DISTRICT DE YNG-CHAN
Il y a huit ans, un indigène nommé Yn-lé-Iè, accompagné de quelques amis désireux, comme lui, d'embrasser le christianisme, A'int trouver le P. Seckinger à Ngan-king, et le pria de se rendre dans le pays de Yng-chan, pour l'évangéliser. Le Père se mit en route pendant le carême de 1807; et, après un voyage où les fatigues et les privations ne lui manquèrent pas, au milieu de ces régions montagneuses, il parvint à Lou-kia-keou. Les catéchumènes étaient on butte à la haine du mandarin et des habitants ; l'arrivée du missionnaire ne fit qu'irriter davantage les esprits, et elle devint l'occasion d'une série d'attaques violentes, qui ne lui permirent pas de rester dans le pays, et il dut reprendre le chemin de Ngan-king.
- La pénurie d'ouvriers évangéliques et les dispositions hostiles du peuple de Yng-chan tirent retarder longtemps une seconde visite. Cependant quelques paysans venaient chaque année à Ngan-king, et priaient les Missionnaires de se rendre au milieu d'eux. En 1873, leur demande fut exaucée, et le P. Li alla leur porter le flarableau de la foi. La protection efficace des premiers mandarins de la province mit fin aux presécutions, dont les catéchumènes étaient l'objet ; la paix se rétablit peu à peu, et le nouveau missionnaire put acheter une maisonnette, pour montrer ;i tous qu'il avait l'intention de s'établir dans le pays. Une centaine de païens ne tardèrent pas à observer le règles de la Eeligion : le jour de Noël, 1873, huit d'entre eux recourent le Baptême, et depuis cette époque jusqu'au commmencement de l'année 1875, 40 catéchumènes entrèrent dans le sein de l'Eglise.
Le P. Li ne resta que dix-huit mois dans le district de Yng-chan : le 27 février 1875, il arrivait à Zi-ka-wei, pour y exercer les fonctions de préfet du Collège S. Ignace ; et les chrétiens, qu'il venait de quitter furent confiés aux soins da P. Frin, qui ne tarda pas à se rendre auprès d'eux, et nous a laissé sur ce voyage les notes suivantes:
''Le 14 mars, dimanche de la Passion, après avoir célébré la
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sainte messe, je partis de Ngan-king ; le samedi suivant, vers midi, j'arrivais à Chen-keou-pou. Mon expédition fut heureuse, malgré ses de'buts un peu contraires; mais Notrc-Seigneur voulut m' éprouver, pour me rappeler que la semaine de la Passion ne ressemble pas aux autres. De Ngan-king à Yng-clian on rencontre de hautes montagnes ; j'ai dû les gravir et les descendre à pied, et j'ai parcouru ainsi les trois quarts du chemin. Les païens que j'ai rencontrés, me parlaient .volontiers, et m'écoutaient de même, lorsque je leur annonçais les vérités du christianisme ; plusieurs m'ont demandé des livres et, séance tenante, se sont mis à les lire. Deux bacheliers militaires, que je rencontrai à moitié route, désiraient embrasser la Keligion, et se mirent eux-mêmes à eu exposer les dogmes devant une trentaine d'auditeurs réunis autour d'eux ; mais le lendemain je partis de grand matin, et ne pus rester plus longtemps dans ce village. Pendant les quatre premiers jours je me trouvais en présence de nombreuses familles de vigoureux cultivateurs, gens polis, parmi lesquels on voit peu de fumenrs d'opium ; ils habitent le plus souvent des maisons construites en roseaux, mais propres à l'intérieur. Le cinquième et le sixième jours, le pays devint pauvre et présentait un aspect sauvage ; les habitants lai ressemblent bien un peu. Là, les vallées se rétrécissent, ou plutôt elles disparaissent, j^our ne laisser voir que les eaux, lies torrents encaissés entre les montagnes ; les auberges sont rares ; les chevaux et parfois même les hommes ont de la peine h trouver un gîte, et la nourriture dont ils ont besoin. Le sixième jour, après avoir éprouvé maints refus, je dus presque m'imposcr, pour être admis dans une cabane; mais il était nuit, nous étions harassés de fatigues, et les chevaux se trouvaient hors d'état de marcher ; les paysans finirent par nous cuire un peu de riz au nom de l'humanité ; nous couchâmes par terre et le lendemain, au premier chant du coq, nous étions sur pied. Je remerciai mes hôtes, qui ne voulaient plus me quitter ; nous étions devenus amis, depuis que j'avais donné deux ou trois dragées au vieux maître d'hôtel, qui souffrait de la poitrine ; il ne savait quels termes employer pour me témoigner sa reconnaissance.
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C'est de là que je partis pour Chen-keou-pou, oîi j'arrivai à onze heures, après avoir parcouru quarante-cinq lys de montagnes, et fait tout mon voyage sans accident. Quelcjues heures après mon arrivée, les chrétiens et les catéchumènes vinrent me voir; je reçus la visite des notables du pays, puis j'allai moi-même les saluer. .Les chrétiens m'ont paru simples et droits; ils sont. pour la plupart disséminés sur les flancs d'une haute montagne et difficiles h trouver. Il y a parmi eux beaucoup de pauvres. Pendant mon séjour au milieu de ces montagnards, je célébrai la sainte messe dans une maison louée par le V. Li. Quatre nouvelles familles sont venues s'inscrire pour suivre les lois de l'Eglise, et beaucoup de catéchumènes ont déchiré en ma présence les inscriptions superstitieuses, qu'ils conservaient encore. J'ai distingué parmi eux un jeune lettré ; le P. Li n'a pas voulu le baptiser, parce qu'il tenait encore à ces papiers idolàtriques ; il les a saisis devant moi et mis en lambeaux. Il étudie maintenant les prières, malin et soir, pour se disposer à recevoir le sacrement de la régénération ; je dis matin et soir, car, pendant la journée, il est occupé à cultiver les terres de ceux qui en possèdent. Pour lui, il est complètement ruiné, et les Kebellcs ont emporté toute sa fortune, après avoir tué son père, qui avait obtenu aux examens le degré de docteur.
Au sommet de la montagne, habite une famille de catéchumènes, nommés Sié. Pendant les froids de la première lune, ils avaient allumé au milieu de leur pau\Te maison couverte en paille un grand feu avec des branches de sapin. En un clin d'œil, la flamme s'éleva jusqu'au toit, menaçant de tout consumer. Le père, la mère, un petit garçon de cinq ans, et une fille plus jeune encore allaient se trouver sans asile ; les parents désespérés font d'inutiles efforts pour arrêter l'incendie. Le petit garçon, sans se préoccuper du danger, s'était mis à genoux devant une image du Saint Cœur de Marie, attachée à la muraille et répétait la seule prière, qu'on lui avait apprise ; ' Sainte Mère de Dieu, ayez pitié de moi. " Tout à coup, les flammes s'échappèrent à travers la porte, et pas une étincelle ne reparut dan» la maison, au grand étonnement des cat<'chumènes. qui s'expliquèrent
ce prodige en voyant leur enfant agenouille. L'image de la Sainte Vierge et les deux inscriptions, qui l'entourent, n'offrent pas la moindre trace d'un incendie, tandis que l'inte'rieur de la maison est complètement noir ; j'ai moi-même constaté le fait. La famille Sié se distingue par sa ftîrveur ; leur petit garçon a reçu le Baptême, il y a deux mois, des mains du P. Li. "
Le 6 mai, jour de l'Ascension, le P. Frin baptisa 1 1 catéchumènes ; et, le dimanche suivant, il ouvrit une petite école a Chenkeou-pou. Le nombre des païens, qui désirent embrasser le christianisme, devient de jour en jour plus considérable.
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