‹ Relations de la mission de Nan-kin [microform] confiée aux religieux de la Compagnie de JésusChapitre 58 sur 81 · MT · texte numérisé non relu

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« pour y baptiser les enfants moribonds, et elle a même entrepris de ramener à la foi les apostats qui ne sont pas rares dans cette chrétienté et parmi lesquels on compte sept bacheliers.

Grâce aux nouveaux Kongsou bâtis durant ces dernières années, les fidèles du district peuvent recevoir fréquemment la visite du missionnaire, et les habitudes de la vie chrétienne se développent de plus en plus parmi eux,

A l'extrémité occidentale du Ngan-houé, et non loin de la frontière du Ho-nan se trouve la chrétienté de Ho-kieou confiée aux sohis du P. Grillo. Il s'y est rendu avec deux catéchistes ù la fin de l'année 1874, pour porter à ses ouailles les secours spirituels qu'elles réclament ; et il nous a laissé dans les pages suivantes le récit de sa pieuse et intéressante expédition.

Partis du Ou-ho, le 25 novembre, dit le P. Grillo, nous ne pûmes faire, ce premier jour, qu'une trentaine de lys. Le 26, impossible de sortir du bourg de Ngan-hoai-tsi, où nous avions jeté l'ancre, la nuit précédente. Le vent était devenu contraire ; le courant que nous devions remonter est des plus rapides ; et l'inondation nous enlevait l'avantage de pouvoir haler notre barque. Je passai la matinée ti terre, accompagné de mes deux catéchistes Li-tchang-ken, et Niemin-liien. Nous visitâmes les familles plus ou moins chrétiennes' qui demeurent dans le bourg , et nous allâmes ensuite dans deux pagodes, pour y chercher l'occasion de dire quelque chose de notre sainte Religion. La première de ces pagodes est sous la garde d'un jeune bonze, dont les allures sont fort grossières. Quand nous y entrâmes, il était occupé à tresser des sandales en jonc, et nous fit un accueil qui n'était rien moins que poli. De tous les bonzes que j'ai vus depuis que je suis en Chine, celui de Ngan-hoai-tsi est le seul qui m'ait mal reçu. La seconde pagode est le siège d'une école préparatoire au baccalauréat. Un bachelier, nommé Tchen, y donne des leçons à une douzaine de jeunes gens. Nous le visitâmes ; et nous nous séparâmes bons amis, après lui avoir exposé les éléments essentiels du christianisme. Je rentrai vers midi sur ma barque, et j'y trouvai les

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administrateurs de Hiu-kia-tchang, clire'tienté située à sept lys de Ngan-hoai-tsi, qui venaient m'inviter à célébrer la messe dans leur Kong-sou. Je laissai dans ma barque une partie de ma suite, et je me rendis à Hiu-kia-tchang, en attendant que le vent nous permît de poursuivre notre route.

Le 28, une brise se leva. La barque vint me rejoindre ; et nous continuâmes lentement notre voyage jusqu'au village de Mo-tang-tse, situé à une trentaine de lys de Hiu-kia-tchang. Un jeune bachelier, maître d'école, nous y fit un accueil sympathique, écouta la doctrine avec le plus grand intérêt, et beaucoup de visiteurs, accourus des environs, profitèrent de notre enseignement et s'en montrèrent satisfaits.

" Le dimanche 29, premier de l'Avent, nous jetâmes l'ancre à Lin-kouai-kouang. Cette ville, autrefois très-commerçante, est tristement renommée pour la corruption de ses moeurs. Elle a été presque entièrement engloutie sous les eaux de la Hoei ; et ses habitants regardent cette catastrophe comme un châtiment du ciel. L'école que nous avons visitée ici est située à quelques pas de la rive gauche du fleuve, et le bachelier qui la dirige s'appelle Suen. Il nous a accueillis avec un air froid et embarrassé ; la question religieuse surtout lui souriait peu. Pour nous tenir tête, il appela à son secours un autre Lettré nommé Tchou, qui commença par nous dire que les Lettrés, n'avaient nul besoin de la religion du Seigneur du Ciel et qu'ils rendaient leurs hommages au Ciel et à la Terre. Serré de près par la notion que nous lui donnions du Seigneur du Ciel, il nous lança avec dédain ces paroles : '" De quel Seigneur du Ciel parlez-vous "? L'homme est le maître du ciel et de la terre." Vraiment ! lui dis-je. Tout à l'heure vous faisiez profession d'adorer le Ciel et la Terre. Comment se peut-il que l'homme étant maître du Ciel et de la Ten'e, il adore ses serviteurs ? " Le fier Tchou resta tout interloqué ; et le maître de la maison, pour le tirer d'embarras, nous pria de retourner à notre barque, parce que, disait-il, l'heure était déjà avancée.

''Le 30, le vent continua d'être peu favorable; nous ne fîmes

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qu'une médiocre journée ; et. nous jetâmes l'ancre au bourg de Tchanjrho-hoai, rive droite. Bien que la luiit approchât, je ne voulus pa.s manquer l'occasion d'annoncer le royaume de Dieu dans ce bourg, oi« une famille patriarcale nous reçut avec joie. C'est la famille Suen ; elle compte une centaine de membres ; mais le plus âgé, bachelier, maître d'école de ses neveux et petits-neveux, était absent. Nous le rencontrâmes, au moment où nous regagnions notre barque, et je craignais bien qu'il ne détruisit les bonnes impressions produites par nos exhortations. Un de mes catéchistes l'aborda, et lui ayant exposé l'objet de notre visite, en reçut cette réponse : Nous sommes les disciples des saints ; cela nous suffit." La fierté de ce vieillard, plus que septuagénaire, tomba peu à peu ; et, ne niant pas la notion d'un Dieu créateur, il finit par nous dire : " Mais si ce n'est que cela, nous sommes de la même religion, car j'adore aussi l'Ancien du Ciel." Des raisons ultérieures apportfîes par Li-tchang-ken nous le rendirent favorable ; et j'ai l'espoir qu'une seconde visite pourra être couronnée d'un succès plus décisif dans cette localité. r v'

1 ■ Décembre. A force de haler la barque, nous arrivâmes pondant la nuit à Hoai-iuen-hien, après treize heures de voyage. Cett(^ ville, d'un aspect assez pittoresque, est bâtie près d'un rocher, qui s'élève à plus de cent mètres au-dessus du niveau de la Hoei. Ijos habitations, disposées en amphithéâtre, sont toutes taillées dans le roc, chose fort rare dans le reste de la Mission, autant que je puis conjecturer. Un jour de halte forcée à Hoai-iuen-hien nous permit de nous mettre en rapport avec quelques maîtres d'école. Les esprits sont généralement assez bien disposés. Les pagodes en ruine ont de la peine à se relever ; mais si le culte des faux dieux semble abandonné, le temple de Confucins se distingue par sa magnificence. Cette observation s'applique à toutes les \illes situées sur les bords de la Hoei. ;"■■/--; "^ . . y- '■; ■,;^..-- ■;■■/■'"

Le 3 décembre, le vent du nord-est se leva enfin; en une seule journée nous fîmes autant de chemin que dans les huit jours précédents, et nous couchâmes près du village de Pin-kie-tang, à 30 lys de

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Clieou-tcheou. Le lendeniain, 4, nous marchâmes aussi vite qne la veiJle, et nous pûmes arriver à ce que j'appellerai l'avant-port de Tchen-iang-kouang. Cette ville est sur le confluent de la Hoei, qui reçoit encore deux autres rivières, dont l'une se dirige vers Yngtcheou-lbu, et l'autre vers Lou-ngan-tcheou. Ici, nous nous séparâmes d'un bon commerçant du Ho-nan, qui se rendait à cette dernière ville. Je lui avais accordé le passage sur ma barque ; il a eu ainsi le moyen de connaître la Eeligion et de se faire instruire des principaux mystères, depuis Ou-ho jusqu'à l'endroit où nous nous sommes quittés. Quelques jours avant son départ, il récitait les prières avec mes catéchistes, et il a assisté deux fois à la sainte messe. S'il a le bonheur de rencontrer quelque fervent chrétien, il pourra compléter son instruction religieuse et recevoir le Baptême. Cet homme s'appelle Mang.

Le 5, nous voguâmes vers la porte méridionale de la ville ; mais le vent cessa tout à coup ; et nous dûmes y faire une halte d'un jour. Je descendis à terre pour voir cette cité, qui est bien bâtie et d'un fort bel aspect. Il s'y fait un immense commerce. Pour vous en donner une idée, il me suffit de vous dire que Tchen-iang-kouang est pour la Hoei, ce que Che-eul-wei est pour le Kiang entre Tchen-kiang et Nanking, c'est-à-dire le rendez-vous de plusieurs centaines de barques chargées de sel, qui voyagent dans quatre directions différentes. Ma visite à terre ne fut pas couronnée de succès ; je ne trouvai aucune école où je pusse parler de religion, et je dus rentrer assez mécontent de ma journée. En jetant les yeux sur le rivage à travers la fenêtre de ma chambrette, j'aperçus deux hommes bien vêtus, qui regardaient fixement dans l'intérieur de ma barque. Comme ces curieux me semblaient gens de distinction, au bout d'un quart d'heure je montai sur le pont et dis à Li-tchang-ken de leur demander s'ils désiraient nous parler, et ils entrèrent dans ma cabine. L'un d'eux, à en juger par ses manières respectueuses, était le subordonné du second, qui s'annonça modestement comme le cousin du Gouverneur général de la province de Kiang-sou. Il avait, me dit-il, entendu parler de l'arrivée d'un missionnaire dans ces contrées, et il désirait s'entretenir avec moi

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— laide la Religion du Maître du Ciel. Nous nous montrâmes enchantes de sa visite, tout en nous réservant le droit de douter de la sincérité de ses intentions ; et nous lui donnâmes rendez-vous pour le lendemain de très-bonne heure; la séparation fut fort polie.

'' Le lendemain, un vent favorable se mit à souffler ; mon équipage avait hâte de mettre à la voile ; et j'obtins avec peine des bateliers un retard de quelques heures. Mes gens se montraient peu touchés de la visite de la veille, et ils s'étonnaient beaucoup de ma persistance à attendre celui qui nous l'avait faite. Désappointement complet ! Notre homme n'arriva point ; et nous nous laissâmes emporter par le vent jusqu'à la ville de Ho-kieou-hien. Quand nous y arrivâmes, il était nuit ; je ne descendis pas à terre, mais je fis porter ma carte au tribunal. Ouen-ta-lao-ié, le tche-hien, fit un accueil gracieux à mes catéchistes, et donna ordre à un employé de sa maison de les conduire avec une lanterne jusqu'à ma barque et de me remettre sa carte.

Près de Ho-kieou, la Hoei qui descendait vers le sud-ouest, laisse un canal s'en aller vers l'ouest, tandis qu'elle continue son coure rapide vers lé nord-ouest. C'est dans ce canal que nous fîmes les 70 lys, qui nous séparaient du terme de notre voyage, le bourg de Ho-keu-tsi. Nous y arrivâmes dans l'après-midi du 7 décembre, après douze jours de navigation.

Ho-keu-tsi est regardé comme d'un abord facile pour tous les chrétiens du district, auxquels je venais apporter les secours de mon ministère. Un pressentiment me faisait espérer, depuis mon départ de Ou-ho, que l'apparition du missionnaire dans cette localité ne serait pas sans résultat pour la conversion des païens. Une maison fut bientôt trouvée, et nous la louâmes pour un demi-mois, a raison de 50 sapèques par jour. Nous avions à notre usage quatre chambres, situées autour d'une cour. La messe de l'Immaculée-Conception une fois célébrée sous les auspices de Celle qui écrase la tête du dragon, je fis mon entrée dans Ho-keu-tsi; et elle fut vraiment solennelle, si l'on tient compte de la multitude qui se pressait sur nos pas. Tous ces gens, on peut bien le croire, n'étaient pas venus pour nous faire

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honneur; cejienilant il ne se passa rien île (li'fiagroable. L'elonnenienl s'emparait de tous les esprits, cjiiand on constatait que le diable d'occident ressemblait au commun des mortels, sauf la barbe qui pouvait n'être que postiche. Beaucoup ne me regardaient pas comme un étranger ; et les enfants sourtout se disaient entre eux : ' Est-ce vraiment là un diable de la mer. " Nous arrivâmes au logis, mais nous le trouvâmes envahi par la foule ; et le maître de la mai8(m ne sachant comment rétablir l'ordre, nous nous de'cidâmes à faire une promenade pour contenter la curiosité du public ; puis, les deux joui'S suivants nous répétâmes le même exercice. L'honnête Kia-tchang-koué, notre hôte, se crut un moment pris dans un piège, en voyant le peuple affluer chez lui, et il songeait à nous éconduire. Avant de se déterminer à mettre son dessein à exécution, il me pria de voir les notables du bourg. Plus de vingt-quatre cartes furent alors expédiées en différentes directions, et je visitai moi-même quelques-uns des principaux habitants. Tous vinrent me rendre la visite, en me prodiguant des marques de respect. Le pauvre peuple passait d'une surprise à l'autre ; et chacun se demandait quel pouvait être cet Européen, qui faisait accourir toute les illustrations du pays dans la maison de Kiatchang-koué.

Un autel avait été dressé dans une des chambres ; j'y célébrais la messe de grand matin, l'endant la journée, l'image du Sauveur était exposée aux regards de la foule. Lorsque des bacheliers ou des gens de distinction venaient nous voir, nous les recevions avec les saints d'usage, nous leur présentions jnême le thé et la pipe ; et tous ù peu près écoutaient volontiers les vérités de la Religion. Beaucoup se montraient convaincus ; d'autres laissaient entrevoir le désir d'assister à des conférences suivies sur un sujet aussi important. Quant n nons, nous étions occupés du matin au soir; c'est à peine si je pouvais trouver le temps de réciter mon otlice et de prendre quelque nourriture. Au bout de trois jours, l'administrateur du noyau de chrétiens, qui se fnnivenl sur la frontière de la [)rovince. vint m'iuviter ù me rendre chez lui. .le partis alors avec le vieux Oii-sien-cheng et deux

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catéchistes de Ou-lio. Iji-tcliang-keii resta avec un élève, pour garder la place et contimier ses exhortations au peu[)le.

" La famille Oiiang, couiposéededeux frères ayant ménages séparés, demeure à une quarantaine de lys de Ho-keu-tsi, vers l'ouest, dans un endroit appelé Tchen-lcia-pang, à cinq lys seulement de la frontière du Ho-nan: ce sont des chrétiens baptisés, il y a environ trente ans. Trois catt'clunuènes sérieux me furent présentés ; ils appartiennent à la province du Uo-nan et suivent les règles du christianisme depuis plusieurs aimées. Ils connaissent la doctrine n('cessaire pour recevoir le Baptême, mais ils ne savent pas les prières les plus ordinaires. Nous prenons nos mesures pour qu'ils les apprennent afin d'être baptisés à la fête de Noël.

' Une visite, que je fis au château d'un grand seigneur du pays, nommé Li, n'eut pas de succès, parce qu'il était absent. Son homme d'affaires, qui est en même temps professeur de ses enfants, n'osa pas me recevoir ; il craignait les reproches de son maître, dont l'antipathie pour la Keligion est bien connue. Après avoir célébré quatre messes h la campagne, je rentrai au bourg, le jour de l'octave de l' Immaculée- Conception, et je pus m' apercevoir que la parole de Dieu commençait ù porter ses fruits. Deux enfants, dont l'un est le fils d'une locataire de Kia-tchang-koué. apprenaient déjà les prières. Deux jeunes gens se sont déclarés catéchumènes ; et deux familles, qui demeurent à cinq lys du bourg, avaient invité Li-tchang-ken à venir les instruire ù domicile.

Le IG décembre, après une laborieuse journée, j'essayais de contraindre mon estomac rebelle à prendre quelque nourriture lorscjne tout-à-coup on m'annonça la visite d'un personnage nommé Ou-yuenken. Un homme fort bien vêtu le précédait et portait sa carte. Quand ce personnage fut entré, je l'invitai à s'asseoir. ' Enfin, me dit-il, je vous ai trouvé après vous avoir cherché si long-temps." Telles furent ses premières paroles. C'était ce cousin du Gourverneur général du Kiang-sou qui, dix jours auparavant, ('tait monté sur ma barque ù Tchen-iang-kouang. '" Comment se fait-il que vous n'êtes

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