‹ Relations de la mission de Nan-kin [microform] confiée aux religieux de la Compagnie de JésusChapitre 44 sur 81 · II · texte numérisé non relu

II

tl

^f^'P.'^.'-Î^^JK*^'-.^':

; ^,f. ■ ■ ^^. rjf ;■ \ï?*.i';3ast#7i*:^pw!jt ï;»g;*;'^

if

ifl

" l'île de So-loiig sitiie'e dans les eaux du Kiang, dit alors l'étranger, 'et je nie nomme Yu-tsang-sen. J"ai reçu le Baptême à Kin-tong-kiao ' des mains du P. CLivelin, la dixième année du règne de l'empereur ' Hien fong ( 1860 ) et depuis ce moment je n'ai plus revu aucun mis- " sionnaire. Les grandes désolations des Kebelles sont venues fondre " sur notre malheureux pays, j'ai dû émigrer et je croyais que la Eeli- " gion du Maître du Ciel était anéantie. " - ' Mais qui donc a pu te condiiire ici ? lui demanda le Père."-' Je demeure à Lié-to, répond Yu-tsangsen. J'avais entendu dii'e, qu'un Père spirituel était arri\'é à I-hing. " Ne sachant pas si vous étiez un prêtre de ma Keligion, je suis venu " m'en assurer. Quand je vous ai vu. j'ai été saisi d'une émotion que je 'ne pouvais maîtriser. Oui ; me suis-je dit, ce missionnaire est com- '" me le P. Clavelin. Puis je me suis mis à regarder les chrétiens; ils '' avaient des chapelets. A ce signe j'ai reconnu que je ne me trompais pas. Depuis mon Baptême, je n'ai jamais manqué de réciter mon cha- '' pelet ; c'est le P. Clavelin qui me l'a donné."- A ces mots, Yu tsangsen saisit ce précieux souvenir et le montra au P. Koyer.

' Garde-le bien, lui dit alors le missionnaire ; et n'oublie pas que, si 'jusqu'à ce jour tu as conservé la foi, c'est à ta dévotion envers la ' Sainte Vierge que tu es redevable de ce bienfait. 11 faut que tu de- ' viennes dans ta nouvelle patrie le fondateur d'un centre de chrétiens. " Yu-tsang-sen accepta la proposition et se mit à l'œuvre. Sa femme, païenne obstinée dans ses pratiques superstitieuses, ne voulut point les abandonner ; son fils et sa bru renoncèrent au paganisme et observèrent les règles de l'Eglise ; et; en 1870, deux habitants du pays s'inscrivaient au nombre des catéchumènes. L'année suivante, le P. Colombel visita Lié-to. Le mouvement de conversion commençait à se propager ; et, en 1872, le P. Koyer acheta dans le voisinage, à Gné-tsang, une maison et quelques arpents de terre. Peu de temps après, il y baptisait 1 8 adultes ; et 1 1 autres se disposaient à recevoir la même grâce.

Le 21 mai 1875, il se trouvait à Lié-to ; il apprit que 2 nouvelles famiUes s'étaient déclarées catéchumènes, et que 120 autres, dispersées en dix villages, désiraient se faire instruire des vérités du christianisme.

L'avenir nous montrera si elles persévéreront dans cet heureux projet.

SOUS-rRÊFECTURE DE KIN-KI.

Cette contrée comptait autrefois de nombreux catéchumènes ; ils ont disparu à l'époque de la rébellion, et la plupart d'entre eux sont morts ou n'ont jamais revu leur pays natal. Tong-tsu et Long-sè sont les seuls centres qui se partagent aujourd'hui quelques rares chrétiens, dont le nombre ne s'élève pas ù dix.

Mais il est un vUlage, dont le nom doit échapper à l'oubli ; nous voulons parler de SI-TÈ-KIO-IU.

Le P. Clavelin se promenait un jour sur la montagne de Wei-sè, située à quelques lys de Ou-si, en face du Ta-hou, lac immense qui mesure quatre-vingts lieues de cù'cuit, sur vingt de largeur, au dire des pêcheurs habitués à sillonner ses ondes. C'était en 185G. Ije pays de I-hing et de Kin-ki se déroulait sans limites sous les yeux du missionnaire, qui se prit à dire. " Que ne m'est-il donné d'aller sauver des âmes dans cette belle contrée ! " Son catéchiste Zi-tse-zen lui répondit. "Père, si vous voulez me le permettre, j'irai moi-même la visiter. '' Va, reprit le P. Clavelin ; tu pourras au moins baptiser les enfants moribonds. "

Zi-tse-zen partit, et pendant quinze jours il parcourut les campagnes et y annonça la parole de Dieu. Dans une de ses courses la pluie l'obligea de s'arrêter au bourg de Siu-so ; il entra dans un thé, et s'y trouva en nombreuse compagnie. Quelques curieux lui demandèrent quel était son commerce. Mon commerce, répondit le catéchiste, consiste à propager la Eeligion du Maître du Ciel. " Un groupe se forma immédiatement autour de lui et on l'invita à parler des vérités religieuses. Dieu, le ciel et l'enfer furent les sujets qu'il développa devant ses auditeurs. Maître, lui dit l'un d'eux, vous êtes bien l'homme que j'ai vu en songe, la nuit dernière ; la doctrine que vous nous enseignez est celle que j'ai entendue et elle me semble conforme à la loi naturelle. Je vous en prie, venez dans ma maison, vous m'instruirez ' et je me charge de pourvoir à tous vos besoins. " Zi-tse-zen ne put se

'Il

^X"7n^----.--^-j: "-"-- ^■.■■', r*5^«ï;w?SÏ'àl

iï4''

rendre à cette invitation, le nombre de ses jours de voyage était fixé et il devait reprendre la route de Ou-si. Mais, cliarmé d'avoir rencontré un homme de bonne volonté, il lui demanda son nom, s'engagea à revenir le visiter, et lui oôrit quelques livres de Eeligion ; ' Prenez-les, lui dit-il, ils vous suffiront jusqu'à mon retour. " Vong les reçut avec joie. Ainsi s'appelait le premier catéclmmèiie de Si-tè-kio-in. Le P. Clavelia, heureux du succès obtenu, en fit part au P. Senti nier 5 et tous deux, à diverses reprises, ils vinrent encourager le nouveau converti. Mais en ces temps désastreux les Missionnaires voyaient souvent s'évanouir leurs plus douces espérances ; Si-te-kio-iu n'échappa point au sort commun. Les Kebelles, maîtres de Nan-king, se mirent alors en marche vers le midi du Kiang-sou ; les populations s'ébranlèrent, et l'émigration commença. Craignant de ne pouvoir embrasser le christianisme avant l'invasion, s'il n'allait lui-même à la recherche d'un prêtre, Vong partit pour Ou-si avec onze membres de sa famUle, qu'il avait instruits des vérités religieuses. Tous y reçurent le Baptême et reprirent la route de leur patrie. Peu de temps après, le P. Sentiuier allait visiter la chrétienté naissante et baptisait un grand nombre de catéchumènes ; mais, au mois de mai 1861, les Rebelles envahirent I-hing et le pays fut fermé aux courses apostoliques. En 1865, la paix était rendue au Kiangsou ; uu missionnaire parcourut ces campagnes, où la lumière de l'Evangile venait de jeter quelques rayons; c'est à peine s'il put retrouver la trace des villages oii elle avait brillé ; il ne marchait qu'à travers des ruines, et cette contrée n'était plus qu'un vaste désert. Le 29 décembre 1872, le P. Royer arrivait à Si-tè-kio-iu et demandait si la famille Vong existait encore. ' Des quatre frères, lui répondit-on, il ne reste plus que le troi- ' sième. Tous les chrétiens sont morts. Il y a encore deux catéchumènes ; l'un, du nom de Vong, est âgé de quarante ans ; le second s'appelle Ou ; et en a vingt-cinq. " (1) Le missionnaire reçut la visite de

( 1 ) De nouvelles informations apprirent au P. Royer que onze membres de la famille Vong avaient été tués et mangés par leur compatriotes païens, pour avoir

ces deux hommes et les encouragea à perse've'rer dans la bonne resolution qu'ils avaient prise d'embrasser le christianisme. Vong savait encore faire le sigpe de la croix et pouvait re'citer le Pater et rAve ; Ou, depuis l'époque de l'émigration, n'avait trouvé aucun moyen d'apprendre les prières. Son père était mort chrétien, et il voulait lui-même, disait-il, obtenir la même faveur. Le P. Royer retourna à Si-tè-kio-iu, en 1874; et. le 20 juin 1875, il s'y rendait de nouveau. Les deux catéchumènes lui manifestèrent le désir de recevoir le Baptême, et plusieurs païens semblent disposés à suivre leur exemple ; mais jusqu'à ce jour il n'a pas encore été possible de leur envoyer un catéchiste pour les instruire.

refusé de se nourrir eux-mêmes de chair humaine, parce que, disaient-ils, leur religion ne permettait pas ces horribles festins. Le plus jeune des fils, échappé à la mort, avait pris un engagement sur les bateaux des soldats impériaux.

Tel a été le sort des premiers catéchumènes de Si-tc-kio-iu, si l'on en croit le récit de habitants. Ils sont morts victimes de leur respect pour des coqis créés à l'image de Dieu.

Que des hommes se soient nourris de chair humaine, c'est un fait que l'on ne peut révoquer en doute. Il s'est reproduit dans plusieurs villes et contrées occupées par les Rebelles. A cette époque malheureuse, les bras faisaient souvent défaut pour la culture des terres et l'élève du bétail; les animaux manquaient, et, afin d'échapper à la mort, les populations avaient recours aux moyens les plus désespérés. La province du Chen-si peut nous en fournir -une nouvelle preuve. Lors de ses excursions dans la préfecture de Hang-tchong, M. L'abbé David rencontra un missionnaire indigène qui lui fit le récit suivant: "Ce Monsieur — le " P. Tchao, prêtre Chinois — me raconte encore qne, avant les ravages des Eebel- " les, ces régions étaient très-peuplées, très-riches, très-bien cultivées, qu'il y " avait beaucoup d'arbres auprès des nombreux villages, etc . , mais que l'inva- "sion des Tchang-mao a tout ruiné, comme un ouragan détruit la moisson. Ce " district renfermait beaucoup d'établissements chrétiens et le nombre des fidèles "montait à douze mille. Maintenant il y en a beaucoup moins; un grand nom- " bre d'entre eux sont morts plutôt de misère que par le fer des Eebelles. Pen- " dant deux ans la seule viande qui s'est vendue aux boucheries est la viande " humaine, celle des personnes mortes d'inanition. Plusieurs mères dénaturées ' furent précipitées dans la rivière, pour avoir vendu leurs enfants, comme s'ils

' " ( *<**î-ïî*î^-^r5î^^

CHRÉTIMTÊS SITUÉES DANS LA SOÏÏS-PRÉFECTUKE DE OU-SI.

Gné-kia-iu, Gno-ki, Ye-kiao, Si-tsang, Yang-ong-zang, Lo-za, et Tsong-kiao-deu telles sont les chrétiente's que le district de Tsang-tseu possède sur le territoire de Oa-si.

GNÉ-KIA-IU, village où les missionnaires n'ont point encore de pied-à-terre, est un point central autour duquel se groupent les hameaux de Song-ka, Tong-ko-tsie, Cliiu-ka-tsen et Gné-ka-tsen. Quatorze familles de néophytes et sept de catéchumènes sont les pre'mices du christianisme au sein de cette populeuse contrée. Le 10 mai 1875, le P. Royer l'a visitée, et a offert le Saint Sacrifice de la messe à Gné-kiaiu sous le toit hospitalier d'une maison chrétienne ; ce jour-là, 8 adultes reçurent le Baptême. L'affluence des pajiens accourus à la cérémonie était considérable ; le missionnaire eut la consolation de leur expliquer le sens des images religieuses suspendues aux murs de sa chapelle improvisée, et les rites du sacrement qu'il venait de conférer aux catéchumènes. Une légion d'enfants prendrait, chaque année, son essor vers le ciel, et de nombreux infidèles pourraient connaître les vérités du christianisme, si une vierge Apostolique résidait à poste fixe au sein de ces populations ; mais la pénurie des ressources pécuniaires ajournera peut-être longtemps encore ce charitable projet.

GNO-KI. Il y a seize ans, un pauvre tailleur, nommé Yang-ken-dou, quittait ce village pour se rendre à Chang-hai. La providence dirigeait ses pas, et il eut le bonheur d'assister aux grandes solennités religieuses de l'église de Tong-ka-dou. Prappé de la beauté des cérémonies du culte catholique, il sentit son cœur s'ouvrir à la grâce , et

' étaient morts d'eux-mêmes, tandis qu'elles les avaient tués pour en vendre "la chair"...

Journal de mon troisième voyage d'exploration dans l'Empire danois, par M. L'abbé Armand David. Tome I. chap. XVI. page 325.

prit la résolution de renoncer aux superstitions païennes et d'embrasser le christianisme. Son séjour à Chang-liai ne fut pas de longue durée ; mais, au lieu de retourner dans sa patrie, il dirigea ses pas vers Ou-si ; demeura au Kong-sou pour y apprendre les prières et la doctrine chrétienne, et reçut bientôt le Baptême des mains du P. Sentinier. Kenipli de l'esprit de Dieu, il n'eut plus d'autre désir que celui de convertir ses parents et ses amis, et s'achemina vers son village, priant le ciel de lui venir en aide. Le secours divin ne lui manqua pas ; et , grâce à son zèle, Gno-ki comptait 56 nijophytes, au moment où les Echelles envahirent le i)ays de Tsang-tseu. Des insinuations perfides circulèrent alors de toutes parts ; et on accusa bientôt les chrétiens de fomenter l'insurrection ; les païens de Gno-ki formèrent l'horrible projet de les massacrer et la famille de Yang-ken-dou fut désignée la première à la vindicte publique. Une bande furieuse assaillit la maison du nouveau converti, au moment où ceux qui l'habitaient s'y trouvaient tous réunis : huit personnes tombèrent sous les coups des meurtriers et les flammes dévorèrent leur demeure. Effrayés de cet acte de barbarie les ncîophytes se hâtèrent de prendre la fuite pour échapper à la mort. En 18G6, douze d'entre eux étaient rentrés dans leurs foyers ; une famille avait apostasie; ; le sort des autres restait inconnu. L'année suivante, le P.. Eoyer visita cette chrétienté désolée ; et, montrant au maire et aux habitants le passe-port qui l'autorisait à parcourir le Kiang-nan, et le décret de l'Empereur qui accordait aux Missionnaires la liberté de prêcher l'Evangile, il leur déclara nettement que le but de son voyage <îtait de les exhorter à embrasser le christianisme et qu'ils le verraient souvent revenir au milieu d'eux. Les Rebelles avaient disparu ; la haine était calmée et le massacre hors de saison ; mais le souvenir du meurtre de Yan-kendou et des siens glaçait tous les cœurs, et ce ne fut qu'en. 1870 que quelques familles osèrent se dire catéchumènes. Au mois de mars 1872, 19 adultes reçurent le Baptême. Le mouvement de conversion se déclarait pour la seconde fois; et, en 1874, le P. Royer songeait à

constraire un pied-à-terre où le Saint Sacrifice de la messe pût, être

'li.i

célél)re pins convenablement que dans la demeure d'un niMiphyte. mais un nouvel orage se formait à l'horizon, et rendait impossible la réalisation de ce projet. Des ne'gociations étaient alors entamées entre la Chine et le Japon relativement à l'ile de Formose ; on se demandait quelle en serait l'issue et la guerre semblait parfois probable. Des bouches malveillantes firent alors courir le bruit qu'il n'était nullement question d'hostilités entre les Japonais et les Chinois, mais qu'au contraire ces deux nations allaient unir leurs efîorts pour chasser les Européens et eu purger le sol de leurs em{)ires. Semblables nouvelles souriaient trop aux instincts haineux des païens pour n'être pas accueillies avec joie, et les cris de "Mort aux Kuropccns''' retentirent plus d'une fois aux oreilles du missionnaire dans ses courses apostoliques. Force fut donc de renvoyer à des temps plus heureux le projet de construction, et aujourd'hui Gno-ki est encore dans l'attente d'un Kong- sou. Ses C8 ne'ophytes et ses 27 catéchumènes se réunissent sous le toit de quelques familles pour prier et céleTjrer les fêtes de l'Eglise.

TÉ-KIAO. Vieille terre chrétienne, pleine de souvenirs, Yé-kiao voit chaque année de nouveaux catéchumènes entrer dans le sein de l'Eglise. Le 25 mars 1874. le P. Royer en a baptisé 35, et en 1875 10 autres ont reçu le même bienfait. Cinq vierges Apostoliques, Vêsin-pao, Vê-gni-kou, Li-tou-kou, Zi-siao-kou et Vê-gni-ki, nées dans cette chrétienU', ne sont point étrangères au mouvement religieux de la contrée; elles l'ont parcourue en tous sens comme beaucoup d'autres encore dans la préfecture de Tsang-tseu. Yé-kiao compte actuellement 211 tidèles, et 10 catéchumènes s'y préparent à recevoir le Baptême.

SI-TSANG. En 18G6. 18G personnes formaient toute la population de l'ancienne chrétienté de Si-tsang ; aujourd'hui on en compte 2G2 et 20 catéchumènes obligés de se presser dans une <'glisc trop petite pour les contenir.

YANG-ONG-ZANG. De tristes souvenirs se rattachent à ce nom. Les chrétiens de Yang-ong-zang apostasièrent sous le règne du persécuteur Kien-long. En 1818. le P. ïseu, Lazariste chinois, parvint

à ramener clans le bercail de Jesiis-Clirist quelques-uns des rares survivants de cette «'poqucî malheureuse; lii conversion entière de la ge'nération nouvelle n'eut lieu que plus tard sous l'administration du P. Clavelin. Yang-ong-zang compte aujourd'hui 59 chre'tiens ; mais là, comme en maintes 'contrées du Kiang-aou, où l'apostasie vint de'soler l'Eglise, le souffle de Dieu ne se fait plus sentir, et les catéchumènes ont dispara. ;

LO-ZA- Il y a quatorze ans, un petit enfant nommé Lieu-eu-iong quittait Lo-za son pays natal, à l'approche des Rebelles, et arrivait ù Chang-hai. Privé de toute resource il parcourut en mendiant les rues des Concessions européennes ; mais cette vie aventureuse et sujette à d(; nondireu.ses privations offrait trop de contraste avec les jours heureux qu'il avait passés sous le toit paternel ; il ne put s'y habituer et cliei'cha d'autres moyens d'existence. 11 parvint h se faire admettre dans ime bande d'ouvriers maçons occupés ù la constmction de la Procure, que M. Libois venait établir au quartier français. Toujours actif, souriant, et docile à la voix de ceux qui lui donnaient des ordres il attira l'attention du vi^néré missionnaire qui résolut de le secourir, et, avant de partir pour Hong-kong, le recommanda à M. Casenavo premier Procureur de la Congrégation des Missions-Etrangères, h Chang-hai. La maison achevée, Lieu-en-iong dit adieu ù ses compagnons, quitta sans regret son métier de manœuvre et se mit au service de M. Casenave. Assidu aux catéchismes de l'église S. Joseph de Yang-king-pang, il acquit bientôt une connaissance suffisante des vérités chrétieimes et fut baptisé à la fête de la Pentecôte, en 18G4. Quelques-uns de ses parents vinrent le rejoindre, et dans la même maison trouvèrent le même bonheur: ils se firent chrétiens. En 18G2, Lieu-en-iong quitta Chang-hai pour retourner à Lo-za, dont il est le premier néophyte. Telle est l'origine de cette chrétienté nouvelle, qui ne compte encore que 11 membres et <> catéchumènes.

f|| :T^r-^il;T

CHRÉTIENTÉS SITUÉES PANS LA SOUS-rRÉFECTrilE DE KIN-KOUÉ.

Le missionnaire île Ts<ang-tscu est chargt' de radminislration des cliretientes de Teu-sé, Keii-tsong-kiao et Za-siu-kiao, dans la partie orientale du territoire de King-koué.

TEU-SÊ. 23 néophytes et 15 catéchumènes offrent aujourd'hui leurs adorations ù Notre-Seigneur dans ce village, qui ne connaît le christianisme que depuis six ans. Dieu s'est servi d'une obsession diabolique pour faire éclater la puissance de son bras et briller la lumière de son Evangile aux yeux de ceux qu'il voulait enrichir du don de la foi

Au mois d'août 1808, un néophyte de Kin-tong-klao, chrétienté du district occidental de Kiang-yn, était au service d'une famille païenne. Son maître nommé Tsu-tsio-sié, vieillard de soixante-huit ans, fut saisi tout à coup d'une maladie étrange, connue dans le langage du pays sous le nom de Zin-pin. L'Eglise l'appelle une obsession ou possession diabolique. Les bonzes sont les seuls médecins auxquels on ait recours en pareille occurrence ; ils furent ap[)elés. Leurs jongleries ne servirent qu'à prouver leur impuissance ; le diable leur tint tête ; et, malgré les conjurations les mieux accentuées, il resta maître de la position. Le néophyte de Kin-tong-kiao eut son tour ; il parla de Dieu à Tsu-tsio-sié et lui révéla la puissance de Celui qui a créé toutes choses et fait trembler les démous. " Si vous voulez vous faire chrétien, lui ditil, je me charge de chasser, au nom du Maître du ciel, le diable qui vous tourmente." La proposition souriait au vieux païen ; il l'accepta. Le néophyte se rendit aloi-s ù Ouang-tang, chrétienté voisine de Teu-sè, pour y prendre de l'eau bénite, et pria l'administrateur de lui indiquer les moyens de mener son entreprise à bonne tin. " Tu commenceras

lIJi.

" par faire le yiguo de croix sur le malade, répondit rudininistratonr ; in '' lui donneras ensuite de l'eau bénite à boire, et tu aspergeras sa cliani- "bre; mais aie bien soin d'enlever de la maison toutes les images su- " perstitieuses. " Muni de ces instructions, le néophyte arrive près de la couche de Tsu-tsio-sié, et les suit en tout point. Ij'cau sainte et le siiriiL- de la croix mirent en fuite le démon, l'agitation terrible du vieillaid cessa immédiatement, et il retrouva un repos que son corps et son Time ne eonnaisvsaient plus, (-ette guérison merveilleuse, due à la foi d'un chrétien et à la puissance de l'eau consacrée par les prières de l'Eglise, eut du retentissement. Tsu-tsiO-sié tint parole; il se mit à étudier les prières, et son exm})le fut suivi par les siens et quelques autres personnes. En 1869, le P. Eoyer vint visiter les nouveaux catéchumènes et offrit le Saint Sacrifice de la messe dans la maison même d'où le démon avait été chassé ; puis, au mois d'avril de l'année suivante, il baptisa Tsu-tsio-sié et 4 membres de sa famille. En 1871, 7 adultes entrèrent dans le sein de l'Eglise et vinrent augmenter le nombre des néophytes. Telle est l'origine de la chrétienté de Teu-sè. Des vierges Apostoliques y ont séjourné en 187-1 et en 1875, à deux reprises différentes, pour initier ses habitants aux habitudes de la Religion qu'ils ont enlbrassée.

KETJ-TSONG-KIAO. Les quatre premières familles de Keu-tsongkiao ont été converties à Zi-ka-wei par la vierge Chiu-lin-kou, de Sitsang, en 1862. C'est là qu'elles re(;urent le Baptême. Rentrées dans leur pays après la défaite des Rebelles, elles ne craignirent pas de professer courageusement leur foi au milieu de leurs compatriotes infidèles. Keu-tsong-kiao possède aujourd'hui un petit Kong-sou, oii se réunissent 40 néophytes et 6 catéchumènes.

ZA-SIN-KIAO. Les chrétiens de Za-sin-kiao, comme ceux de Yangong-zang, apostasièreiit sous le règne de Kien-long Un pêcheur de Ousi, nommé Zen4o-zen, se mit en rapport avec leurs descendants et les exhorta ù embrasser le christianisme. C'était en 1856. Le premier qui voulut revenir à la foi de ses ancêtres se nommait Yang, et grâce au zèle du P. Clavelin et aux exhortations de son catéchiste Zi-tse-zen.

- -x^*Si^^^!^W:-

90 adultes reçurent le Baptême dans l'espace de trois ans. L'année suivante, arrivaient les Rebelles avec leur cortège de misères ; le Kong-sou de Za-sin-kiao devint la proie des flammes ; les chrétiens dispersi'S moui-urent en grand nonjbre. et 40 seulement rentrèrent plus tard dans leur pays natal. Un temple des ancêtres, bâti par les anciens apostats, fut démoli et construit de nouveau à la place même du Kong-sou que les Rebelles avaient incendié. Il sert aujourd'hui d'église. Des jours plus heureux semblent renaître pour cette chrétienté qui se compose actuellement de 90 néophytes et de 10 catéchumènes. Il ne nous reste phis. pour achever l'histoire du district de Tsangtseu, qu'à mentionner ici la seule clirétieuté qui lui appartienne sur le territoire de Kiang-yn. celle de LÈ-TI. Elle compte 10'2 fidèles, et 28 catéchumènes; 18 adultes y ont reçu le Baptême pendant l'année 1874-1875.

Page 1