DISTRICT DE KIEN-TE
Ce district se compose fictuelleinent des sept clirtHientcvs de Tonglieon, Kang-tong-puo, Tân-ki-fan, Son-tclien-fan, Tchang-liai-oiian, long-fong-tsen et Niang-kia-kiao.
TONG-LIEOTI. C'ette ville, situi'e à environ quatre-vingt-dix lys an Rud-onest de Ngan-king, sur la rive droite du Kiang, n'est ouverte au christianisme que depuis quelques années. Les Missionnaires désiraient vivement s'y établir, car ils y passaient fréquemment, pour aller visiter les chrétiens du Kien-te, et n'y avaient aucun pied- à-terre. S'ils y posscîdcnt aujourd'hui une maison, ils ne doivent point h la bienveillance des habitants la réalisation de leurs vœux ; mais à Tonglieou, comme en plusieurs autres endroits, la haine du nom chrétien leur a rendu service. Deux catéchistes, Vê siang-kong et Yeu-tsaozié, revenaient du Kien-te ; et, en se rendant à Ngan-king, poiu" y céléhrer les fêtes de Noël en 1873, ils s'arrêtèrent à Tong-lieou dans la maison d'un catéchumène nommé Ngan-kin-ping, qui réclama leur secom-s pour recouvrer une somme d'argent, que lui devait un des habitants de la ville. Le débiteur irrité rassembla une troupe de gens, qui envahirent la maison du créancier, la pillèrent, et battirent les catéchistes. Cette scène de désordre passée, les coupables eurent le temps de la réflexion ; et, comme il arrive souvent, ils se firent euxmêmes accusate urs pour échapper aux j)eines, qu'ils avaient encourues. Le sous-préfet de Tong-lieou, trompé par leur rapports, fit saisir Ngan-kin-ping et les catéchistes comme des malfaiteurs, et donna ordre de les conduire à la prison de Ngan-king. où ils devaient subir un jugement. Les mandarins de cette ville instruisirent la cause, découvrirent la calomnie et condamnèrent les auteurs du désordre à nous acheter à leurs frais une maison ; et c'est ainsi que nous possédons maintenant un petit Kong-sou à Tong-lieou.
Cet échec humilia les coupables sans calmer leur fureur. Laissons au P. Seckingor le soin de nous raconter lui-même la suite des faits.
■■ Xons avons essayé, dit-il, d'apaiser la porséoiition dirigée contre nous en accordant un généreux pardon h tous nos ennemis; mais (le nouvelles attaques n'ont pas tardé à nous proufer que nous nous étions trompés. Celui qui avait été l'objet spécial de notre clémence se disposait à rallumer le feu de la persécution, lorsque la justice divine l'appela :i son tribunal. Sa mort surprit tous ses complices; elle en désarma même une [tartie ; les autres n'en devinrent que plus obstinés à vouloir éloigner de leur ville la Religion du Maître du Ciel.
"Cependont, n'osant plus nous attaquer de front, ils tinrent conseil et se dirent : " Le Père prenant le parti des chrétiens, il nous est impossible de les tenir en échec, si de notre côté nous ne trouvons pas nu Européen, pour nous soutenir. Déclarons que nous sommes membres du }\'-soii-liao ( Protestants ) ; ce nom et celui du ministre seront pour nous des titres de protection, et alors nous pourrons agir." Cette résolution fut adoptée.
" Quelques-uns d'entre eux partirent pour Ngan-king, où ils eurent une entrevue avec le ministre; mais celui-ci. soupçonnant sans doute leurs mauvais desseins, les renvoya et ne voulut point les enregistrer parmi ses ouailles. Ils se rendirent alors dans le Kiang-si, à Kieou-kiang. oii ils subirent un nouveau refus. Ces premières difficultés ne les rebutèrent point et ils s'avancèrent jusqu'à la capitale du Ht)U-pé. Là, les protestants lenr donnèrent l'adresse d'un ministre établi sur les contins du Ngan-houé ; celui-ci, les croyant sincères, les prit sous son patronage et les confia aux soins d'un de ses employés. Leur argent eut bientôt gagné le cœur de ce dernier; ils s'associa un fumeur d'opium, qui devint l'âme de tous les conseils et tît circuler des listes chez ceux qui nous étaient opposés. On répondit à son appel ; et leur bande, ù laquelle ils adjoignirent un ramassis de joueurs et de finueurs d'opium, se composait, en quelques jours, de plus de cent hommes. Ils organisèrent alors des réunions nocturnes, et le bruit courut que tout Toug-lieou allait se faire protestant. Ils étaient, disaient-ils, le Ta-kiao, le Hong-Uao, la gTande Eeligion, la Religion rouge, nous n'étions que le (^wo-Z/r/o. le //c-Zvffo. la petite .
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lifligion, la Keligion noire. Des bravades on passa aux menaces, et des menaces aux coups. L'étincelle gagna la campagne ; elle passa à Hia-gnu-fan, où les populations nous étaient si sympathiques. De là, panique chez nos chre'tiens, :i la banlieue comme en ville. Les soidisants protestants triomphaient et avaient les rieurs de leur eût»'.
' Il serait trop long de raconter ici tout ce que ces circontances ont eu de pénible pour nos catéchumènes et nos néophytes. Ngankin-ping fut particulièment en butte aux violences des conjures. Depuis l'arrivée de l'employé du ministre, il ne se passa pas de jour, où il ne fut l'objet de nouvelles insultes. Ces malheureux allaient chez lui au nombre de deux ou trois, et quelquefois eu bande ; ils le maudissaient lui et les membres de sa famille, les frappaient brutalement et ne se retiraient qu'après avoir brisé ou volé ce qui leur plaisait.
'' Ces violentes agressions ne nous permirent point de rester impassibles. Les droits assurés par le Traité rendent inviolable la personne et la propriété des chrétiens attaqués pour cause de Eeligion ; et, qui plus est, la loi chinoise ne laisse point impunies semblables sauvageries. A Ngan-king, grâce à Dieu, nous avons le Yançj-Dukiao, ou tribunal chargé des affaires des étrangers. Trois sous-préfets, un préfet et un Tao-tai le composent. Quoi qu'on leur défère, ces mandarins s'entendent entre eux, et adressent ensuite leur rapport au Gouverneur de la province qui juge en dernier ressort. Nous avons toujours trouvé à ce tribunal justice et protection. Je suis heureux de mentionnner ce fait. Il est si rare que les Missionnaires en Chine puissent en dire autant !
" Déjà maintes fois j'avais recouni au sous-préfet de Tong-lieou, mais toujours en vain. Il fallut donc m' adresser au Yang-ou-hiao, qui accepta mes plaintes avec sa bienveillance ordinaire; et ordre fut donné à un délégué de se rendre à l'endroit, où les délits avaient vh' commis, afin d'agir avec vigueur. A ma grande surprise, le délégué manqua de fermeté. Je dus, en une demi-année, faire avec lui trois voyages à Tong-lieou ; et, circonvenu chaque fois par les mensonges audacieux de nos agresseurs, il se joignait au sous-préfet, pour
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ni'anacher un ])ar(.lun eu laveur de gens, que je savais décides h ne pas nous faire quartier. Voyant qn'au lieu de nous être utiles, ces demi-mesnres ne servaient qu'à nous nuire, je m'adressai de nouveau au Ycnuj-au-kiao.
J'appris alors que le déle'guu avait agi de la sorte, parce qu'on craignait de se compromettre auprès des protestants, dont la nationalité anglaise effrayait le Gouverneur. Je m'efforçai de prouver que nous n'avions nullement l'intention d'accuser nos ennemis comme protestants, mais que la loi et le Traité nous donnaient des garanties contre les malfaiteurs, sans aucun égard pour la religion, à laquelle ils pouvaient appartenir. Je ne m'appuyai donc que sur le côté légal de la question, pour demander justice. Que si le ministre protestant, ajoutai-je, venait se jeter dans la lutte, chose que l'on appreliendait d'autant plus, que les siens faisaient force démarches pour l'y engager, le tribunal n'aurait que deux réponses à donner : l" qu'il punit les offenses contre la loi, sans rechercher si les coupables sont païens, sectateurs de Confucius, catholiques ou protestants, et que par conséquent il n'y a pas lieu de recevoir les plaintes du ministre ; 2° que si le P. Seckinger l'a offensé, le ministre n'a qu'à porter plainte à son Consul ; quant aux mandarins, ils ne sont pas chargés des difficultés, qui surgissent entre les Europ<îens.
Ces raisons triomphèrent de l'irrésolution des mandarins. Un délégué plus énergique fut chargé de monter sur une canonnière, et d'aller saisir les deux principaux coupables. Quand il arriva au tribunal de Tong-lieou, il produisit son mandat, et les soi-disants protestants en furent si irrités, qu'ils se rendirent tumultueusement auprès de lui ; mais il demeura inébranlable, fit frapper les plus insolents par ses satellites et les autres prirent la fuite. Arrivés sur le port, ils rencontrèrent un de nos catéchistes, qui ignorait leur aventure ; ils lui reprochèrent amèrement toutes leurs humiliations et ne lui épargnèrent pas les coups. En dépit de leurs réclamations, les deux principaux accusés furent liés et conduits à Ngan-king. Les témoins de part et d'autre durent comparaître à plusieurs interrogatoires ; chaque
séance mit la vérité plus en e'vidence, et le (xouverneur fit droit à nos plaintes. .
' Les prisonniers avaient déjà passé deux mois dans leur cachot, lorsqu'arriva enfin à Tong-lieou (1) M. David H.- ministre protestant. Trompe par les siens, il leur annonça qu'il allait partir pour Nganking et qu'il n'en reviendrait qu'accompagné de ses deux ouailles, victimes innocentes de la haine du P. Kin — c'est mon nom Chinois — contre le Yé-sou-kiao. -
Les mandarins, effrayés de son arrivée à Ngan-kîng, lui refusèrent l'entrée de leur tribunal ; et il ne put s'expliquer qu'avec le délégué chargé des enquêtes. Celui-ci eut peur aussi bien que les antres ; mais enfin il n'oublia pas les raisons, que j'avais mises en avant pour les tirer de leur indécision.
Au reste, ajouta-t-il en congédiant le ministre, si vous voulez des renseignements, vous pouvez vous rendre à la Maison du Maître du Ciel. Il y vint (2), et trouva chez le I*. Garnier, Supérieur de la Section de Nan-king, toutes les explications désirables. .
" Ne pouvant forcer la consigne à Ngan-king, et commençant à soupçonner qu'on le trompait à Tong-lieou, il retoiirna dans cette dernière ville. Là, trompé de nouveau, il revint à la charge à Nganking, mais sans plus de succès ; puis, informé de ma présence, il me demanda une entrevue. Je m'eflforçai de lui montrer qu'on abusait de sa crédulité, et que je me préoccupais fort peu de ses projets sur le territoire de Tong-lieou. Je lui fis observer que nous avions été poussés à bout par des vauriens, qui nous avaient forcés de réclamer la protection de la loi, et que, si ces hommes étaient protestants, Us ne lui faisaient pas honneur. Il repartit pour Tong-lieou, en retira immédiatement son employé et s'en retourna au Hou-pé, se promettant bien de ne jamais revenir. Son humiliation a servi au triomphe
(1) Au mois d'avril 1875.
(2) Cette visite eut lieu le 22 avril 1875.
de notre cause, car son dépit s'est communiqué à tous ceux qui" jadis avaient inscrit leurs noms sur les listes. Tous ont de'clare' qu'ils ne voulaient plus être membres du Ta-kiao. Le fumeur d'opium a dû déloger ; et la maison, qui leur servait de lieu de réunion, a été louée à un petit commerçant.
" Pour nous, après l'heureuse issue de cette affaire, nous n'oubliâmes pas le devoir qui nous restait à remplir, et nous montrâmes une fois de plus aux habitants de Tong-lieou quel est l'esprit qui nous anime. En conséquence, nous sollicitâmes nous-mêmes la mise en liberté des deux détenus, à la seule condition qu'ils reconnussent leurs torts et trouvassent des hommes qui se porteraient pour garants de leur bonne conduite à l'avenir. Les mandarins accueillirent cette proposition avec joie, et les coupables en témoignèrent leur satisfaction.
Cependant, après trois semaines d'attente, nous apprîmes que les familles des prisonniers cherchaient en vain des garants ; personne ne voulait assumer cette responsabilité. Je partis alors pour Tonglieou, et je m'efforçai de rapprocher les esprits. Après plusieurs essais . infructueux, je parvins à décider quelques notables de la ville à cautionner le moins inculpé des deux détenus ; quant à l'autre, ses méfaits l'ont rendu si odieux, que ses compatriotes ont prié instamment les mandarins de prolonger le temps de sa prison. Videant consvles.
" En attendant, son compagnon plus heureux est rentré dans ses foyers. Mais qui eût osé le croire? Dès son retour, sa conduite et ses paroles nous ont fait craindre que notre pardon, cette fois encore, n'ait été trop précipité. Cependant la paix est d'autant plus désirable que, depuis près de deux ans, nous n'avons pas eu un seul moment de répit. Nos vrais catéchumènes à Tong-lieou sont au nombre de 30 ; je ne compte pas comme tels ces centaines d'esprits craintifs, qui n'osent pas prendre une résolution définitive. Nous ne tarderons pas à avoir une quinzaine de néophytes, dispersés sur un rayon de cinq lieues, aux environs de la ville ; et les bonnes dispositions des païens, fortifiées par l'heureux résultat des événements que je viens d'exposer,
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nous disent qu'une veine est ouverte en ce nouveau pays, et que le temps est venu de l'exploiter. "
Ici se termine le rapport écrit par le P. Seckinger sur l'état de la chrétienté de Tong-lieou. Le 25 décembre 1874, au milieu de pénibles circonstances, Notre-Seigneur lai ménageait une douce consolation ; ce jour-là, il versa l'eau sainte du Baptême sur le front de deux catéchumènes ; dont l'un était Ngan-kin-ping, que la haine de ses ennemis n'avait pu faire renoncer au christianisme.
Le 26 mars de l'année suivante, le P. Gamier baptisait six autres païens. Cinq d'entre eux sont des chefs de famille ; l'un, bachelier militaire, habite la ville même de Tong-lieou, qui compte ainsi deux néophytes fervents, et jouissant d'une position honorable.
Dans ses courses apostoliques à travers les campagnes de la souspréfecture de Tong-lieou, le P. Joret a pu constater les dispositions du peuple envers les Missionnaires ; et il se plait à reconnaître qu'en plusieurs endroits elles leur sont favorables. -
Le terrain me paraît prêt, écrit-il au P. Seckinger; vous pouvez savoir vous, mon Révérend Père, ce qu'il en a coûté pour le défricher. A nous maintenant de le cultiver. Si les catéchumènes ne se comptent pas encore par lys, l'esprit de la population peut facilement se saisii- par les relations ordinaires de la vie. C'est ainsi que je signalerai à votre souvenir le village de Yang-tien-fan, que vous avez dû traverser. Je passai là, le 1^^ de la XI® lune. C'était un jour de fête ; les hommes étaient réunis en rase campagne, où ils s'amusaient à la manière de nos Bretons, après la grand'messe du dimanche. Aussitôt qu'ils me virent mettre pied à terre, ils accoururent ; et nous nous mîmes à causer comme de vieux amis, pendant qu'une douzaine d'enfants s'empressèrent d'aller me chercher du thé ; car ne trouvant pas d'auberge, j'avais dû m' arrêter à la porte d'un épicier. Après la sainte messe, je quittai le pays de Li-pou-keu, non sans faire une tournée dans le bourg, dont les habitants me semblent aussi bien disposés que les gens de la campagne.
A Kio-toH-fan. Hia-gnu-fan et autres endroits, j'ai renctmtn'
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plus que de la confiance. Là, il y a un mouvement véritable vers le christianisme, et les catéchumènes peuvent se compter. Pendant les trois jours que j'y ai passés, j'en voyais à chaque fois une quinzaine assister à ma messe ; et ils me disaient qu'en venant à nous, ils n'avaient d'autre intention que d'apprendre ù honorer Dieu et à sauver leurs âmes.
" J'ai modéré un peu l'élan de mes deux catéchistes. Assez de catéchumènes pour le moment, leur ai-je dit ; ne courez plus autant ; mais arrêtez-vous en quelque endroit, et là, attachez-vous à compléter votre œuvre, en me faisant des chrétiens par des catéchismes fréquents. . .Quant à ceux qui désirent se faire catéchumènes, ils savent maintenant que vous êtes dans le pays, et ils viendront d'eux-mêmes vous trouver."
Les six chrétientés dont nous allons parler sont situées dans la sous-préfecture de Kien-te, où une persécution terrible éclata, au mois de décembre 1869, Ce n'est point ici le lieu de rappeler ces tristes souvenirs ; et le P. Seckinger les a déjà confiés à l'histoire (1).
IjCS années, qui nous séparent de ces jours de lutte, ont été employées à réparer les ruines matérielles et spirituelles, que les ennemis de l'Eglise entassèrent autour de nous. La paix règne aujourd'hui dans les campagnes, où les chrétiens étaient jadis exposés à la perte de leurs vies et de leurs biens ; les néophytes et les catéchumènes ont repris courage ; et, si les persécuteurs ne se sont pas eux-mêmes convertis à la foi, plusieurs du moins ont déposé l'esprit haineux qui les animait, et les autres craignent de le manifester. Le mandarin Loukong, sous-préfet de Kien-te, autrefois si hostile au nom chrétien, ne songe plus à protéger nos ennemis, et nous donne maintes preuves de sa bienveillance.
Si on ne compte que le nombre des fidèles du territoire de Kien-te, les progrès du christianisme semblent peu rapides ; mais il est une
(1) Voir "Les Missions Catholiques." 3" année. K" 113 et 114.
considération qu'il ne faut point oublier. Les obstacles, que les Missionnaii'es rencontraient daas l'exercice de leur ministère, ont presque complètement disparu ; la Keligion apparaît aux populations entoure'e d'une auréole de justice et forte de son droit, depuis le jour, où les magistrats ont proclamé l'innocence des chrétiens persécutés, et puni leurs oppresseurs. Les païens nous estiment ; et ceux qui, gi'âce à leur fortune ou à leur naissance, exercent sur leurs compatriotes une influence inévitable, ne sont pas les derniers à se montrer sympathiques envers les Missionnaires.
KANG-TONG-PAO. La maison, que nous possédons dans ce village, est un présent de nos anciens ennemis. La famille Ouang, qui par ses richesses occupe le premier rang dans cette contrée, donna le signal de la persécution contre les chrétiens, et fit parmi eux de nombreuses victimes. Dieu se servit de la justice humaine, pour lui infliger la punition qu'elle méritait, et l'un de ses membres expie encore aujourd'hui dans les prisons de Ngan-king les crimes commis en ces jours malheureux. Depuis plus de trois ans la paix est rétablie ; et les Ouang, en signe de réconciliation, nous ont offert à Kang-tong-pao une demeure, qui est devenue la station principale des Missionnaires au Kien-te. Le jour de Noël, en 1874, le P. Joret y a baptisé 9 adultes et 2 enfants.
TCHANG-HIA-OUAN. Nous n'avions point de pied-à-terre dans ce bourg ; la Providence s'est chargée de nous en procurer un, et nous l'avons reçu d'une main amie. Un néophyte, nommé Tchen-yeou-fa. possédait une maison ; il l' offrit à Dieu en retour du don de la foi, et aux Missionnaires pour leur procurer un abri, où ils pussent convenablement exercer leur ministère sacré ; puis, il se construisit une nouvelle demeure près de celle dont il venait de faire le généreux abandon.
Ici, comme en plusieurs autres endroits, les maladies contribuent à augmenter le nombre des catéchumènes. Au mois de janvier 1875, une femme païenne fut attaquée d'un mal étrange, qui ne lui laissait aucun repos, et auquel on ne pouvait trouver aucun remède ; elle allait se coucher dans un coin du village et poussait des cris aux quatre vents
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du ciel. La vierge de la chrétienté' la rencontra, essaya de la consoler et finit par lui dire que la foi en Dieu e'tait l'unique ressource qui lui restait, si elle voulait se deljarrasser de son mal. Guérissez-moi, et je me ferai chrétienne "; répondit la malade. La vierge n'a point reçu le don des miracles, et la proposition lui causait quelque embarras. Elle vint trouver le V. Joret et lui raconta ce qui s'était passé. Voilà un flacon d'eau de Lourdes, lui dit le missionnaire ; si cette femme promet sérieusement de se faire chrétienne, aie confiance; cette eau peut lui rendre la santé. " La vierge se retira avec ce conseil, et le Père partit pour visiter m.aints endroits de son vaste district. Le 3 mars, il était de retour à Tchang-hia-ouan et ignorait complètement l'issue de cette affaire, lorsque la vierge lui présenta une catéchumène et lui dit à mi-voix. ' Père, c'est la femme guérie du mal diabolique. " Elle lui raconta ensuite que, se défiant de ses propres mérites, elle avait confié l'opération au principal chrétien du village. • Celui-ci, homme de foi, versa une goutte d'eau de Lourdes dans une tasse de thé et la présenta à la malade en lui disant. " Bois cela, et la Sainte Vierge te guérira. " La gnérison fut immédiate. Cette femme est maintenant tranquille ; elle a tenu parole, et la vierge lui enseigne la doctrine chrétienne pour la disposer au Baptême.
Au même village, un infidèle ayant une femme et deux petits enfants, était malade depuis longtemps ; et, ne sachant à quelle influence attribuer son mal, il avait conçu la pensée d'embrasser le christianisme ; mais sa vieille mère, païenne entêtée, s'opposait énergiquement à la réalisation de ce projet. Cependant ses forces diminuaient rapidement. La vierge de Tchang-hia-ouan vint le visiter, releva son courage et lui inspira une généreuse résolution. . ' Hé bien ! dit-il alors à sa mère, moi, ma femme et mes deux enfants nous nous ferons chrétiens ; car plus je retarde ce moment, plus je souffre ; " et il donna son nom, en demandant à être admis au nombre des catéchumènes. A partir de ce jour, il sentit un mieux sensible ; et le lendemain son mal avait disparu. Quand sa mère lui reproche d'avoir abandonné la religion de ses ancêtres, il se contente de répondre : Si je retire
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tua parole, la maladie va revenir;" et la vieille, qui n'ignore point l'aventure, ne peut trouver une réplique.
Cette famille e'coute chaque jour les instructions de la vierge et ne tardera pas ù devenir chrétienne.
Yong-fong-tsen, Niang-kia-kiao, Lin-ki-fan et Sou-tchen-fan, ne comptent encore que quelques fidèles. Le territoire de Kien-te en a 125, avec un nombre de catéchumènes à peu près égal.