait une occasion de protéger la faiblesse d'une pauvre femme contre la tyrannie de ses parents, il en profita sans tergiverser, se rendit à l'endroit où étaient situées les terres, les fit vendre secrètement, et personne n'osa lui demander compte de son énergique et charitable démarche.

Il fut chargé, comme nous l'avons vu, de la Section de Song-kang qui renferme plusieurs milliers de jx'cheurs, gens simples, laborieux, dont la piété et les bonnes mœurs réjouissent le cœur du missionnaire. Quand il se trouvait au milieu d'eux à Ta-lé-kiao, à Yang-ze-iu, à Tse-haong, à Kong-tsieu-dé, sa figure prenait une expression de contentement dont les jjôcheurs n'étaient pas les derniers à s'apercevoir ; sa conversation était affectueuse, il s'informait du succès de leur pi"'che, leur adressait maintes questions relatives à l'état de leui-s familles ; et ces bonnes gens accueillaient avec joie ces marques de charité. Entre autres preuves de son affection les pécheurs de Yang-ze-iu n'oublieront jamais celle qu'il leur donna, le 30 novembre 1872, jour de la fête de S. André, leur patron. Le matin, Monseigneur Languillat avait administré la Confirmation ; le temps était magnifique et toutes les barques alignées le long du canal, voisin de l'église, avaient l'avant fixé près de la rive. Le P. Adinolfi voulut procurer à ses pêcheurs une agréable surprise ; sur son invitation . Sa Grandeur

se rendit auprès d'eux. Agenouilles sur leurs barques ou groupe's sur le rivage, ils attendaient le moment où leur Evoque passerait et ou ils recevTaient de lui avec sa be'nédiction quelqu'une de ces paroles sympathiques qui font tant de bien au cœur du pauvre, lorsqu'elles tombent d'une bouche ve'ne'rée. Leur espérance ne fut point frustrée ; à l'exemple du Divin Maitre, Monseigneur se prêta avec sa bonté ordinaire aux désirs de ces pieux Hdèles, il leur parla comme un Père sait parler h ses enfants et ne les quitta qu'après les avoir bénis. Le missionnaire, en accompagnant son Evoque, était heureux de la joie que goûtaient les pêcheurs et acquérait de nouveaux droits h leur affection.

A Tse-haong se trouvent les pêcheurs du Ta-hou. L'im d'eux allait bientôt tomber dans la misère. Le P. Adinolfi l'avait remarqué. Sa barque usée par un trop long service ne pouvait plus tenir le lac, et chef d'une assez nombreuse famille il voyait son argent disparaître pour subvenir aux besoins de ses enfants : il lui était impossible d'acheter une barque neuve et l'ancienne ne pouvait être réi)arée. Le Père l'avait questionné sur l'avenir, et le pauvre pêcheur avouait que bientôt il perdrait tout moyen de gagner sa vie. Il attendait du reste avec calme le moment douloureux, où il serait obligé de dire à ses enfants d'aller chercher ailleurs un peu de travail pour ne pas mourir de faim. La bourse d'un missionnaire est trop légère pour soulager semblable infortune, mais le cœur a des ressources plus précieuses que l'or. Le P. Adinolfi vint en aide au pêcheur et sollicita pour lui la générosité de quelques armateurs de Chang-hai. Dieu bénit sa pieuse démarche, et l'on vit bientôt apparaître dans le canal de ïse-haong une belle barque pontée, toute neuve, munie de deux grands mâts et d'une large cabine: c'était un présent offert au vieux pêcheur par ceux dont le P. Adinofi avait su toucher le cœur. La barque sillonnera longtemps encore les eaux du Ta-hou, mais son nouveau maître cessa bientôt de la diriger. A la fin de décembre 1873 il arrivait à Tse-haong; c'était le dernier voyage qu'il faisait sur cette terre. Les fatigues de son rude métier avaient épuisé ses forces

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