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alors ni catechumônes, ni clm'tiens; Gnie-tchen-clic, la nouvelle convertie, y retourna pour faire une visite à ses parents ; elle exposa devant ses frères les dogmes du christianisme, et eut la consolation de les voir repondre ù l'appel de Dieu. Ils se convertirent, et annoncèrent euxmêmes à leurs voisins la bonne nouvelle de Jésus-Christ. Quelques années après, Gnié-tchen-che, devenue veuve, fit le vœu de travailler pendant dix ans au salut de ses compatriotes, et Dieu bénit son zèle. Son frère Tclien-meu-song l'iiuila ; et, en 1869, ils avaient amené 69 infidèles dans le sein de l'Eglise. Hoa-kia-tou compte aujourd'hui 134 clirétiens et ôO catéchumènes, qui se disposent à recevoir le Baptême : c'est la plus belle chrétienté du district de Tan-yang. Elle possède un Kong-sou, et Tsn-mo-ze a voulu contribuer à sa construction, en oftrant une aumône de cent piastres.
Eloignés de l'église, les catéchumènes sont obligés de parcourir dix, vingt, trente lys, pour assister à la messe, ou entendre une instruction ; et ces voyages pénibles pourraient ralentir et même arrêter le mouvement de conversion. Pour prévenir une aussi funeste conséquence, le P. Léveillé a préparé deux nouveaux centres, qui serviront de point de ralliement. Une maison, achetée dans le bourg de Eultchen, est devenue la résidence d'un catéchiste chargé d'expliquer aux infidèles les vérités religieuses. Le missionnaire s'y rend luimême, pour y célébrer le saint Sacrifice d(; la messe, visiter, soutenir et diriger tous ceux qui étudient les prières et se disposent au Baptême. Le second centre est celui de Ki-hia-hang.
KOUA-TCHOU. Eglise du Saint Cceur de Marie. Sous le règne de Kang-hi, il existait dans ce bourg, une chrétienté florissante ; mais, à l'époque de la persécution de Yong-tcheng, presque tous les néophytes apostasièrenl. La famille Siu, garda le dépôt sacré de la foi, et c'est d'elle que descendait le catéchiste Siu-tse-jen [ Zi-tse-zen ] , dont nous avons parlé, en faisant l'histoire de Si-tè-kio-iu et de Za-sin-kiao. au district de Tsang-tseu.
En 1871, le P. Ferrand bâtit un petit Kong-sou à Koua-tchou, et reçut de Tsu-mo-ze. pour cette œuvre, une nouvelle aumône de cent
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piastres. Cette chrétienté compte aujourd'hui 37 fidèles et un catéchumène; trois adultes y ont re<;u le Baptême dans l'année qu^vient de s'écouler. CHANG-TSE-KEOtr. Eglise du Sacré-Cœur de Jésm. Il y a cinq ans, trois chambres furent bilties près de la maison d'une ancienne famille chr<îtienne de Chang-tse-keou. nommée Ouang, pour procurer un lieu de réunion aux néophytes et aux catéchumènes de cette contnie. De 1873 à 1875, 21 adultes y ont embrassé le christianisme ; • d'autres apprennent les prières, et se disposent à recevoir le sacrement de la régénération ; un catéchiste et une vierge sont chargés de les visiter et de les instruire. Mais, comme la plupart d'entre eux demeurent au midi du canal inip(Tial, à une distance de huit, dix, voire même dix-huits lys de leur nouveau Kong-sou, un second va être prochainement établi à Lo-hang-keou et, pour s'y rendre, ils n'auront plus de longues distances à parcourir.
KIU-IONG. Un païen, nommé Tchang, se réfugia à Chang-hai, pour échapper aux mains des Rebelles qui, en 1860, envahirent cette contrée, et fut admis comme domestique dans la pharmacie du F. Bernard, à Tong-ka-don. Il y resta pendant cinq ans. Les exhortations du bon Frère le décidèrent à embrasser le christianisme, et tous ses parents suivirent son exemple. De retour dans leur patrie, ils n'y rencontrèrent aucun chrétien; ils continuèrent cependant Ji observer les commandements de Dieu et de l'Eglise. En 1874, le P. Léveillé fit bâtir sur leur terrain un petit Kong-sou, où ils se réunissent pour prier. Cette chrétienté nouvelle ne compte encore que 9 membres ; l'un d'eux, récemment converti, avait à peine reçu la grâce du Baptême, que ses voisins résolurent de le faire apostasier; mais il a résisté victorieusement à toutes leurs attaques, et conserve intact le dépôt de sa foi, dont il observe les règles. ; ^
YAN6-LIE0U-P0U. Le missionnaire exerce dans une cha^jelle privée de la famille Mo les fonctions de son ministère, à Yang-lieoupou. Fondée depuis la dernière invasion des Retelles, la chrétienté secompose actuellement de 15 fidèles. ; ;. ; .
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, MISSION DE NING-KO
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Cette mission comprend les quatre districts de Ning-ko-fou, Ning-ko-liien, Kouang-te-tcheoii et Kien-ping. Avant d'en faire l'histoire, qu'il nous soit permis de mettre sous les yeux du lecteur un rapport e'crit par le P. Le Cornée an mois de septembre 1874, et adressé au R. P. Foucault. On trouvera dans ces pages un tableau vivant de l'e'tat actuel d'une contre'e, que neuf Missionnaires parcourent sans cesse, pour y annoncer l'Evangile de Jésus-Christ.
" Des relations détaillées vous ont appris, dit le P. Le Oornec, nos travaux en ce pays, nos succès aussi bien que nos espérances. Toutefois, comme les choses de ce monde ne sont point durables, il ne sera pas inutile de vous faire connaître ce que nous retrouvons aujourd'hui à Ning-ko-fou.
' Il y a trois ans, les routes de Siu-tsen, oîi nous avions notre église principale, étaient sillonnées cliaque jour par une multitude nombreuse, tantôt pacifique et tantôt bruyante. Les uns arrivaient sans apparat ; d'autres faisaient entendre de joyeuses fanfares, mêlées aux détonations des jours de fête : c'étaient des catéchumènes, qui venaient s'inscrire en masse, des quatre coins du Suen-tcheng-hien, du Ningko-liien, du Kien-ping-hien et du Kouang-te-tcheou. En une seule journée, 40, 50, quelquefois même 100 personnes frappaient ù notre porte, pour demander à embrasser le christianisme, et emportaient, en s'en retournant, des images et des livres de prière. A quelle classe appartenait cette foule? Elle aurait dû se composer principalement des rares débris de la population indigène, échappés au glaive des Kebelles. Le malheur, en eftét, est une bonne école ; et certes, ils l'avaient connu. Heureux autrefois, entourés d'une nombreuse famille, les habitants du Ning-ko-fou vivaient en paix dans de somptueuses demeures. Le riz et le froment s'entassaient dans leurs greniers ; le thé, la soie et mille fruits livrés au commerce attiraient dans leurs montagnes l'or de l'étranger. La terre leur prodigua ses biens,
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jus(]u'aa jour où parurent les premières hordes des Eebelles à la longue chevelure.
'' Ignorant leurs sinistres projets, ils ne songèrent point à prendre la fuite ; et, lorsqu'ils connurent le flëau, que leur envoyait le ciel, il était impossible de s'y soustraire. C'est à peine s'ils eurent le temps de se réfugier sur le sommet des montagnes, ou de se cacher dans les cavernes. Les moins prompts h fuir furent emportés par le torrent jusqu'à Chang-hai, ou jusqu'à Ning-po ; et, lorsque plus tard ils revinrent, le pays était désert. Ils ne rencontrèrent que des maisons vides, des villages ruinés, des terres en friche, des bêtes fauves cachées dans les hautes herbes ou les broussailles ; et, près du foyer de la famille, quelques ossements attestaient que plus d'un infortuné était venu mourir au lieu qui l'avait vu naître. Les autres ne descendirent point de leurs montagnes. Entourés pendant trois ans par les Eebelles, ils n'osaient même allumer du feu : la fumée aurait dévoilé leur asile. Le riz ou le froment pilé furent d'abord leur nourriture ; plus tard, ils se virent réduits à manger des racines ; enfin tout aliment leur manqua, et ils moururent victimes d'une affreuse misère. ; , ::..;';vv^"
Par quels crimes ce peuple avait-il irrité la justice divine ? je l'ignore ; mais la vengeance a été terrible, et Dieu semble n'avoir épargné les survivants, que pour leur offrir le spectacle de cette horrible catastrophe. Ils sont peu nombreux ; la plupart sans famille, et ils peuvent à peine se procurer la nourriture de chaque jour. Leurs bois sont coupés ; leurs beaux arbres fruitiers ont disparu sous la hache étrangère; leure terres sont cultivées par d'autres colons; et leur regard ici-bas ne se repose plus sur rien qui les console.
" La providence, nous le savons, frappe de ces grands coups sur les hommes, à qui elle veut montrer la route du ciel ; et il nous semblait que les habitants du Ning-ko-fou allaient élever leurs regards vers Dieu. Du reste, nous avons souvent franchi le seuil de leurs demeures ; et presque toujours ils nous ont fait xm accueil bienveillant. Le thé, le riz nous étaient offerts; quelques-uns même nous ont donné des maisons; et nous voyions le moment, où l'eau sainte du Baptême
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coulerait sur leure fronts. Mais les desseins de Dieu sont incompréhensibles, et trompent parfois les espe'rauces des hommes. Jusqu'ici, tout ce que nous avons semé de bon grain dans ce terrain sillonné par la foudre est resté sans vie; ou, s'il a ini moment germé, il s'est ensuite desséché pour jamais. La consolation, que ces hommes auraient trouvée sur la route du ciel, ils l'ont demandée à l'opium et au jeu. 11 en est qui ne se sentent au cœur que de la haine ; haine contre les Rebelles, premiers auteurs de leurs maux ; haine contre les étrangers, envahisseurs des antiques domaines de leurs familles ; haine contre nous, prédicateurs d'une Religion qui condamne le culte des ancêtres. Si donc ils se sont mêlés a cette foule, qui parut jadis dans les sentiers de Siu-tsen, on ne les rencontrait que rarement ; et ils n'avaient aucune intention sérieuse d'adorer le vrai Dieu.
"Auprès d'eux habile, depuis quelques années, une population simple, grossière et beaucoup plus nombreuse, descendue des provinces du Hou-nan, et du Hou-pé. C'est une race à part ; sa langue et ses mœurs ne sont poùit celles du Ning-ko-fou ; elle a même ses magistrats particuliers, d'un ordre inférieur. Ces émigrés sont venus vers nous. Un mot d'ordre avait été vraisemblablement donné par quelques chefs ; car nous n'avions entre les mains aucun moyen capable de produire un ébranlement aussi universel. Les miracles ont été rares: à peine quelques guérisons sortant du cercle de la nature; point de ces maladies dites diaboliques, qui disparaissent devant un signe de croix, ou devant un peu d'eau bénite. Les missionnaires eux-mêmes n'avaient pas encore parcouru le pays, pour y jeter la semence de la parole évangélique. Mais le doigt de Dieu était là.
" Farmi ces nouveaux venus, quelques centaines avaient apporté sous leurs haillons le trésor de la foi et des mœui-s chrétiennes. Les premiers arrivés furent décimés à plusieurs reprises par la misère et les maladies ; et, de toutes ces caravanes de vieux chrétiens que le Yang-tse-kiang a vu descendre vers nos rivages, la moitié à peine a survécu. Jetés au milieu de ces plaines incultes, sans nourriture, sans habits, sans moyens de travail, épuisés par la souffrance, ils eurent le
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bonheur de trouver ici la Religion clirc-tienne, dont l'afteotion maternelle ne se de'mentit jamais. Les remèdes furent distribues «aux malades ; la nourriture, les habits aux indigents, le travail Ji ceux qui avaient encore un peu de force, les consolations à tous. Les anges de Dieu eurent à enregistrer une foule de bienfaits ignoras des hommes et payés plus tard d'un peu d'ingratitude; mais la charité produisit ses eftets. ^^^^^^^^^,"^^^^^ ; "-
"Frappés d'un spectacle si nouveau pour eux, les païens n'y restèrent pas indifférents ; plusieurs vinrent nous demander secours et protection ; et le christianisme apparut à ces affligt's comme un asile ouvert à toutes les misères. Ils firent inscrire leurs noms sur nos registres, et augmentèrent les rangs éclaircis de nos chrétiens.
" Pour quelques uns, en trop petit nombre hélas I cette démarche était sincère. En posant le pied sur le sol de ce pays, ils y cherchèrent en vain leurs divinités, leurs pagodes et leurs bonzes. Tout avait disparu sous le souffle de la tempête ; et, sur la façade des maisons à demi renversées, on apercevait encore le caractère I'^ ou Jionliem\ tracé jadis par la main des indigènes. Cette inscription mensongère, apposée sur des raines, les invitait forcément à chercher une félicité moins éphémère, une fortune à l'abri des révolutions. Ce besoin du culte, ce regard jeté au delà de la tombe, la paix que la Religion chrétienne offre aux cœurs purs, les attirèrent vers nous. Ils se donnèrent si^rieusement à Dieu, et peu d'entre eux ont défailli sur le chemin.
' Il en est d'autres qui ne virent dans le christianisme qu'une association puissante, au sein de laquelle le faible trouve toujours un appui ; et le prestige du nom européen les confirma dans cette idée ; ils vinrent eux aussi se ranger sous notre étendard. Un grand nombre enfin, arrivés dans un pays où la propriété était encore incertaine, et où les indigènes réclamaient chaque année une partie de la récolte, s'imaginèrent que la Religion les dispenserait de ce servage onéreux. L'espérance de devenir propriétaires à leur tour, au lieu de rester colons, les détermina à grossir le nombre de nos catéchumènes. Tel fut l'appât tendu par la main de la providence à tous ces hommes avides
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(11' biens temporels : c'était la grâce du moment. Plusieurs, éclaires ensuite de la lumière divine, ont reçu le Baptême ; et leur conduite chre'tienne a prouve' la sincérité de leur conversion. D'autres, be.iuconp plus nombreux, n'ont point persévéré, et le lien, qui nous les avait unis, s'est brisé. (\)ntents d'avoir inscrit leurs noms sur nos registres et d'avoir emporté une image, comme un talisman contre les tracasseries des mandarins, ou les vexations des indigènes, ils vivent dans une indiftérence. d'où ils ne veulent plus sortir. Ija main de Dieu k'S a un instant soulevés vers le ciel ; nu>is aujourd'hui, dominés par les inttû'èts matériels, ils ne songent plus qu'à la terre, et sont devenus plus inabordables que les païens eux-mêmes. Il en est encore qui moins coupables, mais non moins inl'ortunt'S. ne rejiaraissent plus dans les sentiers de Siu-tsen. Toutes les brillantes espérances qu'ils avaient fait concevoir se sont évanouies, ou plutôt ont été .inéauties par la force ; car, quelques mois après, la persécution sévissait sur les territoires de Kouang-te-tcbeim et de Kien-ping.
'■ Les mandarins avaient juré d'exterminer le nom chrétien. Eux et leurs hommes parcoururent le pays, déchirèrent les images, et poursui\irent les catéchumènes ; ils les frappèrent de verges, les mirent à la torture, et les contraignirent souvent à signer une formule d'apostasie. L'histoire de ces faits est assez connue ; il serait inutile de la retracer ici. Mais, ce qu'il est important de signaler, c'est l'impression produite en ces deux pays par la persécution. Deux années nous séparent de cette triste époque ; le souvenu.- des misères passées vit toujours au milieu de ces catéchumènes, et la crainte domine encore tous les cœurs. Ils ne reçoivent plus le missionnaire que comme un étranger et un inconnu ; et ils n'avouent pas qu'ils désiraient autrefois embrasser le christianisme ; quelques-uns mêmes ferment leurs portes, à notre approche 5 on dirait qu'ils voient encore les chaînes et les verges des mandarins. Combien de temps durera cet état de choses ? C'est le secret de Dieu.
" Au Kouang-te-tcheou, les autorités sont depuis longtemps moins hostiles : mais des bruits sinistres circulent encore dans ce malheureux
pays. La tiictiqiUMlu (Ic'inon c^wl, d'cfiraycr ces popiilal ions siiiij)lc's et crédules; et les choses les plus futiles deviermeut junir elles îiu épouvantail. En quelques endroits cependant, le ciel est plus serein ; et il s'opère un mouvement de conversions: daiis un \illago du Kienpin-hién trente familles redemandaient hier des images et des livres.
" Reverrons-nous jamais l'entrain des anciens jours? rien ne saurait le faire présager, ilàtons-nous toutefois d'ajouter que, si (luelques-uns se retirent, il en est d'autres (jui nous arrivent chatiue semaiiu", et ces derniers venus, plus sincères et plus éprouvés, marchent résolument dans les sentiers du christianisme. Aussi nos catéchumènes sontils encore nombreux. J'ose dire qu'ils le seraient davantage, si nous avions les instruments nécessaires à leur formation. (Jes exilés, en eflet, sont dégagés de beaucoup d'entraves ; ils ont laissé de l'autre côté du Yang-tse-kiang, les temples, les tombeaux, les tablettes de leurs ancêtres ; et leurs divinités même, trop lourdes pour le transport, ont dû rester sur le rivage de la patrie. A peine si quelques-uns apportèrent avec eux une statue de la déesse Kouan-yn, adorée de gc'nération en génération dans letn* famille. De plus, ils appartieruient en général à la population simple de la campagne ; les lettrés sont rares parmi eux ; et robstacle, qu'une littérature orgueilleuse oppose si souvent à l'humilité du christianisme, ne se dresse point devant nous. Nous n'avons point non plus à lutter conti'e l'esprit de caste qui domine dans les riches villages, possédés par une seule famille, et où un inconnu n'est point admis à fixer sa demeure. Etrangers eux-mêmes dans ces régions, les émigrés ne voient pas d'un mauvais œil un autre étranger venir au devant d'eux, et cette communauté <le condition nous est favorable. Un vaste champ s'offre donc à notre zèle ; nous marchons sur un terrain neuf; mais hâtons-nous de le cultiver ; car il ne restera pas longtemps inculte. Ces hommes ont besoin d'une religion ; et s'ils n'entrent pas dans nos rangs, ils iront grossir ceux du Bouddhisme ou du Protestantisme. ' '-y ■-:;:':' i^^'"^
Le Bouddhisme, en effet, relève ses temples; et ses bonzes ont reparu en plusieurs endroits. De son côté, le Protestantisme est loùi
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de s'entlormir. Deux de ses catéchistes sont <;'tablis à Kouang-tetclieou, et y répandent leurs livres. D'autres rôdent autour de Ningko-fou, attendant, pour s'y installer, une occasion favorable ; et nous ne parcourons point les campagnes, sans nous demander si elles ne tomberont pas bientôt entre les mains de l'ennemi. Pour moi, en traversant seul sur ma mule ces belles et populeuses vallées, j'ai reporté, bien de>s fois ma pensée vers d'autres peuples et d'antres régions. Je voyais an loin la France avec les nombreux ouvriers qui la cultivent, et lui offrent chaque jour le pain de vie ; et ici helas I " Parvulipeiierunt panem, et non erat qui frangeret eis ! "
" De bons catéchistes pourraient compenser en partie la pénurie des Missionnaires ; mais il est difficile de les recruter dans les écoles de Chang-hai ; car nos émigrés éprouvent une antipathie profonde pour les hommes du Kiang-nan. Parmi nos chrétiens, nous en trouvons peu qui soient capables d'exercer une si noble fonction. Les anciens ont presque tous puisé la science de la Religion au foyer domestique, et n'ont jamais paru sur les bancs d'une école. Il est des néophytes qui possèdent quelque connaissance des livres ; mais leur conversion ne date que de deux ou trois ans. Comment pourraient-ils faire pénétrer dans les masses un esprit, dont ils ne sont eux-mêmes qu'imparfaitement animés; et dans leurs instructions ne mêleront-ils point l'erreur avec la vérité chrétienne ?
' Pour assurer l'avenir religieux de cette population, qui nous est confiée, nous avons établi une école spéciale, où se formeront des instituteurs. Un catéchiste est toujours au milieu d'eux, et un missionnaire leur adresse de fréquentes instructions. Formés sous l'œil du prêtre aux habitudes de la vie chrétienne, ils apprennent encore avec soin la doctrine de l'Evangile. Un jour viendra, où ils iront eux-mêmes répandre, avec l'enseignement du christianisme, la bonne odeur des vertus, dont il recommande la pratique. Notre désir serait d'envoyer un maître d'école dans chaque village ; mais ce projet réalisé, il restera encore plus d'une difRculté à vaincre. En effet, les émigrés ne vivent que du travail de leurs mains ; et, lorsque le soii"
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ils rentrent dans leur demeure, après une journée passée tout entière an milieu de pénibles fatigues, le besoin du repos se fait impérieusement sentir. Quelques-uns sans doute n'auront point alors le courage d'ouvrir un livTe, pour étudier les prières, qu'ils doivent apprendre. Nous n'excuserons pas ce manque de bonne volonté ; mais nous le comprenons, et nous espérons que Dieu leur fera miséricorde, au dernier jour de la vie. J'ai vu plus d'une fois des ouvriers de la onzième heure, qui avaient négligé l'étude des prières, demander le Baptême, avant de paraître au tribunal du souverain Juge.
" Une chose m'a frappé dans ces contrées païennes ; c'est la sollicitude de la Providence à procurer le salut éternel des moribonds. Maintes fois, les Missionnaires ne se sont égarés dans leurs voyages, que parce que Notre-Seigneur voulait les conduire au chevet d'un malade, qui demandait le Baptême, ou auprès du berceau d'un enfant païen, à qui la même faveur allait ouvrir les portes du ciel.
Cette année, au mois de mai, je portais les derniers -sacrements à un chrétien du village de Tchang-tsen ; on m'annonça que, dans le voisinage, la femme d'un néophyte n'avait plus que quelques jours de vie. Son ignorance des vérités religieuses nous avait empêchés de verser sur son front l'eau régénératrice. Je me rendis auprès d'elle ; je lui adressai quelques questions, et m'aperçus bientôt qu'elle était incapable de retenir les enseignements, que j'essayais de lui faire comprendre. Mais c'était une âme simple et pure, qui désirait aidemment la grâce du Baptême, afin d'aller jouir au ciel de l'éternelle béatitude. Ses vœux furent exaucés. Après une instruction sommaire, je la baptisai ; le lendemain elle avait quitté la teri'e.
" Un mois après, au village de Siu-tsen, une jeune femme païenne s'acheminait vers la tombe. Depuis long-temps, malgi'é les remontrances de sa belle-mère, elle n'offrait plus qu'à Dieu les adorations, qu'elle prodiguait autrefois aux idoles. Notre-Seigneur veillait sur elle. Un menuisier vint à mourir ; les chrétiens, après l'avoir conduit à sa dernière demeure, revenaient en murmurant quelques prières.
La malade, étendue sur sa couche, se mit alors à crier : ''Oh ! le
menuisier, comnio il est beau ! Il a des habits seuiblablos ù ceux des iiiandarius. Il monte ... il monte ... le voilà qui monte au ciel ! " l'uis, après avoir prononce ces paroles, elle demanda le Baptême. Il lui fiit accordé ; et, le lendemain, elle prenait elle-même son essor vers le ciel, qu'elle avait si merveilleusement entrevu. Elle n'y monta point seule ; car. trois mois plus tard, sa belle-sœur se sentant mourir, demanda aussi le Baptême ; et, quelques heures après l'avoir reçu, elle expirait, l'ùme en paix, et laissant à ses parents un bel exemple, que plusieurs sans doute voudront suivre. Citons un dernier trait de la mise'riconle divine.
' Un jeune ne'ophyte, e'ievé et instruit dans nos écoles de Changhai, était venu, il y a quatre ans, nous prêter son concours. Ses débuts ne furent pas sans succès ; mais il ne tarda pas à nous quitter, devint homme d'affaires, et se mit, dit-on, à fumer l'opium. A l'église, il ne parut plus que rarement ; il cessa bientôt d'accomplir ses devoirs de chrétien ; vécut en apostat, et finit par tomber dans la misère. Il y a un mois environ, il fut atteint d'une maladie de langueur, qui devait le conduire au tombeau. La pensée des jugements de Dieu vint alors remuer son âme ; il fit appeler un prêtre ; demanda publiquement pardon du scandale, qu'il avait causé ; et reçut avec édification les derniers sacrements. Le lendemain, il mourait.
" Si nous avons la consolation d'ouvrir le ciel à ceux qui s'en vont, nous ne négligeons point ceux qui demeurent ; et il est une portion de notre vigne, que nous cultivons surtout avec prédilection ; c'est l'enfiince. La génération nouvelle prend plus facilement les habitudes clu-étiennes, que tous ces hommes vieillis dans le paganisme. Aussi les superstitions n'ont-elles point de plus redoutables ennemis que les enfants. Au mois de mai dernier, un missionnaire allait visiter, pour la première fois, des catéchumènes, au village de Tchang-tsen. Les pancartes superstitieuses n'avaient pas encore disparu ; les statuettes même étaient honorées dans plusieurs familles; mais à peine le missionnaire eut-il condamné ces objets diaboliques, que les enfants se mirent à rœu\Te. Parcourant, l'une après l'antre, toutes les maisons
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du village, ils enlevèrent les idoles ; de'cliirèrent les pancartes, ou les jetèrent au fen ; pas une ne leur écliappa ; et personne n'osa s'opposer à cette audacieuse entreprise. ;; >*
" Dans un autre village du Ning-ko-liien, habitait une famille depuis longtemps cate'cliuniène ; quelques-uns de ses membres étaient même baptise's. Suivant l'usage reçu parmi les clire'tiens, ils avaient placé une image à l'endroit le plus honorable de leur maison ; mais, derrière cette image, le chef de famille avait caché une statue de la déesse Kouan-yn et l'adorait en secret. 11 ne devait pas lui offrir longtemj)s SCS hommages ; car un enfant n'attendait que l'occasion favorable, pour mettre la main sur cet objet superstitieux et un catéchibte étant venu à passer, il saisit sans scrupule la pauvre déesse, et la lui l)orta comme chose de bonne prise, he chef de famille était présent et n'osa rien dire. Il donna ensuite Hbre cours à sa colère, mais inutilement ; la déesse était déjà réduite en cendres. -
Des écoles ont été ouvertes, l'année dernière, en plusieurs endroits ; et les enfants y sont venus en bon nombre. Pour leur procurer le bienfait d'une instruction vraiment religieuse, nous aurions voulu les confier tous à des maîtres chrétiens. Ce désir n'a pu être réalisé ; là, où les néophytes nous manquaient, nous avons dû placer des païens à la tête de nos écoles.
" Les familles sont trop i)auvres pour payer à la fois le salaire et la pension du maître ; et nous devons prendre Tun ou l'autre à notre charge. Les écoles sont-elles toujours bien fréquentées ? Elles ont leurs bons et leurs mauvais jours. Aujourd'hui il disparaît un enfant ; demain un autre ; et tel maître qui, à l'ouverture des classes, avait vingtcinq élèves, a droit de se féliciter, s'il peut en conserver sept ou huit jusqu'à la fin de l'année. L'œu\Te du Baptême dès enfants païens devrait marcher de pair avec celle des écoles. Ici, comme dans les autres parties de. la Mission, elle produirait les résultats les plus consolants, si nous avions les instruments nécessaires pour la soutenir ; mais deux ou trois personnes seulement peuvent s'y consacrer ; et leurs courses ne sont pas continuelles. Cependant nous avons nos
entrées libres dans les familles païennes ; et les malades nous sont facilement offerts. Plus d'une fois, des infidèles sont venus me prier de visiter les infirmes; car ils s'imaginent que tous les Européens connaissent la médecine. Le cœur se serre de tristesse, quand on apprend que tel enfant païen est mort sans Baptême; pendant l'absence du missionnaire ou du médecin ; et alors on ne peut s'empêcher de pousser un cri de détresse vere Celui qui a dit : " Rogate ergo Domiaum messis. ut mittut apeivrios. " Pour nous, nous travaillons dans la mesure de nos forces ; et nous abandonnons le reste h la Providence.
" Notre journée n'est pas celle du missionnaire du Kiang-sou méridional, occupé, pendant toute l'année à un laborieux ministère, passant de la chaire au confessionnal, et du confessionnal à l'autel, li'autel nous l'avops, grâce ù Dieu, et nous le portons de village en village, sous le toit de chaume, comme dans la maison des riches. Le ministère de la parole est notre œuvre de chaque jour ; mais si l'on excepte certaines fêtes ou quelques semaines dans l'année, nos auditeurs sont rarement des Chrétiens. Nous jetons ordinairement la semence évangélique au milieu des païens et des catéchumènes, et nous laissons à Nutre-Seigneur le soin de la faire fructifier en son temps. Avec les païens nous avons de simples conversations, dans les quelles nous essayons de leur faire connaître Dieu ; et quand nous parlons aux catéchumènes nous proportionnons nos enseignements à la portée de leur intelligence et au degré d'instruction, où ils sont parvenus. Les catéchistes, dans les entretiens qu'ils ont avec eux, leur expliquent les points de doctrine, qui n'auraient pas été suffisamment compris.
* Le matin, après la messe, nous recevons ordinairement les visiteurs ; ce sont des catéchumènes, qui réclament notre protection on nous demandent conseil. Si un voisin les inquiète, s'ils redoutent quelque malheur, ils viennent trouver le missionnaire, et lui font part de leurs peines. Pour se concilier leur aflFection, il faut s'intéresser à ce qu'ils aiment et donner de bonnes paroles, quand ou ne peut prêter un secours efficace. S'il convient de les aider, il faut toujours agir avec
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une sage lenteur ; car ils sont habiles a dissinuiler et le mensonge est pour eux une industrie, qu'ils exercent sans scrupule.
"Auprès de ces catwhuinènes, qui sollicitent notre protection, d'autres s'établissent juges à leur tonr ; gens mobiles et sans principes, ils prennent toujours le parti du plus fort ; ennemis déclarés du missionnaire, quand le mandarin nous est hostile ; ils seront ailleurs catéchumènes, si les fonctionnaires nous protègent. Ils s'ingéreront alors en maintes affaires, agiront en notre nom, et nuiront à la cause même de l'évangile, si nous ne savons pas les découvrir et les arrêter à temps. Nos catéchumènes sont dispersés sur une large surface : quatre grandes sous- préfectures s'étendent devant nous, et réclameut les secours de notre ministère. Les voyages occupent une part trop considérable dans notre vie, pour les passer sous silence. Le mode en est primitif. La voiture est pour nous chose inconnue ; nos étroits sentiers n'en permettent pas l'usage ; et la chaise à porteurs ne sert qu'en de rares circonstances. La barque enfin glisse sur bien jjeu de torrents ; encore faut-il fréquemment la soulever à bras d'hommes. Nous sommes obligés de marcher à pied ; mais, quand la route est trop longue, nous réclamons le secours d'une monture. Le cheval n'a pas le pied assez sûr pour gi-avir nos montagnes ; et nous sommes heureux, quand nous avons une mule ou même un âne à notre service. Nos jours de voyage sont ceux de la providence, bons, ou mauvais, suivant que le ciel répand sa rosée, ou fait luire sur nous son soleil, S'il pleut, il ne reste qu'un parti à prendre, celui de la patience ; nos bagages seront mouillés ; la couverture, que nous portons toujours avec nous, recevra encore mieux la pluie ; la chapelle même devra souffrir ; nous nous estimerons heureux, si nous conservons notre bréviaire intact ; puis, arrivés à l'auberge, oii nous passerons la nuit, nous n'aurons pour lit qu'une natte et quelques bottes de paille. Quant au cavalier, il se voit exposé à maintes péripéties ; la mule, en glissant, l'envoie au fond d'un ravin, ou le dépose au milieu d'une rizière remplie d'eau. De temps en temps, une branche d'arbre viendra lui caresser la figure et verser sur lui l'abondante rosée qu'elle retient sur ses feuilles. Il
m'est an-ive plus d'une fois de gravir les montagnes en pareilles circonstances ; la mule alors ne peut plus servir ; il faut se résigner à la conduire par la bride, à monter à piad, à descendre à pied, à glisser souvent, et à tomber quelquefois.
"Voilà nos mauvais jours. Mais le ciel du Niug-ko-fou a aussi ses belles journées. Le printemps et l'automne ont ici des charmes, inconnus dans les plaines du Kiang-sou. Nos montagnes se couvTent de fleurs ; et. au soir de nos \oyages, la brise nous apporte un délicieux parfum. Le silence règne alors sur toute la nature ; on n'entend plus que le bruit du torrent répété par l'écho des montagnes ; la mule s'avance d'un pas rapide ; les souvenirs classiques se présentent en foule à la mémoire, et on se sarprend à chanter quelque refrain de la patrie. Ces jouissances valent-elles les consolations des mauvais jours ? Elles sont peut-être moins pures ; mais tout devient utile à ceux qui ne cherchent que Dieu.
Nous avons encore d'autres joies. L'isolement, si pénible au cœur de l'homme, n'est point connu an milieu de nous. Aujourd'hui, neuf Missionnaires travaillent en ce pays, et mettent en commun leurs consolations et leurs peines. Une journée de voyage suffit à la plupart d'entre nous pour atteindre le centre de la Mission ; et plusieurs fois durant l'année, une réunion fraternelle nous rappelle que nous servons le même Maître, donne de l'uniformité à notre manière d'agir, et entretient parmi nous cette joie de famille, qui fait aimer le travail, et les fatigues. "
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