DISTRICT DE YANG-TCHEOU
proprement dit.
Ce district comprend actuellement les préfectures de Yan^-tehcon, de Houc-ngan et la ville de Tchen-kiang.
PRÉFECTURE DE YMG-TCnEOU.
Les missîonnaii'es y ont établi 7 centres d'action, dans la ville même de Yang-tclieou, à Ho-kia-kiao, Tcliang-min-kiang, Kao-ycontcheou, Siue-pei-tchouang, Chao-peî et Che-enl-wei.
YANG-TCHEOU. Cette ville opulente a été pillée et incendiée en grande partie par les Rebelles, à trois reprises différentes. La maison, que les Missionnaires y possèdent depuis quelques années, est située dans l'enceinte nouvellement bâtie, au quartier de San-y-ko. La chambre, qui sert de chapelle, peut à peine contenir vingt personnes, et cependant Yang-tcheon compte plus de cent chrétiens. La construction d'une église et d'une petite résidence ne saurait désormais se faire beaucoup attendre ; le terrain, où elles doivent s'élever, a été acheté, en 1872, à Kieu-keou-men, près du canal impérial.
L'orphelinat établi, en 1867, dans la grande rue de Tong-kouangmen, laissait concevoir pour la conversion des adultes de légitimes espérances ; mais elles ne se sont pas réalisées, au gré de nos désirs.
En eftet, parmi les nombreuses nourrices qui le fréquentaient, plusieurs écoutaient volontiers l'explication de la doctrine chrétienne et apprenaient des prières ; elles se firent inscrire au nombre des catéchumènes. Les administrateurs de Yang-tcheou et les vierges chargées
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de la direction do r<irphelinat. les instruisaient vi)l<intiers ; le missionnaire du district se rendait lui-même dans leurs quartiers de Sen-kiac'han et de Po-kia-za-miao, pour y jeter la semence de l'Evangile ; et cejiendant ces tentatives n'ont été couronnées que d'un médiocre succès. Quelques femmes seulement sont mortes chrétiennes. Les autres — et on en compte plus de trente — ne fréquentent pas l'église; des olistacles, qu'elles ne j)euvent ou n'osent briser, les retiennent dans le paganisme ; et pas un homme ne songe à se convertir.
HO-EIA-KIÂO. Eglise de Sainte Anne. Au sud-est de Yang-tchcoii habitent quelques familles d'anciens clirétiens, qui donnaient asile au missionnaire, lorsque la persécution l'obligeait à se cacher. En ces jours malheureux les tidèlcs de la cité sortaient d'une enceinte, oîi il n'osait pénétrer ; ils allaient le trouver à Ho-kia-kiao, s'agenouillaient à ses pieds ; et, après avoir obtenu le pardon de leurs péchés et reçn^ au milieu de la nuit, dans une pauvre chambre, le Dieu de l'Eucharistie, ils regagnaient furtivement leurs deineureS; sans exciter les soupçons des mandarins, filais, lorsque les temps devenaient meilleurs, et que la Religion et ses ministres n'étaient plus en butte à autant de haînc, les chrétiens de Ho-kia-kiao se voyaient obligés d'aller ù Yang-tcheou, pour y suivre les exercices de la mission, ou assister aux fêtes, car ils ne possédaient pas de sanctuaire dans leur village. Depuis quelques années, un petit Kong-sou composé de trois chambres, dont l'une sert tl'église, a été bâti au milieu d'eux ; et Li-chio-ouen, administrateur de l'orphelinat de Yang-tcheou, est le chef de la nouvelle chrétienté.
TCHANG-MIN-KIANG. Kglise de S. Fraïupis-Xavier. Un métlecin nommé Fang est ù la tête des iidèles de ce village, oii il .a bâti une chambrette en roseaux, pour recevoir le missionnaire. Chaque année, il ouvre les portes du ciel à un grand nombre d'enfants moribonds ; il exhorte lui-même, ou fait exhorter par sa femme les malades qui forment sa clientèle ; l'année dernière, il en a baptisé quatre qui sollicitaient cette faveur, au moment où ils allaient paraître devant Dieu.
KAO-YEOU-TCHEOU. Eglise de Notre-Dame des Anges. Au mois de mai 1874, le P. Garnier, Supérieur de la Section de Nan-king, et
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le P. Grillo, chargé du district de Yang-tclicoii, arrivaient ù Kaoyeou-tcheou. Ils venaient prier le mandarin lo-te-tchang, d'enregistrer un contrat, attestant qu'ils avaient légitimement acquis une maison située à Siue-pei-tcliouang ; et les ordres formels du Vice-roi l'obligeaient à leur rendre ce service, qu'il avait deux fois refusé. Tout en apposant ses sceaux, il leur dit d'un air un peu moqueur : Vous avez acheté une maison à G5 lys d'ici ; c'est trop loin, et s'il vous '' arrive quelque accident, je ne pourrai pas vous protéger. Si elle " se trouvait dans la ville, à la bonne heure ! " Ces paroles renfermaient un défi. Le mandarin s'imaginait que les Missionnaires ne réussiraient jamais à s'établir dans sa cité ; mais il se trompait. En eftet, \\n mois après cette entrevue, grâce aux démarches habiles d'nu néophyte nounné Yang-tsiu-yuen, le P. Grillo parvint à faire l'achat d'une maison dans l'enceinte môme de Kao-yeou-tcheou, au quartier connu sous le nom de Tsong-eul-pou. Il en donna avis au mandarin, et le pria d'apposer les sceaux du tribunal sur le contrat et de publier une proclamation. La réponse de lo-te-tsang fut peu encourageante ; il semblait renvoyer aux calendes grecq\ies les faveurs deniandi^s. Ijc p. (rrillo lui. écrivit une seconde lettre, et lui prouva que, d'après les traités conclus avec la Chine, un missionnaire catholique a le droit de s'établir n'importe où. (\'tte lettre fut remise au mandarin, le 27 juin, au soir. Craignant que le P. Grillo n'eût recours à une autorité supérieure pour obtenir justice, il réunit immédiatement son Conseil. Le 28, les sceaux furent apposés, et, le 29, on lisait sur les murs de la ville la proclamation suivante :
JÎJilit de lo, mandarin de Kao-yeou-tcheou. ;
Les articles du traité conclu avec la France permettent aux Missionnaires de bâtir des églises, de prêcher, d'établir des écoles gratuites et de faire d'autres bonnes œuvres dans l'intérieur de l'empire. Le prêtre français Mang ( P. Grillo ) a acheté, dans la ville de Kaoyeou-tcheou, de la famille Pié, un terrain, pour y établir une école gratuite et une église. Nous, après avoir informé nos Supérieurs de
celle acquisition, nous avons apposé notre sceau snr l'acte d'achat, conformément au traité. Tout cela est exécuté.
'' Considérant que les Missionnaires n'exhortent qu'à faire le bien, nous ordonnons par la présente proclamation que le peuple les traite avec honneur comme des hôtes, qu'il observe avec eux les règles de la justice dans les contrats, et qu'il se montre animé à leur égard de sentiments pacitîcjues. Que si quelqu'un venait à les outrager, à les calomnier, h violer envers eux les règles de la justice, les maires des localités, oîi se présenteraient send)lables faits, doivent immédiatement dénoncer les coupables, afin que nous puissions les faire saisir et les punir.
' Que tous se conforment à ces ordres.
' Le 10 Je la 5"^ lune."
Cette proclamation, demandée au nom du traité français, n'avait été accordée qu'à contre-cœur. Le mandarin était froissé, et l'on pouvait s'attendre à quelque vexation. Il n'osa s'en prendre au missionnaire, mais il déchargea sa colère sur Yang-tsiu-yuen.
Le 20 septembre, le P. Gandar, qui succédait au P. Grillo, arrivait à Kao-yeou-tcheou. Yang-tsiu-yuen vint le saluer d'un air triste.
— Qu'as-tu donc ?
— Père spirituel, j'ai été frappé au tribunal du mandarin, et en voici la raison. Vers la fin de la 5® lune, j'étais à Yang-tcheou, pour vous aider à acheter la maison de Chao-pei. Pendant mon absence, un de mes cousins au cinquième degré vendit à une veuve une portion de terre dans mon champ, pour y enterrer son mari. A mon retour, j'aperçus un tombeau au milieu de ma rizière et je demandai l'extraction du cercueil. La veuve refusa, et je dus porter une accusation au tribunal. Pour se justifier, cette femme déclara que, au moment où elle avait acheté le terrain, je me trouvais absent et ' à la suite des Européens, " A ces mots, le mandarin demanda si j'étais bien ce Yang, qui s'est mis au service des Missionnaires. Sur une réponse aflSrmative, il me fit appeler. A peine étais-je arrivé :
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■ — AnjonRl'hui, dit-it, lions allons juger un chrétien, un diable d'Europe. Yang-tsiu-jiieii, pourquoi fais-tu un procès pour niillo sapèques ? ( C'est le prix de la terre vendue ). On t'a offert, par conciliation, cinq mille sapèques. et tu les a refusées ? En esperaistu dix mille'? /i ;
Mandarin, je n'ai jamais proféré qu'une parole : Rendez-moi mon terrain, je ne veux pas de votre argent. "
— Tais-toi; tu es un mauvais sujet. Il faut être un barbare des pays d'Occident, pour m'éorire deux lettres comme celles que j'ai reçues de ton maître Euroj^xien, dans le courant de la 5^ lune.
— Vénérable Père, ce n'est pas moi qui les ai écrites.
— Tu es un menteur.
Il ordonna alors ù un satellite de me donner dix soufflets.
— Père et mère du peuple, répliquai-je, je suis Cliinois, et votre sujet. Si j'ai commis un crime, vous pouvez me cliûtier ; mais ma qualité de chrétien ne vous autorise pas à me frapper injustement et à refuser de me rendre justice.
— C'est assez, retire-toi. La cause est finie. Tel fut le récit de Yang-tsiu-yuen. Il ajouta :
— Vous le voyez bien, Père spirituel, j'ai perdu la face et mon terrain. N'est-ce pas une raison d'être triste ? De plus, cette atlaiie est connue dans toute la ville ; le maître d'école, que j'avais retenu, ne " veut plus venir enseigner, et les élèves, qui avaient donné leurs noms, déclarent qu'ils n'osent pas venir étudier à la Maison du Maître du Ciel. On dit même que le mandarin ne vous permettra pas de vous établir ici, et qu'il vous rendra l'argent que vous avez déboursé. Père spirituel, voilà la cause de mon chagrin.
Le missionnaire crut d'abord qu'il y avait de l'exagération dans ce récit, et il envoya son catéchiste prendre des renseignements dans les divers quartiers de la vUle. Celui-ci confirma les paroles de Yangtsiu-yuen ; il ajouta même que la sentence du mandarin avait produit très-mauvais effet sur le peuple, qui la considérait comme une vengeance contre les chrétiens. ,
Le P. Gandar fit alors présenter sa carte au sous-pre'fet et lui annonça qu'il venait prendre possession de la maison achetée par sou prédécesseur. De plus, il déclarait que les bruits qui circulaient au sujet du procès de Yang-tsiu-yuen lui semblaient faux et qu'il serait heureux de voir les pièces du jugement. L'eulrée du Père dans la ville ne causait ù lo-te-tsang aucune inquiétude ; il promettait même de le protéger ; mais il refusait de livrer les pièces demandées.
L'ojK'ration la plus urgente, était la prise de possession ; c'est par là que comment^le "missionnaire. La maison se compose de trois corps de bâtiments occupés par autant de locataires qui, selon la teneur du contrat d'achat, devaient les laisser libres, le 18 septembre. Le 21, ils ne songeaient pas encore à changer de demeure. Sommation de partir leur fut faite, et l'un des trois se décida ji livrer les clefs de la partie qu'il habitait. On y plaça aussitôt les images du ciel, de l'enfer, du dé-calogue, huit tableaux de la doctrine chrétienne et la proclamation du mandarin ci-dessus mentionnée. Un petit autel y fut installé, et le nouveau sanctuaire fut consacré à la Sainte Vierge sous le vocable de Rcgiiia Anc/elorinti.
Le 24, à trois heures de l'après-midi, le Père quitta sa barque, monta en chaise, traversa les principales mes de Kao-veourlcheon et prit jwssession de sa nouvelle Eésideuce, dont la cour fut bientôt rem- , plie d'une foule de curieux. II envoya des présents au mandarin, pour le remercier de la permission qu'il lui a\ait accordée d'entrer dans la ville, et les accompagna d'une lettre dans laquelle il réitérait éuergiquement son désir d'avoir une copie du jugement rendu contre Yangtsiu-yuen. Le mandarin envoya cette pièce ; elle suffisait pour le faire condamner.
La journée du 25 fut employée à des visites au sous-préfet, an directeur et au sous-directeur de l'instruction, et à quatre des principaux personnages de la ville. Le missionnaire n'eut qu'à se louer de leur politesse. lo-te-tsang éprouvait bien quelque inquiétude au sujet de son jugement.
— Yang-tsiu-jiieu a eu tort, dit- il au P. Gandar; mais enfin le
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plus grand saint, peut, avoir dos ('carts. II faut lui pardonner ot l'exhorter à se soumettre à ma décision. ^
— Mandarin, reprit le Père, il m'est bien jK-nible de voir traiter ainsi l'un des sept de vos sujets, qui ont embrassé le christianisme, car les infidèles qui s'étaient déclarés nos amis n'osent plus maintenant venir à nous. Je n'ai pas encore eu le temps de considérer attentivement la pièce officielle, que vous m'avez envoyée hier, et je vous en parlerai plus tard.
— De grâce, répondit notre homme, que ce soit fini. La cause est jugée.
Le soir, lo-te-tsang venait rendre sa visite. Après les compliments d'usage, le Père se fit apporter la copie du jugement et lut le passage, où il est déclaré que c'est une tierce personne, qui a vendu la terre de Yang-tsiu-yuen.
— Mandarin, dit-il alors. Yang-tsiu-yuen n'avait délégué personne pour cette vente. En Europe, on n'oserait pas vendre le bien d'autrui, sans avoir une procuration par écrit, et je serais étonné qu'il en fût autrement en Chine.
Le sous-préfet, ne sachant que répondre, promit d'instruire de nouvean la cause et d'appeler à son tribunal le vendeur fraudrdeux. Puis, s'empressant de mettre fin à cette conversation :
— Vous êtes logé bien à l'étroit, dit-il; vous pourriez ouvrir une porte de communication avec l'autre corps de bâtiment.
— C'est bien là mon intention, reprit le Père ; mais le locataire refuse de quitter ma maison.
A ces mots, le sous-préfet fit appeler l'adjoint du quartier, et lui intima l'ordre de faire déguerpir au plus tôt le locataire entêté.
Cette visite produisit un heureux effet. Les quelques chrétiens de Kao-yeou-tcheou et les amis de Yang-tsiu-yuen entrèrent sans crainte à la nouvelle Késidence, et le missionnaire eut la consolation de se mettre en rapport avec eux.
Le 26, les visiteurs se pressaient en si grand nombre pour voir les images religieuses, que les catéchistes avaient de la peine îi
maintenir l'orilro. A lu (IcMnamlo du F. (Jandar, Io-Uv(san<5 publia un arrèti- do police, par leiiuel il invitait le peuple îi se présenter avec dignité ù la Maison du Maître du (.ici, pour demander des explications sur la doctrine chrétienne, et non pour s'amuser, encore moins pour se mo- «juer et causer du trouble. L'exécution de cet arrêté fut confiée à l'adjoint.
Telle est l'histoii-e de notre établissement dans la ville païenne de Kao-yeou-tcheou.
Dans une lettre, datc-e du 31 décembre 1874, le P. (îandar exposiiit on ces termes l'état de la chrétienté naissante:
'' J'ai été content de ma visite à Kao-yeou-tcheon. La propagation de l'Evangile s'y fait avec raiiidité ; les gens sont simples et viennent écouter volontiers l'explication des mystères de la Religion. Deux païens, bien au courant de la doctrine chrétienne, l'exposent aux; visiteurs avec plus de verve que nos catc^chistes eux-mêmes. Ce sont deux pères de famille. Ils savent dt^ù les prières essentielles ; mais seront-ils jamais baptisés ? Ils ont tant d'obstacles ii vaincre, l'un surtout ! Il a à sa charge sa femme et ses quatre cnfimts, de plus, la veuve de son frère et ses cinq enfants. Pour nourrir tant de bouches, il n'a que l'exercice de son art. Il est devin, diseur de bonne aventure, explorateur du vent et de l'eau, jette les cartes, etc. Ajoutez que, poiu: réussir dans toutes ses opérations, il est ordinairement en rapport immédiat avec le diable. Son métier lui rapporte chaque année 300,000 sapèques. Il en dépense 200,000 en bonnes œuvres, pour faire venir l'eau à son moulin. Il m'a assuré que, dès qu'il pourrait d'une autre manière subvenir a l'entretien de sa famille, il renoncerait ù toutes ces diableries. Ce devin a été bonze, tao-ze, et a vécu un an, au Kiang-si, avec le Bouddha vivant. C'est de lui qu'il tient tous ses diplômes, énormes pancartes qu'il m'a montrées. "
Le 10 janvier 18T5, le P. Gandar était de passage à Kao-yeoutcheou et y recevait du mandarin une proclamation qui l'autorisait à établir une école.
La nouvelle chrétienté se compose de 11 fidèles appartenant
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ji une famille noninu'o Oiien, orif^inaire du Se-tchouuii. Aucun habitant (lu pjiys n'a encore reçu le BaptOme.
SIUE-PEI-TCHOUANQ. Kylise des Saints Anges. En 18G(), le Hia-ho tut inondé ; et les habitants, réduits ù une affreuse misère, quittèrent lenr pays, pour aller chercher en d'autres contrées quelques moyens d'existence. Un grand nombre d'entre eux se dirigèrent sur Tchcnkiang. Le P. Seckinger était alors missionnaire en cette ville ; et reçut dans son école plusieurs enfants émigrés. Dix d'entre eux, appartenant à des familles venues de Siue-pei-tchoujing, y furent admis comme internes, et y restèrent pendant trois ou quatre ans. Neuf re- (;urcnt le Baptême; et, après s'être formés aux habitudes de la vie chrétienne, ils partirent de Tchon-kiang et reprirent le chemin de leur patrie. C'est ù eux que la chrétienté de Siue-pei-tchouang doit son origine; elle compte aujourd'hui une quinzaine de fidèles. Une chrétienne de Houé-ngan vient de s'y établir, pour enseigner dans le Kongsou les prières aux personnes de son sexe.
Quelques-uns des anciens élèves, dont nous venons de parler, se sont mis au service de la Mission.
CHAO-PEI. Eglise de Notre-Dame du Saint Rosaire. Chao-pei est un bourg situé sur le canal impérial, ù quarante lys au nord de Yang-tcheou, à l'endroit même où les eaux du Hong-tsé et des autres lacs s'échappent vers l'est, pour aller arroser les campagnes du Hiaho. Le P. Garnier, Supérieur de la Section de Nan-king, frai)pé des avantages qu'offrait cette position pour la propagation de l'Evangile, y fit acheter une maison, où le P. Grandar put s'établir, le 1 1 janvier
Cette chrétienté naissante ne compte qu'une seule famille, venue du Kiang-si pour se livrer au commerce.
CHE-EUL-WEI. Kfjlise du Saint liédenipteur. Ici tout est nouveau. Le bourg de Che-eul-wei n'a encore que deux ans d'existence, et la chrétienté n'est établie que depuis quelques mois. Voici en peu d(; mots l'histoire de cette double origine. ■ v ,
De nombreuses barques chargées de sel stationnaient autrefois à
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Tsi-ho, en face de Tchen-kiang, et gênaient la circulation. Le gouvernement décida que désormais elles s'arrêteraient, à quelques lys de la ville de Y-tchen, près de la douzième jetée construite sur la rive du Yang-tse-kiang et désignée sous le nom de Che-eul-wei (in). Aujourd'hui une forêt de mâts couvre le fleuve, sur une étendue de trois à quatre kilomètres aux abords de la nouvelle station ; et Mu où l'on n'apercevait jadis aucune demeure, s'élève une bourgade populeuse, fréquentée par des marchands accourus de toutes les provinces de l'empire. Cinq ou six familles chrétiennes, originaires du Hou-pé, y ont établi leur domicile, et c'est pour veiller au salut de ces quelques ouailles qu'une maison y a été achetée. La garde en est confiée à l'ancien propriétaire nommé Ouang, administrateur de la nouvelle chrétienté, composée d'une trentaine de personnes.
PREFECTURE DE HOr£-XG.\N.
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HOUÉ-NGAN-FOU. Eglise du Sacré-Cœur de Miirie. A l'époque où le Ouang-ho, plus connu sous le nom de Fleuve jaune, baignait les murs de cette grande cité, elle jouissait d'une splendeur qu'auraient pu lui envier beaucoup de villes de l'empire. Centre d'un commerce considérable, elle voyait affluer dans ses canaux des barques venues de maintes contrées lointaines 5 et, pour donner asile à tous les étrangers qui lui demandaient un coin de terre, elle avait dû se créer une double enceinte, en dehors de ses premières murailles. De là les noms de Kieou-tchen, Sin-tchen et Kia-tchen vieille ville, nouvelle ville et ville ajoutée, employés pour la désigner. Depuis 1850, le Fleuve jaune a changé son cours, il se jette dans le golfe du Pé-tché-ly; et, en fuyant les rives de Houé-ngan, il lui a ravi sa fortune et sa renommée. Puis, aux maux causés par la nature, les Echelles sont venus en ajouter d'autres. Kia-tchen ressemble aujourd'hui à un désert, et Sin-tchen compte à peine quelques maisons, disséminées çà et là au milieu de
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SCS murs en mine. Le commerce a disparu, et c'est à peine si les ouvriers peuvent trouver un peu de travail. Les misères morales marchent de pair avec les désastres matériels : la passion du jeu et l'usage de l'opium ont appauvri la population de Houé-ngan.
• En 1866, Mgr. Languillat chargea le P. Seckinger de l'administration des chrétientés situées sur les bords du canal impérial, depuis Tan-yang, jusqu'au nord du Kiang-sou. Le Père vint à Houé-ngan et donna les exercices de la mission dans une famille particulière, car alors il n'y avait pas de Kong-sou. A l'époque de la rébellion de 1860, l'émigration et la mort avaient éclairci les rangs des fidèles ; des 500 qui comjiosaient jadis cette florissante chrétienté, il en restait à peine un tiers. Pour sauver ces derniers débris, le missionnaire résolut d'acheter une maison, où il pût habiter et réunir ses ouailles, aux jours de son passage à Houé-ngan. En 1868, il fit l'acquisition d'une demeure située dans la vieille ville, au quartier de Siao-kao-pi-hang ; mais il eut maintes difficultés à vaincre pour en prendre possession. Les mandarins dans leur haine aveugle contre la Religion et les Européens brûlèrent le contrat d'achat et cherchèrent à revendre la maison ; puis, ne pouvant y réussir, ils la destinèrent à une œuvre de bienfaisance, et en remboursèrent le payement pris sur les deniers publics. Le Consul Général de France à Chang-hai, et la Légation de Pé-king furent avertis de cet acte d'injustice ; la diplomatie nous fit rendre une propriété légalement acquise ; et, l'année suivante, au mois de juillet, un nouveau contrat scellé en bonne et due forme fut remis au missionnaire par un des mandarins. Ce Kong-sou sert aujourd'hui de lieu de réunion aux fidèles dispersés en divers endroits de la ville et même dans la campagne. La foi et la ferveur des anciens jours commencent à renaître, et les brebis égarées rentrent au bercail. Nés dans les rangs du peuple, les chrétiens de Houé-ngan n'ont pas été les derniers à souffrir des maux de leur patrie. Ils sont nonseulement incapables de pourvoir aux frais, que nécessitent les besoins du culte et la visite du missionnaire, mais beaucoup d'entre eux reçoivent de leur Père spirituel les secours que réclame une extrême indigence.
Païens et chrétiens dn bas peuple sont en proie à une égole misère. " Pendant l'hiver, dit le P. Gandar, on distribue, une ou deux fois par jour, aux plus indigents un brouet clair mêlé de riz, pour les empik'her de mourir de faim. Je demandais à notre maître d'école pounjuoi il avait si peu d'élèves dans sa classe. Il fait froid, me répondit-il ; beaucoup d'enfants n'ont pas d'habits ; et puis, ils vont manger la pitance que l'on distribue aux pauvres. "
Cette année, une école a été établie pour les filles ; deux seulement s'y présentaient. Etonné de cette pénurie d'élèves, le Père voulut en coiniaître la cause ; et il apprit que les filles comme les garçons ne trouvaient plus chez leurs parents la nourriture, dont elles avaient besoin, et qu'elles allaient la demander aux fourneaux de bien faisjince. Il promit alors de donner un repas par jour ; dix petites filles arrivèrent à l'école ; une jeune femme y fut même amenée par son mari, et elle s'engageait à étudier pendant trois mois, si on lui assurait deux repas au lieu d'un ; sa demande fut agi'éée, et elle se mit au nombre des élèves. Nous ne saurions taire ici les noms de Tsiangiun-kou, jeune vierge de 23 ans, originaire du village de Kin-ka-haong, près de Chang-hai, et de Yang-tsang-ze, veuve fervente de Honé-ngan. Ces femmes dévouées dirigent l'école des filles, et ont rendu à la chrétienté des services que Dieu n'oubliera pas. A l'époque de la mission, les paysannes chrétiennes viennent passer un ou deux jours dans leur maison, et trouvent auprès d'elles instruction et conseils. Pendant l'année, elles enseignent les prières aux personnes de leur sexe, qui désirent embrasser la Keligit>u et les initient aux pratiques du cliristianisme.
Outre les deux licoles dont nous venons de parler, il en existe une troisième dans l'enceinte de Kia-tchen. T^es enfants païens qui la fréquentent sont obligés d'apprendre le catéchisme et d'entendre des instructions proportionnées à leur âge.
Tel est l'état actuel de la chrétienté de Houé-ngan.
TSIN-KIANG ou T3IN-H0 HIEN. Au mois d'octobre 1874, un médecin, nommé Hia-kiun-tsiuen. écrivit au P. Gandar pour l'inviter à venir dans cette ville. Originaire de la province du Chan-tong, il
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u^avait pas rencontre un seul missionnaire depuis onze ans et désirait se confesser et communier ainsi que toute sa famille. Le 21 novembre suivant, le P. Gandar arrivait à Tsin-kiang avec le R. P. Foucault, qui visitait alors le district de Yang-tclieou. Il se rendit pendant la nuit à la demeure du me'decin, afin de ne pas exciter l'attention publique, y exerça les fonctions de son ministère et distribua la sainte communion aux pieux chrétiens, qui l'avaient appelé. Quelques heures après, il était de retour sur sa barque. Le R. P. Foucault, informé de l'heureux résultat de cette démarche et des bonnes dispositions de la fomille Hia, décida qu'une maison serait achetée n Tsin-kiang, pour permettre au missionnaire de s'occuper de cette chrétienté naissante. Peu de temps après, cet achat était réalisé; mais des diflicultés surgirent, au moment oii le propriétaire, nommé Kin, dut apposer sa signature sur le contrat de vente. Au lieu du nom du P. Gandar il aperçut les cinq caractères ' Tien-tchou-tang Kong-tsang " — formule usitée pour toutes les acquisitions faites par la Mission. — ' Si vous écrivez le nom du missionnaire ou de son catéchiste, dit-il alors, je vais signer immédiatement. Mais, si vous employez les mots " Tien-tchoiitang Kong-tsang^ " je ne consentirai à signer que quand vous m'aurez apporté nn certificat du sous-préfet, attestant que je ne serai pas molesté, pour avoir vendu ma maison au Tieu-tc/iou-iang." Voilà la raison pour laquelle tant de païens refusent de céder leurs propriétés, même à des prix élevés : ils craignent de se voir exposés à mille vexations de la part des mandarins et de perdre, pour s'y soustraire, une partie de la somme qu'ils ont reçue. Le passe-port du P. Gandar, puis le décret de l'empereur Hien-fong, attestant que les Missionnaires ont le droit d'acheter des maisons et des terres, furent inutilement mis sous les yeux de Kin ; ces pièces ne lui inspiraient aucune confiance, car il ne pourrait les invoquer sans s'exposer à être battu, si le sous-préfet de Tsin-kiang le citait à son tribunal (l). , ^
(1) Quand II. Neel, de la Congrégation des Missions-Etrangères, missionnaire au Kony-tcheou, fut saisi et conduit au prétoire de Kay-tcheou, le 18 février
En présence de ces flifficult(;s, il ne restait qu'un seul parti à prendre ; c'e'tait de réclamer l'appui du mandarin. Le Père lui demanda une audience et ne l'obtint pas sans peine. Ce d^^but faisait pre'voir des négociations difficiles ; en effet, la première visite ne produisit aucun résultat, et elle fut suivie d'une seconde dans laquelle le souspréfet se montra de nouveau inflexible. Il refusait d'apposer le sceau du tribunal sur le contrat d'achat, s'il n'y lisait pas les mots de Tieii- Ichou-tang Kung-tsang ; " et. d'un autre côté, il ne voulait point conseiller au propriétaire de le signer, quand ces mêmes mots y seraient écrits.
Le soir, le P. Gandar eut le mot de l'énigme. Son catéchiste et Hia-kiun-tsiuen se rendirent au tribunal, pour essayer une troisième fois d'obtenir justice. Le sous-préfet les reçut poliment, but le thé avec eux et leur dit : " Le missionnaire Kang (l) veut acheter une maison à Tsin-kiang ; et il me montre son passeport et le décret de l'empereur ; c'est inutile. Je sais qu'il a le droit pour lui ; mais si je le laisse s'établir ici, c'est un nouveau tribunal dans la ville. J'ai à craindre en haut, j'ai à (jraindre en bas. L'empereur a promulgué ce décret ; j'en conviens ; mais moi je ne puis voir l'empereur, ni compter sur sa protection. Tous les ordres me viennent de mes supérieurs ; et ici c'est le Vice-roi qui gouverne. Apportez-moi un mot de sa part, et à l'instant je vous permets tout ; car alors je n'aurai rien à craindre ni pour ma personne, ni pour ma place. Si, sans cette précaution, je laisse établir ici une Maison du Maître du Ciel ; le peuple
1862, il voulut montrer son passc-jiort au mandarin, pour lui prouver qu'il avait le droit de prêcher la Religion de Jôsus-Christ. — " Ce passe-port, s'écria le mandarin, t'a l'té dôlivrô par ton gouvernement et non par le nôtre ; il ne fait pas foi pour nous." Les Missions Callioliques S' année, n'> 350, p. 83. Et cependant le passe-port des Missionnaires, rédigé en français et en chinois, est muni de la signature des autorités chinoises tout aussi bien que de celle du ministre de France à Pé-king.
(1) Nom Chinois du P. Gandar.
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n'a qu'il se révolter comme à Tien-lsin, alors je suis perdu. Voilsi la raison pour laquelle je ne cède pas à la demande du missioniiaii'e."
Ces paroles font connaître la tactique gouvernementale. L'empereur signe les traite's et publie les décrets, que re'clament les puissances Européennes, quand il ne peut les refuser ; mais ces actes iic font pas foi pour lui; et les fonctionnaires, en les éludant, jTcquièrcnt des droits à sa reconnaissance. Ceci explique la conduite, en apparence contradictoire, des mandarins dans diverses parties de l'empire ; les uns tolèrent la Eeligion, d'autres la perse'cutent. Le cliristianisme n'a point leurs sympathies; Confucius est leur maître, et ils ne permettront point à Je'sus-Christ de régner sur leur patrie. Mais, en hommes habiles, ils se prêtent ordinairement aux circonstances. S'ils peuvent nous persécuter sans créer à leur gouvernement des embarras dont il se plaindrait, et dont ils seraient eux-mêmes victimes, ils se font perse'cuteurs, c'est pour eux un titre de gloire. Quand la pei"sécution n'est pas opportune, si elle est même difficile, ils ménagent les chrétiens ; et, après les avoir vexés dans une cité ou une province, en changeant de poste, ils changent de tactique. On les voit même parfois se montrer pleins de courtoisie à l'égard des Missionnaires, qui profitent de ces bons moments pour obtenir d'eux quelques faveurs (l).
Mais revenons à l'afiaire qui nous occupe. Le P. Gandar, ne pouvant obtenir justice du sous-préfet de Tsin-kiang, s'abstint momentanément de faire d'autres démarches. Celui-ci écrivit au Vice-roi de Nan-kîng un rapport, dans lequel il lui racontait ce qui s'était passé, et il en reçut une réponse qu'il communiqua au missionnaire. Le Vire-roi déclarait qu'il venait d'examiner le traité conclu avec la
(1) Lieu-koncn-ic, si on le juge senlement d'après le récit de sa visite à Tong-ka-dou, semble favorable à la Religion. Mais, pendant qu'il était gouverneur du Kiang-si , Missionnaires et chrétiens n'avaient qu'une voix pour se plaindre de son administration.
On rencontre cependant des mandarins à qui la douceur et la droiture de leur caractère font une loi de protéger les chrétiens ; mais ils sont rares.
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France et il en exposait ainsi la teneur : 1 les Missionnaires peuvent acheter des terrains ou des maisons, quand ils trouvent un vendeur ; mais ils ne doivent forcer personne à vendre ; 2" quand ils désirent faire une acquisition, ils sont oblige's d'en donner connaissance au mandarin, qui alors prendra les informations nécessaires, examinera le vent et l'eau, etc, et leur remettra ensuite un contrat enregistré, qu'ils recevront très-liumblement.
Ces principes exposés, le Vice-roi concluait que le P. Gandar n'avait pas le droit de contraindre le propriétaire Kin à céder sa maison au Tien-tchou-tang.
Deux réflexions se présentent ici naturellement. Il est d'abord évident que le sous-préfet de Tsin-kiang, dans son rapport, avait exposé l'affaire d'une manière inexacte, pour ne pas dire fausse. Le propriétaire Kin ne refusait point de vendre sa maison , puisqu'elle était déjà vendue ; mais les mots de Tien-tchou-tang Kong-tsang, écrits dans le contrat, lui faisaient redouter la colère du mandarin, et, pour s'y soustraire, il exigeait une garantie, que celui-ci refusait d'accorder.
De plus, le Vice-roi, en exposant la teneur du traité, altère le texte ; ou, s'il le cite exactement, sa citation vient jeter un nouveau jour sur la tactique de son gouvernement, qui met entre les mains de ses fonctionnaires des documents différents de ceux que les plénipotentiaires ont signés (l).
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(1) En effet, l'article 13 du traité signe, le 27 juin 1858, à Tien-tsin par le baron Gros et les commissaires impériaux Kouei-liang et Houa-cha-na, est ainsi conçu : " La religion chrétienne, ayant pour objet essentiel de porter les hommes à la vertu, les membres de toutes les communions chrétiennes jouiront d'une entière sécurité pour leurs personnes, leurs propriétés et le libre exercice de leurs pratiques religieuses ; et une protection efficace sera donnée aux Missionnaires, qui ss rendront pacifiquement dans l'intérieur du pays, munis des passe-ports réguliers, dont il est parlé dans l'article 8. Aucune entrave ne sera apportée, par les autorités de l'empire Chinois, au droit qui est reconnu à tout individu en Chine d'embrasser, s'il le veut, le christianisme, et d'en suivre les pratiques sans être passible d'aucune peine infligée pour ce fait.
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Le r. Ciariiier, iulbrmc de toutes ces meiu-es, cicri\ it au ^'^ice-^)i pour solliciter sa protection ; il n'en reçut qu'une re'ponse semblable H celle qui venait d'être adresse'e au sous-préfet de Tsin-kiang. Sur ces entrefaites, celui-ci fut appelé à un nouveau poste et remplacé par un mandarin nommé Hou, employé autrefois au tribunal des affaires européennes, à Nan-king. Le 5 juin 1875, le P. Grandar lui fit une visite. Hou se montra poli ; sa parole était même parfois aimable et respectueuse ; mais il avait dans le cœur trop de haine contre le christianisme, pour la dissimuler complètement, et il lui échappa des propos amers contre Hia-kiun-tsiuen, qui avait négocié l'achat de la maison de Kin. Dans une proclamation, afBchée sur les murs de la ville, il venait de faire connaître au peuple les conditions auxquelles serait soumis quiconque désirait céder une propriété aux IVlissionnaires : Le vendeur était tenu à consulter ses voisins sur l'opportunité de cette transaction ; il devait ensuite en donner avis au tribunal et recevoir la visite du mandarin et de ses employés, qui examineraient le local
" Tout ce qui a été précédemment écrit, proclamé ou publié en Chine, par ordre du gouvernement, contre le culte chrétien, est complètement abrogé, et reste sans valeur dans toutes les provinces de l'empire. "
La " Convention de paix additionnelle au Traité de Tien-tsin conclue le 2.5 octobre 1860" renferme un article relatif à la Religion. En voici la teneur : article 6. " Conformément à l'édit impérial du 20 février 1846, on annoncera dans tout le royaume qu'il est permis au peuple de propager et de pratiquer la doctrine du Seigneur du Ciel, de tenir des réunions dans ce but, de bâtir des églises et d'y vaquer aux exercices du culte ; ceux qui sans raison s'opposeraient à ces droits seront légalement punis. Une indemnité sera payée pour les églises, écoles, cimetières, terres et bâtiments qui appartenaient autrefois aux chrétiens persécutés ; elle sera remise au représentant de la France à Pé-king, qui la transmettra à qui de droit. De plus, il est permis aux Missionnaires français de louer et d'acheter des terres dans toutes les provinces et d'y bâtir à leur gré. "
Voilà le texte des traités ; et on peut se demander de quel droit la Cour de
Pé-king, ou les mandarins veulent les modifier, à l'aide de conditions arbitraires
et vcxaloires.
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mis en vente." Ces formalite's étaient odieuses et ne'cessitaient des de'penses que peu de gens voudraient affronter : c'était opposer aux desseins des Missionnaires des obstacles à peu près insurmontables. Cependant Hou ne craignit pas d'annoncer au P. Gandar qu'il venait de publier en sa faveur une proclamation conforme aux traités. Un jeune homme désirait vendre sa maison et se rendit au tribunal, pour s'informer si cette résolution serait favorablement accueillie. Tous les employés lui conseillèrent de renoncer à son projet, parce qu'il ne pourrait jamais se soustraire aux vengeances du mandarin ; et nous sommes encore à nous demander quand nous pourrons avoir un piedà-terre à Tsin-kiang.
TCHEN-KIAXG. Procure de la Section de Nan-king. Eglise du Sacré-Cœur de Jésus.
Située à l'embranchement du canal impérial et du Yang-tsekîang, sur la rive méridionale de ce fleuve, Tchen-kiang est une cité populeuse et florissante, ouverte au commerce étranger par les traités de 1858. Les Anglais y possèdent une concession et les Chinois y entretiennent une garnison tartare. Une trentaine d'Européens, pour la plupart employés de la douane chinoise, sont les seuls étrangers qu'on y rencontre. Avant la rébellion de 1860, on y comptait environ 150 chrétiens; dix-huit seulement échappèrent à cette tourmente révolutionnaire ; trois habitaient la ville ; les quinze autres avaient établi leur demeure en dehors de son enceinte.
En 1864, le R. P. Gonnet, Supérieur Général de la Mission, acheta à Tchen-kiang une vieille maison, qui devait leur servir de point de ralliement. Deux ans plus tard, le P. Seckinger fit l'acquisition d'un terrain, à deux cent cinquante pas du fleuve ; il y établit une petite Résidence, une école et une pharmacie. L'école compta bientôt treize pensionnaires, parmi lesquels neuf devinrent, comme nous l'avons vu, les fondateurs de la chrétienté de Siue-pei-tchouang. La pharmacie, confiée aux soins du F. Bernard, fut ouverte à des milliers de malades ; quelques-uns embrassèrent le christianisme ; les autres, peu soucieux du salut de leurs âmes, ne nous demandaient que des