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ŒUVRE DE LA SAINTE-ENFANCK

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En 1874, la Mission de Nan-king enregistrait 12,807 Baptêmes d'enfants païens et 5,451 enfants nourris avec les aumônes, que la charité' des fidèles d'Europe met à notre disposition. Des bénédictions plus abondantes encore sont descendues du ciel sur l'année 1875 ; le nombre des Baptêmes s'est élevé au chiffre de 13,866, et celui des enfants nourris est de 5,490.

Le tableau sui^•ant indique la répartition de ces chiffres entre Chang-hai, Zi-ka-wei et les diverses sections du Vicariat.

Enfants d'infidèles

[ baptisés

( Tong-ka-dou . . .' 142..

Chang-hai •; i

( Yang-king-pang. . . . . 164..

Zi-ka-wei ' 193..

'^.Sou-tseu i. . , 3,140 ..

Song-kang '. . . 4,175 . .

Né-wei 2,095 . .

Hai-men • • • • 674 . .

et Tsong-ming ..... 2,052 . .

^Nan-king ;. . . 1,231 ..

Sections de<

Enfants d'infidèles

nourris

Total 13,866.

Ce tableau n'offre que des renseignements numériques ; et nous devons y ajouter quelques détails, pour donner une idée complète de l'état actuel de l'œuvre de la Sainte-Enfance.

CHÂNGr-HÂl. Comme tous les grands centres de popidation dépourvus d'un orphelinat chrétien, cette ville n'offrira jamais aux

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Missionnaires une abondante moisson d'àraes. 11 est difficile en e,flfct d'y trouver des sages-femmes ou d'autres personnes, qui puissent, être reçues dans les familles, pour exercer la médecine, baptiser les enfants moribonds, tout en leur prodiguant les soins matériels. Le zèle seul ne suffit pas pour obtenir semblable résultat ; la science médicale est nécessaire, et les païens n'ont recours qu'aux femmes qui la possèdent. Cependant, grâces à maintes industiies suggérées par la charité chrétienne, 306 enfants ont été baptisés h Chang-hai.

ZI-KA-WEI. Ce village possède deux petits Orphelinats, l'un pour les filles au Sen-Mou-ieu, l'autre pour les garçons à Tou-sai-vai ; 186 enfants ont été baptisés dans le premier, et 3 seulement dans le second. La raison de cette diffiîrence est facile à expliquer: les Chinois n'abandonnent ordinairement un garçon, que quand il ne leur paraît pas viable.

Quant au grand Orphelinat, le P. Che\Teuil qui le dirige nous en retrace le tableau dans les lignes suivantes.

" Nous ne sommes plus, dit-il aux temps désastreux des Rebelles. Alors, dans une seule année, il entrait à l'Orphelinat, 100 à 200 enfants, et il en sortait un nombre considérable. Aujourd'hui nous en recevons peu ; mais peu aussi nous quittent. Cette année, 53 sont entrés et 19 sont sortis. Grâce à ce nouvel état de choses, l'Orphelinat est plus tranquille et plus facile îi diriger. Les enfants, qui viennent à nous, sont ordinairement âgés de huit a quatorze ans ; quelques exemples pris dans les différentes catégories donneront une idée de la manière dont nous nous recrutons.

"' Une veuve païenne venait d'être vendue à un nouveau mari. Elle avait eu du premier un garçon fort chétif, dont le second ne voulut pas ; et elle se vit obligée de le laisser seul au logis paternel. II n'avait encore que treize ans. Des voisins charitables le chassèrent et s'emparèrent de sa maison. Tou-sai-vai est maintenant sou refuge.

Des pêcheurs n'avaient pas de garçon, et ils adoptèrent ici un enfant âgé de neuf ans. Dieu leur donna deux fils. Ils déposèrent

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l'adopte sur le rivage, en lui disant qu'il pouvait retourner à l'Orphelinat ; c'est ce qu'il a fait, n'ayant plus d'autre gîte.

'' Un apostat, fumeur d'opium, vendit son fils à des bonzes pour se procurer quelque argent. Le P. Rover, qui avait baptisé cet enfant, se mit aussitôt à sa recherche; et ce nu fut qu'au bout de trois ans qu'il parvint à l'arracher aux mains de ses nouveaux maîtres, puis il nous l'envoya pour le mettre en sûreté.

" Deux époux païens se présentèrent un jour à la porte de l'Orphelinat et nous offrirent leur enfant ; il était âgé de treize à quatorze ans, estropié et idiot. Nous l'avons reçu ; un refus de notre part eut été dangereux, car ses parents l'auraient probablement jeté dans un canal.

"Je n'ai reçu, cette année, qu'un seul Eurasien; il est âgé de neuf ans et estropié ; mais c'est un ange de patience. Toujours sur sa couche ou sur sa chaise, il a cependant le visage riant, et malgré les plaies qu'une position aussi pénible engendre sur son petit corps, il ne cesse de répondre à ceux qui lui demandent des nouvelles de sa santé qu'il se trouve très-bien. Que le bon Dieu a de miséricordes pour les infortunés ! Je crois que le ciel en sera peuplé.

"Parmi les enfants de l'Orphelinat chrétien plusieurs sont aussi idiots ou estropiés ; d'autres yont des fils de fumeurs d'opium tombés dans la misère, ou de pauvres veuves qui, ne pouvant ni les nourrir, ni s'en séparer complètement, nous les confient dans l'espoir que, devenus grands et ayant appris un métier, ils seront plus tard le soutien de leur mère.

'Dans notre voisinage on a construit des malsons qui permettront de grouper autour de nous les jeunes familles des Orphelins nouvellement mariés, au fur et à mesure qu'elles se formeront; on assure par ce moyen la persévérance dans la foi de ces nouvelles générations de chrétiens dues à l'œuvre de la Sainte-Enfance. "

SECTION DE SOD-TSEU. Dans cette Section le district occidental de Kiang-yn, et ceux de Tsang-tseu et de Sou-tseu offrent le plus grand nombre de Baptêmes.

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UM'KICÏ DE XIANG-Y^ (ouest.) Laisboiis iiii 1'. Dubrix le soin de lions raconter lui-même les moyens auxquels il a eu recours, pour faire baptiser 1,125 enfants d'iafidèles. "

Depuis le mois de juillet 1874, dit-il, vingt-quatre personnes, parmi lesquelles on compte quatre médecins et deux sages-femmes, sont employées au service de la Sainte-Enfance. Les vierges Apostoliques surtout s'y consacrent avec leur dévouement ordinaire ; nous ne possédons qu'une seule pharmacie en rî'gle, celle de Nan-men, et c'est à elles qu'elle est confiée. Mais dans chaque école nous mettons de bons remèdes à la disposition des vierges et des hommes chargés de parcourir le pays, pour visiter les enfants malades. Vu l'indiftérence et l'égoismc des païens, ce moyen est le plus efficace. En effet, si la distance est un peu longue, les parents n'apporteront point leur enfant à la pharmacie. Dans un village voisin de Nan-mcn, huit enfants sont morts en quelques jours, à notre insu ; pas un ne nous avait été montré ; mais, au passage de la vierge, les paysans disaient : " Que n'étiez-vous chez nous ces jours derniers pour soigner nos enfimts ! " Les vierges ont opéré aux yeux des païens dans de riches familles et même chez les prc^tres des idoles certaines cures extraordinaires, qui leur ont attiré une grande réputation.

' Nous comptons dans le district une trentaine d'enfants païens adoptés par des fiimilles chrétiennes ; la plupart sont baptisés ou en voie de l'être. Cette œuvre réclamerait des secours. C'est à peine si nous pouvons faire quelques présents aux personnes, qui consentent à se charger de ces enfants ; aussi quand nous proposons à nos pauvres clu'étiens de tels actes de charité, notre parole n'est pas toujours écoutée."

DISTRICT DE TSAXG-TSEU. Le P. Koyer a écrit sur l'état de la Sainte-Enfance dans la contrée qu'il évaugélise. un rapport auquel nous empruntons les j)âssages suivants.

'Du l®"" juillet 1874 au 1^'' janvier 1875, je compte dans mon district 557 Baptêmes d'enfants païens moribonds, et j'en rends k Dieu d'immenses actions do grâces. Et cependant qu'est-ce que ce

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nombre, si on le compare aux milliers d'enfants, qu'on aurait pu envoyer au ciel pendant les mois d'août, de septembre et d'octobre ! Mais le manque de ressources et les maladies n'ont pas permis aux \ vierges et autres personnes, à qui est conSce l'œuvre des Baptêmes, de se rendre partout où leur pre'sence était nécessaire.

Une fièvre pernicieuse sévissait alors dans la préfecture de Tsang-tseu; les adultes en étaient atteints comme les enfants ; ceux-ci surtout mouraient en masse. J'avais mis en réquisition tout mon personnel de vierges, de médecins, de catéchistes, et de chrétiens dévoués : chacun était à son poste. Pendant les trois mois d'épidémie, 20 apôtres étaient à l'œuvre, 1 à Ly-ang, 1 à I-hing, 8 à Ou-si, 5 : dans la sous-préfecture de Yang-ou, et 5 dans cette de Vou-tsin.

"La vierge chargée de I-hing n'a pu baptiser que 11 enfants; le 15 août, elle a été atteinte du fléau, et la fièvre l'a conduite au bord de la tombe. Elle demandait alors le missionnaire pour se préparer à la mort. 'Le Père'^ne peut venir, lui répondit-on, il est à Changhai, à 600 lys d'ici." — ''Eh bien! reprit-elle, que la volonté de Dieu soit faite ! Quand il sera de retour, vous lui direz que je suis heureuse de mourir à mon poste et sans recevoir l'Extrême-Onction." . C'était le jour de la fête du Saint Cœur de Marie. La Sainte Vierge a eu pitié de sa servante et nous l'a conservée. Le 21 septembre, je pus la consoler moi-même, en lui portant le Corps Sacré de Notre- Seigneur. Ly-ang nous a fourni 21 Baptêmes, et Ou-si 178. La chaleur tropicale du mois d'août n'empêcha pas nos vierges intrépides de courir là où les païens les appelaient; mais le fléau vint bientôt ; mettre des entraves à leur zèle, et deux d'entre elles en furent atteintes. La plus âgée reçut les derniers sacrements et, pendant les deux mois qu'elle resta clouée sur son lit de douleur, son plus grand tourment était de ne pouvoir voler au secours des enfants moribonds. Mais, comme sa science de la médecine lui a acquis une grande réputation, on lui apporta dans sa chalnbre plus de cinquante enfants malades; malgré ses souffrances, elle trouvait encore assez d'énergie pour les recevoir; et, avec le secours d'une de ses compagnes, elle put .

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en baptiser 32. Elle a échappe' à la mort, et continue comme par le passé son œuvre de charité'.

Tsang-tseu a rivalisé avec Ou-si, et nous a donné IGl Baptêmes ; mais là aussi les épreuves n'ont pas manqué. Trois personnes ont été saisies de la fièvre, et se sont vues arrêtées dans leur dévouement. ■;;. ''^ .,:■■,,■•■ ;/■■.■ ""■■•■:■■'.■

Il existe dans la sous-préfecture de Yang-ou une chrétienté que je tiens à faire connaître, parce qu'elle réunit à elle seule presque toutes les œuvres de la Sainte-Enfance; c'est celle des pêcheurs de Tong-tsin. Là, quatorze jeunes gens, membres de la Congrégation des Saints Anges, se vouent au Baptême des enfants païens moribonds ; et durant les six mois, qui viennent de s'écouler, 8 1 ont reçu de leurs mains la grâce de ce sacrement. Les femmes ne font pas preuve d'un moindre zèle ; et l'une d'elles a administré elle seule 39 Baptêmes.

'A Tong-tsin, 60 enfants sont enrôlés sous la bannière de la Sainte-Enfance, et leurs petits chefs m'apportent régulièrement, chaque mois, leurs aumônes. Plusieiurs d'entre eux sont des protégés de l'Œuvre, carnés de parents païens, ils sont adoptés et nourris par des chrétiens; j'en compte 15 élevés ainsi gratuitement. Au mois de novembre 1874, j'ai bénit trois mariages ; sur les six nouveaux mariés, cinq étaient d'origine païenne, et avaient trouvé autrefois dans l'adoption la vie du corps et celle de l'âme. La chrétienté de Tong-tsin se compose actuellement de 47 familles ; 15 d'entre elles sont formées de jeunes gens et de jeunes filles, que la Sainte Enfance recueillit aux premiers jours de leur vie. Trois des principaux membres de la Congrégation des Saints Anges sont nés au sein du paganisme, la charité leur tendit jadis une main secourable ; devenus chrétiens eux-mêmes, ils cherchent à procurer la grâce du Baptême aux enfants moribonds, et ils rivalisent avec nos catéchistes et nos vierges Apostoliques, pour exhorter les infidèles à embrasser la foi catholique. J'ai baptisé 35 adultes, en 1874, dans là seule clirétienté de Tong-tsin ; ce sont eux qui les ont instruits et les ont aidés à apprendre les prières. Aussi

j'jippellerais volontiers Toiig-tsiii la chrétienté de la Sainte-Enfance; tant cette œuvi'e y produit de beaux résultats. "

DISTRICT DE SOU-TSEU. La ville de Soa-tseu tient ouvert, chaque jour, à heure fixe, un dis2:)ensaire, où les parents apportent leurs enfants malades et les font visiter par les médecins. Une pieuse chrétienne, renommée pour ses connaissances médicales, Cot admise dans cet établissement de bienfaisance, y donne des consultations et administre le Baptême à une foule d'enfants, dont la vie est en danger.

Un autre femme, nommée Tseu-lieu-ze, plus habile encore que celle dont nous venons de parler, exerce son art à Tong-tin-sè, sur le bord du Ta-Iiou, avec non moins de succès, (l)

SECTION DE S0K6-KANG. Sur les 1 3,860 enfants infidèles baptisés dans la Mission de Nan-kiug, 4,17.5 appartiennent à la Section de Song-kang. Bien que ce chiliïe soit beau, les Missionnaires pourraient en obtenir un beaucoup plus élevé, si leurs ressources pécuniaires leur permettaient de distribuer une plus gi'ande quantité de remèdes et d'employer au service de la Sainte-Enfance un personnel plus nombreux.

SECTION DE NÉ-WEI. "Il y a partout dans cette Section, dit le P. Loriqnet des personnes qui s'emploient à l'œuvre du Baptême des enfants infidèles en danger de mort. Quelques médecins, un plus grand nombre de sages-femmes, et des vierges s'y livrent avec zèle. Quant à celle de l'adoption des enfants, elle a été sans doute plus florissante, qu'elle ne paraît être actuellement en plusieurs districts. Le désintéressement n'est peut-être plus aussi complet, ni la pensée du bien aussi pure ; l'amour de la sapèque rétrécit les cœurs et diminue le nombre de ces adoptions.

'" Nous ne devons pas, ajoute le l'ère, passer sous silence l'Orphelinat de Xé-kiao, ce bijou de la Sainte-Enfance, au Pou-tong. Honorablement connu dans toute la contrée et au delà, préféré souvent

(1) Voir sur Tseu-licu-ze les "Relations de la Mission de Nan-king, " Tome I, 1873-1S74, rnc:es llfi, 117 et lis.

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par les païens, soit ;i cause de la boiuie réputation îles personnes qui le dirigent, soit à cause de leur science et de leurs soins d'Jsinléresses, il fait à l'Orphelinat du paganisme une concurrence profitable au saluf des âmes. Et outre cet avantage relatif, il progresse on luimême d'une manière assez considérable pour être ici remarque^?. D'après les chiffres ofBciels, le pre'ci^ent qninquemiium ne nous avait donné que 244 enfants recueillis et élevés; le présent nous en déclare 7ôO ; 50G en plus. Cet accroissement est dû en grande partie aux secours plus abondants de la Sainte-Enfance: nous sommes heureux de lui en montrer les fruits."

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