‹ Relations de la mission de Nan-kin [microform] confiée aux religieux de la Compagnie de JésusChapitre 8 sur 81 · MISSION DE YAN-TCHEOU · texte numérisé non relu

MISSION DE YAN-TCHEOU

Cette Mission, l'une des plus vastes du Vicariat, comprend la préfecture de Fong-yang dans le Ngan-houé, et toutes les contrées situées au nord et au centre de la province du Kiang-sou dans le3 = préfectures de Tchen-kiang, Yang-tcheou, Houé-ngan et Siu-tcheou. Elle n'a pas moins de soixante-quinze lieues d'étendue du nord au sud, et trente de l'est à l'ouest ; nous ne croyons pas exagérer en disant que sa population s'élève à environ dix millions d'habitants.

Le district de Ou-ho qui renferme les préfectures de Fong-yang et de Siu-tcheou ne compte que 450 chrétiens disséminés au milieu d'une immense population païenne. Ils appartiennent à dix-sept chrétientés différentes. Leur foi a de rudes assauts à soutenir pour repousser le paganisme et sa morale facile. Cependant ces chrétiens, sauf quelques exceptions, répondent aux soins du missionnaire qui les dirige. L'année dernière, on n'enregistrait chez eux que 567 confessions de dévotion ; cette année, le nombre de ces confessions s'élevait à 1,104, et celui des communions à 1,080.

Quant à la population païenne ; le pain de la parole de Dieu lui est fréquemment présenté. Les églises sont ouvertes à qui veut y entrer ; le païen qui en franchit le seuil y aperçoit représentés en

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images les principaux mystères de la religion, et y trouve des chrétiens disposes h lui en expliquer le sens. Le P. Gandar, missionnaire en cette contrée, xa nous raconter les moyens qu'il emploie lui-même pour gagner à Dieu les âmes de ces pauvres infidèles. " Avant-hier, écrit-il dans une lettre datée de Ou-ho, le 10 Janvier 1874, je suis ** parti de Téou-pou, où pendant huit jours nous avons donné la mis- ' sion aux païens .... Après la messe, j'appelle mon catéchiste et un ou deux administrateurs ; et nous allons visiter et exhorter les hameaux voisins. Les administrateurs connaissent les familles les plus ' influentes ; ils nous y introduisent. Les voisins accourent, la chambre se remplit ; chacun prend place comme il peut. On fume une pipe de tabac, puis commence l'entrée en matière. C'est moi qui fais l'exorde ; puis je cède la parole à mon catéchiste qui fait parfaitement son instruction. Ordinairement le thé arrive. Les auditeurs font leurs réflexions. On répond à leurs difficultés, on prévient les obstacles qu'ils ont à se faire chrétiens ; ou réfute leurs objections. • Puis nous nous retirons en invitant à venir voir l'église, et les images qui y sont suspendues. Dans l'après-midi nous faisons une ou deux stations comme pendant la matinée. Durant mon séjour h Téou-pou, nous sommes entrés dans treize familles. Peu ù peu on vint nous rendre visite; et les exhortations se firent alors dans ma chambre ou dans l'église."

Le district de Ou-ho compte 20 catéchumènes ; nombre bien petit sans doute, mais capable cependant de réjouir le cœur d'un missionnaire et de le dédommager des peines qu'il s'impose pour augmenter le troupeaii de Jésus-Christ.

A vingt lieues, N. E. de Nan-kin, sur les bords du canal impérial, est située la ville de Yang-tcheou qui compte 97 chrétiens. A vingtcinq lieues au nord de Yang-tcheou et siu* le même canal, se trouve celle de Houé-ngan qui en contient 170. Les deux préfectures de Yang-tcheou et de Houé-ngan réunies forment un district qui renferme 321 chrétiens, généralement doués d'une foi vive, et observateurs fidèles des lois de la religion.

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La chrétienté de Houé-ngan jadis si florissante, mais presque complètement ruinée par la rébellion des Tai-ping, semble aujourd'hui renaître de ses cendres. Des écoles vont y être établies, cette année, et là, comme en plus d'un autre endroit au nord du Vicariat, va recommencer, nous l'espérons, une nouvelle ère de christianisme.

A Yang-tcheou, plus grandes encore sont les espérances. Dans la ville même trente-trois jeunes filles grandissent à l'orphelinat, loin de tout danger. L'éducation et l'instruction religieuse qu'elles y reçoivent en feront de ferventes chrétiennes qui deviendront un jour, à l'iionneur de la Sainte-Enfance, des mères de famille capables de répandre au loin la bonne odeur de Jésus-Christ.

. Les protestants, établis à Yang-tcheou, recrutent peu d'adeptes; et encore ne les conservent-ils pas tous. Cette année, des païens convertis à leur secte l'ont abandonnée et sont venus se placer dans les rangs de nos chrétiens. '■ -:-^ ::::"-::''::.:/[/%, ,,^ :■'■:' ^y

Plus heureux que le missionnaire du district de Ou-ho, le P. Grillo compte dans celui de Yang-tcheou 70 catéchumènes; et ce nombre^ grandira encore. En eftet dans la préfecture de Houé-ngan les païens témoignent de l'estime i)our notre religion ; et beaucoup sont venus dans la petite maison que nous iiassédons dans la vilK pour y entendre l'explication de la doctrine catliolique dont ils ont fait l'éloge. Ces hommes appartiennent généralement aux claœes aisées de la société.

D'un autre côté une mesure hardie, due à l'initiative du P. Gandar chargé de l'administration générale des trois districts qui forment la mission de Yang-tcheou, a produit les meilleurs résultats. Nous possédons à Yang-tcheou une école fréquentée par 51 enfants, dont 37 sont païens. Le P. Gandar a posé en princijje que tout enfant païen qui désirerait être admis à l'école, en suivrait complètement les usages, c'est-à-dire qu'outre les livres classiques il étudierait aussi le catéchiàne et autres livres de religion, à l'heure fixée par le règlement, sans être obligé toutefois à se faire chrétien. Cette mesure a été acceptée ; au lieu de diminuer, le nombre des enfants païens a augmenté. Cinq des plus intelligents se sont faits chrétiens, du consentement de leui-s

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parents ; et 27 autres bien instruits des vérités de la religion les font connaître à leurs familles.

A l'est de Nan-kin, et non loin de la rive droite du Yang-tse-kiang, est situé le troisième et dernier district dont il me reste à parler, celui de Tan-yang. Le P. Léveillé l'a parcouru avec un zèle infatigable, et est parvenu à s'établir dans deux centres nouveaux. Cinquante catéchumènes sont le fruit de son zèle. Au milieu des eaux du Yang-tsekiang se trouve une île, nommée Tai-pin-zé, qui ne le cède en population et en étendue qu'à celle de Tsong-ming. Jamais missionnaire ne l'avait visitée ; et le nom de Notre-Seigneur y est resté inconnu jusqu'au jour où le P. Léveillé y a débarqué. Sans avoir pu s'y établir, et sans y compter encore aucun catéchumène, il a du moins préparé les voies à la propagation de l'Evangile; et nous espérons y créer prochainement un poste qui nous permettra de séjourner dans cette île, aussi longtemps que l'exigeront les besoins du ministère.

La ville de Tchen-kiang, ouverte au commerce Européen, fait "partie du district de Tan-yang. Elle compte à peine quelques chrétiens. C'est là que le Père procureur de la Section de Nan-kin, fait sa résidence.

MISSION DÉ NING-KO

Cette Mission, corapos<ie des préfectures de Tai-ping, Ning-ko et Houé-tcheou, comprend quatre districts en formation. Ces vastes contrées ne sont ouvertes au Christianisme que depuis peu de temps, et cependant la moisson y est plus abondante que dans les autres parties du Vicariat. 659 adultes y ont reçu le baptême, cette année ; et quatre à cinq mille catéchumènes y suivent les règles de notre sainte religion. Le voyage que Monseigneur Languillat a fait, au mois de novembre 1873, dans la préfecture de Ning-ko contribuera encore à augmenter le mouvement religieux qui s'y est déclaré.

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Jamais évêque n'avait foule le sol de cette terre païenne. Le 8 novembre, Sa Grandeur accompagnée du R. P. Garnier, supe'rieur de la Section de Nan-kin, arrivait à Ning-ko, où elle était reçue pair le P. Ravary ; et les païens députaient l'un des leurs pour souhaiter la bienvenue à l'Evêque du Kiang-nan. Le 9, jour de dimanche, à deux heures. Monseigneur fit sa visite oflBcielle aux mandarins de Ning-ko ; elle fut pleine de courtoisie. A quatre heures, les mandarins vinrent la lui rendre dans une maison achetée par les missionnaires, quelques jours auparavant. Le lendemain, sa Grandeur partit pour faire sa tournée pastorale ; le sous-préfet de Ning-ho avait eu la gracieuseté de mettre dix-huit porteurs de chaise à sa diposition. Les limites étroites de notre travail ne nous permettent pas de raconter toutes les circonstances de ce voyage, que sa Grandeur appelait une vraie marche triomphale. Les païens eux-mêmes comme les chrétiens accouraient en foule pour voir le Maître de la Religion ". A Choueitong, les notables du pays, tous païens, vinrent saluer Monseigneur ■ et lui offrirent des présents. Le 20, sa Grandeur quitta Ning-ko, et s'embarqua pour Nan-kin, en remerciant Notre-Seigneur des bonnes dispositions qui animaient ces populations.

Durant cette année, la sollicitude des missionnaires s'est portée principalement sur la bonne organisation des écoles ; œuvre fondamentale dans un pays nouvellement ouvert au Christianisme. Dans la Mission de Ning-ko il y a actuellement 22 écoles, et le nombre des élèves est de 337. Parmi ces enfants, 39 appartiennent à des familles chrétiennes ; les autres sont des catéchumènes.

En 1863, deux missionnaires seulement se montrèrent sur les limites du Ngan-houé ; aujourd'hui seize prêtres sont employés auTninistère apostolique dans cette province, et huit l'exercent dans la Mission de Ning-ko. Cette mission possède actuellement dix-neuf chapelles entourées de chambres pour l'habitation des missionnaires. Plusieurs nous ont été offertes gratuitement par des famUles indigènes remplies de bienveillance envers nous. O

Grâce à l'instruction qu'ils reçoivent dans les écoles, un grand

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nombre d'enfants et de jeunes-gens se pénètrent de pins en pins de l'esprit du christianisme, et réjouissent par leur piété et leur bonne tenue les missionnaires qui leur consacrent leurs soins. Plusieurs d'entre eux, animés d'un zèle tout apostolique, nous promettent de se consacrer autant qu'Us le pourront, à la belle œuvre de la conversion des païens, et de nous prêter leur concours, dès qu'ils seront en mesure de le faùre.

En un mot, cette Mission de Ning-ko bénie de Dieu, nons fait concevoir de douces espérances, et semble appelée à un grand développement. Cette année, nous avons pu nous établir dans la ville de Ning-ko, sans opposition de la part des mandarins, et je dirai même avec leur approbation; circonstance qui nous fait jouir dans le pays d'une considération avantageuse pour la propagation de l'EvangUe.

MISSION DE NGAN-KIN

Formée par les préfectures de Ngan-kin, de Tché-tclieou, de Lou-tcheou et de Yng-tclieou, bornée au midi par les provinces du Kiang-si et du Tché-kiang, au nord par celle du Chan-tong, à l'ouest par celles du Ho-nan et du Hou-pé, la Mission de Ngan-kin est divisée en cinq districts qui ne renferment que quelques rares chrétiens. Là, tout est à créer. Cependant nous sommes établis dans la capitale même de la province, à Ngan-kin ; ville dont l'importance a encore augmenté depuis qu'on y a institué, il y a d(!ux ans, un tribunal chargé de traiter les affaires des Européens. Les mandarins préposés à ces affaires, nous devons leur rendre cette justice, nous ont protégés en maintes circonstances, où nous avions besoin de leur secours. Leurs instructions verbales ou officielles nous ont fait jouir de la paix en des contrées, où nous étions exposés à plus d'une vexation. Dans les endroits nouveaux que les Missionnaires devaient visiter et traverser, et dans ceux où ils avaient l'intention de s'établir, ces mandarins ont

expédié des courriers pour préparer le peuple à nous accneîllîr favorablement. Quelquefois même le missionnaire s'est vu accompagné par des hommes, à qui le tribunal avait confié ce soin.

A Ngan-kin, leur protection ne nous a pas fait défaut pour préserver notre Késidence contre les tentatives des bacheliers et des notables. Ils ont obligé des mandarins locaux à afficher des proclamations pour apaiser la fureur du peuple, à punir nos persécuteurs, et à rendre officiellement à la Keligion et à ses ministres des honneurs inusités. .■;-. ^ ■,:-■■;:- v;V: ■^-..y-.^-^;,:-.

Ces quelques détails, en prouvant que la protection du tribunal chargé des affaires Européennes nous est acquise, annoncent aussi que de pénibles circonstances nous ont obligés à la réclamer. En efixit. à Yng-chan, les Missionnaires ont eu h essuyer des menaces, des injures et des aggressions violentes. A Tong-lieou et à Ta-tong la persécution a sévi avec plus de rigueur. Dans cette dernière localité la maison des vierges a été incendiée, et des vols ont été commis dans celle du missionnaire. ; '

Quant à la propagation de l'Evangile, elle s'opère lentement ; car ici comme ailleurs, nous avons à lutter contre la haîne du peuple pour toute religion étrangère à la sienne. La ville de Ngan-kin repousse la vérité qui lui est offerte. Cependant notre école externe compte 17 enfants païens ; et de nombreux visiteurs viennent à notre résidence pour y entendre parler de religion. Ta-tong a perdu le plus grand moyen de salut qui lui était présenté en incendiant la maison des vierges, et en les obligeant à aller chercher ailleurs un asile, où elles seraient à l'abri de la persécution. Mais en dehors de Ngan-kin et de Ta-tong nos espérances croissent de jour en jour.

Au district de Kien-te la ferveur des néophytes augmente, et leur

nombre s'accroît. Cette année, écrit le P. Seckinger, le district de

Tong-lieou et la partie méridionale de celui de Kien-te ont reçu, plus

souvent que par le passé, la visite des Missionnaires, et l'an prochain

nous pourrons recueillir les prémices de nos néophytes. "

La chrétienté de Ou-yuen, située à la pointe méridionale du

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Ngan-hoiié. est toujours dans le même denùinent matériel ; mais l'arrivée de quelques clu-étiens du Kiaug-si, des baptêmes et des alliances rendent plus nombreuses ses rinniions du dimanche; et des jours meilleurs semblent luire jH)ur elle

A Yng-clian, dans le district du P. Li, sur un rayon de plusieurs lieues, les montagnards semblent disposés à embrasser la religion. A Che-tay, à Ho-chang, les catéchumènes venaient à nous en grand nombre, mais la dernière persécution les a effraycîs, et nous ne savons s'ils se feront jamais clu-étiens. Vers le nord de la Mission, à Ho-kieou, nous avons découvert vhigt chrétiens venant du Ho-nan, et perdus au sein des populations païennes.

Tel est l'état de la Mission de Ngan-kin. Six Missionnaires jKircourent cette partie du Ngan-houé à la sueur de leur front, et au prix de bien des souffrances. Le soir d'une pénible journée, ils arrivent souvent dans quelque pamre village pour y passer la nuit. Abrités dans une mauvaise auberge, et mêlés à une société qui ne leur inspire que du dégoût, ils y trouvent une nourriture que le besoin de manger peut seul faire accepter. Quelques bottes de paille, jetées à terre et sur les quelles ils étendent leur couverture, voilà tout leur lit ; trop heureux encore, si la conversation des voyayeurs étendus à côté d'eux et la famée de leurs pipes ne les empêchent pas de dormir. Le matin, il est ordinairement impossible de trouver un endroit convenable pour célébrer la messe 5 et il faut partir pour aller chercher ailleurs d'autres peines et d'autres croix. ' Mais, écrit l'un de ces ' Missionnaires, si quelques-uns succombent à la peine, d'autres viendront les remplacer et cueillir leur moisson. " Tel est l'apostolat dans la Mission de Ngan-kin. Les Missionnaires n'y possèdent que quelques maisons disséminées sur une étendue de cent lieues ; et presque chaque jour il faut, à prix d'argent, demander un pauvre gîte pour y passer la nuit.

Cette vie est rude et sourit peu à la nature ; mais elle est belle aux yeux de la foi, et répond aux aspirations qui animent le cœur des apôtres. Les croix naissent sous leurs pas ; les sacrifices se présentent

sans cesse devant eux : croix et sacrifices, telles sont les deux semences qui font germer le chiistianisme au sein des populations païennes.

Les détails que nous venons de donner sur la Section de Nan-kîn suffisent pour la faire connaître. C'est à dessein que nous nous sommes plu à les multiplier ; il est nécessaire, en eflTet, de raconter longuement les origines chrétiennes de cette partie du Vicariat, si différente de celle du Kiang-sou méridional.

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SECTION DE SOU-TSEU

Cette section comprend trois éle'ments bien distincts : ce sont les anciens chrétiens, les pêcheurs, et les néophytes.

Les anciens chrétiens, en grand nombre dans les districts de Sou-tseu et de Tsang-zo, sont généralement bons, fervents et instruits.-" Ils ont leurs églises, leurs jours de fête, et voient souvent le missionnaire.

Les pêcheurs, qui sont en majorité dans les districts de Ou-si, de Kouen-sè et de Tsang-king, forment une population presque nomade. Sans habitation sur le sol, ils n'ont d'autre demeure que leur barque. Les besoins de la vie les poussent à chercher en mille endroits divers une pMche favorable ; et beaucoup d'entre eux, pêcheurs seulement de nom, sont toujours à la piste de voyageurs, ou de marchandises à transporter d'une ville à l'autre.

Pour établir quelque règle au milieu de ce mouvement perpétuel, et réunir plus facilement les pêcheurs, les Missionnaires les ont divisés en Congrégations, qui ont pour nom celui du saint qu'elles ont choisi pour patron. C'est ainsi qu'à Ou-si sont organisées les huit Congrégations de S. .Joseph, S. Jean, S. André, S. Jacques, S. Paul, S. Matthieu, S. Ignace et S. Franqois-Xavier.

Dans le district de Kouen-sè, les pêcheurs de Sio-ouang dang, Yang-ka kiao et Lo-ka pang sont divisés en quinze Congrégations. Sio-onang dang en compte quatre : celles de S. Joseph, S. Marc, S. Luc et S. Jean. Yang-ka kiao sept : celles de S. Joseph, S. Pleine, S. Jean- Baptiste, S. Philippe, S. Matthieu, S. Jacques et S. Jean ; Lo-kapang, quatre : celles de S. Pierre, S. André', S. Jacques et S. Thomas.

A Tang-kao, au district de Tsang-zo, les pêcheurs sont répartis dans les deux Congrégations de S. Piei-re et de S. Jean.

Le premier dimanclie de chaque mois, à l'e'poque de la mission, aux quatre grandes fêtes de l'anne'e, et en plusieurs autres circonstances, ces diverses Congrégations ont des réunions générales ou particulières ; et les communions y sont nombreuses. C'est alors que le missionnaire règle les affaires de ces chrétientés mouvantes, organise les écoles et pourvoit à tous les besoins spirituels de ses ouailles qui se dispersent ensuite aux quatre vents du ciel, jusqu'à ce que la prochaine fête les oblige de nouveau à se réunir.

Les pêcheurs de la Section de Sou-tseu sont remarquables par la simplicité de leurs mœurs et leur esprit d'obéissance. Ils n'ont que peu ou point de relations avec les habitants des villes, sont étrangers à leur corruption, et se distinguent généralement par une innocence de vie, qui leur rend facile l'entrée du royaume de Dieu. Le missionnaire se sent le cœur à l'aise au milieu de ces gens simples, disposés à écouter sa parole et à lui donner maintes preuves de respect et d'affection. : ,- - ^ r.^^^^ ■'■ - .

Les districts de Kiang-yn et de Tsang-tseu renferment plus de 4,000 chrétiens presque tous néophytts baptisés depuis quelques années seulement ; ces chrétiens exigent des soins spéciaux, si l'on veut que la foi se maintienne solide parmi eux. Aussi des catéchistes excurrents vont-ils souvent les visiter ; les exercices de la retraite leur sont donnés, et des écoles sont établies parmi eux. En un mot, tout est mis en œuvre pour sauvegarder ces brebis nouvellement entrées dans le bercail de Jésus-Christ. Mais hélas ! dans plusieurs de leurs chrétientés le missionnaire ne rencontre pas même une chambre, où il ait la consolation de célébrer convenablement le saint sacrifice de la messe, ni où les chrétiens puissent se réunir le dimanche, pour y réciter les prières d'usage et faire le chemin de la croix. De plus, ces néophytes sont pauvres et incapables de subvenir aux dépenses qu'exige l'entretien du missionnaire. " Dans les deux districts de Kiang-yn, écrit le ' P. Debrix, il est nécessaire de bâtir 24 églises, 12 dans la partie orientale, et 12 autres à l'ouest, si l'on veut que là comme ailleurs les chrétiens aient, le dimanche, leur lieu de réunion, et que le

missionnaire célèbre convenablement le saint sacrifice de la messe." Le P. Eoyer pour son district de Tsang-tseu indique au moins six chrétientés qui n'ont pas d'église et qui en réclament. Mais où trouver l'argent nécessaire pour mener à bonne fin une pareille entreprise, dont la nécessité cependant ne saurait être contestée .*

Le pays de Kiang-yn est dans tout le Kiangnaou méridional le plus riche en catéchumènes. Des catéchistes, des femmes animées d'un zèle tout apostolique le parcourent sans cesse, pour y faire pénétrer la foi de Jésus-Christ, et pour instruire les néophytes. Les troubles qui ont en lieu à Chang-hai, au mois de mai, ont néanmoins ralenti le mouvement de conversion, au sein des populations païennes ; les rumeurs incessantes qui annonçaient pour un avenir peu éloigné l'incendie des églises, le massacre des Européens et des chrétiens n'étaient pas de nature à gagner les cœurs à la cause de Jésus-Christ. Toutefois le mouvement, quoique ralenti, n'a nullement cessé. Les deux districts de Kiang-yn comptaient encore 302 adultes baptisés ; et le P. Eoyer, dans son district de Tsang-tseu a eu aussi la consolation de conférer le baptême à 167 catéchumènes.

SECTION DE SONG-KANG

Composée en grande partie d'anciens chrétiens, cette section renferme environ 3,000 pêcheurs, dont les trois quarts appartiennent an district de Tsing-pou. Dans ce district, la chrétienté de Ta-lé-kiao en compte plus d'un mille divisés en stations de Kao-li, de Ouang-dtxi et de Tsing-pou. Ceux de la chrétienté de Yang-ze-iu, au nombre d'environ 600, forment deux congrégations, de S. Pierre, et de S. André. Les districts de Se-king, de Song-kang et de Ka-ding en comptent quelques centaines

Comme ceux de la Section de Sou-tseu, ces pêcheurs sont généralement fervents. Ceux de Yang-ze-iu se distinguent entre tous par leur simplicité et la pureté de leurs mœiu-s ; ceux de Kao-li par une certaine dignité de manières que l'on ne rencontre pas chez les autres. Parmi ces derniers se trouve une famille nommée Lieu, dont le chef Lieu-iu-tsen, homme intelligent et plein de zèle pour le salut des âmes, est l'administrateur général de la chrétienté de Ta-lè-kiao qui lui doit en grande partie son accroissement et sa prospérité. Plus de 150 pêcheurs païens ont embrassé le christianisme, grâce à ses exhortations et aux services qu'il leur a rendus. Dans toutes les difficultés c'est à lui que les pêcheurs s'adressent ; et il se fait un devoir de leur venir en aide tant pour les besoins corporels que pour ceux de leurs âmes. Sa femme, douée d'un zèle égal, tout en vaquant à son commerce, trouve le moyen de baptiser les enfants païens moribonds ; et bon nombre de païennes, qu'elle a instruites des vérités de la religion, ont embrassé le christianisme, et lui doivent, après Dieu, le bonheur de marcher dans la voie du ciel.

Les pêcheurs du Ta-hou, lac magnifique, qui n'a pas moins de vingt lieues de largeur sur quatre-vingts de circuit, appartiennent à la

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chrétienté de Tse-liaong, située sur les bords du Tié-so-bou, autre lac beaucoup moins considérable, puisqu'il n'a pas plus de trois à quatre lieues dans sa plus grande largeur. Du Ta-hou au Tié-sè-bou la distance est d'environ dix lieues. Les pêcheurs du Ta-hou ne viennent régulièrement à Tse-haong que cinq fois par an : à la Toussaint, à Noël, à la fête de l'Annonciation, qui est leur fête patronale, à Pâques et à la Pentecôte, époques consacrées par l'usage, et où ils sont sûrs de rencontrer le Supérieur de la Section, ou quelque autre Père, si leur propre missionnaire lui-même n'a pu venir les visiter. La grandeur de leurs barques pontées, et à deux mâts, qui rappellent nos chasse-marée de France, ne leur permet pas d'entrer dans les petits canaux ; ils passent leur vie presque tout entière dans le Ta-hou, occupés à la pêche ; montent sur un canot pour aller vendre leur poisson aux villages bâtis sur la rive, et n'ont que peu de rapports avec le continent. Cet isolement sauvegarde leurs mœurs ; fidèles aux pratiques de la religion, ils gardent jusqu'à la mort leur simplicité native, et quittent cette terre avec l'espérance bien fondée de l'échanger pour le ciel.

Quant aux autres chrétiens, si l'on excepte quelques familles qui habitent les %'illes et les bourgs, ils répondent aux soins que leur donnent les Missionnaires, et les 47,186 communions de dévotion que l'on compte, cette année, dans la section de Song-kang prouvent que la fréquentation des sacrements y est en honneur.

Les chrétiens des districts de Tsing-pou, Se-king, Mo-kiao et Tsi-pao se distinguent surtout par leur ferveur, que le pèlerinage de Notre-Dame- AuxiKatrice, à Zô-sè, et la louable coutume, adoptée par les Missionnaires, d'aller passer le premier dimanche de chaque mois dans les grandes chrétientés, augmentent de jour en jour.

Le district de Tsu-king, où les baptêmes d'adultes étaient autrefois fort rares, a vu, cette année, 47 païens embrasser notre sainte religion, grâce au zèle intelligent du P. Kin, missionnaire eu cette contrée.

La section de Song-kang compte vingt écoles de plus que l'année dernière, et 466 élèves païens. Nous ne terminerons point le

compte-rendu de cette Section, sans parler de la bénédiction de l'église de Song-k;ing et du développement singulier que prend le pèlerinage de Notre-Dame- Au xiliatrice. à Zô-sè.

Les anciens Missionnaires de la Compagnie de Jésus possédaient autrefois à Song-kang une Résidence. Il n'en reste plus aucun vestige : mais Ie*r église, dont les mines existaient toujours, nous donnaient le tlroit de réclamer ce terrain, et personne ne pouvait nous en contester la propriété. Après maintes difficultés, inséparables d'une pareille réclamation, les mandarins se virent obligés de nous rendre justice, et le terrain nous fut rendu. Il y a deux ans, nous détruisîmes l'ancienne église qui ne pouvait être réparée ; mais par respect pour les hommes qui avant nous avaient implanté le christianisme dans ces contrées, nous avons bâti la nouvelle sur les fondements même de l'ancienne. C'est une église gothique, en forme de croix ; elle a été construite par le F. Mariot.

Le jeudi dans l'octave de Pâques, 9 avril 1874, fut le jour fixé pour sa bénédiction. La santé de Mgr. Languillat ne lui permit pas de présider à cette cérémonie ; et le R. P. Foucault, Supérieur général de la Mission, le remplaça. Il tenait, pour l'honneur de notre Religion, à lui donner toute la solennité possible. En conséquence, le P. Ferrand, Supérieur de la Section de Song-kang, invita tous ses Missionnaires à y assister ; les scolastiques de Zi-ka-wei étaient alors en vacances, cette circonstance favorable permit de les faire venir. Et c'est ainsi que onze prêtres et treize scolastiques célébrèrent ensemble cette belle fête, au grand étonnement des païens, peu habitués à voir aussi nombreuse réunion de Missionnaires.

Deux mois plus tard, le 12 juin, les Missionnaires de la Section se révmissaient de nouveau à Song-kang pour solenniser la fête du Sacré-Cœur, à qui cette nouvelle église est consacrée. Les païens sont venus en grand nombre la visiter. ^^

A environ quatre lieues au nord de Song-kang se trouve la montagne de Zô-sè, au sommet de laquelle le P. Desjacques, alors Sup«îrieur de cette Section, bâtit en 1867, une petite chapelle en l'honneur

de Notre-D.arae-Auxiliatrice. Quelques faveurs extraordinaires accordées aux prières des chrétiens ne tardèrent pas à la rendre populaire ; et un pèlerinage s'y établit de lui-même. Cette humble chapelle n'existe plus aujourd'hui. La tourmente qui vint assaillir les Missions de Chine pendant ces dernières années menaçait trop celle du Kiang-nan pour que le R. P. Délia Corte, qui la gouvernait alors comme Supérieur général, ne songeât pas à lever les yeux vers Notre- Dame- Auxiliatrice, et à lui demander secours et protection. Quelques jours après le massacre de Tien-tsin, il promit à la Sainte Vierge, au nom de tous les Missionnaires et de tous les chrétiens, de lui bâtir à Zô-sè un nouveau sanctuaire, si elle détournait de leurs têtes la tempête qui menaçait de les perdre. Sa prière fut exaucée ; la petite chapelle fut alors démolie, et à sa place s'élève aujourd'hui une belle église construite par le F. Mariot, en grande partie avec les aumônes des fidèles du Kiang-nan. Le 15 avril 1870, jour du mardi de Pâques, Mgr. Languillat vint la bénir ; et le V^ mai, il y célébra, au milieu d'un concours de 15 à 20,000 hommes, la première de ces grandes solennités religieuses qui ont ouvert une ère nouvelle dans notre Mission.

Trente-cinq missionnaires, — vingt-huit prêtres et sept scolastiques — y assistaient. Chaque jour du mois vit des pèlerins gravir les coteaux de Zô-sè ; le 24, la fête de Notre-Dame- Auxiliatrice se célébra avec une nouvelle magnificence ; car deux évêques y assistèrent : Mgr. Languillat et Mgr. Colombert, alors coadjuteur de Mgr. Miche dans la Cochinchine Française. Ce n'est point ici le lieu de décrire ces fêtes. Qu'il nous sujffise de dire qu'elles rappellent celles de l'Europe, et produisent sur nos chrétiens un effet d'autant plus salutaire, qu'autrefois ils en soupçonnaient moins la splendeur. Celles de cette année ne le cèdent point aux précédentes en beauté et en fruits de bénédictions. En un mot les chrétiens fervents viennent chercher à Zô-sè un nouvel aliment à leur piété. Ceux que la tiédeur allait jeter hors des voies du salut y puisent des grâces de renouvellement intérieur qui les prémunit contre les pièges du démon; d'autres, qui

depuis longtemps déjà gémissaient dans l'état da péché, y entendent l'appel de Marie, se réconcilient avec Dieu et rentrent dans le chemin du ciel, qu'ils avaient quitté. Le 2 Juin 1874, Monseigneur Languillat avait écrit à Rome pour prier le Souverain-Pontife d'accorder une indulgence plénière à tous les pèlerins qui viendraient à Zô-sè célébrer la fête de Notre-Dame-Auxiliatrice. Sa Sainteté Pie IX, selon le désir de sa Grandeur, a accordé cette indulgence, aux conditions ordinaires requises pour la gagner ; et la réponse arrive de Rome au moment où nous écrivons ces lignes. Mille fois bénie soit la Vierge Auxiliatrice des chrétiens, qui a daigné choisir sur notre terre du Kiang-nan un lieu où elle veut être honorée d'un culte spécial, et qui se plaît à répandre sur nos chrétiens ses faveurs les plus signalées.

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SECTION DE NÉ-WEI

ou DU POU-TONG.

La Section de Né-wei est à peu près toute formée d'anciens dire'liens. Elle compte quelques centaines de pêcheurs. Le P. Lorûjiiot, autrefois simple missionnaire en cette contrée, dont il est Supérieur depuis un an, compare le présent au passé et fait cette rcmaniue : Ce *' n'est pas sans une sensible consolation que j'ai vu en maints endroits '' les humbles et pauvres Kong-sou d'autrefois remplacés par des édi- " tices dignes du nom d'églises. L'esprit de dévotion a suivi le mou- " vement artistique ; il s'est développé. Le bien s'est accru et semble " promettre de s'accroître encore sur cette vieille terre chrétienne du "Pou-tong. " Tsang-ka-leu, Kien-ka-haong, Zié-ka, Pa-zen-kiao et Né-kiao possèdent en effet des églises que la piété des fidèles embellit de jour en jour. Les chrétiens de Kien-ka-haong, au district de Tsangka-leu, frappés de la beauté des statues de Munich, qu'ils ont vues à Chang-hai, dans la cathédrale de S. François-Xavier; à Zô-sè, dans l'église de Notre-Dame- Auxiliatrice ; à Zi-ka-wei, dans la chapelle des Religieuses Auxiliatrices, ont fait entre eux une souscription pour en acheter une en Europe . C'est une statue de la Sainte Vierge . Monseigneur LanguUIat s'est rendu à Kien-ka-haong pour la bénir et présider à la fête organisée en cette circonstance. Une procession solennelle, en l'honneur de Marie, a eu lieu au milieu d'un nombreux concours de fidèles accourus de toutes les chrétientés voisines. Ici, comme en Europe, ces manifestations religieuses ravivent la foi des peuples, et déposent au fond des âiues des pensées qui ramènent à Dieu.

Au district du Tang-mou-kiao, les cbrJtieiis se distînpiput en

plusieurs endroits par une grande ferveur, l'habitude de la cummunion

fréquente, et une dévotion spéciale au Sacré-Cœur de Jésus. Il est «î-

pendaiit des localités, oîi le missionnaire voit avec douleur des fainill -s

abandonner les traditions de leurs pères et les pratiques de notre sainte

Eeligion. La Sainte Vierge vient de jeter un regard de miaîricoi-de

sur l'une de ces familles pour la ramener dans la bonne voie, qu'elle

avait quittée depuis plusieurs .années. Le 23 décembre 1873, écrit le

P. Touplard, missionnaire dans ce district, j'étais ù Lîn-|)ao-t<ing,

occupé à entendre les confessions. Père, Père, vint-on me diie en

toute hâte, la jeune fille de Che-pa-wan est là; vite l'E-^trême-onc-

"tion; elle va mourir. ^ ^ - ;v^

Cette jeune fille de 15 ans, malade depuis un mois de la fièvre typhoïde, était désesp(îrée des médecins. De fait, elle était depuis " plusieurs jours dans le délire et quasi expirante. Dans les moments "de lucidité elle avait demandé, à grands cris, l' Extrême-onction ; mais sa famille est à moitié apostate et à moitié païenne — le père et les '' frères ont épousé des païennes sans dispense ; et ne fout pas la mis- " sion depuis une dizaine d'années — tous ces gens avaient fait la sourde "oreille à ses prières. Deux médecins venus, le 23. j)our voii- la malade, déclarent qu'elle ne passera pas la journée. Les vierges de Clie-pa-\van exhortent les parents à tranporter la moribonde pour recevoir l'Extrême-onction h Lin-pao-tang. Huit lys séparent Chepa-wan de Lin-pao~tang. Les médecins disent qu'elle mourra cer- " tainement en route. Le père de la malade, subitement touché par la grâce, s'écrie: N^iinpoj-te / fâchons de lui procurer V Esctrânt/eonction! On l'embarque aussitôt, et avec elle tout ce qu'il faut pour l'ensevelir ; car on pense ne ramener qu'un cadavre. Sa tante, en- ' ragée païenne, l'accompagne avec deux vierges. Prévenu par les vierges, je laisse le confessionnal, et me rends près de la moribonde. Elle avait perdu l'ouie et la parole ; sa bouche reste entr' ouverte comme celle d'une personne qui va rendre le dernier soupir. Je me hâte de lui donner l'Extrême-onclion, crainte de la voir expirer sous mes yeux.

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"" Après l'Extrême-ontion, je me rappelle Notre-Dame de Lourdes et les merveilles opérées par son eau miraculeuse. Je cours k ma " chambre et rapporte ma petite bouteille d'eau de Lourdes. Je conjure la Sainte Vierge de sauver ce corps pour sauver une dizaine ' d'âmes de la famille ; puis je fais avaler une petite cuillerée de l'eau miraculeuse à la moribonde, en disant : Marie Immaculée, sauvez- " moi. Après avoir bu, elle s'endort. Bonne nuit. Le lendemain je lui donne une seconde cuillerée, en répétant : Marie Inwiacuk'e, sauvez-moi. Je lui porte le Viatique. Après la sainte messe, elle ' s'embarque hors de danger ; la parole, l'ouie et la luciclité lui étaient ' revenues. L'appétit revint aussi. Le médecin païen, en la voyant revenir, s'écria : Eti vérité', c'est tme bonne chose de a-oire en Dieu ! " La tante païenne veut se faire chrétienne ; le père et les frères aînés, dans la jubilation, veulent régulariser leur position et revenir à *' la vie de l'âme ; la jeune fille veut rester vierge, et c'est aussi le désir de son père, pour remercier Marie Immaculée qui lui a rendu la san- "té." Dans cette même chrétienté de Lin-pao-tang, le P. Pouplard a donné aux vierges de son district une retraite couronnée" d'un véritable succès. Elle a duré quatre jours, pendant lesquels un silence rigoureux devait être observé. Ces vierges, animées de l'esprit de Dieu, donnent le bon exemple dans leurs chrétientés, recherchent les œuvres de pénitence et exercent sur leur corps des actes de mortification que le missionnaire est obligé de modérer. Le zèle des âmes a grandi parmi elles. Elles se font un devoir de ramener à la pratique de la religion les personnes qui s'en étaient éloignées; et exhortent les femmes païennes à embrasser le christianisme.

Témoins de ces actes de vertu, les jeunes gens, les vieillards, les femmes mariées demandent aussi qu'on veuille bien leur donner les exercices de la retraite.

SECTION DE HAI-MEN

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Les Missionnaires de cette contrée se plaisent à constater que les païens leur sont moins hostiles qu'autrefois, et ils y exercent plus librement le saint ministère.

Les chrétiens de Hai-men, actuellement encore, n'ont ni l'instruction, ni la piété de ceux des autres sections du Kiang-sou. Loin de nous cependant la pensée de leur en faire un crime. A Hai-nien, en effet, la pauvreté est grande, et les chrétiens n'ont pas d'église convenable pour se réunir et célébrer en commun les fêtes religieuses ; de plus, l'argent a souvent fait défaut pour soutenir les écoles. La providence nous est venue en aide ; les écoles sont dcyà plus nombreuses que par le passé ; quelques églises centrales ont été brities. A la dernière fête de Noël 1873, mille chrétiens accourus de plusieurs endroits, étaient réunis dans une nouvelle église bâtie à trois lieues de Mao-ka tsen. Jamais réunion aussi nombreuse n'avait eu lieu à Hai-men.

Dans l'île de Pé-hai-so, à la fête de Pfiqnes, que le missionnaire célébrait dans l'église de S. Joseph récemment bâtie, le concours des chrétiens n'était pas moins considérable. Les païens eux-mêmes accoururent en grand nombre pour assister aux cérémonies, jadis presque invisibles pour eux dans les enceintes étroites, où Missionnaires et chrétiens se trouvaient relégués. Et cependant le manque de ressources nous a obligés, cette année encore, à bâtir dans l'île de Tsongming une église en roseaux avec un toit de chaume. On n'y voit pas une brique ; les chrétiens étaient trop pauvres pour aider le missionnaire; et le missionnaire trouvait lui-même trop peu d'argent dans sa propre bourse pour songer ù un autre mode de construction.

Il existe à Hai-men une œuvre nouvellement établie et qui a produit d'heureux résultats : c'est l'école des catéchistes. Sept ou huit jeunes gens maries, après avoir été maîtres, ont consenti à redevenir élèves pour compléter, à la Résidence de Mao-ka tsen, leurs études littéraires et religieuses, et se sont mis au service des Missionnaires pour les aider ù propager l'Evangile et à instruire les néophytes. Six autres jeunes gens de Hai-men se sont rendus à Chang-hai au noviciat des JoséphLstes du Lao-Tiétsu-tang, dont nous parlerons en son lieu ; puis leiu* temps de formation et d'épreuve une fois écoulé, ils ont laissé aux Supérieurs de la Mission pleine liberté de les envoyer où bon leur semblerait. L'un d'eux est resté à Chang-hai ; les cinq autres sont partis pour le Ngan-houé, où ils partagent les labeurs des Missionnaires de cette contrée.

L'œuvre de la Sainte-Enfance est florissante dans la Section de Hai-men; et, après leur baptême, im grand nombre d'enfants sont adoptés par les chrétiens. Devenus grands, quelques-uns d'entre eux nous servent d'auxiliaires comme maîtres ou maîtresses d'école. Quelles que soient les calomnies insensées que la haine du paganisme ait inventées contre cette œuvre, elle n'en excite pas moins ici, comme ailleurs, une légitime admiration, et produit parfois les conversions les plus inattendues.

Je baptisai, l'année dernière, écrit le P. Croullière, Supérieur " de cette Section, un vieux lettré qui est aujourd'hui un de nos maîtres à l'école centrale de Hai-men. Savez-vous le motif de sa conversion ? C'est qu'il a reconnu dans une de nos meilleures vierges sa propre petite-fille, sauvée de la mort par l'œuvre de la Sainte-Enfance. Et la mère de cette jeune personne, touchée de la charité chrétienne, veut elle-même aujourd'hui embrasser notre sainte Eeligion avec toute sa famille, composée d'une vingtaine de membres. "

Je fus un jour, écrit encore le même Père, témoin d'une scène touchante. Une femme idolâtre, attirée pa:r la curiosité, s'était mêlée à la foule des fidèles, qui étaient venus saluer le missionnaire après la sainte messe. Bientôt, à la surprise générale, une de nos

" orphelines se précipite dans les bras de l'inconnne, la baise aflFectiieU'

" sèment et l'appelle sa mère. Je vous laisse deviner l'émotion ou

" plutôt l'étonnement de notre visiteuse. Elle n'en pouvait croire ses

" yeux, ni ses oreilles. Cependant les informations de la famille

" adoptivc, les traits do la jeune fille, âgée de dix-huit ans, ne lui lais-

"sent plus aucun doute. D'abord de grosses larmes coulent de ses

' yeux ; puis, n'iiésitant plus, elle presse elle-même sur son cœur cetta

' fille, qu'elle avait autrefois jetée à la voirie, aussitôt après sa naissance

et lui demande pardon. Elle se déclarait déjà catéchumène, lors(]ue

' survint son fils qui, pour mettre fin à cette scène touchante, l'entraîna

" brusquement loin de notre petite chapelle. "

Le R. P. Supérieur général de la Mission a fait, cette année, la visite de la Section de Hai-men ; et, à la vue des nombreux orphelins grands et petits qui, suivant la coutume de nos chrétiens, venaient s'agenouiller devant lui pour recevoir une bénédiction, il ne pouvait se défendre d'un profond sentiment de bonheur et de surprise tout à la fois. 11 en témoigna sa satisfaction aux vierges et aux chrétiens, qui sont le soutien de cette œuvre, et leur ofi'rit au nom de la Sainte- Enfance des objets de pieté, récompenses bien méritées et qui stimuleront encore leur zèle pour l'avenir.

Les païens, dans la section de Hai-men, se contentent de ne pas susciter de difficultés au missionnaire ; leur bonne volonté ne va guère au-delà. Quelques dizaines de catéchumènes reçoivent le baptême dans le cours d'une année ; et le mouvement de conversions ne s'accélère pas. Mais l'œuvre de la Sainte-Enfance nous dédommage de cette indifférence envers notre Religion. Aujourd'hui, en effet, la Section de Hai-men compte environ 1,500 chrétiens issus de familles idolâtres ; la Sainte-Enfance les recueillit le jour où leurs parents dénaturés les jetèrent hors de leurs demeures ; ils ont grandi et forment déjà plus de trois cents ménages.

L'année dernière, on a dressé une liste des orphelins survivants dans cette Section. Leur nombre s'élevait à 1,196, et se rcpartissait ahisi : 727 avaient passé l'âge de 10 ans; 302 étaient

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mariés; 151 cultivaient la teiTe; 16 étaient employés comme maîtres ou maîtresses dans nos écoles etc.

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CHÂNG-HÂI.

La Mission du Kiang-nan possède dans cette ville quatre paroisses, (l) dont trois avec Résidence. La première est celle de la cathédrale S. François-Xavier, au faubourg de Tong-ka-dou; la seconde, celle de S. Joseph au quartier Français de Yang-king^pang ; la troisième celle de Hong-keu, au quartier Américain ; et enfin celle du Lao-Tié-tsu-tang, dans l'enceinte de la ville murée.

Disons un mot de chacune d'elles, et des oeuvres qui y sont attachées. -■ : ,

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