‹ Relations de la mission de Nan-kin [microform] confiée aux religieux de la Compagnie de JésusChapitre 45 sur 81 · DISTRICT DE OU-SI · texte numérisé non relu

DISTRICT DE OU-SI

A trois h"S tle la ville de Oii-si. du côte de l'ouest, et i)rès du caii.ll impiTial se trouve la cliretiente de SÈ-LI-KIAO, la plus nombreuse et une des plus florissantes de la Mission de Nan-king. Elle possède une e'glLse gothique, où près de 3,000 pêcheurs peuvent assister aux solennités religieuses. Le 22 de'cembre 1873, Mgr. Ijangiiillat accompagne des Pères Délia Corte, Royer, Debrix et Philippe Ouang, la beiiit, au milieu d'un concours considérable de fidèles et de païens accourus à cette cérémonie, (l)

Les pêcheurs de Sè-le-kiao forment actuellement une population de 2.851 chrétiens, divisés en huit congi-égatious.

Chrétiens.

S. André 2(>3.

S. Jean 209.

S. Jacques 293.

S. Joseph 3Y2.

S. Paul 317.

S. Matthieu 723.

S. Ignace 311.

^ S. François-Xavier 303.

Congi-égations de

Total 2,851.

(1) L'église de Sè-li-kiao a 36 mctres de long sur 12,'"- 65 de large. Son transsept mesure 29,ui- 40 en longueur, et 12, 65 en largeur. La hauteur de la nef est de 10 mètres, celle des bas-côtés de ô'u. 35. Commencés au mois d'août 1S72, les travaux de construction étaient achevés au mois de septembre 1S73.

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Un missionnaire ('crivait en 1870: ' J'ai eu 500 coninmnions h la fèt'? do Xoël, à Sè-li-kiao" ; puis il ajoutait plaisamment : " Eneore une fête coumie celle-là, et vo.îs pourrez me préparer un cercueil." Cette parole est encore vraie en 1875. et tout porte à croire qu'elle le sera long-temps. En eftet, aux jours des grandes solennite's religieuses, où les Congrégations sont reunies, les confessions abondent; et le prêtre, dût-il passer la nuit à les entendre, ne pourra jamais prêter l'oreille à tous ceux qui désirent s'agenouiller au tribunal de la ptinitence ; le temps lui manque et ses forces sont impuissantes à seconder son zèle. Heureuses les contre'es où la pureté des mœurs et la ferveur des ùmes amènent au pied du ministre de Jesus-Clirist des légions d'hommes et de femmes avides de se nourrir du pain eucharistique !

Une che'tienté nouvelle s'est fondée en 1874, au district de Ou-si. Les laboureurs de KO-TSANG-OU-LI ont bâti un Kong-sou dans leur village et cessent d'appartenir ù Sè-li-kiao.

HOîIG-SÈ compte actuellement GO chrétiens; 9 catéchumènes s'y préparent au Baptême.

Angheu-ZAXG. 2 adultes ont été baptisés.

TSI-KOU£-KIAO, la dernière des cinq chrétientés du district de Ou-si dont il nous reste à parler, était, il n'y a que quelques années encore, un village inconnu aux ]\Iissionnaires ; et son nom ne se rencontrait point sur les registres du Vicariat. Là cependant le christianisme comptait autrefois de nombreux adeptes.

Au mois d'octobre 18G0, le P. Royer donnait les exercices de la mission aux pêcheurs de Sè-li-kiao, et il écrivait un jour dans ses notes : ■ Aujourd'hui j'ai entendu la confession d'une vieille paysanne nommée Ouang. qui habite h Tsi-koué-kiao. dans le voisinage du ïa-hou : à visiter. " L^ne anne'e se passa sans qu'il put se rendre au lac; mais en 1868. par une chaude journée de printemps, il arrivait à Tsi-koué-kiao. Les villageois étaient presque tous assis sur l'aire de leurs maisons, occupés à dévider de la soie ; et les curieux accoururent en grand nombre pour voir un européen ; puis après quelques

minutes de conversation, la confiance gagnant peu à peu, on invita le missionnaire à s'asseoir et le thé lui fut servi. La vieille paysanne vint alors le saluer ; elle e'tait accompagnée de ses trois fils, dont l'un n'avait pas encore reçu le Baptême. Son arrivée donna lieu îi maintes questions sur la famille Ouîing, et les rapports n'en devinrent que plus faciles. Une femme païenne s'approcha tout à coup du Père et, sans mot dire, lui remit entre les mains un enfant âgé seulement de quelques mois. Craignant de froisser ces pauvres infidèles, il le reçut puis le rendit bientôt à sa mère, en demandant la raison de cette démarche. ' Cela lui portera bonheur " , répondit la païenne ; et elle avait à peine fait quelques pas pour se retirer, qu'une seconde femme vint déposer son enfant sur les genoux du missionnaire qui le lui rendit aussi après l'avoir béni. Cette coutume excitait la curiosité du P. Eoyer.

— Pourquoi donc, dit-il, m'apportez-vous ainsi vos enfants?

— Nous savons que vous les bénissez, et que vous faites descendre le bonheur sur leurs tètes.

— Qui vous a dit que je les bénis?

— Mais nous sommes d'anciens chrétiens.

— Comment donc?

— C'est; parfaitement vrai. Nos ancêtres, il y a trois générations, étaient tons de la Religion du Maître du Ciel.

Le Père appelle alors la femme cltrétienne et son fils aîné. :

— Que signifient donc ces paroles ? leur dit-il. J'avais toujours cru que vous apparteniez à une famille de néophytes baptisés par le P. Tseu, Lazariste chinois, la 28^ année du règne de l'empereur Taokouang.

— Tout cela est vrai, répondit la paysanne ; et ce qne ces païens viennent de vous dire n'est pas faux. En voici l'explication. Autrefois le missionnaire disait la messe dans ma famille maternelle, car ma mère nous répétait souvent que la sienne avait dix ans, quand le Saint Sacrifice fut célébré ici pour la dernière fois. ;

Il y avait plus d'un siècle qu'un prêtre n'avait visité le village de Tsi-koué-kiao.

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— Mais quels sont donc parmi vous les descendants des anciens clirëtieus ? demanda le P. Royer.

— Ce sont les familles Onang, Ye, Tsang et plusieurs autres ; on comptait jadis ici plus de trois cents personnes appartenant à la Religion du Maître du Ciel.

— Xous ne faisons pas de superstitions,, dit alors un des Ouang, et nous n'adorons pas les idoles ; mais nous ne prions pas, parce que personne n'est venu nous enseigner la prière.

— La prière, on vous l'enseignera désormais, répondit le Père, heureux d'avoir découvert ce village, dont il reprenait possession au nom de Notre-Seigneur

Au mois de mars 1870, il passa trois jours à Tsi-koué-kiao dans la famille Ouang et y donna les exercices d'une mission, h laquelle vinrent assister plusieurs familles de néophytes baptisés à Zi-ka-Avei et à Tong-ka-dou, lors de l'invasion des Rebelles.

Des catéchumènes ne tardèrent pas à surgir dans les villages do Lou-kiao, Neu-tsang, Hiu-wei-li et Tang-wei-li ; le moment était venu de bâtir un Kong-sou où se réuniraient, aux jours de fêtes et de dimanche, tous ceux qui faisaient profession d'adorer le vrai Dieu, et il fut résolu qu'on le construirait à Tsi-kouë-kiao, berceau du christianisme dans cette contrée. Ce projet fut bientôt connu, et l'enfer mit tout en œuvre pour en empêcher la réalisation.

Un païen désirait vendre quelques arpents de terre au missionnaire ; on l'enferma dans une pagode, où les lettrés et le maire lui firent entendre de terribles menaces et le contraignirent à choisir un autre acheteur. Les persécuteurs menacèrent même de mettre h mort un néophyte qui voulait faire don d'un terrain pour construire un Kong-sou à Tseu-ki-kiao. Averti de ces menées par le P. Pouplard, Supérieur de la Section de Sou-tseu, le mandarin de Ou-si fit afficher à Tsi-koué-kiao une proclamation dans laquelle il annonçait au peuple que le missionnaire avait droit d'acheter un terrain pour bâtir une église ; puis, fidèle aux traditions des hommes de son rang, il avertissait secrètement le maire de mettre tout en œuvre afin d'empêcher

les paysans de céder nn ponce de terre.

Un néophyte de la famille Ouang en vendît quelques .irpenls; sa maison fut pille'e et, pour éviter do plus grands malheurs, il dut s'enfuir à Ou-si, où d'autres compatriotes le suivirent bientôt ; car les vexations des païens leur rendaient insupportable le st^jour de Tsikoué-kiao. Enfin la persécution alla si loin que des chrétiens furent battus et conduits dans une pagode où on voulut les faire renoncer a leur religion. Ces faits se passaient au mois d'avril 1873. ; -

Le 24, vers six heures du soir, le P. Royer arrivait à Tsi-kouékiao, et se rendait dans la famille Ye, où il apprit que les infidèles craignaient d'être privés ji jamais de bonheur, si une église s'élevait au milieu d'eux. Ils n'auraient plus, disaient ils, ni vent, ni ea,n"; cette triste perspective excitait leur haine et expliquait les excès auxquels ils s'étaient livrés envers les chrétiens. A huit heures, le Père était rentré dans sa barque, pour y passer la nuit, lorsqu'il aperçut nn grand nombre d'hommes, qui approchaient avec des lanternes et venaient se gi'ouper sur les deux rives du canal. Son catéchiste leur demanda ce que signifiait cette réunion nocturne, a Nous voulons parler au missionnaire," dit alors un lettré. — ' Me voici ; répondit le P. Royer en se présentant à l'avant de la barque ; que désirez-vous ? — 'Le Père veut-il bâtir une église ici, il Tsi-koué-kiao ? - Oui - '* Nous le prions d'abandonner ce projet qui gâterait le vent et l'eau, " reprit le lettré. Réfuter cette idée absurde, enracinée dans la t«'îte des Chinois païens, était alors le seul parti à prendre. Le Père leur annonça un Dieu créateur, maître du vent et de l'eau, comme de tontes choses, et les gouvernant avec une bonté et une sagesse infinies. Un temple élevé en son honneur, loin de l'irriter, ne pouvait donc que le décider à combler de bienfaits la contrée où il allait recevoir l'honneur qui lui est dû. Ces paroles étaient écoutées silencieusement et aucune voix ne s'élevait pour les contredire, lorsc]ue des paysans arrivèrent à l'improviste aux cris de : ' Tuons, tuons le diable d'Europe ; " ils lancèrent sur la barque des brandons enflammés, et n'épargnèrent au Père ni les insultes, ni les coups. Il dut alors quitter Tsi-koué-kiao et se rendre

à Ou-si. Le sous-prëfet de cette ville, informé de ces actes de violence, promit de punir les malfaiteurs et de prêter appui aux Missionnaires ; mais, quelques jours après, il était appelé à remplir de nouvelles fonctions. Son successeur homme timide, craignit de sévir contre l'instigateur de tous ces désordres, un vieux docteur âgé de soixantedix ans, qui dans un banquet où il réunit tous les maires de la contrée leur avait fait prêter le serment de s'opposer à la construction de l'église. Cependant une proclamation, sortie du tribunal de Ou-si, invitait de nouveau le peuple à se calmer et à permettre aux Missionnaires d'élever en paix un temple au Maître du Ciel. L'avertissement ne ^produisit aucun effet ; les barques chargées des matériaux de construction furent assaillies le long des canaux ; on ne pouvait donc songer à bâtir, et les chrétiens qui s'étaient enfuis de Tsi-koué-kiao n'osaient y rentrer. Une lettre adressée par M. Godeaux, Consul-général de France, au Tao-tai de Chang-hai vint mettre fin à une situation qui donnait gain de cause aux païens. Le Tao-tai envoya à Ou-si un délégué chargé de traiter en son nom cette odieuse affaire ; elle fut bientôt terminée, et les maires du pays ainsi que le fauteur de tous les troubles vinrent à Sè-li-kiao, le 25 décembre, demander pardon aux Missionnaires. Le sous-préfet, le délégué et le R. P. Délia Corte, nouveau Supérieur de la Section de Sou-tseu, se rendirent ensemble à Tsi-koué-kiao ; le mandarin harangua le peuple, fixa lui-même les limites du terrain acheté et revêtit de son sceau le contrat d'acquisition. Au mois de février 1874, les travaux commencèrent et, le 3 mai suivant, le P. Royer célébrait pour la première fois la messe dans la nouvelle église consacrée au S. Rédempteur; ce jour-là 7 adultes y reçurent le Baptême. Tsi-koué-kiao compte actuellement 67 chrétiens et 6 catéchumènes.

Les conversions sont rares dans le district de Ou-si. Le christianisme y est en butte à trop de calomnies, pour que les infidèles le préfèrent au culte de leurs aïeux ; et quand un homme poussé par la grâce ose déclarer qu'il va suivre les lois de l'Eglise, ses parents, quelquefois même les habitants de tout an village s'insurgent contre lui ;

il se voit en butte à mille vexations ; et, s'il n'est doué d'un courage extraordinaire, il abandonne le projet que Dieu lui avait inspin'.

Une vingtaine de païens se disposent maintenant à recevoir le Baptême. Quelque petit que soit leur nombre, fasse le ciel qu'on n'ait pas le regret d'y signaler plus tard des défections.

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