‹ Relations de la mission de Nan-kin [microform] confiée aux religieux de la Compagnie de JésusChapitre 74 sur 81 · INSTITUTION S. JOSEPH, A CHANG-HAI · texte numérisé non relu

INSTITUTION S. JOSEPH, A CHANG-HAI

Cette maison a compté 44 élèves pendant l'année qui vient de s'écouler ; quelques-unes l'ont quittée, après trois mois d'étude, pour suivre leurs familles en Amérique ; mais la moyenne n'est pas restée inférieure à 40.

Les séances musicales continuent d'être en usage à l'Institution S. Joseph, et leur mérite n'est point inférieur aux succès du passé. Le 18 janvier, quatre-vingt-dix dames étaient présentes à celle qui inaugurait l'année 1875; et, la veille, M. Godeaux, Consul-Génénil de France à Chang-hai, avait voulu assister h la dernière répétition qui la précédait. Il fut si satisfait de Tcxécution, et en môme temps de l'esprit de famille, qu'il remarqua entre les maîtresses et les enfants, que le lendemain, il leur fit servir un splendide goûter, auquel furent invitées les jeunes filles amies et sœurs des élèves.

Si la répétition fut heureuse, la séance n'excita pas moins d'applaudissements et le ' The Evening Giizetle ,"' journal anglais de Chang-hai, en parla avec éloges dans son numéro du 18 janvier (l).

Le dévouement et la charité des Religieuses Auxiliatrices leur permet d'exercer sur les élèves protestantes une douce influence, qui gagne les cœurs et les rapproche du catholicisme.

Une jeune fille, sortie d'une école protestante, se tenait d'abord dans une froide réserve envers ses nouvelles maîtresses; mais, depui>

(I) I^ " Tke EveniHg Gazette-' s'expriiuait ainsi : " Wc ai'e indebted to Ihe kind coiirtesy of a correspondent for the programme of a musical examination which took place this afternoon at the Institution S. Joseph, and which we subjoin. It was of course quite private and \ve believe confined entirely to the lady-friends of the pupils. Wc are informed that the concert was admirable, and that great progress bas been made during the last six months. The pupils acqujtted themselves very well; the Sonatine in sol major, played by a little Portnguese girl of nine years old, being really a chef-d'œuvre in point of exécution and style. The French Consul- General, M. Godeaux, politely sent a réfection for the pupils after the entertainraent.

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qu'elle les connaît, elle profite de toutes les occ-aaions pour leur donner des preuves de sa confiance et de son affection ; elle assiste à toutes leurs ce'rémonies religieuses, et chante dans les chœurs des motets, en l'honneur de la Sainte Vierge. Née au sein d'une famille hérétique, où le culte de Marie est regardé comme une pratique idolâtriqne, elle n'a pas craint de rompre avec les idées de sa secte, et aujourd'hui elle adresse ses prières h Celle qui un jour sans doute la fera sortir des sentiers de l'erreur, pour la conduire dans la voie de la vérité.

Une autre élève possède une statue de la Sainte Vierge, que les Eeligieuses lui ont donnée du consentement de sa mère ; elle paraît toute heureuse de prier et se plaît h répéter qu'elle veut être Auxiliatrice.

Le mois de mars consacré à S. Joseph est venu révéler l'état des esprits et le travail que la grâce opère dans les cœurs. Les maîtresses annoncèrent alors à leui-s élèves que, le mercredi de chaque semaine, il y aurait un salut du Saint-Sacrement, et qu'elles seraient admises sans distinction de culte à prendre part aux chants, si elles le désiraient. Seule, la fille d'un ministre dit qu'elle n'assisterait point H cette cérémonie ; mais sa résolution facile à comprendre passa presque inaperçue et toutes ses compagnes se réunirent dans la chapelle au jour indiqué. Les solos des cantiques français en l'honneur de S. Joseph furent chantés par deux sœurs protestantes, qui se faisaient ensuite un plaisir de les répéter dans leurs familles durant leur travail ; et les motets à la louange de Marie étaient exécutés par toutes les voix.

Le mardi de Pâques, 30 mars, deux élèves catholiques, une Portugaise et une Française, recevaient Xotre-Seigneur pour la première fois, et cette touchante solennité réunit dans la chapelle des Religieuses Auxiliatrices les chanteuses habituelles et plusieurs dames protestantes. Pendant le déjeuner offert aux premières communiantes et à leurs compagnes, une jeune fille, tout émue du spectacle qu'elle venait de contempler au pied de l'autel, versait d'abondantes larmes ; on lui en demanda la raison ; elle répondit que cette cérémonie lui

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avait rappelé un doux souvenir de son enfance, c'est ti dire sa confirmation, et que telle était la cause de son émotion. Qnoi qu'il en soit de la réponse, cette élève avoua plus tard qu'elle embrasserait le catholicisme, si la vérité lui en était démontrée. Sa simplicité naïve et son aftection pour ses maîtresses ne se démentent jamais ; et elle se plaît à raconter à l'une d'elles, qui possède toute sa confiance, que quand on attaque la Eeligion Catholique eu sa présence, elle ne manque pas d'en témoigner son mécontentement ; ce qui fait dire qu'elle va renoncer au protestantisme.

Un salut solennel termina cette belle journée de la première communion ; le dernier cantique fut une consécration à la Sainte Vierge, et toutes les voix se firent entendre. Ces paroles : ''Je fui juré, fiqypm-tiem à Marie" excitèrent un mouvement d'enthousiasme parmi les élèves protestantes, qui les repétèrent à plusieurs reprises avec une énergie et un entrain inaccoutumés. L'une d'elles avoua ensuite qu'elle avait prié h la chapelle et surtout pendant le chant des cantiques.

Le mois de mai fut célébré avec la même bonne volonté ; et chaque samedi des mains protestantes offraient les plus belles fleurs à Marie.

Il est un dernier fait que nous devons signaler, et dont on saisira facilement la portée. En temps ordJaiaire les jeunes filles protestantes ne donnent dans la chapelle aucun signe spécial de respect ; mais pendant le salut, au moment où la cloche annonce la bénédiction, toutes tombent à genoux devant le Saint-Sacrement, sans que personne leur ait jamais demandé cette marque de religion.

L'action bienfaisante des Auxiliatrices ne s'exerce pas seidement dans l'intérieur de l'Ecole qu'elles dirigent ; en maintes circonstances elles sont appelées dans les familles ; et, si elles ne peuvent pas toujours briser les obstacles qui empêchent les âmes de se donner à Dieu, elles ne se retirent jamais sans avoir déposé dans les cœurs de douces consolations.

Cette jeune im)testante. qui refusa d'assister aux saints du mois

(le S. JosL'ph, tomba SL'rieuseinent mahide, et des vomissements de sang la conduisirent aux portes du tombeau. En ces jours d'angoisses, elle ne recevait personne ; mais elle suppliait instamment ses maîtresses de venir près de sa coiiclie, et voulait jouir de leur conversation. Ses dilsirs furent exauce's. Chaque visite lui causait une joie, qu'elle ne dissimulait point ; et sa chambre offrait alors le singulier spectacle d'une fille de ministre protestant consolée par des Religieuses catholiques. Son père reçut lui-même un jour les visiteuses, et leur témoigna sa reconnaissance par des paroles aimables et l'attitude du pli'.s profond respect. La malade éprouva bientôt un mieux sensible, et attendait avec impatience le moment ou sa santé lui permettrait de retourner à l'Institution S. Joseph. Elle est âgée de dix-neuf ans.

Une dame et une jeune fille vinrent un jour visiter les auxiliatrices ; la première semblait malheureuse et se montra fort sensible à l'accueil charitable dont elle fut l'objet. Se trouvant peu de temps /près chez une dame catholique dangereusement malade, elle lui parla des Religieuses, qui furent appelées. A leur arrivée, la malade éclata en sanglots ; et demanda à l'une d'elles un entretien particulier ; elle lui avoua que depuis deux ans elle avait renoncé à toute pratique de Religion, et qu'en face de la mort, elle n'osait plus prier Dieu. Quelques paroles, animées de l'esprit de Xotre-Seigneur, fii'ent renaître le calme et l'espérance dans le cœur de cette femme ; elle accepta avec empressement la visite d'un prêtre ; le lendemain elle se confessa et reçut la Sainte Communion ; puis un enfant, auquel elle venait de donner naissance, fut régénéré dans les eaux du Baptême.- Depuis cet heureux moment sa santé se rétablit; les rapports que les Religieuses continueront d'entretenir avec elle amèneront peut-être la conversion de son mari protestant, qui ne semble pas répugner à l'idée de se faire catholique.

Ija jeune fille, qui avait accompagné la dame dans sa visite à l'Institution S- Joseph, entra aussi en relation avec les Auxiliatrices ; elle est catholique, mais, vivant depuis plusieurs années an milieu des protestants, elle a^-ait abandonné la pratique de la Religion.

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Aujourd'hui, elle remplit avec bonheur les devoirs de la vie chre'tieune, et achève son éducation et ses études auprès de celles dont la bénigne influence l'ont ramenée dans les sentiers de la vertu.

Les Religieuses qui ont pu, dans le court espace de deux années, obtenir les heureux résultats que nous venons de mettre sous les yeux du lecteur, ne doivent point regretter les fatigues inhérentes à leur laborieux ministère. Dieu leur vient en aide et les bénit ; il n'est point sur cette terre de plus douce récompense.

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