ORPHELINAT DE TOU-SAI-VAI
Les premières CLmstructions de cet établissement ont été commencées au mois de juillet 18G4 ; ce n'est qu'en 1875 qu'il a été achevé. Missionnaires et Orphelins possèdent aujourd'hui des habitations distinctes dans deux corps de bâtiments complètement séparés. Le dimanche, 11 juillet 1875, une pieuse cén-monie inaugurait cet heureux changement. Ce jour là, le R. P. Foucault célébra la sainte messe dans une chapelle domestique nouvellement préparée et y plaça le Saint-Sacrement ; il bénit ensuite les chambres qu'habiteront désormais les Pères et les Frères Coadjiiteurs. A Tou-sai-vai les usages et les pratiques de la vie religieuse existent maintenant comme dans les autres Résidences de la Compagnie.
Le second corps de bâtiment et les dépendances peuvent facilement donner asile à deux cents enfants et à une centaine d'ouvriers oa de domestiques. Quelques maisons bâties sur la rive opposée du canal, qui coule à l'est et au midi de l'Orphelinat, sont habitées par les orphelins mariés depuis quelques années et complètent cette charitable fondation due aux aumônes de la Sainte-Enfance.
L'esprit chrétien ne le cède point h la prospérité matérielle. Les ouvriers s'approchent en grand nombre de la Table sainte, aux jours de grandes fêtes ; et en temps ordinaire les communions ne sont pas rares. I>a confession mensuelle est obligatoire pour les enfants ; beaucoup, loin de trouver cette règle gênante, tiennent à se confesser et à communier tous les quinze jours.
L'Orphelinat chrétien, fondé au mois d'août 1874, a produit d'excellents résultats. Les enfixnts, qui le composent, élevés dans les principes de la Religion, ont puisé au foyer domestique le respect du missionnaire ; et dans leurs rapports avec les Pères ils se montrent ordinairement faciles et polis ; leurs bons exemples exercent une salutaire influence sur les païens nouveaux venus et les rendent moins craintifs et moins défiants.
SECTION DE SOU-TSEU
oitHa
DISTRICT DE KIANG-YN, (ouest).
Ce district se compose .lujonvd'lmi de 1 7 chrétientés centrales ; 13 d'entre elles possèdent des Kong-sou (l), les 4 autres en sont privées; et le missionnaire, pour y céle'brer la messe, est oblige' de chercher un asile dans quelque famille dont la pauvreté fait souvent tout l'apanage. La chambre, qui sert successivement de réfectoire, de dortoir, de salle pour recevoir les chrétiens et les païenS; change de nom, le matin, et prend alors le titre de chapelle. Le bœuf et ITme de l'étable de Bethléem ne s'y trouvent pas ; mais une natte tendue dans un coin cache parfois aux yeux de l'assemblée la présence d'animaux beaucoup moins nobles que ceux qui réchauftcrent de leur haleine les membres refroidis du Sauveur naissant. Pendant que le prêtre oftre le saint sacrifice dans ces réduits couverts en paille, les païens se réunissent dans de riches pagodes oii le démon reçoit leurs houunages. Combien de temps encore durera ce triste état de choses 1 II serait d'autant plus difficile de le dire qu'aujourd'hui ces 17 chrétientés centrales sont loin de suffire pour réunir les 400 catéchumènes qui se préparent au baptême en de nombreux villages. Il est nécessaire d'établir de nonveaux centres ; et ceux-ci comme les autres resteront longtemps privés de Kong-sou, si une main charitable ne vient en aide au missionnaire de cette contrée.
Le mouvement de conversions ralenti dans le district occidental de Kiang-yn, à cause des bruits de guerre contre les Européens, n'est
(1) L'église, quelques chambres, l'habitation réservée au missionnaire et à son catéchiste forment un groupe de bâtiments auquel on donne le nom de Kong-son.
It.
cependant point arrête ; et le P. Debrix a eu la consolation de régéne'rer, cette aunt-e, 53 adultes dans les eaux du Baptême.
Quelques membres d'une famille puissante et ennemie du christianisme viennent de se convertir ù Tang-teou-kiao, chrétienté dont l'origine toute récente mérite d'être racontée. Un homme de ce pays, nommé Ouaiig-hong-liang, avait reçu le don de la foi à Ou-si. De retour j\ Tang-teou-kiao, il eut des rapports avec les familles Tsang, lao et Tsa qui, entendirent de sa bouche l'explication des vérités religieuses, se déclarèrent catéchumènes, et se préparèrent à recevoir le Baptême. Mais le démon, ennemi de tout bien, excita contre elles une rude persécution. L'esclavage existe en Chine. Le pauvre, privé de moyens d'existence, se vend parfois au riche avec tous les siens, et pour quelques piastres il aliène la liberté de ses descendants, à qui, en maintes circonstances, le maître demandera des services, que la loi païenne ne leur permet pas, de refuser, mais que la conscience du chrétien réprouve. Les membres des familles Tsang, lao et Tsa étaient escla- A'es et avaient pour maîtres des infidèles du nom de Si, hommes riches et puissants qui virent d'un mauvais œil leur conversion. A l'époque du sacrifice annuel en l'honneur des ancêtres, les catéchumènes reçurent l'ordre de se présenter et de faire les préparatifs de cette cérémonie idolâtrique ; ils refusèrent alors les services qu'ils avaient coutume de rendre. Irrités d'une résistance qui froissait leur orgiieil, les Si n'eurent pour le christianisme que des paroles de haine, et usèrent de moyens violents pour contraindre leurs esclaves à obéir ; ils ne réussirent pas. Le sang coula. Le P. Pouplard, alors Supérieur de la Section de Sou-tseu, porta la cause au tribunal et soutint les opprimés. Les catéchumènes obtinrent justice ; et rentrèrent môme de quelque manière en possession de leur liberté, puisque plusieurs d'entre eux achetèrent le globule de lettrés, honneur interdit aux esclaves. L'heureuse issue de cette affaire multiplia les conversions ; en 1871. 93 adultes reçurent le Baptême et S. Joseph de Tang-teou kiao compte aujourd'hui 292 chrétiens.
Sur divers points du district il s'opère en faveur de la religion un
mouvement qui fera entrer encore d'autres brebis dans le bercail de Je'sus-Christ ; et l'inauguration du Kong-sou de Ou-ka-kiao est venue ajouter de nouvelles espérances à celles qui existent dt'jà en plusieurs endroits. Le P. Debrix rend ainsi compte de cette solennité religieuse : L'ouverture du Kong-sou de Ou-ka-kiao a eu lieu le "jour même de l'Annonciation, 5 avril, 1875. Malgré une pluie battante de la veille et de la nuit, beaucoup de chrétiens y ont pris part. " Mais ce qui me cause surtout une vive consolation, c'est l'affluence des " païens et leurs bons rapports avec le Père, les vierges apostoliques, et leurs parents chrétiens. Si j'en juge par l'extérieur, ce peuple n'est " pas loin du royaume de Dieu."
A Ouang-tè, village considérable situé sur les bords du Kiang, les païens les plus influents avaient déclaré qu'ils ne soufi^riraient jamais l'introduction du christianisme dans leur contrée. Un catéchiste intelligent et zélé s'est rendu auprès d'eux ; il a su par sa prudence calmer les esprits ; le maire et ses conseillers ont promis de ne mettre aucun obstacle aux conversions, et plusieurs familles païennes, délivrées ainsi de toute crainte, annoncent qu'elles vont embrasser la foi. '
A Nan-men, les chrétiens viennent en grand nombre passer le premier dimanche de chaque mois pour y recevoir la sainte communion ; à Yu-men le même concours a lieu, le quatrième dimanche. Un jeune homme, heureux de constater ce pieux empressement, disait au missionnaire : Si, dès le principe, nous avions^pu trouver ici un Père, chaque quatrième dimanche, des centaines de catéchumènes n'auraient jamais déserté nos rangs. " Cette parole montre la gi-ande utilité de ces réunions mensuelles; mais les prêtres ne sont pas toujours assez nombreux pour faire face à tous les besoins de leurs ouailles.
Vingt-huit hommes, pour la plupart administrateurs des grands centres chrétiens ont suivi à Yu-men les exercices d'une retraite qui a produit les résultats les plus consolants. Une autre retraite donnée à soixante femmes a été couronnée d'un égal succès.
Le P. Debrix, comprenant que la parole n'est pas toujours
7 -•'V*SW>ineE'*Tl T=^ fB(-^w«»^^T^J^Kp':^-y^wir*tfPi!*l»fl^M tfUtSff*"
ruiùque moyen de consolider la foi au sein des populations nouvellement conquises au christianisme, n'solut de conduire en pèlerinage à Kotre-Uame de Zô-sè quelcjucs-uns de ses néophytes. Là, leurs yeux pourraient contempler les cérémonies imposantes du culte catholique sons les voûtes d'une église digne de recevoir l'hôte divin qui daigiuî y établir sa demeure ; ils se diraient alors que les pauvres Kong-sou et les misérables cabanes, oîi un missionnaire isolé vient célébrer en leur présence les mystères les plus augustes, ne sont piunt les asiles réservés au Dieu dont on leur a révélé la puissance et la majesté ; et, en voyant prosternés devant lui des chrétiens de tout tige et de tout rang accourus de mille endroits divers, ils sauraient enfin qu'ils sont membres d'une Keligiou qui compte de nombreux adeptes.
Le dimanche, 25 avril, les pèlerins étaient réunis à Kiang-yn. Leur pieuse phalange se composait de plus de 40 hommes et d'environ 60 femmes ou "enfants. Ce nombre, eu apparence bien minime, surpassait les espérances du missionnaire. Eu eftet, les chrétiens de ces contrées sont pauvres ; le voyage qu'ils allaient entreprendre ne devait pas durer moins de quinze jours, il exigeait des dépenses et une cessation de travail qui laisseraient dans leurs bourses un vide considérable. Le I'. Debrix ne comptait que sur une vingtaine de pèlerins ; grande fut sa joie, lors qu'il aperçut huit barques groupées autour de la sienne et prêtes à partir pour Zô-sè. La journée du dimanche fut employe'e à entendre les confessions. Le lendemain 26. eut lieu la messe du départ; hommes, femmes et enfants y firent tous la sainte communion ; puis après avoir payé à Notre-Seigneur le tribut de reconnaissance que réclame cette grande action, ils reçurent la bénédiction du prêtre et montèrent sur leurs barqiîes ; les hommes en occupaient quatre, les autres étaient réservées aux femmes et aux enfants. On leva l'ancre et on se mit en marche vers Ou-si, lieu désigné pour la première étape.
Afin d'occuper utilement les loisirs d'un aussi long voyage, le P. Debrix établit un règlement que tous accueillkent avec joie. IjC temps devait être partagé entre la récitation des prières et l'exposition
de la doctrine catliDlique sons forme de catéchisme on de conversation. Sur les banjucs montées par les hommes un catéchiste on un chrétien suffisannnent instruit pn^sidaicnt à la récitation des prières et expliquaient k-s vérités relii^icuscs ; des vierges Apostoliques étaient chargées des mêmes fonctions auprès des mères de famille et des enfants. Grâce à cette mesure les pèlerins ne connurent point l'ennui ; la piété et la joie firent tous les frais du voyage. Le premier jour, le vent resta constamment contraire et une pluie froide ne cessa de tomber ; c'était la seule épreuve que l'on ait eu à signaler pendant toute la durée de la pieuse expédition. Arrivés ù Ou-si, les clirétiens visitèrent la belle et spacieuse église de S. Joseph, que près de trois mille pêcheurs remplissent, aux grandes solennités de l'année.
Le 27, les nuages pluvieux de la veille avaient dlsp.ira ; à partir de ce moment le vent ne cessa plus de se mettre au service des pèlerins, et il les emporta rapidement vers Sou-tsen. Plusieurs d'entre eux avaient quitté Kiang-yn en d('pit d'une fièvre, dont ils redoutaient la ténacité ; elle disparut ce jour-là, et ils remercièrent Notre-Seigneur d'une faveiir qui leur faisait bannir toute crainte pour le reste du voyage. Dans les barques on n'entendait que le chant des prières ou l'explication de la doctrine chrétienne. .V
Le soir, halte à Sou-tseu; et le lendemain 28, arrivée à Lo-kapang. Le 29, les pèlerins s'embarquèrent pour Zô-sè ; et, vers deux heures de l'après-midi, ils jetaient l'ancre au pied de la montagne, but de leur pèlerinage. Tjc débarquement ne se fit pas attendre et une procession s'organisa immédiatement. En tête s'avançaient les enfants de chœur précédés de la croix ; derrière eux marchaient les hommes placés sur deux rangs et suivis des congréganistes revêtus de surplis, venait ensuite le missionnaire ; les femmes terminaient le défilé. De toutes les bouches s'échappaient les prières du Rosaire ; elles ne cessèrent que devant la première station du chemin de croix. Aux louanges de Marie succédèrent alors les méditations de la voie douloureuse ; cet exercice achevé, la procession fit son entrée dans l'église et alla s'agenouiller aux pieds de la statue de Notre-Dame- Auxiliatrice. Là
— Tl) —
(le nouvelles priôrcs s'élevèrent vers le ciel a\ ce nn entrain qui n-vélait la ferveur des âmes ; puis les pèlerins descendirent les coteaux de Zo-sô.
De retour dans leurs barques, ils donnèrent un libre cours à leur joie. L'acte religieux qu'ils venaient d'accomplir avait attire sur eux les regards du ciel. Pauvres, et ne gagnant qu'au prix de pénibles fatigues les quelques sapèques qui servent à entretenir leur vie, ils n'avaient pas craint de s'imposer de rudes privations pour entreprendre un long ^ oyage et donner à Marie une preuve de leur piété. La Sainte Vierge ne se laissa pas vaincre en générosité; elle les combla de ses maternelles faveurs. Ils goûtèrent alors des consolations dont ils ignoraient jadis la suavité; ils sentaient la foi et l'amour de Dieu grandir dans leurs cœurs, et se plaisaient à constater ce consolant phénomène, dont le paganisme ne possédera jamais le secret. " Ah ! disaient-ils, quand nous " allions aux pagodes ou aux pèlerinages païens, ce n'était pas comme '■ ici ; il y a la distance du ciel à la terre.*'
Le 30, ils assistèrent à la messe du pèlerinage et y tirent tous la sainte communion ; puis, en témoignage de leur amour pour Marie, ils suspendirent un cœur d'argent au piédestal de sa statue. Pendant cette journée ils ne se lassèrent pas de parcourir la montagne, de visiter l'église et les chapelles ; on les trouvait sans cesse agenouillés devant l'autel de la Sainte Vierge ou les stations du chemin de croix.
Le lendemain eut lieu l'ouverture du mois de mai. Douze missionnaires et trois à quatre milh; chrétiens étaient accourus à Zô-sè pour célébrer cette belle solennité. I^es néophytes de Kiaug-yn n'avaient jamais vu aussi nombreuse réunion, et ne se lassaient pas d'en parler. Cependant le moment de quitter la sainte montagne était arrivé, et ils devaient regagner leurs demeures ; mais les noms de Zi-ka-wei et de Chang-hai avaient trop souvent retenti à leurs oreilles pour ne faire naître aucun désir dans leurs cœurs ; tous, au lieu de reprendie la route de Lo-ka-pang, voulurent se diriger vers Se-king ; un jour de plus de voyage leur permettrait de visiter des églises dont le^ Missionnaires leur avaient maintes fois parlé. Le P. Debrix accueillit avec joie ce désir de ses néophytes, que la main de Dieu diiigeait pour les
affermir dans la foi ; la pieuse flotille leva l'ancre en saluant Notre- Dame de Zô-sè ; le soir, elle la jetait en face de l'église S. Ignace, h. Zi-ka-wei.
La matinée du lendemain fut consacrée à visiter les tîtablissements de la Mission. Aux yeux de ces bons paysans tout était merveilles et leur étonnement égalait leur joie.
Ils désiraient vivement se prosterner aux pieds de leur Evoque et recevoir sa bénédiction. Monseigneur Languillat, malgré son état de souffrance, daigna condescendre à leur désir ; il les admit dans sa chambre, reçut leurs salutations, s'entretint quelques instants avec eux et les bénit. Cet accueil paternel les toucha vivement, et ils se retirèrent en h)nant la charité du Pasteur, ar.x soins duquel Notre-Seîgneur les a confiés.
Pendant que les hommes visitaient le collège, le petit séminaire et la Eésidence de Zi-ka-wei, les femmes s'étaient rendues au Sen-mouieu. L'empressement que l'on mit à satisfaire leur légitime curiosité excita dans leurs cœurs des sentiments d'une douce reconnaissance, et il y a laissé des souvenirs qui ne s'effaceront jamais.
Après la visite de Zi-ka-wei, quelques coups de tam-tam donnèrent le signal du départ, et, deux heures plus tard, toutes les banques s'arrêtaient à Chang-hai sur la rive du Ouang-pou. Nos pèlerins après avoir prié devant l'autel de S. François-Xavier dans l'église de ïong-kadou, se rendirent à celle de S. Joseph, au quartier français de Yang-kingpang et de là s'acheminèrent vers le sanctuaire de l'Immaculéc-Conception situé dans la ville murée. Partout ils admirèrent la beauté des édifices élevés à la gloire du vrai Dieu ; et l'accueil sympathique et affectueux, dont ils furent l'objet de la part des Missionnaires, leur fit bénir de plus en plus le jour oii Notre-Seigneur daigna les arracher aux ténèbres de l'idolâtrie, pour les admettre au sein d'une Eeligion, oîi ils ne rencontraient qu'amour et vérité.
Chang-hai était le point le plus éloigné qu'ils devaient \isiter, et, en le quittant, ils reprirent la route de Kiang-yn. La récitation des prières et l'explication de la doctrine partagèrent de nouveau les
fl^
différentes heures. Le jour de l'Ascension, les pèlerins communièrent dans l'église de Sou-tseu ; le dimanche 0 mai, ils mirent pied h terre H l'endroit où ils s'étaient enibaniues, le 2G avTÏl ; et, après quinze jours d'absence, chacun rentrait dans sa demeure.
" Avant d'aller à Zù-sè, disait \m néophyte au P. Debrix, je " croyais bien nn peu, mais ma foi n'avait pas de consistance ; je me "sentais froid et indécis. J'ai vu Zo-sè et Chang-hai; mahitenant je "crois sérieusement. A Chang-hai je n'ai acheté que des prières à " Notre-Dame- Auxiliatrice, atin que dans ma chrétienté on puisse " l'honorer chaque jour. "
" La Sainte Vierge m'a guéri, disait un autre. J'avais une " maladie invétérée ; elle a dispam à Z6-sè, et tlepuis lors je n'en ai " plus ressenti les atteintes. Oh ! Que la Sainte Vierge est bonne ! "
Plusieurs autres guérisons et grâces particulières furent obtenues dans le sanctuaire de Marie. Quelques jours après, le P. Debrix écrivait ces consolantes paroles : " Tous nos pèlerins ont été afl'ermis ' dans la foi ; et leurs récits ont tellement enflammé le cœur de leurs parents et de leurs voisins que ceux-ci veulent dès maintenant se préparer à un nouveau pèlerinage. "
Il existe dans le district occidental de Kiang-yn deux Confréries qui maintiennent la ferveur parmi les chrétiens ; ce sont celles de rAunonciation pour les hommes et du Scapulaire de Notre-Dame du Mont Carmel pour les femmes. Elles ont leurs réunions mensuelles. Les membres qui les composent doivent donner à tous le Iwn exemple ; ou les rencontre au chevet des malades qu'ils exhortent à la patience, ou qu'ils disposent à paraître devant Dieu. S'il est question d'accomplir une bonne œu\Te, c'est h eux que le missionnaire s'adresse ; et on les aperçoit souvent agenouillés à la table sainte.
DISTRICT DE KIANG-YN, (Est).
'' Habitants de Kiang-yn , gons de dix-lniit peuplades. " dit nu vieil adage. En effet les territoires de Hai-nien , de Toiig-tdieoii , ceux de Tai-liien et de Tai-piiig tcheoii, situi's au nord du Kiang, envoient fréqueiunient ù eelni de Kiang-yn des bandes de eolons , qui diflêrent de mœurs et de langages.
L'îincienne population se comjwsc en grande i)artie de laboureurs ; les marchands sont peu nombreux ; le sol est la j)ropri<'tc de quelques riches familles qui jH)ssè<lent des escla\es et d'immenses revenus; et le paysan n'a reçu de ses ancêtres qu'un me'diocre héritage.
La terre malgré sa fertilité suffit à peine ù nourrir les habitants, et l'apparence même d'une disette vient jeter l'etlroi dans les campagnes. Aussi chaque année, pendant la 2® , 3'' , 4" , 7"^ , S" , et 9^ , lune, chacun cherche à se rendre Ciel et Terre favorables. Les pagodes sont alors remplies d'adorateurs; les paysans brûlent de l'encens, suspendent en l'air des lanternes et ont recours au ministère des bonzes pour obtenir d'abondantes moissons. C'est r(^poque (hi Kien-tie et du Foo (/nancf en, on de l'adoration du Ciel et de La reconnaissance envers la Teire, cette mère qui jiar mille productions diverses répand partout ses bienfaits, . . , ^
Ces superstitions vivaces se présentent périodiquement jwndant SIX mois de Tannée, et sont un des obstacles les plus difficiles que le missionnaire ait à surmonter pour la propagation de l'Evangile. Cependant le cliristianisme est parvenu à s'implanter dans cette contrée. Avant la rébellion de 18G0 on y conq)tait une seule chrc*tienté, celle de Kin-tong-kiao ; elle renfermait dans sou sein des hommes de bonne volonté et animés de l'esprit de Dieu ; ils se mirent à l'œuvre , annoncèrent à leurs compatriotes la vérité catholique , et si dans l'espace de quinze ans plus de 2,000 adultes ont reçu le Baptême
au district de Kiang-yn, les chrétiens de Kin-tong kiao réclament une large part dans le mérite de cette conquête.
Sur les bords du grand canal qui relie Ou-si, Tsang-zo et Kiangyn, à environ soixante-dix lys de cette dernière ville , se trouve le bourg de Zen-ze, point central autour duquel viennent se grouper de nombreux villages où le christianisme commence à pénétrer. Le P. Royer visita le premier Zen-ze en 1870. Un chef de famille nommé Ko-fo-koué, en proie à des obsessions diaboliques, demandait le secours de son ministère. Une messe célébrée dans la maison même du malade attira sur elle la bénédiction de Dieu ; et, au mois de mars 1871, le Père eut la consolation de baptiser toute la famille Ko, composée de sept personnes. Tels furent les premiers néophytes de Zen-ze. Grâce à ses courses apostoliques, le missionnaire fit de nouvelles recrues dans les villages de Tsang-mo-so, Li-kiao, Ki-kang et Gné-ka-kiao, et une fervente famille de Ou-si, venue sur ces entrefaites s'établir à Zen-ze, activa le mouvement qui se déclarait en faveur du christianisme. Un Kong-sou bâti à Lo-ka-kiao, et dont l'ouverture solennelle a eu lieu le dimanche de la Quasimodo , 4 a\Til 1875 , sert aujourd'hui de lieu de réunion à tous les chrétiens de ce pays.
^-i-VT^-
mm
SI