DISTRICT DE TSANG-TSEU
Ce district se compose des quatre sous-prefectiires de Yang-oii, Voii-tsin, I-hing, Kin-ki, et tle plusieurs territoires relevant de celles de Ou-si, Kin-koue, et Kiang-yn.
Tsang-tseu se distingue par sa haine pour l'Evangile et les Missionnaires qui le prêchent. Depuis dix ans maintes tentatives ont été faites pour y acheter un terrain et y construire une église ; aucune n'a réussi. Les lettrés ont jure; de mettre à mort quiconque nous vendrait un coin de terre. En 1870, un libelle infâme oîi la Religion chrétienne et ses ministres étaient voués au mépris, sortait des imprimeries de cette ville, et se vendait par milliers d'exemplaires pour exciter le peuple au massacre des prêtres et des Européens ; cette opération plus haineuse que mercantile avait lieu quelques semaines avant la catastrophe de Tien-tsin.
En 1875, une nouveau pamphlet, non moins incendiaire que le précédent, circulait impunément et ra\'ivait les passions pt)pulaires : cette fois encore on demandait du sang. Le P. Délia Corte en possédait un exemplaire, il l'envoya au Grand-juge de Sou-tseu, en le priant de prendre des mesures pour assurer la sécurité de-s Missionnaires. Ijc préfet de Tsang-tseu, les sous-préfets de Yang-ou et de Vou-tsin reçurent, l'ordre d'empêcher la circulation du libelle : les planches furent saisies. Quant à l'imprimeur, il avait déjà subi son jugement devant un tribunal plus redoutable que celui des mandarins de la Chine ; la mort venait de le citer à la barre du Souverain Juge pour y recevoir la peine due à son odieux trafic.
Mais laissons là Tsang-tseu. Une prière faite pour le salut -de ceux qui l'habitent lui sera plus profitable qu'un trop long récit de ses haines insensées.
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SOïïS-rREfECTUEE DE YiVNG-OU.
Tong-tsin, Tao-iu-li, et Tsi-ze-ié, sont les principaux centres autour desquels se groupent actuellement les fidèles et les catéchumènes de la sous-préfecture de Yang-ou.
TONG-TSIN est une chrétienté de pécheurs ; elle ne possède une église que depuis le 16 juillet 1871, jour où le P. Pouplard, alors Supérieur de la Section de Sou-tseu, vint en faire l'ouverture avec les Pères Ferrand et Royer. Cette solennité frappa les infidèles et leur permit d'admirer la beauté de nos cérémonies religieuses : des catéchumènes surgirent alors en de nombreux villages, et les pêcheurs contribuèrent par leur industrieuse charité à maintenir et à augmenter ce mouvement de conversion. Aux jours de fêtes, deux ou trois cents catéchumènes et néophytes arrivaient à Tong-tsin. Les plus éloignés trouvaient sur les barques une place pour le voyage ; ils y reposaient la nuit, après avoir pris part durant la journée aux repas de la famille ; puis la flotille se mettait en marche pour regagner les canaux de pêche ; catéchumènes et néophytes rentraient avec elle, appelant de leurs vœux le jour où une solennité nouvelle les réunirait au pied des autels.
Dieu a béni la charité des pêcheurs de Tong-tsin ; en 1874 et 1875 ils ont vu l'eau sainte du Baptême couler sur le front de 47 catéchumènes agenouillés dans l'église, où ils se plaisaient à les conduire. Parmi ces néophytes dix-huit appartiennent à une même famille et l'histoire de leur conversion mérite d'échapper à l'oubli. Un enfant fut donné dès l'âge le plus tendre à un chrétien nommé Sen, qui le reçut et le traita comme son fils adoptif. Les années se succédaient, et rien ne lui révélait le secret de sa naissance ; lorsque tout à coup quelques paroles indiscrètes vinrent lui apprendre qu'il ne se trouvait point dans la maison paternelle et qu'il était né dans la famille Yé. Cette nouvelle ne lui fit éprouver aucun sentiment de haine contre ceux qui l'avaient abandonné, mais sous l'inspiration de la grâce
divine il se dit : Je suis clirétien, mes parents sont prives de ce bonlieur, je veux le leur procurer. " Puis s' acheminant vers la maison qui refusa d'abriter son enfance, il en franchit le seuil sans colère et n'eut pour tous que des paroles affectueuses. On le regardait avec un étonnement mêlé de joie, et ses parents avaient de la peine à rereconnaître leur cinquième fils dans ce vigoureux adolescent. Si en cette circonstance quelque front avait à rougir, ce n'était assurément pas le sien. De plus, il ne venait point faire valoir des droits, ni troubler la paix de la famille, en réclamant sa part d'héritage, et les avantages de sa position favorisaient le projet qu'il avait conçu.
Il annonça simplement le motif de sa démarche; expliqua les principales vérités chrétiennes, et fit une peinture du bonheur et des peines de l'autre vie. Ses paroles furent accueillies avec bienveillance , et couronnées d'un entier succès. La grand'mère déclara immédiatement qu'elle voulait embrasser le christianisme ; le père, qui tenait sans doute à réparer des torts humiliants, s'empressa d'accéder aux désirs de son fils; la mère suivit son exemple; tous, frères et bellos-sœurs déclarèrent qu'ils renonçaient au paganisme. Le jeune Yé' entreprit lui-même l'éducation religieuse de sa famille ; sur son invitation quelques congréganistes des Saints- Anges , de la chrétienté de Tong-tsin, lui vinrent en aide pour enseigner les prières aux nouveaux convertis, qui les apprirent avec zèle et ne laissèrent aucun doute sur la sincérité de leurs intentions. Ils observèrent dès lors toutes les pratiques de la Eeligion, et, au mois d'octobre 1874, le P. Rover leur conféra le Baptême.
Yé et ses quatre fils'avaient contracté leurs alliances au sein du paganisme ; ils voulurent participer aux bénédictions que Dieu fait descendre sur les époux chrétiens; et, un mois après leur Baptême, le 5 novembre, ils venaient tous s'agenouiller dans l'église de Tong-tsin, où le missionnaire leur suppléa les cérémonies du mariage. Ce jour-là aussi, au pied du même autel, en présence de sa double famille, le cinquième fils de Yé, s'unissait à une jeune chrétienne ; et son père adoptif, pour honorer sa piété filiale, voulut lui-même pourvoir aux dépenses de la fête.
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TAO-IU-LI. En 1868 ce village ne comptait aucun chrétien ; et Tcsin te, de Ouang-kè-gnang , était le seul catéchumène de cette contrée, où les Missionnaires n'avaient point encore annoncé l'Evangile. L'année suivante, le P. Ravary la visita ; et, en 1870, environ 50 adultes y étaient baptisés. Le P"" octobre 1873. le P. Royer jetait les fondements d'une église ; et, le 25 février 1874, il y célébrait la première messe. Une école s'élevait en même temps pour l'instruction des enfants, et deux vierges parcouraient en tous sens les ving-trois villages, où se trouvent dispersés les néophytes et les catéchumènes. De 1873 à 1875, 25 adultes ont été régénérés dans les eaux du Baptême.
TSI-ZE-IÉ. La rébellion de 18G0 fit affluer à Chang-hai une population innombrable, qui fuyait devant les hordes incendiaires dont la marche répandait partout l'eflroi. Tsi-ze ié eut ses émigrants comme les autres villes et bourgades du Kiang-sou méridional. Sept d'entre eux recourent le don de la foi dans les asiles, que les Missionnaires ouvraient aux fugitifs, non loin de la Résidence de Tong-ka-dou, et rentrèrent ensuite dans leur pays, qui ne comptait encore aucun chrétien. Le P. Royer y arriva au mois de février 18G7 et les rencontra : ils formaient alors avec une trentaine de païens toute la population de Tsi-ze ié. Ce bourg, situé sur les deux rives du canal impérial, et jadis le centre d'un commerce florissant, n'ofl:'rait pins aux regards qu'un triste amas de ruines ; maisons et pagodes, tout avait disparu au milieu des incendies allumés par les Rebelles, et dix cabanes couvertes en chaume étaient les seules habitations nouvellement construites sur ce sol dévasté. Le 6 avril 1867, le P. Royer offrit le saint Sacrifice dans l'une d'elles, appartenant à la famille Tsang, et y baptisa 3 adultes et 2 enfants ; en 18G8, 7 autres adultes y reçurent le Baptême. Quelques familles ont commencé peu à peu à suivre les lois du christianisme et l'on compte aujourd'hui 29 néophytes ou catéchumènes dans cette chrétienté naissante. La même cabane continue à servir d'église ; à l'arrivée du missionnaire, on range contre les murs le métier à toile, les rouets à filer, les bancs et les tables ; quelques animaux, hôtes habituels de ce pauvre, réduit, n'ont
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plus le droit de se montrer , et quelques planches placées entre deux fourneaux forment l'autel sur lequel Notre-Seigneur consent à descendre. C'est là que le P. Royer donne les exercices de la mission ; l'auditoire composé de chrétiens et de païens prend place dans tous les recoins laissés libres. -
" Hors les temps de la mission, écrit le Père, quand je viens " visiter le centre de Tsi-ze-ié, je dis la messe dans ma barque. Les " six barques des pêcheurs de la Congi'égation de S. Pierre de Tongtsin, stationnées en cet endroit, s'approchent alors de la mienne ; et '' pendant que je célèbre le Saint Sacrifice sur mon temple flottant, au milieu du grand canal, les chrétiens récitent à haute voix leurs "prières du matin, celles de la messe et les litanies. Les deux rives ' se couvTent alors de curieux qui regardent et écoutent en silence. Ija messe finie, je sors de ma barque, je fais mon instruction, sans oublier le petit mot aux païens ; et, après mon déjeuner, je lève l'ancre ' le cœur joyeux et content d'avoir annoncé le nom de Jésus et parlé " du bon Dieu à tant de pauvres aveugles."
SOUS-PRÉFECTrEE DE VOU-TSIX.
Yang-zu-pao, Sio-dang, et So-tsen chrétientés de date récente, ne comptent encore qu'un petit nombre de néophytes.
YAN6-ZD-PA0 seul possède une église, dédiée à tous les Saints, et où la première messe a été célébrée, le 27 décembre 1874. Les deux frères Ki, tailleurs, sont les prémices de la Eeligion catholique en cette contrée, et leur conversion ne remonte qu'à l'année 1869. Une \àngtaine de catéchumènes et 56 néophytes composent aujourd'hui la chrétienté de Yang-zu-pao.
SIâO-DANG a traversé des épreuves qui ont diminué le nombre des catéchumènes. Huit familles du village de Zao-ko-deu suivaient depuis quelques temps les lois de l'Eglise ; effrayées par les bruits sinistres qui annonçaient le prochain massacre des chrétiens, elles ont
de nouveau fléchi le genou devant leurs idoles et méprisé la grâce de
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conversion qui leur était offerte. Les néophytes sont restés fidèles à Dieu, et le P. Koyer leur a donné pour la première fois les exercices de la mission en 1874, dans la maison de l'administrateur Ouang-lindang. Le premier païen qui a embrassé le christianisme ù Siao-dang se nomme Kou-kin-fa ; il reçut le Baptême à Tsu-ki-gnang, en 1870. SO-TSEN. Situé an milieu des collines de Za-ié, de Ouang-sè-kiao et de Kiang-yn, So-tsen est un des villages les plus populeux de la 80us-préfecture de Vou-tsin. Là, comme à Yang-zu-pao et à Siaodang, le christianisme ne compte encore que quelques années d'existence ; 2 néophytes et 30 catéchumènes forment actuellement tout le troupeau que le missionnaire vient y visiter. La garde en a été confiée à deux vierges Apostoliques, qui travaillent chaque jour à en augmenter le nombre.