‹ Relations de la mission de Nan-kin [microform] confiée aux religieux de la Compagnie de JésusChapitre 57 sur 81 · DISTRICT DE OU-HO · texte numérisé non relu

DISTRICT DE OU-HO

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Le P. Gandar nous a laissé sur cette contrée, où il a exercé pendant un an le ministère apostolique, des notes qu'on ne lira pas sans intérêt.

" IjC pays de Ou-ho, dit-il, n'est qu'une vaste plaine arrosée par cinq cours d'eau, qui parfois l'inondent complètement et lui donnent l'aspect d'un lac. Pour se prémunir contre ce fléau, les habitants élèvent au dessus du sol, à la hauteur de sept à dix pieds, des terrassements sur lesquels ils construisent leurs maisons. Si l'on excepte les I)agodes et la demeure de quelques riches familles, tontes les habitations ont des murs en terre et dos toits de chaume ; beaucoup d'entre elles s'écroulent à l'époque des débordements. Des massifs d'arbres les prémunissent plus ou moins contre les bourrasques des vents du nord; si elles ont à subir le souffle d'un typhon, elles perdent ordinairement leurs toits et éprouvent parfois de plus graves avaries.

'' Les ressources agricoles de cette contrée sont fort médiocres ; l'engrais manque pour féconder la terre, et, aux deux récoltes annuelles, les céréales sont de qualité inférieure et les graines peu abondantes. Le tabac est une des cultures principales, et on en fait une grande consommation : hommes et femmes, tout le monde fume.

'Les pâturages naturels ou artificiels font complètement défaut; aussi les paysans ne nourrissent-ils que le bœuf ou l'âne, dont ils ont besoin pour labourer leurs champs. La vache ne donne pas de lait. Les chevaux et les mulets sont fort rares.

" Les habitants sont généralement pauvres. Beaucoup d'entre eux n'ont pour demeure que des huttes de roseaux et vivent dans la misère. Leur mobilier est fort restreint, et l'on chercherait inutilement chez eux maints objets que l'on rencontre chez les paysans des autres contrées. Une natte étendue sur le sol 16™- sert de siège et de table. Assis ou debout, c'est là qu'ils mangent leur riz et leur brouet ; ceux qui possèdent quelque fortune achètent pour s'asseoir de petits bancs

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en bois. Leur lit est d'une simplicité primitive, quatre planches en forment les traverses ; et des pieux de vingt-cinq à quarante centimètres de hauteur servent de pieds; des cordes de paille tressées en mailles largement espacées recouvrent ce tréteau, sur lequel on se couche pendant la nuit, et qui sert de siège aux visiteurs durant la journée.

Les écuries sont ici chose inconnue ; en toute saison, l)œufs et vaches, chevaux, ânes et mulets n'ont d'autre abri que la voûte du ciel; on leur laisse le soin de s'aguerrir contre le froid, le soleil et la pluie.

Les greniers et les granges n'existent pas. et les moissons sont entassées devant les maisons. Le battage n'est pas usité, et le froment sort des épis sous la pression d'un rouleau de pierre, qu'un bœuf ou un âne, et quelquefois les deux réunis, promènent à longues journées sur les gerbes qui couvrent l'aire du fermier. La paille enlevée avec un râteau, on lance en l'air le grain, que le souffle du vent débarrasse des dernières enveloppes qui le recouvrent ; il retombe k terre après cette opération ; c'est là son vannage, puis on le ramasse. Quelle que soit l'activité des laboureurs, on rencontre dans la sous-préfecture de Ou-ho des milliers d'arpents de terre en friche , et les bras manquent pour les cultiver.

En temps ordinaire les vivres ne sont pas chers. La livre de viande se vend 50 sapèques ; celle de farine de froment 14, et celle de riz 12 (l). Un œuf ne coûte que 3 sapèques, et le prix des autres denrées est aussi fort modique. Mais le salaire des ouvriers est peu élevé et l'argent fort rare dans les campagnes : le papiermonnaie circule avec l'approbation des mandarins en valeurs de deux ligatures ; la piastre-carolus est fort recherchée, et on refuse la mexicaine, à cause de sa trop grande quantité d'alliage.

' Aucun service de poste n'aboutit à Ou-ho. Le missionnaire, que la Providence envoie dans ces contrées, y vit dans un isolement complet, et il lui arrive de passer trois ou quatre mois sans recevoir

(1) Dix sapoqnes valent cinq centimes de notre monnaie de france.

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aucune nouvelle de ses frères ; mais les chre'tiens le traitent avec respect et les païens ne le tourmentent pas. "

Ce district dont l'administration a été confiée, cette année, au P. Grillo compte actuellement six centres d'action : Tchang-kia-tan, Teou-pou, Tche-kia-kiao, Hiu-kia-tchang, Tchong-iang-tsi et He-yukeou. Leurs Kong-sou ne sont que de pauvres chambres en terre recouvertes de cliaume. Celui-de Ou-lio, bâti .à la porte orientale en dehors des murs de la ville, est plus solidement construit ; la brique et les tuiles n'y font pas complètement défaut. Son église, dédiée à S. Joseph, a été bénite le 29 juin 1874, jour de la fête des Apôtres , S. Pierre et S. Paul.

La ville de Ou-ho, grâce aux avantages de sa position, rend facile la propagation de l'Evangile. Entourée de cinq fleuves, elle voit se ranger sous ses murs de nombreuses barques, qui se rendent en diverses provinces. Les mariniers, après avoii* mis pied à terre, viennent visiter la Maison du Maître du Ciel. Là, un catéchiste les reçoit dans une chambre dite salle d'exhortation, leur montre les tableaux des principaux mystères de la Eeligion, leur parle de Dieu, de Notre-Seigneur, de l'âme humaine et de ses destinées éternelles ; puis ils se retirent et laissent la place à de nouveaux \àsiteurs que la curiosité nous amène. Les habitants de la ville connaissent aussi la salle d'exhortation ; parmi eux il en est qui désirent sérieusement s'instruire des vérités chrétiennes, mais sans autre pensée ultérieure ; ils ne songent point à renoncer au paganisme. D'autres se décident à apprendre les prières ; mais leur bonne volonté n'est qu'éphémère, ils n'ont pas le courage de briser les obstacles, qui s'opposent à leur conversion. La famille, les faux amis, les passions et le démon étouffent la bonne semence, qu'ils avaient reçue du ciel et l'empêchent de se développer.

Un petit pensionnat a été fondé à Ou-ho. Il compte aujourd'hui dix-neuf élèves, fils d'anciens chrétiens, et qui \m jour, nous l'espérons, aideront le missionnaire à propager l'Evangile.

Dans la ville une vierge, nommée Lin-san-kou, se consacre à l'instruction des femmes païennes ; Elle se rend aussi dans les familles,

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